Burkholderia pseudomallei : une bactérie à ne pas méconnaître

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    06-Jul-2016

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<ul><li><p>THMATIQUE TAPERBACTRIES DU RISQUE BIOLOGIQUE AGRESSIF</p><p> REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009 - N415 // 49</p><p>Burkholderia pseudomallei : une bactrie ne pas mconnatre</p><p> a Unit de bactriologie / UMR-MD1 Institut de recherche biomdicale des Armes/CRSSAB.P. 8738702 La Tronche cedex</p><p>* Correspondance :evalade@crssa.net</p><p>article reu le 25 juin, accept le 2 juillet 2009. 2009 Elsevier Masson SAS Tous droits rservs.</p><p>RSUMBurkholderia pseudomallei est lagent de la mliodose. Il sagit dune bactrie de lenvironnement hydrotellurique, hautement pathogne pour lhomme. En France et en Europe, les cas de mliodose sont des cas dimportation, alors quen Asie du Sud-est et en Australie, cette maladie svit sous forme dendmie. La rpartition gographique de cette maladie stend et touche maintenant le Brsil, Madagascar et lIle de la Runion. Le diagnostic phnotypique de cette bactrie est ais, mais il faut savoir penser ce micro-organisme, qui nest pas frquent sous nos contres. Son antibiogramme spcifique constitue une aide prcieuse au diagnostic. Cette maladie est dautant plus grave que les possibilits de traitement sont trs restreintes et reposent sur une lourde antibiothrapie.</p><p>Burkholderia pseudomallei mliodose diagnostic thailandensis.</p><p>SUMMARY</p><p>Burkholderia pseudomallei : a bacterium which deserves to be better knowB. pseudomallei is the causative agent of melioi-dosis. This bacterium from hydro-telluric environ-ment is highly pathogenic for human. Melioidosis is sporadic in France and in Europe and endemic in Southeast Asia and in Australia. The geographic distribution is extending and affects now Brazil, Madagascar and Reunion Island. Its phenotypic diagnosis is easy to do but the difficulty is that physicians may not think of it. Its specific antibio-gram constitutes a key element of the diagnosis. Its treatment is limited and is based on a heavy antibiotic therapy which makes this disease even more serious.</p><p>Burkholderia pseudomallei melioidosis diagnosis thailandensis.</p><p>Eric Valadea,*, Franois M. Thibaulta, Fabrice V. Biota, Dominique R. Vidala</p><p>1. Introduction</p><p>Burkholderia pseudomallei est un bacille coloration de Gram ngative hautement pathogne responsable de la mliodose. Il a t dcouvert en 1912, Rangoon en Birmanie, par le Dr Whitmore, qui isola, partir de pus prlevs sur des abcs dvelopps chez des patients morphinomanes, un bacille jusqualors inconnu [1]. Les lsions observes prsentant des similitudes avec celles provoques par lagent de la morve, Bacillus mallei, le germe fut appel Bacillus pseudomallei [2]. En France, cest lpisode du Jardin des Plantes Paris, rvl en novembre 1975 par lisolement du bacille de Whitmore partir de prlvements effectus sur un cheval de Prjewalski, qui fit connatre cette bactrie. Trois cas furent documen-ts parmi les ouvriers du musum [3]. Une dissmination sensuivit partir du fumier dans tous les haras et clubs hippiques du pays. Cette maladie constitue un important problme de sant publique en Asie du Sud-est, notam-ment en Malaisie, Singapour, en Thalande, et dans le Nord de lAustralie [4]. </p><p>Depuis 1994, en France, cette bactrie hautement patho-gne ncessite dtre manipule dans des laboratoires de niveau de scurit biologique 3 (Arrt du 16 juillet 2007 / NOR : MTST0756429A). De plus, ce micro-organisme est considr comme un agent de la menace biologique compte tenu de son pouvoir infectieux et pathogne par voie pulmonaire et de la lourdeur du traitement dont doivent bnficier les patients atteints de mliodose [5].