La presse à l’ère numérique : comment ajouter de la valeur à l’information ?

  • Published on
    18-Jan-2015

  • View
    863

  • Download
    1

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Prsentation de la Note danalyse. par Vincent Chriqui, Directeur gnral du Centre dAnalyse Stratgique

Transcript

  • 1. Paris, le 30 novembre 2011 Prsentation de la Note danalyse La presse lre numrique : comment ajouter de la valeur linformation ?Mercredi 30 novembre 2011par Vincent Chriqui, Directeur gnral du Centre danalyse stratgiqueSeul le prononc fait foiLe constatLa presse traverse une crise depuis une dizaine dannes, lie lvolution des modes de vie etau contexte conomique difficile, mais aussi au dveloppement dune nouvelle offrenumrique. Elle se situe donc dans une priode de transition difficile, qui loblige repenserson modle conomique pour prendre le tournant de lre numrique. Son modle industrielspuise alors quelle na pas encore trouv le moyen de redonner ses lecteurs perdus lenviede payer nouveau linformation.

2. 21. Une rosion continue des ventesDepuis que linformation est accessible gratuitement, aussi bien sur Internet quavec lesjournaux gratuits, la presse dinformation gnrale souffre dune baisse continue de sesventes.La culture de la gratuit sest fortement implante dans les jeunes gnrations de lecteurs,ceux-l mmes qui ont dj le moins dapptence pour la lecture de la presse dinformationgnrale. Par exemple, seuls 40 % des 15-24 ans dclaraient en 2008 lire un quotidien payantau moins une fois par semaine, contre 53 % en 2000.Les journalistes ont perdu le monopole dans la fabrication de linformation : hors toutjugement de valeur, il est indniable que les multiples sources dinformations disponibles enligne, les blogs, les forums et les rseaux sociaux sont autant de vecteurs dinformationaccessibles tous et de manire immdiate.2. Une baisse des recettes et des cots fixes la baisse des recettes de ventes sajoute la baisse des revenus publicitaires : moins unjournal se vend, moins il peut faire payer aux annonceurs la publicit. Pour illustration, en2009, certes dans un contexte o la crise battait son plein, les revenus publicitaires ont chutde 17,6 % pour les quotidiens nationaux et de 28,3 % pour la presse gratuite.Autre volution notable : leffondrement des annonces papier, qui assuraient auparavant unepart importante de ses revenus, et qui ont t pour le coup carrment remplaces par lesacteurs du Web.Les cots durant la mme priode nont pas baiss. Ils comprennent des postes de dpensesdifficilement compressibles :- Masse salariale- Frais dimpressions (Imprimerie + papier dont le prix a doubl depuis 3 ans)- Frais de distribution.Les enjeux1. Prserver la presseNous ne pouvons pas nous contenter du tout-venant de linformation sur lInternet. Dans ledluge dinformations qui nous parviennent de faon continue par le biais du net, des smartphones , de la tlvision et de la radio, la presse doit conserver toute sa place. Elleest indispensable pour :- clairer les citoyens lecteurs en proposant des reportages, des enqutes, des analysesapprofondies, des mises en perspective. Cela ne signifie pas que les mdias audiovisuels ensont incapables mais ce nest pas leur vocation premire. 3. 3- Assurer un vritable pluralisme consubstantiel notre dmocratie. Linformation ne sauraittre un simple agrgat de faits. Elle nourrit notre dbat public par les points de vue diversifisquelle propose.2. Trouver un nouveau modle conomique lre du numriqueDes solutions pour le moment insuffisantesCette information de qualit a un cot. Il faut trouver de nouveaux moyens pour la montiserdans le cadre du basculement progressif vers le numrique. Personne ne sait si le papier vadisparatre ; toutes les conjectures circulent ce sujet. Il reste que la conqute des nouveauxlecteurs payants doit sans doute tre mene dabord dans les supports numriques.Les formules exprimentes pour le moment sur Internet nont pas permis de compenser lespertes de revenus tirs des ventes papier :- Le tout gratuit est un chec : la publicit sur le net ne permet pas de financer lescots de fabrication dune information de qualit en ligne. Cette gratuit a galementun effet pervers : elle laisse entendre que linformation ne cote rien, quelle na pasde valeur.