Du plus loin qu’il m’en souvienne, ma famille portait ... ?· Cela explique que je fus élevé par…

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    12-Sep-2018

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  • Mes MmoiresRobert F.

    Le livre de mon Histoire PluMe d'EscaMpette

  • Mes Mmoires

    Robert F.

    Rdaction : Boris Foucaud, PluMe d'EscaMpette - 2011

  • Je ddie ces mmoires mes enfants, et toutes les gnrations futures

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  • I :Une situation de Guerre

    Du plus loin quil men souvienne, ma famille portait depuis toujours le nom de F..Toutefois, un 28 mars 1888, lorsque mon pre naquit, mon grand-pre, qui avait ft lvne-ment par trop gnreusement, se prsenta lofficier dEtat-Civil de Bruges, sa ville natalenon loin de Poitiers, avec lesprit embrum. Voulant enregistrer la naissance de lenfant, ildonna de confus renseignements au sympathique fonctionnaire qui navait lui-mme quuneide approximative de lorthographe Face lembrouillement de mon grand-pre, onchangea notre nom en F. . Depuis ce temps, la graphie de notre nom perdura.

    La femme de mon grand-pre avait des origines alsaciennes, et se nommait MadameE.. Son mari tant dcd fort jeune, elle leva sa fille toute seule et vcut toujours avec elle,y compris aprs son mariage, conformment aux murs de cette priode. De plus, ma grand-mre souffrait gravement dune jambe aprs un accident survenu en 1869, ce qui ne facilitaitpas les choses : elle se dplaait donc laide de bquilles.

    La vie de cette branche de la famille fut par ailleurs marque par le dracinement : onvivait depuis longtemps Mtzig, en Alsace (zone historiquement dobdience fort indcise),travaillant dans une manufacture darmement. Toutefois, lors de la guerre de Prusse, cetteusine encore franaise en 1870 migra Chatellerault dans la Vienne pour chapper lan-nexion prussienne. Cest ici que ma mre vit le jour en 1893.

    Mon pre et ma mre, aprs stre maris en 1913, sinstallrent non loin de l, B-ruges, comme bourreliers. Ils fabriquaient ainsi des harnais pour les chevaux et divers articlesde cuir, quils vendaient ensuite aux particuliers. Toutefois, les affaires se rvlrent plus diffi-ciles que prvu, puisque les bufs taient employs habituellement dans la Vienne commeanimaux de trait, au dtriment des chevaux. Ds lors, le couple quitta Bruges pour Blaye enGironde afin de commencer une vie annonce comme plus prometteuse. Toutefois, mes pa-rents durent se rendre lvidence : la situation l-bas ne leur apporterait pas non plus les suc-cs esprs. Ils dcidrent alors de rejoindre Nantes, puisque la grande ville leur offriraitbeaucoup plus de dbouchs.

    Cest l, Nantes, que je vis le jour le 7 novembre 1914, alors que la guerre contrelAllemagne tait dj commence depuis trois mois.

    Mes parents habitaient momentanment chez mon oncle, Alexandre F.. Il tenait un ca-f-restaurant, rue Petite Biesse, au bout du pont de la Madeleine. Ma mre y travaillait commeserveuse et bonne tout faire, aidant ma tante au mieux, tandis que mon pre avait repris sesactivits de bourrelier dans une choppe place Viarme.

    Bien vite, avant que mes parents ne puissent trouver le temps de se stabiliser, monpre, comme bien des jeunes hommes de lpoque, se retrouva mobilis dans larme. Il futenvoy au 68 Rgiment dInfanterie, et, de l, au front de bataille.

    Lorsque je naquis lhpital de Nantes, mon pre tait donc absent. Il tait naturelle-ment prvu que le cousin Andr, cuisinier, affect aux fusiliers-marins, soit mon parrain, et safiance ma marraine. Mais il fut port disparu le jour de ma naissance, lors de lattaque deDixmude dans les marais de lYser. Par force, les parents dAndr assistrent donc monbaptme, et furent mes parrain et marraine. Nous tions en 1916. Ils maideraient certainsmoments de ma vie.

    Je vivais donc chez loncle Alexandre avec ma mre. Les temps taient bien difficiles.Aussi, lorsque je contractai une double congestion pulmonaire lge de deux mois, la gentmdicale impuissante mannona condamn. Si jamais par bonheur je parvenais tout de mme survivre la maladie, jen resterais de toute manire fort diminu. Devant lincapacit desmdecins, ma mre, ne sachant plus que faire, se tourna vers la sage-femme qui mavait misau monde. Cette dernire dcida de tenter le tout pour le tout, en dsespoir de cause, usant de

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  • remdes de bonne femme qui avaient, disait-on, faits leur preuve. Elle prescrit faute de mieuxdes bains de moutarde et des enveloppements de ouate. Une fois que le coton serait satur dema propre sueur, on pourrait ds lors me considrer comme sauv, car les toxines seraientvacues. Ce fut le cas, et malgr le sombre pronostic des mdecins, je neus heureusementaucune squelle. La mdecine de cette priode tait souvent plus premptoire quefficace

    Cest donc la raison pour laquelle aprs cette longue maladie, on menvoya la cam-pagne, au hameau Saint-Laurent prs de Bruges, 15 kilomtres de Poitiers, au pays de mesgrands-parents. Ma grand-mre E. mavait bien naturellement suivi.

