DESCARTES E A TÉCNICA . Descartes et la technique

Embed Size (px)

Text of DESCARTES E A TÉCNICA . Descartes et la technique

  • Trans/Form/ Ao , So Paulo 5: 1 1 1 - 1 22, 1 982.

    DESCARTES E A TCNICA . Descartes et la technique .

    o interesse de apresentar o original francs deste artigo de Georges Canguilhem de 1 937 e sua traduo, decorre no s da dificuldade que muitos estudiosos de Descartes encontram para ter em mos textos raros aqui entre ns, como da importncia do prprio tema desenvolvido pelo autor .

    Trata-se de uma exposio feita por Canguilhem no 9 . o Congresso Internacional de Filosofia consagrado a Descartes e que pode ser completado por uma leitura de "Machine et Organisme" , uma conferncia do autor no College p hilosophique ( 1 946- 1 947) e que foi retomada em sua obra La Connaissance de la vie, J. Vrin , Paris, 1 97 1 .

    Quanto ao artigo ora reproduzido Descartes et la Tcnique encontra-se em Actualits Scientifiques et Industrielles , n.o 53 1 , Hermann et Cie Editeurs, Paris, 1937, 1 1 , pp . 77-85 .

    SOMMAIRE . - L ' activit technique est-elle un sim pIe prolongement de la connaissance objective, comme il est devenu commum de le penser la suite de la philosophie positiviste, ou bien est-elle l 'expression d ' un " pouvoir" original, crauteur en son fond, et pour lequel la science laborerait, parfois la suite, un programme de dveloppement ou un code de prcautions? La philosophie cartsienne parai! avoir abord de face ce proble-

    Autor : Georges CANGUILHEM Tradutor : Lgia Fraga SIL VEIRA

    me important et avoir considr le rapport de la thorie et de la pratique de faon plus ample et nuance q u ' on ne le croit gnralement. On est en droit de penser que la rflexion sur la signification de la technique est centrale dans le systeme cartsien .

    Descartes n ' a cess d 'affirmer que la sciente dont il avit l 'ambition de donner l 'humanit la fois l ' exemple et le modele tait une science "utile la vie " . Certains passages des Principes semblent mme laisser entendre que l 'utilit de la physique cartsienne dispenserait de s ' interroger sur son objectivit ( 1 , p . 1 23 ) . On n 'en doit cependant tirer aucun droit d 'assimiler la pense de Descartes ces philosophies qui ont, de nos jours , tent, diverse fins et de diverses faons, de rduire toutes les valeurs du j ugement la valeur pragmatique. Descartes a tres expressment et tres frquemment dit que l ' efficacit des arts a pour condition la vrit de la connaissance, remarquant mme que le dveloppement d 'un art rudimentaire est le signe que ses regles utilisent inconsciemment des vrites ( 1 , p . 1 8) . Et bien qui' i l n'y ait pas dans son oeuvre de trait spcialement consacr au probleme technique, il ne nous est pas interdit de penser que la rflexion philosophique sur la nature et la valeur de l 'acitivit technique n 'est pas chez Descartes accidentelle ni secondaire . Apres Lonard de Vinci et Bacon et

    Departamento de Filosofia - Faculdade de Educao, Filosofia, Cincias Sociais e da Documentao - UNESP -17 .500 - Marilia - SP.

    1 1 1

  • CANGUILHEM, C. - Descartes e a tcnica. Trad . de Lgia Fraga Silveira . Trans/Forml Ao , So Paulo, 5 : 1 1 1 - 1 22 , 1 98 2 .

    comme eux , Descartes releve le travail , la construction des machines et l 'accommodement par eux de la nature l ' humanit, du mpris dans lequel les avaient tenu s la pense philosophique des anciens, exception faite pour les atomistes .

    Sur ce point de doctrine, il n ' est pas douteux que la pense cartsienne a conscience de marquer une conversion . C ' est seulement en cessant de considrer le Dscours de la Mthode comme l ' histoire d'une formation qu 'on pourrait tre surpris par l 'opposition des principes de la morale tels qu ' ils sont exposs la troisime partie et la sixiemc partie, confirme par la prface des Prncipes . La rsignation stoicienne la sparation entre ce qui dpend de l ' homme et ce qui n ' en dpend pas, la rsolution de changer les dsirs humains plutt que l ' ordre du monde, comme par exemple de ne pas dsirer la sant au moment de la maladie, tous ces aveux d'humilit, et d ' impuissance sont point par point contredits par la profession de foi technicienne, par l ' enthousiasme dominateur qui inaugure la sixieme partie . Rendre l ' homme "Maitre et possesseur de la nature" , souhaiter l ' invention d 'une infinit d 'artifices utiles, s ' exempter des maladies et peut-tre aussi vaincre la mort, tous ces voeux clairement formuls sont prsents comme tout autre chose que des songes . Renonant faire de necssit vertu , Descartes se propose et nous propose de tourner en puissance la connaissnce de la ncessit . On sait comment la philosophie stoicienne niait aussi vigoureusement le progres humain qu'elle affirmait la providence divine . Toute philosophie qui identifie ralit et finalit doit stabiliser les attributs humains dans un systeme hirarchique de qualits et d'essences d 'ou toute possibilit de correction et de ramnagement est exclue comme devant entrainer ia chute de tout l 'edifice. Selon les stoiciens , l ' espece hu-

    ( I ) Nunque alid e x alio c1arescere corde videbant Artibus ad summum donec venere cacumen. (De rerum natura, V . o Livre, vers 1 456- 1457) .