- Le tout payant nest pas tellement plus efficace ; il est envisageable pour desjournaux trs spcialiss (information financire par exemple) mais difficilementtransposable pour un quotidien dinformation gnrale- Le freemium (mixte dinformations gratuites et payantes ) est aujourdhui lamoins mauvaise des solutions sans toutefois apporter un financement suffisant.Les espoirs placs dans les tablettesLes tablettes (Ipad, Archos, Samsung) et les liseuses (Kindle) offrent des perspectivesintressantes pour lavenir de la presse.Elles offrent un confort de lecture comparable celui du papier mais avec toutes lescommodits de lInternet : liens hypertextes, consultation instantane, prsence de vido,dinfographies animes...Les liseuses et tablettes redonnent la presse en ligne la cohrence et la structuration quelleavait perdues sur les crans dordinateurs, et encore plus sur lcran trop petit dessmartphones. Le lecteur retrouve sur son cran une mise en page et une hirarchisation delinformation quil avait lhabitude de trouver dans son journal imprim.Par sa valeur ajoute par rapport au journal papier et au site Internet classique, linformationsur tablette a de rels arguments pour trouver des lecteurs payants en nombre, mais plusieursconditions doivent tre runies pour cela :- Les tablettes doivent devenir un march de masse, ce qui nest pas encore le casaujourdhui. Aux tats-Unis, 12 % des internautes gs de 8 64 ans possdent ouutilisent une tablette. Cest dj beaucoup, vu la nouveaut de loutil, mais nous 4. 4sommes encore loin du parc des ordinateurs personnels. En France, on table sur 1million de tablettes vendues en France en 2011. Il faudra voir si les ventes de Nolvont permettre datteindre cet objectif.- LIpad reste cher et le Kindle de base ( 99 euros) trop limit (il est en noir en blanc etna pas dcran tactile). Il faut attendre des modles ayant des fonctionnalitscomparables un Ipad mais un prix nettement infrieur : je note que le Kindle Fire,la dernire-ne des liseuses Amazon, au prix attractif de 199 $, a t le produit le plusvendu par lentreprise sur son site la semaine dernire, semaine du Black Friday .Les propositions1 - tendre lopration Mon journal offert aux abonnements tout numrique desgrands quotidiens et ceux des pure players Lenjeu est de cette proposition est clairement dinciter les jeunes gnrations lire de lapresse dinformation gnrale de qualit.Lopration Mon journal offert a t lance la suite des tats Gnraux de la presse de2008 : un peu plus de 200 000 jeunes de 18 24 ans se voient offrir chaque anne unabonnement lun des 59 quotidiens nationaux ou rgionaux qui leur sont proposs.Cest une opration qui rencontre un grand succs mais elle a une limite : labonn ne reoitson quotidien quune fois par semaine, ce qui nest pas propice faire de la presse unehabitude quotidienne.Lide serait donc de proposer en plus de la formule actuelle un abonnement moins long (6mois seulement) mais avec loffre tout numrique, sans version papier. Une telle offre cote eneffet moins cher que labonnement papier. Elle est de plus trs bien adapte aux attentes desfrus de nouvelles technologies, nombreux parmi les jeunes.2 - Dvelopper des modules dingnierie informatique et de data journalisme au sein desformations de journalisteCette proposition part dun constat : le journalisme doit bien videmment conserver ce quiconstitue son coeur de mtier : souci de la rigueur, vrification des sources... Mais il doit enmme temps sadapter aux impratifs de lre numrique.Un enrichissement de la formation initiale et continue permettrait de faire voluer la pratiquedu mtier sans la dnaturer. Luniversit de Columbia vient ainsi de lancer le premier doublediplme de journalisme et de web dveloppeur pour viter une trop grande sparation entreforme et contenu.Sans aller jusqu cette formule, le dveloppement de modules dingnierie informatique,dinfographie et de data journalisme permettrait de favoriser linnovation de la presse en ligne. 