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Document d’études direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques Numéro 179 Février 2014 Enquêtes monographiques sur le dispositif nouvel accompagnement à la création ou reprise d’entreprise (Nacre) Fabrice Rey, Valentin Vigier, Vincent Roué, Manon Lautard, Cécile Boukabza (Amnyos) Solveig Grimault (Ires) Les documents d’études sont des documents de travail ; à ce titre, ils n’engagent que leurs auteurs et ne représentent pas la position de la DARES

Enquêtes monographiques sur le dispositif Nacre

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Text of Enquêtes monographiques sur le dispositif Nacre

  • Document dtudesdirection de lanimation de la recherche, des tudes et des statistiques

    Numro 179 Fvrier 2014

    Enqutes monographiquessur le dispositif

    nouvel accompagnement la cration

    ou reprise dentreprise(Nacre)

    Fabrice Rey, Valentin Vigier,Vincent Rou, Manon Lautard,

    Ccile Boukabza(Amnyos)

    Solveig Grimault (Ires)

    Les documents dtudes sont des documents de travail ; ce titre, ils nengagent que leurs auteurs

    et ne reprsentent pas la position de la DARES

  • RSUM Le nouvel accompagnement la cration ou la reprise dentreprise (Nacre) a t introduit, en 2009, pour permettre des personnes sans emploi ou rencontrant des difficults pour sinsrer durablement dans lemploi, de crer ou de reprendre une entreprise. Pilot par le ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, dans le cadre d'un partenariat avec la Caisse des dpts et consignations, le dispositif prvoit un accompagnement renforc sous la forme dun parcours agenc en trois phases : une aide au montage du projet, une aide la structuration financire, un accompagnement de trois ans pour soutenir le dmarrage de lentreprise et stimuler son dveloppement. Le dispositif inclut galement la possibilit doctroyer un prt taux zro. Ce document de travail restitue les principaux rsultats dune tude, ralise par le cabinet Amnyos et lIres, en rponse un appel d'offres de la Dares. Lobjectif de la Dares et des pilotes nationaux du dispositif tait de mieux apprhender la plus-value de Nacre dans les parcours de cration de ses bnficiaires, tant dans sa dimension accompagnement que financement afin, le cas chant, dinflchir le dispositif. Le travail ralis sappuie sur une enqute de terrain conduite, dans quatre rgions, auprs des principaux acteurs impliqus dans la mise en uvre du dispositif et de ses bnficiaires. Les porteurs de projet comme les oprateurs tmoignent de limportance de laccompagnement ds le travail dlaboration du projet. Les prestations daccompagnement ralises ce stade diffrent nanmoins sensiblement en fonction des oprateurs, et notamment de leur capacit associer aux ressources de Nacre des ressources propres ou issues dautres dispositifs, notamment rgionaux, afin de pouvoir rpondre aux besoins des porteurs de projet. Ceux-ci excdent en effet, le plus souvent, ce que Nacre permet lui seul de prendre en charge, la fois en termes de temps disponible mais aussi en termes de primtre dintervention (de lmergence la finalisation du projet). Les modles conomiques des oprateurs sont alors dterminants dans la faon dont ils peuvent proposer un accompagnement qui soit rellement en adquation avec les besoins des bnficiaires. cela sajoutent, dans de nombreux cas, des modalits de slection des bnficiaires lentre dans le dispositif qui, si elles permettent aux oprateurs de rpondre aux objectifs de performance du dispositif, peuvent pnaliser les porteurs de projet connaissant davantage de difficults. Lorsquun besoin de financement existe, la capacit des oprateurs combiner diffrents types de financements constitue un plus pour les porteurs de projet, qui construisent leur plan de financement par briques successives. Les oprateurs intervenant cette tape mobilisent frquemment leurs propres dispositifs (prt dhonneur, etc.) en complment du prt taux zro. Nanmoins, concernant le prt dhonneur fortement mobilis, son activation vient parfois amputer lun des principes de Nacre, celui daccompagner des porteurs de projet sans fonds propres. En effet ses critres de slection, plus exigeants, lemportent parfois sur laccs au dispositif Nacre et celui-ci se trouve ainsi rduit complter loffre de services existante sans parvenir linflchir. Plus largement, la gestion du besoin de financement tend galement lemporter sur laccompagnement proprement parler : les porteurs de projet ralisent le plus souvent seuls les dmarches ncessaires la recherche de financements complmentaires prt bancaire, etc. Enfin, lenqute de terrain confirme limportance de laccompagnement et ses bnfices tout au long du processus de cration ou de reprise, ds lors quil est effectivement ajust aux besoins du porteur de projet, connect sans discontinuit aux besoins du projet. Laccompagnement post-cration savre, dans ces conditions, particulirement bnfique au crateur. Mais laccompagnement nest pas moins important en amont, ds llaboration du projet. De ce point de vue, les partitions entre les diffrentes phases du parcours Nacre sous-estiment sans doute les va-et-vient ncessaires dans le travail de conception et de formalisation du projet, au profit dune vision assez squentielle du processus de cration ou de reprise. Lanalyse du fonctionnement concret du dispositif suggre en effet que lefficacit propre de laccompagnement qui peut combiner des outils et des intervenants varis suppose quune continuit sinstaure, un rythme par lequel le crateur parvient sapproprier et scuriser son projet.

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    Remerciements Nous tenons remercier lensemble des acteurs rencontrs dans les diffrentes rgions tudies, qui, en nous accordant de leur temps, nous ont permis daccumuler les changes fructueux et dobtenir une meilleure comprhension du dispositif Nacre et de ses enjeux.

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    SOMMAIRE

    1. Introduction...................................................................................................................................... 5

    2. Nacre : un dispositif complmentaire qui vient sajuster aux offres de services rgionales en matire de soutien la cration-reprise ........................................................................................... 8 2.1 Dans chaque rgion, le dispositif Nacre sinscrit dans une offre rgionale toffe daccompagnement la cration dentreprise ............................................................................................ 8 2.2 Ple emploi joue un faible rle dans linformation sur le dispositif Nacre ..................................... 9 2.3 Lorientation initiale des porteurs de projet se fait le plus souvent en direction de loffre de services de Ple emploi et du dispositif rgional, Nacre venant complter loffre existante .................... 10

    3. Un dispositif qui soutient les projets les plus aboutis et les porteurs les plus autonomes ......... 11 3.1 Des modalits de slection lentre de Nacre fortement marques par la recherche de performance ........................................................................................................................................ 11 3.2 Des modalits de slection qui sont galement adaptes au contexte rgional ............................... 12

    4. Des projets de cration dentreprise qui sinscrivent souvent dans la continuit du parcours professionnel des porteurs de projet...................................................................................................... 13