    1 1 2

    maine est des l 'origine pourvue de toutes ses perfections et quand le monde renaitra de l 'embrasement universel, la mme humanit et le mme Socrate renaitront. La pense stoicienne est si peu quivoque que Lucrece, au cinquieme livre du De rerum natura , dans l ' intention de la rfuter, lie la ngation de tout plan providentiel relatif l 'univers l 'affirmation du progres technique par lequel l ' humanit, touj ours plus ingnieuse et mieux informe, modifie son rapport au milieu cosmique, se donne ce qui ne lui fut pas donn et s 'leve par le travail j usqu ' la perfection dont toute philosophie thologique la fait descendre ( 1 ) .

    Dans l a doctrine d e Descartes , comme dans celle des atomistes, une matiere sans qualits reles, un univers sans hirarchie tlologique sont les raisons mtaphysiques de la foi en l 'efficacit cratrice de la technique . L' nergique ngation de la finalit naturelle est dans la philosophie de Descartes la condition d ' une thorie mcanique de la nature et d ' une thorie mcanicienne de l 'art . A cet gard, i l n'est pas sans intrt de remarquer que le soin mis par Descartes dfendre, dans sa thorie des vrits ternelles , l 'absolue libert de Dieu et combattre toute interprtation des attributs divins qui, les distinguant les uns des autres, les subordonnerait les uns aux autres , et spcialment la volant l 'entendement, est pleinement intelligible dans l 'hypothese qui fait de la procupation technique un des foyers de la philosphie cartsienne . N ' admettre pas la moindre antriorit, mme logique, de l 'entendement sur la volont, tenir les principes de toute connaissance vraie dans sa forme com me dans son contenu pour des crautures , ce n ' est pas seulement librer Dieu d 'un esclavage incompatible avec son infinit, c ' est nier la finalit dans l'univers . Cette ngation n 'est pas seule-

  • CANGUILHEM, C. - Descartes e a tcnica. Trad . de Lgia Fraga Silveira . Trans/Forml Ao, So Paulo, 5 : 1 1 1 - 1 22 , 1 98 2 .

    ment la condition prliminaire d ' une intelligence effective de la matiere rduite I'extriorit quantitative, elle est, aussi et par l mme, la raison de formuler I 'obligation pour I 'homme de la construction technique et d 'en augurer le succes.

    Qu'est-ce que Descartes connaissait et esprait des techniques? Sa correspondance, releu de ce point de vue, nous impose I ' image d ' un homme tres diversement curieux de recettes et de pratiques et tres attentif dcouvrir en chacune d 'elles les causes ou les lois que en expliquent I'efficacit. Sans doute, la taille des verres pour instruments d 'optique, la construction des machines et I 'art mdical sont-ils les sujects les plus communs de ses r flexions. Mais les routines du campagnard et du soldat comme aussi I ' information pragmatique du voyageur lui fournissent des termes nombreux de comparaison ou des occasions de vrifier ses explications thoriques . La croissance des vgtaux transplants en fonction des terrains , la maturation des fruits sur les arbres , la fabrication du beurre par sparation des corps diffremment denses, la faon dont les enfants se hissent Sur les chevaux en agitant les jambes, la sonnerie des cloches en vue de crever les nuages foudre, sont autant d ' invitations rflchir que la vie la campagne lui a offertes . Le soldat sait qu'on frotte d 'huile les pointes des piques pour les nettoyer et qu'il y parait quelquefois des flammes . L ' habitant d 'Amsterdam est sensible tout ce que la vie d ' un grand port manifeste d ' industrie humaine voue la cration de commodits et d'embellissements, tout ce que cette population ou I'on voit tous les j ours plusiers personnes qui sont revenues des antipodes oJfre de tmoignages de la diversit humaine. C 'est avec une surprise admirative qu 'on voit Descartes traiter indiffremment et avec le mme scrupule d ' intelligence mthodique les problemes techniques les plus spciaux et les plus disparates : chemines qui fument, lvation des eaux et asschement des marais, diagnos-

    tics mdicaux , usage et dousage des remedes, fontaines tenues pour miraculeuses, automates, traj ectoire des boulets, vitesse des bailes, force ds pes, sonorit des cloches . Notons d 'ailleurs que I ' intrt de Descartes pour l 'artillerie, pour la mdecine, pour les automates est partag par beaucoup de ses contemporains en France et en Italie . Mais ce que est important c'est que I 'attention aux dtails techniques , toutes les difficults , si menues soient-elles, que I 'homme rencontre dans sa prise de possession de la nature soit sous-tendue par toute une physique et toute une mtaphysique. Quant aux rves de Descartes dont I 'ambition de parvenir la maitrise de I 'univers est le programme abrg ils sont bien connus : rendre la vue aux aveu