5. 53 - Crer un laboratoire de rflexion en ligne ddi lavenir de la presse.Rappelons quil nexiste pas encore de vritable modle conomique en mesure de donner auxjournaux traditionnels les moyens de tirer suffisamment de ressources en ligne pour vivre.Beaucoup de formules coexistent que jai dj voques :- Le Freemium (mixte dinformations gratuites et payantes)- Le Premium (informations surtout payantes sur abonnement)- Lachat au numro via les kiosques en ligne (sur Relay.com) ou iTunes pour lIpad qui alinconvnient de prlever 30 % de commission sur chaque vente.Mais la rflexion doit se poursuivre pour trouver de nouveaux moyens de rendre linformationplus montisable et trouver un vrai modle conomique.Plusieurs laboratoires dides ont t lancs dans les pays anglo-saxons comme par exempleNIEMANLAB.ORG (niemanlab.org) de la fondation Nieman pour le journalisme de lUniversit deHarvard.Une initiative similaire gagnerait tre lance en France ; elle ne serait pas celle des pouvoirspublics mais le fruit dune coopration entre plusieurs coles de journalisme, avecventuellement le concours des principaux syndicats de la presse : SPQN et SPQR (syndicat dela presse quotidienne nationale et rgionale)4 - Conditionner lattribution des financements du fonds daide au dveloppement desservices de presse en ligne des engagements en matire de dveloppement de contenuenrichi et dapplications pour tablettes numriques innovantesPartons dun constat : la presse a besoin dinnover pour offrir en ligne (et toutparticulirement sur tablettes) une information qui peut tre montise en masse. Il fautnotamment dvelopper des applications ddies aux tablettes. Une telle innovation videmment un cot qui nest pas la porte de tous les journaux, surtout au regard desdifficults financires que beaucoup connaissent actuellement. Cette innovation exige doncdes investissements en R & DParmi les aides dont la presse bnficie, un fonds daide au dveloppement des Services dePresse en Ligne a t cr lissue des Etats gnraux de la presse (SPEL). Mais on observeque ces fonds ont surtout t utiliss simplement pour mettre en ligne des journaux papiersans rellement proposer dinnovation.Lide serait de davantage cibler ces subventions pour inciter rellement le secteur de lapresse innover et dvelopper des journaux contenu enrichi.5 - Aligner le taux de TVA de la presse payante en ligne (19,6 %) sur celui de la presse papier(2,1 %)Il ny a pas de raison de voir un taux de TVA diffrent pour un contenu identique. Quil soit danssa version papier ou sa version en ligne, un journal reste le mme. Il sagit de presse critedans les deux cas. 6. 6Or il y a une ingalit de situation. La presse papier bnficie dun taux rduit de TVA 2,6 %alors que la presse en ligne (journaux traditionnels comme pure players payants) doitsacquitter dune TVA 19,6 %.Le dveloppement dune offre payante sur Internet et notamment sur tablette, seraitnaturellement favoris par une TVA harmonise la baisse. Il reste maintenant faire acceptercette baisse de la TVA par le Conseil europen, ce qui nest pas chose facile, puisque il fautrecueillir pour cela lunanimit des pays membres.Mais le Parlement europen est lui-mme favorable cette baisse de la TVA. Il vient de voter le17 novembre dernier une rsolution dans laquelle il estime : en vue de dvelopper un vritable march unique, le droit de lUnion europenne pourraitpermettre aux tats membres dappliquer, de manire temporaire, un taux rduit de TVA sur lesservices contenu culturel fournis par voie lectronique [...] Cette nouvelle catgorie pourraitinclure la prestation de service en ligne tels que la tlvision, la musique, les livres, lesjournaux et les magazines par un fournisseur tabli dans lUE tout consommateur qui rsidegalement dans lUE . Contact PresseCentre danalyse stratgiqueJean-Michel RoullResponsable de la communicationTl. : +33 (0) 1 42 75 61 37jean-michel.roulle@strategie.gouv.fr

Recommended

View more >