    5. Une phase mtier 1 (PM1) dont latteinte des objectifs repose sur la mobilisation de moyens plus larges................................................................................................................................................. 14 5.1 La premire phase de Nacre consiste en un appui du crateur au montage du projet mais doit plus largement le prparer lexercice de la fonction de chef dentreprise....................................................... 14 5.2 Le cadre de la PM1 permet daccompagner des porteurs de projets dont le degr dautonomie dans le projet diffre fortement .................................................................................................................. 14 5.3 Laccompagnement des porteurs de projets durant la premire phase de Nacre leur donne gnralement satisfaction ........................................................................................................................... 15 5.4 Une phase mtier dont le primtre et la nature des objectifs restent flous..................................... 15

    6. Une phase mtier 2 (PM2) qui contribue la bancarisation sans en constituer le facteur principal ................................................................................................................................................... 17 6.1 La PM2 ouvre la possibilit de mobiliser un prt taux zro pour aider la structuration financire du projet du crateur .................................................................................................................. 17 6.2 Cette possibilit offerte par Nacre savre tre la principale motivation des porteurs de projets qui accdent la deuxime phase du dispositif ............................................................................................ 17 6.3 et savre structurer laccompagnement mis en uvre durant cette phase au point den tre gnralement la finalit .............................................................................................................................. 18 6.4 Le processus auquel est soumis le demandeur dun prt Nacre prend gnralement la forme de celui mis en place par loprateur conventionn pour ses propres aides .................................................... 18 6.5 La demande dun prt Nacre saccompagne dailleurs le plus souvent dune demande complmentaire de type prt dhonneur ou garantie .................................................................................. 19 6.6 Si Nacre contribue la bancarisation des porteurs de projets accompagns............................... 19 6.7 son influence reste modeste ........................................................................................................ 20 6.8 et il nen est pas le seul dterminant ............................................................................................ 20

    7. La phase mtier 3 (PM3) : quand le principe dgalit de traitement vient nuire lindividualisation du parcours .............................................................................................................. 21 7.1 Laccompagnement ralis en PM3 consiste en un suivi conomique et financier de lentreprise et, dans une moindre mesure, en des conseils au dveloppement de lactivit ............................................... 21 7.2 Les modalits de laccompagnement du dirigeant mises en uvre par les oprateurs sont variables dun rseau lautre et dun bnficiaire lautre ..................................................................................... 22 7.3 Le besoin daccompagnement des dirigeants et la rponse qui est apporte travers Nacre sont variables, et le niveau de satisfaction htrogne....................................................................................... 22

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    7.4 Le dispositif Nacre a eu un effet structurant sur les pratiques de suivi post-cration de certains rseaux dappui la cration conventionns mais est peru comme peu adapt la diversit des besoins des porteurs de projet.................................................................................................................................. 23

    8. Les conditions defficacit du processus daccompagnement ...................................................... 25 8.1 Informer et orienter dans les dmarches .......................................................................................... 25 8.2 Les bnfices de la formation, associe un accompagnement individualis ................................ 25 8.3 Un besoin daide au montage des projets, auquel le dispositif Nacre peine rpondre.................. 26 8.4 Des visions plurielles de laccompagnement post cration : le suivi et le compagnonnage 27 8.5 La cadence du dispositif vs le rythme de laccompagnement.......................................................... 30 8.6 Quelle contribution de laccompagnement la scurisation des projets ? ...................................... 31

    9. Un systme de pilotage qui souligne les incertitudes du dispositif quant son positionnement 35 9.1 Dans chaque rgion, une instance rgionale de pilotage a t mise en place .................................. 35 9.2 Dans les faits, la ralit du pilotage se rduit au binme Direccte - DR CDC ................................ 36 9.3 La stratgie rgionale de conventionnement des oprateurs diffre selon les rgions .................... 36 9.4 Des modalits de pilotage qui prsentent des limites, notamment pour latteinte des cibles du

    dispositif ........................................................................................................................................ 37

    10. Conclusion ........................................................................................................................................ 39

    Annexe - Cahier des charges du parcours Nacre (janvier 2013) 41

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    1. INTRODUCTION

    Introduit en 2009, en remplacement des dispositifs Eden1 et chquiers conseils2, le nouvel accompagnement la cration ou la reprise dentreprise (Nacre) sadresse des personnes sans emploi ou rencontrant des difficults pour sinsrer durablement dans l'emploi, pour lesquelles la cration ou la reprise dentreprise est un moyen daccs, de maintien ou de retour lemploi (code du travail, art. L. 5141-5). Pilot par le Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, dans le cadre d'un partenariat avec la Caisse des dpts et consignations (CDC), Nacre offre un accompagnement renforc avant, pendant et aprs la cration ou la reprise de l'entreprise, selon un parcours agenc en trois phases :

    une aide au montage du projet de cration ou de reprise dentreprise (4 mois maximum pour une cration et 6 mois maximum pour une reprise) ;

    une aide la structuration financire du projet (4 mois maximum pour une cration et 6 mois maximum pour une reprise ; validation du plan de financement, appui dans les dmarches auprs des banques ; apport au crateur-repreneur via loctroi dun prt taux zro Nacre en complment dun prt bancaire instruction du dossier de demande de prt, etc.) ;

    un accompagnement dune dure fixe de trois ans aprs la cration ou la reprise de lentreprise visant soutenir le dmarrage de lentreprise, stimuler son dveloppement, pauler le chef dentreprise dans ses choix de gestion.

    L'accompagnement est pris en charge par l'tat. Il est ralis par des oprateurs conventionns par ltat et la CDC, au niveau rgional. Les oprateurs conventionns interviennent sur lune ou lautre des trois phases du dispositif ou sur les trois. Nanmoins, au moment de lenqute, tous les oprateurs sont tenus de proposer laccompagnement post cration : quils interviennent sur la phase daide au montage du projet ( phase mtier 1 -PM1- du parcours Nacre), et/ou sur la phase daide la structuration financire ( phase mtier 2 -PM2), ils doivent tre en mesure daccompagner le crateur durant les trois ans qui suivent limmatriculation de lentreprise ( phase mtier 3 -PM3). Lengagement du porteur de projet dans le dispositif est formalis dans le cadre dun contrat daccompagnement cration/reprise (Cacre), tabli chaque tape entre le crateur et lorganisme qui ralise laccompagnement. Enfin, le cahier des charges du parcours Nacre prcise que loffre de service Nacre est accessible tout crateur ou repreneur possdant dj une ide prcise du projet dentreprise quil souhaite crer ou reprendre3 et prsentant une chance srieuse de crer/reprendre [lentreprise] dans un dlai raisonnable4 . Prs de quatre ans aprs le lancement du dispositif Nacre, et dans un contexte o lanne 2012 reprsente la premire anne de sortie massive du dispositif pour les bnficiaires entrs son lancement, la Dares a lanc un march dtudes dont lobjectif principal tait danalyser le fonctionnement du dispositif, notamment sur son volet daccompagnement des porteurs de projet, en lien avec les conditions dans lesquelles celui-ci est organis. Confi au cabinet Amnyos en partenariat avec lIres, le travail ralis repose sur une enqute de terrain et la rdaction de quatre monographies, qui ont donn lieu une analyse transversale visant apporter des lments de diagnostic, danalyse et de prconisations sur quatre volets : le parcours antrieur des porteurs de projets, leur orientation vers les oprateurs et leur slection par loprateur ; laccompagnement des porteurs de projet par les oprateurs ;

    1 Ce dispositif tait un prt taux zro. 2 Ce dispositif visait financer un accompagnement du porteur de projet. 3 Cahier des charges du parcours Nacre, version du 01/01/2013, p. 3. 4 Ibid., p.4.