    Cela explique que je fus lev par mes deux grands-mres avec beaucoup de soins etdamour. Je rencontrai bien un jour mon pre qui revenait, le visage fatigu et afflig dunegrande barbe, loccasion de sa premire permission accorde depuis plus de deux ans, en1916, mais mes souvenirs en sont trs vagues. Ce sont surtout de mes deux grand-mres dontje me rappellerai toujours, puisquelles seules soccupaient de moi au quotidien. Ma mrenous avait tout de mme rejoints la fin de 1915, travaillant dans les fermes alentours avecma grand-mre E. comme couturire.

    En 1917, le hameau de Saint-Laurent se composait de six foyers, des fermes principa-lement. On y levait les bovins et y cultivait les crales. A la priode des moissons, on fau-chait manuellement le bl, lavoine ou lorge, la faucille ou la faux. On bottelait les ja-velles, ces poignes de foin, avec des liens fabriqus de paille de seigle, crale beaucoup pluslongue que les autres. On battait les pis au flau pour sparer les graines tendres de leursballes. On prparait cette fin une aire en terre battue o lon entreposait les gerbes pour lesbattre. Une fois cette opration effectue, on retirait la paille afin de venter les restes avec unmoulin, afin de rcuprer les grains. Plus tard, je tournerai moi-mme la manivelle du mou-lin avec une fiert non feinte!

    Durant cette activit agricole, des soldats, les territoriaux, assistaient la scne. Ilstaient partie intgrante des plus anciennes classes rappeles, et taient censs surveiller leterritoire intrieur de France. Je me souviens dailleurs que sous la demande de mon grand-pre, ils avaient abattu son ne malade et trop vieux pour travailler. Sans lgance, la pauvrebte nagea dans son sang avant de trpasser.

    Fait ayant marqu mes souvenirs denfant, la voisine possdait un perroquet vert quitait bien bavard. Souvent, il venait se poser sur le grand orme qui trnait, imposant, devant lamaison. Lorsque je ntais pas sage, refusant dobir ou ayant sali mes culottes, lanimal rp-tait tous mes cris, et, comme jtais honteux devant la moquerie du volatile, cela me faisaittaire.

    Un jour, la Mre G., fermire voisine peu commode, fit irruption chez nous. Elle eutune prise de bec consternante avec la grand-mre E.. Les mots allant plus vite que les penses,elle la traita de sale Boche. Ma grand-mre, dorigine alsacienne, qui ne put supporter cetteinjuste et raciste allgation, lui aurait volontiers inflig de forts coups de bquille, si lassis-tance ne lavait retenue dans son lan. Depuis cela, la Mre G. fut affable et un peu honteuse.

    Pendant ce temps, en France, tout le monde continuait de souffrir de la guerre. Le mas-sacre au front continuait, chacun vivait dans la crainte de la disparition de ses proches. La p-nurie alimentaire accentuait encore la pauvret ambiante, et il fallait bien faire de nombreuxkilomtres pour esprer trouver de quoi se ravitailler.

    Mon grand-pre faisait donc son pain lui-mme. Je le vois encore les bras plongsdans la grande maie o il ptrissait sa pte. On allumait le four avec des fagots afin deffec-tuer la cuisson des grosses boules grises recouvertes dune farine paisse. A la bonne saison,on en profitait pour confectionner de grandes tartes aux prunes quon faisait cuire avec lespains. Cela nous rgalait avec plaisir, malgr la disette. La ferme suffisait ainsi peu ou prou notre subsistance. Le boucher passait de toute faon rarement nous voir, et ses articles taientchers. Mon grand-pre levait donc des volailles et des porcs, qui nous nourrissaient au quo-

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  • tidien. Parmi ses cochons, lun deux, Hyppolyte ainsi quon le surnomma venait chaquejour qumander son morceau de pain la porte de la maison. Il tait tellement bien apprivoisquil comprenait somme de choses que nous lui disions. Mon grand-pre, qui stait fait sp-cialit de tuer tous les porcs du village, ne voulut jamais se sparer de celui-ci

    Un peu plus loin se situait une fontaine, de lautre ct du chemin. Les femmes du vil-lage venaient y laver leur linge. Toujours, le bruit mat, humide et gai des battoirs rsonnaitdans la maison. Jaimais me rendre prs de cette eau vivante, afin dentendre son clapotis. Aumur de la fontaine, ma grand-mre Victorine venait me rejoindre ; rien au monde ne met faitbouger de cet endroit. Elle moffrait alors son inoubliable uf dur la vinaigrette. Ainsi quela Louve romaine de Romulus et Rmus, Pquerette la chvre aux grandes cornes mavaitlev avec son lait, et tait devenue ma grande amie. Elle venait manger avec nous le long deschemins. Parfois, elle posait ses pattes antrieures sur lpaule de ma grand-mre pour attraperles hautes branches tendres et succulentes de la haie. Cette bonne chvre produisait dexcel-lents fromages, les chabis : on les mangeait frais, ou encore schs entre deux feuilles devigne.

    Ce fut le 6 septembre 1917, que ma sur Jane naquit. Cet vnement marqua dumme coup mon entre lcole : javais trois ans. Je me souviens fort bien de mon cole decampagne classe unique, avec sa cour de rcration, son prau, ses roses trmires quigayaient lentre. Jy rencontrai mes cousins J., Andr et Mar

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