Click here to load reader

découvraient l'insuline O - Accueil BIU Santé — BIU · PDF file2010-08-11 · chimiste averti, manipulateur adroit ... et un chien diabétique. Le premier fournit un organe traité

  • View
    214

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of découvraient l'insuline O - Accueil BIU Santé — BIU · PDF...

  • il y a cinquante ans BAIMTIIMG et BEST

    "dcouvraient l'insuline" O

    par Jean CHEYMOL

    La fortune favorise les {jeunes) audacieux !

    En partie d'aprs Virgile {Enide, X, 284).

    Le 29 dcembre 1921, deux jeunes chercheurs canadiens, Frdric Grant

    Banting (29 ans), Charles Herbert Best (22 ans), faisaient part aux membres

    de la Socit Amricaine de Physiologie [3] des expriences sensationnelles

    qu'ils venaient de raliser. Prpars par eux, des extraits de pancras suppri-

    maient les accidents des chiens rendus diabtiques par ablation de cet

    organe.

    En janvier 1922, avec les m m e s prparations, les premiers essais thra-

    peutiques sur l'homme diabtique taient tents avec succs.

    En mai de la m m e anne, un mmoire d'ensemble runit pour la pre-

    mire fois leurs noms et le mot insuline [4].

    C'est cet vnement dont nous clbrons aujourd'hui le cinquantime

    anniversaire (1).

    I

    Cela commence c o m m e une belle, plaisante, magnifique histoire conte

    pour exalter l'esprit de recherche et diriger les jeunes vers elle.

    (*) Communication prsente la Socit d'Histoire de la Mdecine, le 18 dcembre 1971.

    (1) Clbr dans le monde entier. Citons parmi les manifestations de 1971 : Journe mondiale rserve au diabte, O.M.S., Genve, 7 avril 1971 ; Confrences :

    Londres, 23-25 avril ; Acadmie de Mdecine, Paris, 27 avril ; Allemagne de l'Est, 29 septembre-27 octobre ; Symposia : Toronto, 25-27 octobre ; Jrusalem, 25-27 octobre ; Indianapolis, 18-23 octobre ; Minneapolis, 11 novembre, etc. ;

    Des timbres commmoratifs au Canada, en Belgique ; Une messe d'action de grce la Cathdrale Saint-Paul, Londres, la demande des

    Unions de diabtiques, etc.

    133

  • O n a envie d'crire... il tait une fois... un jeune chirurgien orthopdiste

    canadien de 29 ans, Fred Banting, rcemment dmobilis de la guerre de

    1914-1918(1) et install en juillet 1920, dans la petite ville de Londres [On-

    tario] (2).

    Au soir du 30 octobre 1920, il lit avant de s'endormir un article scienti-

    fique de Moses Baron, de Minapolis, dans lequel celui-ci rapproche l'aspect

    dgnratif des cellules acineuses du pancras aprs ligature du canal excr-

    teur et celles se produisant quand le choldoque est bloqu par des calculs

    biliaires.

    Peut-tre obsd par les soins donner aux diabtiques de sa clientle,

    il est frapp par sa lecture, il y voit la possibilit d'obtenir enfin le remde

    tant dsir (3). Il y pense la nuit et, vers 2 heures du matin dans ce demi-

    sommeil o tout parat facile il griffonne sur un morceau de papier... liga-

    turer les canaux pancratiques de chiens... attendre une dgnrescence

    pendant six huit semaines. Enlever le rsidu et extraire. Il se rendort.

    Le lendemain, il voit mieux les difficults de ralisation de son projet,

    mais tout excit par son hypothse, il va Toronto demander conseils et

    aide au Professeur John James Richard MacLeod, chef du dpartement de

    physiologie de l'Ecole de Mdecine.

    C o m m e un certain nombre de ses collgues d'alors, celui-ci n'tait pas

    persuad de la rgulation du mtabolisme des glucides (on disait des hydrates

    de carbone) par une scrtion interne du pancras. De plus, la formation

    technique physiologique et biochimique du demandeur pour mener bien

    de telles expriences lui paraissant fort sommaire, il reconduit plusieurs

    reprises (4).

    Enfin, branl par l'insistance de Banting, il lui donne une chance. Il lui

    assure m m e l'aide de deux trs jeunes assistants, Best et Noble, encore

    tudiants, devant se remplacer tous les mois tour de rle. Les deux jeunes

    jouent pile ou face pour savoir qui commencera. Le sort dsigne Best et,

    c o m m e Noble ne se prsente pas la fin du premier mois, Best continue [29].

    Charles Hubert Best a 22 ans, il termine sa dernire anne de physiologie

    et de biochimie (5). Il s'enthousiasme aussitt pour les ides de son an (6)

    et, ds le lendemain de son examen, l'quipe est soude.

    Le 14 avril 1921, ils se mettent l'uvre. Avec un fair play bien anglo-

    saxon bien peu d'entre nous en auraient eu le courage MacLeod aban-

    donne son laboratoire aux deux jeunes chercheurs pour la dure des vacances.

    Il part en cong en Ecosse (7).

    (1) Dtails biographiques fournis au cours d'une communication verbale de Sir Frederick Banting Hans Selye [29].