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    la relation avec les partenaires pour garantir et financer les projets de cration ; le suivi des projets de cration, pendant et aprs la sortie du parcours.

    Ce document prsente les principaux enseignements transversaux de ltude, issus des quatre monographies ralises, lchelle rgionale, pour analyser le fonctionnement du dispositif. Les quatre rgions dans lesquelles lenqute a t mene ont t slectionnes en concertation avec les membres du comit de pilotage de ltude et sont : Champagne-Ardenne, Languedoc-Roussillon, Limousin et Rhne-Alpes. Dans chaque rgion, les entretiens raliss se sont par ailleurs concentrs sur deux territoires infra rgionaux, afin notamment de pouvoir apprcier, le cas chant, limpact du local sur le fonctionnement du dispositif (partenariats, etc.). Les investigations ont t conduites au cours du printemps 2013. Les territoires infra rgionaux ont t identifis, dans chacune des rgions, en concertation avec les Directions rgionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte), les Directions rgionales de la Caisse des dpts et consignations (DR CDC) et en accord avec le comit de pilotage de ltude.

    Rgions Territoires Champagne-Ardenne - Territoire de Reims

    - Territoire de Charleville-Mzires et Sedan Languedoc-Roussillon - Territoire de Lunel, Montpellier et Ste

    - Territoire dAls Limousin - Territoire de Limoges

    - Territoire de La Souterraine et Guret Rhne-Alpes - Territoire de Lyon

    - Territoire de Vienne-Roussillon et Bourgoin-Jallieu Dans chaque rgion, les investigations ont consist en une srie dentretiens semi-directifs raliss auprs des principaux acteurs directement ou indirectement impliqus dans la mise en uvre du dispositif Nacre : acteurs institutionnels (Direccte, DR CDC, DR Ple emploi, conseil rgional, conseil gnral dans certains cas), oprateurs conventionns, banques, porteurs de projet bnficiaires du dispositif, agences locales pour lemploi. 140 entretiens ont t raliss au total, auprs de 152 acteurs ; quelques entretiens collectifs ont t organiss avec des oprateurs conventionns, afin de garantir une certaine diversit des structures rencontres sur chacun des territoires.

    Oprateurs Total Acteurs institutionnels Individuel Collectif

    Agences Ple emploi Banques Bnficiaires

    National 2 2 0 0 0 0 0Champagne-Ardenne 30 4 5 1 2 4 14Limousin 31 5 5 1 2 2 16Languedoc-Roussillon 38 6 8 1 2 4 17Rhne-Alpes5 39 5 7 2 2 6 17Total 140 22 25 5 8 16 64

    5 En Rhne-Alpes, 3 "parrains" ont galement t rencontrs dans le cadre dentretiens individuels.

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    Ce document est structur en cinq temps. Lanalyse porte tout dabord sur la faon dont le dispositif Nacre sinscrit dans son contexte et sarticule notamment avec loffre daccompagnement dores et dj existante sur le territoire (2). Elle aborde ensuite les modalits de slection et dentre des bnficiaires dans le parcours Nacre, en lien avec les caractristiques des projets et des porteurs de projet, leur parcours antrieur, mais aussi avec les objectifs de performance confrs par ltat au dispositif (3 et 4). Chacune des trois phases du parcours Nacre (PM1, PM2, PM3) est ensuite examine pour apprcier la faon dont elle parvient ou pas rpondre la diversit des besoins des porteurs de projet (5, 6 et 7). Cet examen permet notamment de pointer les tensions ou les accommodements qui peuvent intervenir entre les spcifications du cahier des charges du parcours Nacre (contenu des prestations, temps imparti chaque phase, etc.) et les modes de fonctionnement propres aux oprateurs, en identifiant leurs effets pour les bnficiaires. Lanalyse nous a par ailleurs conduits dgager les conditions defficacit du processus daccompagnement mis en uvre dans le cadre de Nacre, processus qui constitue a priori la plus-value du dispositif au regard de ceux qui lont prcd (8). Il sagit ici de qualifier plus prcisment lapport de laccompagnement aux projets de cration/reprise, de mettre en vidence les modalits selon lesquelles il parvient se connecter aux spcificits de chaque projet, mais aussi les visions plurielles, et complmentaires, que la fonction daccompagnement recouvre. Il sagit, au bout du compte, dapprcier la contribution de laccompagnement la scurisation des projets des crateurs. Enfin, une dernire partie consacre aux modalits de pilotage du dispositif permet de relier les conclusions qui prcdent aux diffrentes configurations rgionales, aux stratgies de conventionnement des pilotes rgionaux ainsi quaux effets du suivi du dispositif par indicateurs (9).

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    2. NACRE : UN DISPOSITIF COMPLMENTAIRE QUI VIENT SAJUSTER AUX OFFRES DE SERVICES RGIONALES EN MATIRE DE SOUTIEN LA CRATION-REPRISE

    Le dispositif Nacre sest dploy, en 2009, dans des contextes rgionaux marqus par lexistence de dispositifs dappui la cration-reprise dentreprise mis en place par les rgions, au titre de leur comptence en matire de dveloppement conomique. La coexistence de ces diffrents dispositifs, sur un mme territoire, peut produire divers types de configurations rgionales, en fonction des spcificits respectives de Nacre et de loffre rgionale dabord, mais aussi de la faon dont une articulation est, ou non, recherche par les pilotes respectifs de ces dispositifs.

    2.1 Dans chaque rgion, le dispositif Nacre sinscrit dans une offre rgionale toffe daccompagnement la cration dentreprise

    Chacune des rgions dans lesquelles sest droule lenqute a en effet dvelopp une offre spcifique de soutien la cration-reprise dentreprise. Notons demble que dans certains cas, loffre rgionale est assure par des oprateurs galement conventionns sur le dispositif Nacre.