</p><p>2. Bactriologie</p><p>2.1. TaxonomieLe bacille de Whitmore a port diffrents noms depuis sa dcouverte : Bacillus pseudomallei, Malleomyces pseudo-mallei, Pfeiferella whitmori, Bacillus whitmori, Loefferella whitmori et Malleomyces pseudomallei [6]. Cet agent fut ensuite class dans le genre Pseudomonas, au sein du groupe dhomologie II. Ce groupe devint en 1992 le genre Burkholderia [7]. Ce genre correspond des bacilles coloration de Gram ngative, arobies strictes, gnrale-ment mobiles (except B. mallei), chimio-organotrophes, mtabolisme oxydatif, catalase et oxydase positives. Le genre Burkholderia est en perptuel remaniement. Une des donnes rcentes est lidentification dune nouvelle bactrie peu pathogne trs proche sur un plan biochi-mique de B. pseudomallei. Il sagit de B. thailandensis auparavant confondue avec les isolats de B. pseudomallei arabinose positif [8, 9].</p></li><li><p>50 // REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009 - N415</p><p>2.2. MorphologieB. pseudomallei est une bactrie coloration de Gram ngative frquemment bipolaire, mobile et non sporulante. Cest un bacille de 1 3 m de long sur 1 m de large, qui possde de 1 4 flagelles polaires. Une capsule peut tre mise en vidence, partir de tissus infects, par tude en microscopie lectronique avec marquage au rouge de ruthnium.</p><p>2.3. Caractres biochimiquesSur un plan respiratoire, B. pseudomallei est une bactrie arobie stricte en labsence de nitrates. Elle possde une nitrate-rductase et une nitrite-rductase. En anarobiose et en prsence de nitrate, elle se multiplie et peut mener la dnitrification jusqu la production dazote gazeux. Elle possde un systme arginine dihydrolase constitutif, une cytochrome oxydase et une catalase.Sur un plan mtabolique, B. pseudomallei est capable de mtaboliser un grand nombre de sucres uniquement par oxydation. Larabinose est lune des exceptions. Elle hydro-lyse lamidon grce des enzymes extracellulaires. Cette bactrie possde lipase et lcithinase. Elle stocke et utilise le poly-bta-hydroxybutyrate comme matriel de rserve. Elle possde une dpolymrase qui lui permet dutiliser le poly-bta-hydroxybutyrate exogne. Concernant le mtabolisme des protides, B. pseudomallei possde une glatinase et une activit urasique. Elle liqufie le srum coagul. Elle ne possde pas de lysine dcarboxylase.</p><p>2.4. Caractres gnomiquesLe gnome de B. pseudomallei est relativement important avec une taille de 7,24 Mb. Il est port par deux chromoso-mes, lun de 4,07 Mb, le second de 3,17 Mb. Le gnome contient 68 % de guanine (G) et de cytosine (C). Ce pour-centage est trs lev par rapport celui du gnome des autres bactries connues. Des lments rptitifs de 10 pb ont t retrouvs dans celui-ci [10] ainsi que des squences dinsertion et des lments transposables [10, 11, 12].</p><p>2.5. Caractres antigniquesQuatre antignes majeurs ont t initialement dcrits par Chambon et al. : lantigne denveloppe (K), lantigne muqueux (M), lantigne R et lantigne O [13]. Les antig-nes O et R sont des antignes somatiques. Lantigne M provient de la substance muqueuse dveloppe par cer-taines colonies. Cette substance correspondrait la lyse du bacille. Les antignes O et K induisent la formation danticorps agglutinants et prcipitants. Lantigne O, issu de la mem-brane externe, serait responsable de la raction srologique croise avec certaines entrobactries et serait lorigine des ractions dagglutination positives, retrouves dans certaines tudes [14, 15].Des antignes solubles, dorigine capsulaire, ont t obte-nus par rupture ultrasonique et extraction aqueuse. Ils furent utiliss pour pratiquer des tests srologiques de fixation du complment, plus spcifiques et plus sensibles, appli-cables au diagnostic des formes latentes et sub-cliniques de la maladie [16].Des antignes protiques et des polysaccharides, obtenus par extraction phnolique, ont galement t utiliss pour des tests dagglutination [17].