    (2) 60 959 habitants en 1921, 194 416 en 1966 (dernier recensement). (3) Seule thrapeutique alors possible : le rgime alimentaire restrictif prconis

    en 1875 par Appolinaire Bouchardat. (4) Voir, page 142, la phrase de C.K. Drinker [10]. (5) Il fit ses tudes mdicales ultrieurement. (6) Intrt passionn d la perte cruelle d'une tante aime, morte diabtique. (7) MacLeod accorde huit semaines pour vrifier l'hypothse, mais comme il ne

    revient qu'en septembre, cela fait, en ralit, quatre mois.

    134

  • 135

    Figure 1. F. Banting vers 1921 (clich Who - Best Institute).

  • Le 17 mai 1921, les deux coquipiers s'installent dans le petit laboratoire

    du troisime tage du Mdical building , vide de tout personnel. Ils sont

    seuls matres bord du btiment abandonn..., oui mais sans quipage et

    sans subsides, pas de bourse , ... Banting vend sa vieille Ford.

    Rduits tout faire : entretien des locaux, soins aux animaux, strilisa-

    tion, oprations chirurgicales, analyses (glucmies et glucosuries), prpara-

    tions des extraits injectables, etc., rien ne les rebute.

    Ils ont jusqu'en septembre quatre mois pour vrifier leur hypo-

    thse. D'arrache-pied, ils se mettent l'uvre, travaillant jour et nuit, souvent

    cuisant leurs repas sur le bec bunsen du laboratoire, y mangeant et y dor-

    mant. Quatre mois d'exaltation o dceptions et succs alternent tour

    tour, mais soutenus par une foi invincible en leur toile, ils s'en donnent

    cur joie, emplissant la facult dserte de leurs chants. Circonstance aggra-

    vante pour eux et leurs oprs, l't 1921 est torride.

    Au cours des semaines, Banting se rvle bon chirurgien, Best bio-

    chimiste averti, manipulateur adroit, riche en ides ingnieuses.

    Leur programme comporte deux sries d'expriences parallles :

    1 - Chiens canal de Wirsung li, conservs des semaines (7 10), pour

    obtenir la dgnrescence de la partie acineuse du pancras et l'limination

    des enzymes protolytiques destructeurs du principe antidiabtique. Les

    sujets sont alors chloroforms et sacrifis. Les pancras extirps sont rata-

    tins, rduits au tiers du volume initial. La glande est coupe en tranches

    minces, broye avec du sable dans un appareillage refroidi ; la masse est

    puise par de l'eau sale physiologique froide. Aprs filtration, le liquide

    est prt tre inject.

    2 - Chiens rendus diabtiques par extirpation du pancras, selon la

    technique de Minkowski (1889) ou de Hdon (1893). Opration dlicate aux

    suites incertaines, l'infection tant frquente chez les animaux diabtiques,

    les checs sont nombreux.

    Enfin, le 27 juillet, Banting et Best ont un chien au pancras dgnr

    et un chien diabtique. Le premier fournit un organe trait par 100 ml d'eau

    sale physiologique ; 5 ml de l'extrait aqueux inject dans les veines du dia-

    btique font tomber en deux heures la glucmie de 2 g 1,10 g par litre. Les

    expriences se succdent sans rpit.

    A u retour de MacLeod, les exprimentateurs lui prsentent leur srie

    d'expriences: 75 essais portant sur 10 chiens diabtiques (1) traits avec

    succs. Sceptique d'abord, le patron fait refaire des expriences de contrle.

    Enfin convaincu, le 14 novembre 1921, il les autorise prsenter l'tat

    de leurs expriences au sminaire groupant les physiologistes de Toronto.

    En novembre 1921, Banting et Best adressent un mmoire sous leurs

    deux noms au Journal of Laboratory and Clinical medicine, mais cet article

    (1) Maintenus en observation pendant deux semaines.

    136

  • 137

    Figure 2. CH. Best vers 1921 (clich Who - Best Institute).

  • risquant de sortir longtemps aprs, ils prsentent leurs rsultats prliminaires

    au meeting annuel de la Socit amricaine de physiologie, qui se tient

    New-Haven (Connecticut) fin dcembre 1921. Ils le font sous les trois noms

    de Banting, Best et MacLeod, les deux premiers n'tant pas membres de la

    Socit (voir p. 140).

    Entre-temps, il continuent leurs recherches, mais les pancras dgnrs

    sont longs obtenir et ne permettent qu'une dure trop brve du traitement.

    Il faut trouver une autre technique ou une autre matire premire.

    Sont essays successivement :

    l'puisement de la formation de trypsine par injection prolonge de scr-

    tion ou par excitation prolonge du pneumogastrique. Le procd d'avre

    peu satisfaisant ;

    l'emploi du pancras de ftus de veau prlev avant l'apparition de la

    scrtion externe, dj propos par Laguesse (1896) et utilis par Ibrahim

    (1909). Il donne des extraits actifs sur la glucmie mais est d'obtention

    difficile. Seuls, les animaux adultes de boucherie pourront fournir en

    abondance les pancras ncessaires. Mais pour les utiliser avec succs,

    il faut trouver des mthodes d'extraction capables d'inhiber la trypsine

    avant qu'elle ait dtruit le principe anti-diabtique (1).

    Ds dcembre 1921, Banting et Best utilisent des pancras de boucherie

    traits par l'alcool acide, suivi d'une dlipidation par l'ther ou le tolune.

    De tels extraits sont aprs essai d'innocuit raliss par voie sous-

Search related