    Rgions Dispositifs rgionaux

    Volume de places de primo-

    accdants/an Dispositif rgional

    Volume de places de primo-

    accdants/an Nacre

    Champagne-Ardenne

    Envol (cr en 2000) 300 300

    Languedoc-Roussillon

    Visa (cr en 2005) 2 000/2 500 700

    Limousin Objectif cration (cr en 2007) 700 300 Rhne-Alpes IDclic (gamme daides la

    cration-reprise)6. 1 750

    Ces diffrents dispositifs rgionaux ont une force de frappe au moins quivalente, voire plus importante que Nacre. Selon les rgions, ils prsentent des similitudes ou des diffrences notables. Celles-ci peuvent concerner : la cible (resserre aux publics loigns de lemploi ou trs ouverte), la couverture de tout ou partie du processus de cration-reprise dentreprise (de lmergence du projet au

    dveloppement de lactivit en passant par son financement), les modalits daccompagnement (dure, conseil, formation), et les modalits de financement (prt, subvention, etc.). Suivant les rgions, une certaine complmentarit entre Nacre et le dispositif rgional peut tre mise en vidence au regard de loffre de services propose au porteur de projet. Cette complmentarit peut profiter : Nacre : par exemple, le dispositif Objectif cration de la rgion Limousin finance une prestation

    daccompagnement lmergence du projet, phase qui nest pas couverte par Nacre. Il faut par ailleurs noter que lensemble des rgions proposent travers leurs dispositifs des actions de formation des porteurs de projets sur la gestion, le financement, le dveloppement commercial, etc..

    6 Les dispositifs de soutien la cration dentreprises mis en place par la rgion sappuient trs largement sur 3 rseaux daccompagnement auxquels la collectivit octroie des subventions, en application de larticle 1 511-7 du code gnral des collectivits territoriales : Adie, Entreprendre Rhne-Alpes et Rhne-Alpes Initiative (extrait du rapport de la Cour des comptes, Les dispositifs de soutien la cration dentreprises, tome 3, dcembre 2012).

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    au dispositif rgional : Nacre offre la possibilit de financer un accompagnement lingnierie financire ou post-cration que ne proposent pas tous les dispositifs rgionaux considrs dans cette tude. Le prt Nacre complte galement loffre de financements disponible.

    Dans certaines rgions, des modalits darticulation entre les deux dispositifs ont t convenues a priori, entre ltat et la rgion, mais jamais formalises.

    En Champagne-Ardenne, il a ainsi t convenu que larticulation se fasse au regard de lantriorit de la demande demploi. Les oprateurs doivent en principe privilgier lentre des demandeurs demploi de moins de six mois dans Nacre et ceux de plus de six mois dans le dispositif Envol .

    En Limousin, il a t convenu que larticulation se fasse dans le cadre du parcours du porteur de projet. Les oprateurs doivent privilgier lentre des demandeurs demploi dans le dispositif Objectif cration et la poursuite du parcours dans Nacre pour la ralisation de lingnierie financire.

    Dans les faits, la coexistence de deux dispositifs peut nanmoins se traduire par une situation de concurrence, qui peut sobserver trois niveaux :

    entre les oprateurs dans la volont de conventionnement sur un maximum de dispositifs ; entre les dispositifs : une fois conventionns sur les deux dispositifs , les oprateurs font face des

    conditions de prises en charge qui peuvent les inciter privilgier le dispositif le plus rmunrateur ;

    entre les financeurs qui cherchent maximiser laudience de leurs dispositifs. En pratique, on observe que larticulation des dispositifs seffectue principalement lchelle des oprateurs et dpend de leurs bonnes relations. Larticulation est dautant plus aise que certains oprateurs Nacre sont galement oprateurs de la rgion et de Ple emploi7. Ainsi en Limousin, certains oprateurs conventionns sur Nacre et sur le dispositif rgional mobilisent parfois les deux dispositifs, y compris de faon simultane pour permettre, par exemple, certains bnficiaires de disposer dun volume horaire d'accompagnement plus important au stade du montage de leur projet. Ces oprateurs peuvent galement mobiliser les deux dispositifs de faon successive : entamer laccompagnement dans le cadre du dispositif rgional et le poursuivre dans le cadre de Nacre, lorsque la perspective dobtenir une aide financire, travers le prt Nacre, peut savrer utile la ralisation du projet. Dans le cas doprateurs diffrents en revanche, on note que larticulation est trs variable.

    2.2 Ple emploi joue un faible rle dans linformation sur le dispositif Nacre Quelles que soient les rgions, les sources de linformation sur le dispositif Nacre savrent diversifies et il nest pas possible de souligner lintervention spcifique dun acteur en particulier. On peut nanmoins retenir les tendances suivantes.

    Les tmoignages des porteurs de projet indiquent que Ple emploi joue un faible rle dans linformation sur le dispositif. Ce retour concerne dailleurs plus largement le champ de la cration-reprise. Les entretiens avec les directions rgionales Ple emploi confirment globalement que les outils dvelopps et les initiatives dinformation conduites en direction des conseillers du rseau Ple emploi ont t modestes. Une nouvelle dynamique sinstalle cependant depuis peu au sein du rseau des agences locales en matire de sensibilisation lentrepreneuriat et dinformation sur la cration dentreprise en gnral8.

    7 Boutique de Gestion en Champagne-Ardenne pour Envol, Chambre de commerce et d'industrie (CCI) pour les prestations de Ple emploi dans lHrault par exemple. 8 En Champagne-Ardenne, cela se traduit par la mise en place de rfrent(s) cration-reprise dentreprise dans chacune des agences locales, llaboration et la diffusion dun document synthtique aux conseillers sur loffre de services en matire de cration reprise dentreprise ; la mise en place de runions dinformation des demandeurs demploi hebdomadaires en matire de cration dentreprise ( lchelle du bassin demploi de Reims). Des rfrents cration/reprise dentreprise existent galement en Rhne-Alpes, qui peuvent suivre directement les demandeurs demploi ayant un projet de cration dentreprise, ou venir en appui de lensemble des conseillers qui suivent, parmi dautres, des demandeurs demploi engags dans un parcours de cration/reprise.

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    Le rseau des chambres consulaires joue trs frquemment le rle de premier sas dans le parcours de cration ou de reprise du porteur de projet, que ce dernier soit demandeur demploi ou non. Ceci est tout particulirement vrai pour les crateurs relevant de professions qui requirent un stage obligatoire avant linstallation, pour lesquels les consulaires sont les premiers interlocuteurs naturels .

    Les rseaux bancaires jouent, quant eux, un rle croissant dans lorientation des porteurs de projets. Les oprateurs conventionns sur les deuxime et troisime phases de Nacre (Initiative France et France Active) indiquent quun nombre croissant de porteurs de projets sont orients par des banques ( hauteur de 50 % des crateurs dans lune des plateformes dinitiative locale rencontres en Rhne-Alpes). Ce constat est mettre en perspective avec les actions dinformation que ces oprateurs mnent rgulirement auprs des banques pour prsenter Nacre et leurs dispositifs respectifs (prt dhonneur et garanties). Il est aussi rapprocher du contexte conomique actuel qui incite les banques diminuer leur prise de risque en enjoignant les porteurs de projet se faire accompagner. Ce phnomne reste toutefois encore marginal et le rle des banques en matire dinformation et de communication sur Nacre reste limit. Quand celles-ci identifient que le porteur de projet est ligible Nacre, elles lenvoient vers loprateur conventionn le plus proche gographiquement et pas forcment vers celui qui serait le plus adapt a priori. Les entretiens raliss avec certains rseaux bancaires montrent que si le dispositif est connu, cest souvent de manire superficielle.