</p><p>3. pidmiologie</p><p>La mliodose est devenue depuis une vingtaine dan-nes une proccupation majeure des autorits de sant publique en Asie du Sud-est, notamment en Malaisie et Singapour, et en Australie du Nord. Cest la pre-mire cause de pneumonie bactrienne fatale acquise communautairement dans lHpital Royal de Darwin (Australie). Elle reprsente 20 % des cas de septicmies dans le nord-est de la Thalande [4]. De plus en plus de cas sont dsormais dcrits en Chine du Sud, Taiwan, et dans le sud de lInde.En France, une centaine de cas de mliodose ont t dcrits entre 1948 et 1954 chez des militaires ayant par-ticip aux combats en Indochine [18]. Suite lpisode du Jardin des Plantes dans les annes 1970, voqu en introduction, trois cas ont t dcrits parmi des employs du Musum dHistoire Naturelle [19]. Des sroconver-sions ont galement t retrouves chez des sujets en contact avec les animaux infects. Des cas ont ensuite t documents La Runion, suite limportation de chevaux contamins [20]. Un cas a t dcrit en Mar-tinique : ce patient aurait fait un voyage en Amrique du Sud quarante ans auparavant [21]. Dautres cas ont t rcemment identifis au Brsil, Madagascar et La Runion [22, 23].Sur un plan pidmiologique, le nombre de cas dia-gnostiqus est vraisemblablement infrieur la ralit, du fait de labsence de moyens de diagnostic dans les pays en dveloppement, et de la mconnaissance de cette pathologie par les mdecins dans les pays industrialiss.</p><p>3.1. Le rservoirMalgr toutes les tudes menes depuis la dcouverte de ce bacille, aucun rservoir na pu tre rellement dter-min. Il sagit en fait dun bacille de lenvironnement hydro- tellurique capable de persister trs longtemps dans le milieu extrieur. Tous les tres vivants infects sont capa-bles de constituer un rservoir plus ou moins intermittent, loccasion dun pisode infectieux [24].</p><p>3.2. La contaminationLa mliodose est une maladie des saisons humides dans les zones dendmie [25]. Elle affecte essentiellement les personnes ayant des contacts directs avec les sols humi-des ou prsentant un terrain favorable rceptif.Les deux principaux modes de contamination rsultent :r de linfection de plaies souilles par de la terre [4],r de linhalation de poussires contamines [26].Dautres modes secondaires de contamination ont t dcrits : par voie sexuelle, par lintermdiaire darthropodes hmatophages et de la mre lenfant [27].</p><p>3.3. LhteLhomme et pratiquement tous les mammifres domesti-ques (chevaux, petits ruminants, porcs, bovids, lapins, carnivores, camlids) ou sauvages (cerfs, rongeurs, dau-phins, buffles, mouflons, lphants, oryx, patas, tatous), de nombreux oiseaux (pigeons, oies, pingouins) et des reptiles (lzards) sont sensibles [24].</p></li><li><p> REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009 - N415 // 51</p><p>BACTRIES DU RISQUE BIOLOGIQUE AGRESSIF</p><p>3.4. Les facteurs de risqueDes facteurs de risque ont t associs au dveloppement de la maladie et la gravit de son tableau clinique. Les maladies pulmonaires chroniques, les infections rnales chroniques, lalcoolisme, les dficits immunitaires et le diabte sont maintenant identifis comme tels. Le diabte constitue le facteur de risque majeur. Il est retrouv chez plus de 50 % des patients qui dveloppent une mliodose, notamment les diabtiques mal quilibrs [4]. La mucovis-cidose reprsente galement un terrain risque de cette infection, B. pseudomallei pouvant tre retrouv comme agent dinfection chronique chez ces patients [28, 29].