    Globalement, on note que linformation ralise par les oprateurs propos de Nacre nest pas spcifique au dispositif, celui-ci tant prsent comme un outil parmi dautres. Et les actions mises en place sadressent, quant elles, lensemble des porteurs de projets potentiels par le biais de salons, de journes dinformation, dinformations collectives et de formations. Concernant les rgions, celle du Limousin est la seule avoir produit un document de communication qui prsente cte cte le dispositif Nacre et le dispositif rgional, Objectif cration . Ce dpliant est distribu aux demandeurs demploi qui souhaitent crer une entreprise. Le dispositif rgional est explicitement prsent comme tant un dispositif complmentaire qui peut sarticuler avec Nacre dans le cadre de laide lmergence du projet notamment .

    2.3 Lorientation initiale des porteurs de projet se fait le plus souvent en direction de loffre de services de Ple emploi et du dispositif rgional, Nacre venant complter loffre existante

    Quand les prestations de Ple emploi en matire dappui la cration dactivit (EPCRE et OPCRE9) existent et quelles sont proposes aux demandeurs demploi ayant un projet de cration10, la premire tape du parcours de cration-reprise passe souvent par leur mobilisation. Puis, du fait de dispositifs rgionaux plutt orients vers lmergence et le montage de projet, les porteurs de projet font directement ou dans un second temps lobjet dune orientation en direction du dispositif rgional. La mobilisation de Nacre intervient quant elle plutt en parallle (Champagne-Ardenne) ou bien ensuite (Limousin, Rhne-Alpes, Languedoc-Roussillon) sans que cela ait toutefois un caractre systmatique. Outre quelle tmoigne dune plus grande notorit des dispositifs rgionaux, cette situation est la rsultante dun positionnement de la PM1 certes centre sur le montage de projet, mais plus particulirement sur la finalisation de ce travail. Ainsi, de nombreux acteurs rgionaux reconnaissent que lintervention de Nacre en matire de services intervient en aval des besoins des cibles du dispositif. Cette situation implique que le parcours Nacre sinscrit au final dans la continuit dun accompagnement commenc pralablement lentre dans le dispositif.

    Dans certaines agences, des runions dinformation rgulires sont galement organises pour les demandeurs demploi, co-animes avec certains oprateurs (lAdie par exemple). 9 EPCRE : valuation pralable la cration et la reprise dentreprise ; OPCRE : objectif projet cration et reprise dentreprise. 10 Ce qui nest pas le cas en Limousin en raison dun choix de Ple emploi dorienter ses publics vers le dispositif rgional.

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    3. UN DISPOSITIF QUI SOUTIENT LES PROJETS LES PLUS ABOUTIS ET LES PORTEURS LES PLUS AUTONOMES

    Compte tenu du type de public que reoivent habituellement les oprateurs que nous avons rencontrs, le statut de demandeur demploi est un critre peu discriminant pour dcider de lentre ou non dun porteur de projet dans le dispositif Nacre. Une grande partie du public reu par les oprateurs est, de ce point de vue, susceptible dtre demble ligible au dispositif. Par ailleurs, aucun des oprateurs rencontrs na signal avoir dj refus daccompagner une personne au motif quelle ne rencontrerait pas de difficults particulires dans laccs lemploi. En revanche, les oprateurs cherchent systmatiquement apprcier la capacit du porteur de projet faire aboutir son projet dans les dlais impartis par le dispositif Nacre. Cette valuation nest pas sans lien avec les critres de performance attachs au dispositif et ses modalits de pilotage.

    3.1 Des modalits de slection lentre de Nacre fortement marques par la recherche de performance

    Confront un porteur de projet souhaitant bnficier dun appui, loprateur sassure avant toute chose quil dispose dun volume de places suffisant pour lintgrer dans Nacre. Ensuite, si cette condition est runie loprateur value deux points.

    La maturit du projet : celle-ci est en effet un lment important pris en compte dans le processus de slection des personnes leur entre dans le dispositif, eu gard la dure relativement courte de la phase 1. A ce sujet les rseaux dappui la cration dentreprise conventionns sur la PM1 expriment le fait que Nacre nest pas mobilisable pour accompagner des personnes lmergence ou dans la dfinition de leur projet. Lorsque cest le cas, ces derniers se voient proposer dautres prestations disponibles sur le territoire ou au sein de loffre de services des oprateurs.

    Lopportunit et la faisabilit du projet11 est une autre condition reconnue par les oprateurs interrogs, constituant un critre discriminant dans le choix dintgrer une personne dans le dispositif. Cet aspect renvoie plus prcisment lapprciation de lopportunit du projet par rapport loffre existante sur un territoire donn, sa capacit convaincre les banques. Au sein de ce critre, la motivation du porteur de projet, sa rigueur et sa capacit soutenir le rythme impos par la cration (et le dispositif) constituent des dimensions non ngligeables de l examen dentre . Ce critre sera dautant plus dterminant que loprateur disposera dun faible volume de nouvelles entres dans Nacre.

    Sils nont fait lobjet daucune formalisation dans les diffrentes rgions tudies, ces critres communs interviennent systmatiquement en rponse aux exigences de ltat en matire de rsultats et en lien avec les conditions de financements des oprateurs. Aussi, pour valider lentre dun porteur de projet dans Nacre, la majorit dentre eux juge tout dabord de la capacit de son projet aboutir et, si cest le cas, apprcie quel moment un porteur de projet peut tre qualifi dligible Nacre pour lentrer en phase mtier 1, sans que cela prjuge du travail effectu avec lui en amont. Le fait de retarder lentre des porteurs de projet dans le dispositif, voire parfois de les entrer au dernier moment , constitue pour les oprateurs une faon de rduire le risque de ruptures de parcours, prjudiciable au taux de performance de leur structure. Nanmoins, ce choix nest pas sans consquence sur les publics qui accdent au dispositif. Ainsi, les oprateurs reconnaissent quils slectionnent souvent des personnes dont la distance lemploi est relativement courte parce quelles ont un niveau de formation lev, un projet travaill, des financements personnels, une faible antriorit dans le chmage Plusieurs oprateurs regrettent cette situation tout en sestimant obligs de procder ainsi : On fait rentrer les personnes qui ont une chance daller jusquau bout de laccompagnement ; Mme au niveau de la deuxime phase, on attend que les porteurs aient le

    11 Ce point renvoie une perception partage que le projet doit prsenter des chances raisonnables daboutir la cration ou la reprise dune entreprise.

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    justificatif de laccord bancaire avant de les faire rentrer en PM2 ; Avec les indicateurs de taux de transformation, on est de plus en plus slectifs, ce nest pas toujours simple sur certains porteurs ; concernant la premire phase de Nacre [] une chose nous semble problmatique, cest que le dispositif est sous-tendu par des objectifs de performance qui nous amnent slectionner des profils de personnes qui correspondent aux objectifs recherchs mais qui sont parfois antinomiques avec les types de public qui devraient tre privilgis dans ce dispositif comme les bnficiaires de minima sociaux ; Cest gnant [ dire] mais, dans le discours Nacre on doit aider des personnes en difficult et les contraintes de slection obligent prendre certains publics plus que dautres. Si on suit les recommandations, on ne rentre personne au RSA. On connat le mtier donc on sait quel public rentre dans ces critres. ; Comme les bnficiaires de RSA sont des publics plus fragiles que les autres, et comme dans Nacre on vite les ruptures car sinon on est mal nots, on continue [les] accompagner mais avec le dispositif du Conseil gnral.

    3.2 Des modalits de slection qui sont galement adaptes au contexte rgional Aux critres communs dcrits dans les quatre rgions viennent sen ajouter dautres qui varient suivant les rgions et qui renvoient larticulation de Nacre avec les dispositifs rgionaux.

    En Champagne-Ardenne, les oprateurs Nacre orientent les demandeurs demploi de moins de six mois vers Nacre et ceux de plus de six mois vers le dispositif rgional.

    En Languedoc-Roussillon, et plus particulirement dans le dpartement de lHrault, les bnficiaires du RSA sont orients vers le dispositif dpartemental qui leur est ddi12.

    En Languedoc-Roussillon et en Limousin, en raison dune forte spcialisation de certains oprateurs conventionns, dautres plus gnralistes nhsitent pas rorienter vers les oprateurs idoines certains types de publics (public Zus13 ou public fminin en Limousin) ou bien certains types de projets (projets de coopratives ou projets en lien avec les activits sportives en Languedoc-Roussillon).

    Plus gnralement, certains rseaux doprateurs plus gnralistes tels que les chambres consulaires dclarent orienter les publics jugs comme tant en difficult vers dautres rseaux tels que lAdie.

    En Limousin, les auto-entrepreneurs souhaitant bnficier dun accompagnement sont orients vers Nacre dans la mesure o ils ne sont pas ligibles au dispositif rgional.

    12 Cest le cas galement en Haute-Marne, dpartement champardennais non tudi mais sur lequel la Boutique de Gestion Champagne intervient en tant tout la fois prestataire de la Rgion au titre dEnvol, prestataire Nacre et prestataire du dpartement au titre de son dispositif daccompagnement la cration-reprise des bnficiaires du RSA. 13 Public rsidant dans une zone urbaine sensible (Zus).

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    4. DES PROJETS DE CRATION DENTREPRISE QUI SINSCRIVENT SOUVENT DANS LA CONTINUIT DU PARCOURS PROFESSIONNEL DES PORTEURS DE PROJET

    Les entretiens raliss avec les oprateurs conventionns sur Nacre, comme ceux raliss avec les bnficiaires du dispositif, mettent en vidence que le choix de crer une entreprise sest impos de nombreux bnficiaires aprs la perte de leur emploi ou bien suite une priode de chmage. Les oprateurs prcisent que ce phnomne est croissant dans un contexte conomique dgrad. Nanmoins, la diversit des tmoignages montre aussi lacte de cration sous langle de la concrtisation dun projet, dune envie : lorigine, jtais salari dans une entreprise et passionn par la ferronnerie. En plus de a, javais dj une micro-entreprise dans la ferronnerie dart. Jai dcid darrter [] pour repartir sur un vrai projet en EURL. Jai fait une rupture conventionnelle, jai bnfici du chmage le temps de morganiser. ; a faisait longtemps que je pensais crer mon entreprise. Jai dmissionn il y a trois ans car je ne mentendais pas avec mon employeur. Je suis plombier de mtier. Jai maintenant une entreprise de chauffage. Ce projet implique parfois un changement dorientation professionnelle : Avant jtais chef de chantiers dans les travaux publics ; aprs un licenciement jai pass mon bac pro cuisine. ; Je travaillais auparavant dans le secteur des assurances. Je souhaitais changer de mtier [la personne tait contrleur de gestion], jai dcid de faire une formation en bnisterie, pour me laisser le choix de crer ou de reprendre mon ancien mtier. Parfois, il repose sur une opportunit saisie par le porteur de projet : Jai touch un hritage, alors autant crer son propre emploi ; Javais une connaissance de travail qui prenait sa retraite et son projet mintressait ; Je ne travaillais pas, mon copain tait en CDI. On a su que la librairie tait reprendre ; Jtais en recherche demploi depuis aot 2008, jai appris via une petite annonce sur le Midi Libre quun agent commercial indpendant cdait son mandat dans les activits de pompes chaleur et de climatisation rversible. Javais [] un parcours dans le commerce de produits techniques [] et une formation en gros uvre et en second uvre. [] La reprise a t faite en 2010 .

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    5. UNE PHASE MTIER 1 DONT LATTEINTE DES OBJECTIFS REPOSE SUR LA MOBILISATION DE MOYENS PLUS LARGES

    Lanalyse des prestations ralises dans le cadre de la premire phase du parcours Nacre et de la faon dont elles sont reues par les bnficiaires, conduit notamment soulever trois questions : la PM1, telle quelle est calibre par le cahier des charges du dispositif, permet-elle vraiment, et elle seule , de rpondre aux besoins des porteurs de projet ? Comment les oprateurs procdent-ils pour faire face des besoins dintensit variable ? Que dire des contours de cette premire phase et de sa contribution llaboration et la finalisation du projet, mais aussi de sa frontire avec ce qui relverait de l mergence des projets ?

    5.1 La premire phase de Nacre consiste en un appui du crateur au montage du projet mais doit plus largement le prparer lexercice de la fonction de chef dentreprise

    Les entretiens raliss avec les oprateurs conventionns sur la premire phase de Nacre montrent que lappui au montage du projet se dcoupe en trois principaux temps :

    un premier temps de dfinition du projet et danalyse de ladquation entre lindividu et son projet ;

    un deuxime temps de ralisation dune tude de march durant laquelle le produit ou le service dvelopp sera dfini, la concurrence, les fournisseurs et le march seront tudis, la politique tarifaire sera dtermine, ainsi que la stratgie commerciale, etc. ;

    un troisime temps danalyse des besoins dinvestissement et de ralisation du plan daffaires (ou business plan ).

    Au-del de ces temps bien dtermins, les oprateurs interrogs ont insist sur le fait que la phase de montage du projet est dterminante car elle doit plus largement permettre au porteur de projet de prendre conscience de limplication que ncessite la cration dentreprise, puis lexercice du mtier de dirigeant, y compris dans ses incidences sur la vie prive des personnes. En somme, celle-ci doit laider revtir progressivement son nouvel habit de chef dentreprise, do la ncessit de bnficier dun temps suffisant pour le faire et ce, au-del mme des ralisations techniques prvues dans le cadre de la PM1. Durant la PM1, aux cts des ressources de loprateur Nacre, de nombreux bnficiaires ont exprim le fait davoir mobilis dautres ressources pour les aider construire leur projet. Il sagit le plus souvent dun expert-comptable ou encore dautres acteurs ou rseaux dappui la cration dentreprise.