</p><p>4. Formes cliniques</p><p>Les symptmes de linfection par B. pseudomallei sont trs polymorphes. Ils vont des formes asymptomatiques attestes par une simple srologie positive la septicmie foudroyante en passant par des formes chroniques [4].Les formes aigus ou foudroyantes font suite le plus souvent une contamination massive sur un organisme dbilit. Elles prennent lallure classique dune septicmie.Les formes subaigus sont domines par des symptmes pulmonaires. Il sagit le plus souvent dun tat infectieux grave avec localisation pulmonaire. Lvolution peut se faire soit vers la forme aigu, pour laquelle le pronostic est mauvais, soit vers la forme chronique. Les formes chroniques sont des formes localises dvolu-tion lente. On retrouve des abcs touchant les reins, la rate, la prostate, le tissu sous-cutan, les os et les articulations. Les signes gnraux sont absents. Ces manifestations peu-vent voluer durant des mois, voire des annes en fonction du terrain et conduire une forme septicmique.Les formes latentes constituent le fait le plus marquant de la physiopathologie de la mliodose. Il a t rap-port un cas clinique o 62 ans sparent linfection du dveloppement de la maladie [30]. Cette forme latente particulire ne se traduit que par une sroconversion mais peut tout moment aboutir une mliodose active, sans que des lments dclenchants ne soient claire-ment identifis.</p><p>5. Diagnostic</p><p>5.1. Diagnostic bactriologiqueIl faut penser la recherche de B. pseudomallei mme dans les pays non endmiques car les cas dimportation ne sont pas les seuls possibles si lon tient compte de la rpartition de ce bacille dans lenvironnement. B. pseudo-mallei est aisment cultivable partir dhmocultures ou de prlvements de pus [31]. La mdiane pour obtenir une culture positive partir dun prlvement sanguin contenant le bacille est de 48 h. La sensibilit des couvillonnages, partir de lsions suppuratives, est de 90 %. Elle est trs suprieure celle des examens bactriologiques raliss partir des crachats. En cas de prlvements contamins par une flore associe, lutilisation du milieu de Ashdown permet une slection augmentant les chances disolement de la bactrie (tableau I) [32]. Une phase denrichissement dans un bouillon slectif comme le bouillon cristal violet-</p><p>colistine (CVCB) peut tre ralise avant lensemencement des milieux slectifs (tableau II) [32].Les colonies sont visibles en 24 h. Aprs slection, les colonies laspect rid pourraient faire penser une conta-mination. Il ne faut pas les ignorer, cela pouvant tre une source derreur (gure 1).Rappelons que B. pseudomallei est une bactrie colo-ration de Gram ngative, en gnral coloration bipolaire, arobie stricte, oxydase positive. Ces donnes ainsi que la mobilit et la lecture dune galerie API sont les l-ments cls de son diagnostic phnotypique. Lutilisation dune galerie API 20 NE, lue aprs 48 h dincubation 30 C, permet dobtenir aisment une identification (gure 2). Celle-ci peut galement se faire sur automate. Il est nanmoins ncessaire que le logiciel dinterprtation soit performant et que cette bactrie y soit rpertorie. </p><p>Figure 1 Colonies de B. pseudomallei isoles sur glose Trypticase Soja 48 heures.</p><p>Tableau I Milieu de Ashdown.Composition par litre</p><p>Bouillon trypticase-soja : 10 g</p><p>Bacto-agar : 15 g</p><p>Glycrol 40 % : 100 ml</p><p>Eau distille : 900 ml</p><p>Solution aqueuse de cristal violet 0,1 % : 5 ml</p><p>Solution aqueuse de rouge neutre 1 % : 5 ml</p><p>Autoclavage : 120 C, 15 min</p><p>Gentamicine : 5 mg (ajout aprs refroidissement)</p><p>Tableau II Milieu CVCB.Composition par litre</p><p>Bouillon trypticase-soja : 30 g</p><p>Cristal violet : 5 mg</p><p>Autoclavage : 120 C, 15 min</p><p>Colistine : 20 mg (ajout aprs refroidissement)</p></li><li><p>52 // REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009 - N415</p><p>Lutilisation dune galerie API 20 E est proscrire car les ractions sont difficiles interprter et peuvent tre la cause de rsultats errons.En cas didentification positive, il est ncessaire de pren-dre sans tarder des mesures de scurit biologique car B. pseudomallei est un agent biologique de classe 3 (Dcret n 94-352 du 4 mai 1994). Sa manipulation doit donc se faire dans un laboratoire de niveau de scurit biologique 3 (Arrt du 16 juillet 2007...</p></li></ul>

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