    5.2 Le cadre de la PM1 permet daccompagner des porteurs de projets dont le degr dautonomie dans le projet diffre fortement

    Sil est difficile pour plusieurs bnficiaires interrogs didentifier ou disoler le rle de Nacre dans le processus de montage du projet, pour dautres il apparat que laccompagnement durant la premire phase de Nacre a gnralement permis la ralisation dune tude de march, llaboration dun plan daffaires et dun prvisionnel. Les entretiens mettent galement en exergue le fait que le dispositif a permis daccompagner des crateurs dont le degr dautonomie dans le montage du projet tait trs variable, ceux-ci pouvant tre rpartis en trois catgories relativement gales.

    Des porteurs de projet trs autonomes: Jai fait ltude de march seul, avec [loprateur de la premire phase] on a vrifi que a convenait ; Jai pris contact avec la chambre de mtiers mais on na rien fait de spcial car le dossier tait dj fait. Le conseiller a pris le temps de lexaminer. ; Mon business plan tait dj trs complet et puis javais lhabitude de monter des projets ; On a mont seuls

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    ltude de march, mais on sest appuys sur la chambre de mtiers pour avoir leur avis. ; Jai fait ma propre tude de march, javais regard moi-mme via Internet. La prparation de mon projet a t rapide. En parallle javais fait appel un cabinet comptable pour faire mon bilan prvisionnel, pour avoir quelque chose qui tient la route ensuite pour la banque.

    Des porteurs de projet ncessitant une aide pour finaliser le montage du projet : Certains travaux je les ai raliss seul, ensemble [avec loprateur] on dfinissait les contours ; [loprateur] ma demand de prciser ltude de march [] ; La finalisation des documents tait indispensable pour acqurir les bons rflexes et avancer dans le projet, voir les bonnes personnes .

    Des porteurs de projet ncessitant une aide approfondie pour monter le projet : On a dabord mont mon projet, fait une simulation de plan dinvestissement, un bilan prvisionnel. Jaurais t incapable de faire la premire partie seul. ; Les documents de sortie de la phase 1 taient une synthse de plusieurs paragraphes, pour dfinir la manire dont on sy prend pour crer, une tude prvisionnelle de march, les questions juridiques. On la fait ensemble. Je ne savais pas faire ; On a eu deux trois mois dchanges avec la chambre de commerce [durant lesquels] on a ralis une tude de march et aussi prpar le dossier de demande de prt Nacre []. La chambre de commerce connat bien mon secteur dactivit, elle tait mme de faire ltude de march. ; Avec la chambre de mtier [] on a fait le prvisionnel dactivit et lensemble des documents qui me serviraient pour le prt [Nacre]. [] Jai trouv a trs bien. Sans faire vraiment une tude de march, ils [ont identifi] le nombre dentreprises existantes [sur le territoire et galement] si le panier moyen tait important ou pas. Au final, ces degrs diffrencis dautonomie permettraient pour certains oprateurs datteindre une dure moyenne daccompagnement du porteur de projet proche de ce que finance Nacre. Ceci tant dit, tous ne partagent pas ce point de vue. LAdie et le rseau des boutiques de gestion insistent notamment sur le fait que le volume horaire disponible nest pas adapt aux besoins de certains porteurs de projet.

    5.3 Laccompagnement des porteurs de projets durant la premire phase de Nacre leur donne gnralement satisfaction

    Les bnficiaires dun accompagnement au montage de projet ralis dans le cadre de Nacre et interrogs sont une majorit tre satisfaits. Outre son utilit pour le projet, ceux-ci mettent galement en avant lintrt que le cadre reprsente pour donner des repres ou encore montrer les tapes suivre : Cet accompagnement est indispensable dans la cration. Cela apporte la vision de gens expriments pour viter de tomber dans les cueils. Cest une relle rampe de lancement ; Pour dire que les tapes avaient t passes, on devait faire un rapport. On voyait lavance du projet, ctait plus concret. [] Ctait quand mme bien calibr. Il ny avait pas de redondance et pas de lassitude dans les entretiens ; Cet accompagnement a t un regard clair, une coute, des comptences mon service. [] On a lexprience du mtier, mais on ne simprovise pas chef dentreprise. Leur proccupation [ loprateur] cest de faire prendre conscience des enjeux, des responsabilits et des risques qui nous attendent. ; Les rendez-vous ont t dune grande aide. Cest quasiment obligatoire dtre accompagn, on naurait pas pu le faire sans a. Surtout, les rendez-vous nous fixent des horaires, nous mettent dans une vie plus active [aprs avoir t] au chmage . Quelques bnficiaires ont aussi fait tat dinsatisfactions. Celles-ci renvoient notamment au fait que les conseils reus leur semblaient inadapts la nature du projet ou bien leurs besoins.

    5.4 Une phase mtier dont le primtre et la nature des objectifs restent flous Au-del de la satisfaction des bnficiaires en fin de PM1, la mobilisation frquente par les oprateurs des offres de services rgionales en matire de cration-reprise en complment de Nacre montre que le dispositif ne se suffit pas pour accompagner un projet et un parcours. Corrl un systme de pilotage exigeant en matire de rsultats, il a conduit les oprateurs une grande vigilance pour la slection lentre du dispositif.

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    Or, ce rflexe pris par les oprateurs vient fondamentalement interroger la PM1 car sil sest inscrit dans leurs pratiques de manire informelle, cest en rponse aux objectifs de la phase mtier 1 et au regard des conditions associes. En effet, si la fin de la PM1 marque le temps de la finalisation du projet, on peut rarement imputer lefficacit de ce travail sa seule action. Ds lors, la question qui se pose pour loprateur est celle de savoir si le temps et la dure impartis seront suffisants pour la finalisation du projet. Or, cette question technique en dissimule une autre relative au primtre et aux attendus de la PM1 en matire daide au montage de projet. Certes, les oprateurs nignorent pas que lmergence des projets nest pas prise en compte par le dispositif Nacre, mais la frontire entre mergence et aide au montage du projet reste, en pratique, extrmement floue pour la majorit dentre eux et dautant plus que le temps de lune et de lautre et les besoins affrents varient suivant les personnes. Le cahier des charges de Nacre vient segmenter ce qui relve dun processus normal de cration pour des personnes qui ny taient pas toujours prpares et soulever des questions (artificielles) sur larticulation de ces tapes.

    Du point de vue du porteur de projet car cest la rponse ces questions qui va conduire les intgrer ou pas dans le dispositif Nacre. En cas de non-ligibilit, il sagit alors de lorienter vers un dispositif dmergence, pour peu quil existe sur le territoire Et face une offre de services trs ingale en la matire suivant les territoires, cela conduit certains oprateurs prendre des publics dont les besoins ne sont pas compatibles avec le temps (et le financement) disponible.

    Du point de vue des oprateurs car ce choix entrane inluctablement des consquences conomiques pour ceux qui vont estimer que le public correspond la cible, mme si le modle conomique lchelle du dispositif14 - nest pas viable. A loppos, dautres oprateurs (les chambres consulaires par exemple) vont estimer que le public ligible est celui dont les besoins sont compatibles avec le temps financ par le dispositif. Les questionnements gnrs par la PM1 et les stratgies concrtes de slection mises en place par les oprateurs viennent donc fondamentalement questionner la cible du dispositif ou alors ses moyens et, dans tous les cas, ladquation entre les deux.

    14 On prcise lchelle du dispositif car de nombreux acteurs expliquent que si des dispositifs ne couvrent pas la totalit des dpenses affrentes, en gnral, dautres financent plus largement et permettent au final la structure dquilibrer ses dpenses et ses recettes.

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    6. UNE PHASE MTIER 2 QUI CONTRIBUE LA BANCARISATION SANS EN CONSTITUER LE FACTEUR PRINCIPAL

    Si la deuxime phase du parcours Nacre a pour finalit une aide la structuration financire du projet, incluant par ailleurs une prestation dintermdiation bancaire auprs du crateur accompagn, elle semble surtout, en pratique, consister en une gestion du besoin de financement. Ceci est notamment li lexistence dun outil de financement spcifiquement ddi aux bnficiaires du dispositif, qui peut par ailleurs se coupler aux financements complmentaires que les oprateurs de phase 2 sont en mesure de proposer aux porteurs de projet quils accompagnent que ceux-ci soient, ou non, inscrits dans le parcours Nacre. Apprcier la contribution du dispositif la bancarisation des porteurs de projet lun des objectifs de Nacre suppose donc de sintresser notamment aux modalits de financement hybrides que les oprateurs mettent en place et aux conditions qui leur sont attaches, par-del les seules conditions prvues par le dispositif Nacre.

    6.1 La PM2 ouvre la possibilit de mobiliser un prt taux zro pour aider la structuration financire du projet du crateur

    Pour aider au processus de structuration financire du projet de cration ou de reprise, loprateur conventionn sur cette deuxime phase du parcours Nacre dispose dun outil spcifiquement cr avec Nacre, un prt taux zro dit prt Nacre , dont les principales caractristiques sont les suivantes : cette aide financire bnficie une personne physique ; son montant est compris entre 1 000 et 10 000 euros ; aucun apport personnel nest demand; sa dure est comprise entre un cinq ans ; son taux dintrt est nul ; son obtention est soumise celle dun prt bancaire. Les oprateurs de la deuxime phase de Nacre se voient confier la responsabilit dorganiser linstruction de la demande de prt, le processus dexamen et de dcision doctroi du prt Nacre.

    6.2 Cette possibilit offerte par Nacre savre tre la principale motivation des porteurs de projets qui accdent directement la deuxime phase du dispositif

    Au niveau national, environ un quart des bnficiaires de Nacre intgre le parcours au stade de la deuxime phase15. Ceux-ci nont pas les mmes motivations que les porteurs de projets entrs au stade de la premire phase de Nacre. Gnralement, ces entres directes sont fondes sur lespoir dobtenir le prt Nacre : Jtais en phase de recherche de financement quand jai sollicit l [oprateur]. Je savais quil y avait trois niveaux [dans Nacre], je suis donc entre directement [en deuxime phase]. La conseillre ma mme aide refaire un peu le budget prvisionnel pour que a entre dans les critres de demande de prt ; On a tabli un plan de financement, avec un fonds de roulement, car cest ce que je devais avoir pour la demande de prt Nacre ; Mon business plan, mon tude de march, mon plan de trsorerie, mon calcul des fonds taient dj faits. On les a valids avec l [oprateur] et puis on les a mis sous la forme attendue pour le dossier [de demande de prt Nacre] ; Cest par pur avantage financier [quil] a fait une demande pour Nacre . En cas de refus du prt Nacre, les oprateurs en conviennent, les porteurs de projet dcident le plus souvent de sortir du dispositif.

    15 Ils taient 20% en Champagne-Ardenne en 2012 et 50% en Limousin (en lien notamment avec la place prise par le dispositif rgional au stade de lmergence et du montage du projet).

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    6.3 et savre structurer laccompagnement mis en uvre durant cette phase au point den tre gnralement la finalit

    Les travaux monographiques montrent quune large majorit des porteurs de projets interrogs ont bnfici dun prt Nacre dans le cadre de la PM2. Ce constat est avant tout le rsultat de lobjectif dfini par les pilotes du dispositif de maximiser la couverture des porteurs de projets accompagns par le prt Nacre. Ainsi le systme de mesure de lactivit et de la performance du dispositif repose, entre autres, sur un suivi de la part des bnficiaires entrs dans Nacre depuis plus de six mois qui ont t financs par le prt Nacre, dont la valeur cible tablie est de 80 %. Cette orientation imprgne la mise en uvre de la deuxime phase de Nacre et se traduit plusieurs niveaux. Dabord, les diffrentes tapes qui jalonnent cette phase sont gnralement celles qui rythment le processus qui mne lobtention dun prt Nacre. Analyse conomique et financire, plus ou moins approfondie, du projet et ajustement ventuellement

    du plan de financement associ. Analyse du besoin en solutions de financement et des capacits de financement. Instruction dune demande de prt Nacre. Information et conseil sur la relation bancaire. Examen de la demande et dcision daccord du prt Nacre. Ensuite, de faon assez rpandue, les oprateurs interrogs concdent souvent faire entrer administrativement les porteurs de projet en deuxime phase de Nacre, le jour o la dcision est connue. Cette pratique serait lie la ncessit de disposer du taux de transformation maximum et la volont de ne pas gaspiller des phases .

    6.4 Le processus auquel est soumis le demandeur dun prt Nacre prend gnralement la forme de celui mis en place par loprateur conventionn pour ses propres aides

    lchelle franaise, les deux principaux rseaux dappui la cration dentreprise conventionns sur la deuxime phase de Nacre sont dune part Initiative France et dautre part France Active. Il convient de prciser que le cur de mtier de ces deux rseaux est prcisment le financement de crateurs dentreprises reposant sur des offres de services toffes. Initiative France propose un prt dhonneur (accord sans exiger de garantie ni de caution personnelle) ,

    dont les caractristiques sont assez proches du prt Nacre. France Active propose des systmes de garantie de prts ou encore des apports en quasi-fonds propres. Or, pour mettre en uvre leur mission de traitement des demandes et doctroi du prt Nacre, ces deux rseaux se sont appuys sur le processus quils mettent en place pour la mobilisation de leur propre offre de service. En tout tat de cause, lexamen de la demande de prt Nacre du porteur de projet et la dcision sont laisss par loprateur de la deuxime phase une instance collgiale et gnralement partenariale. Sa composition diffre dun rseau un autre, ou encore entre structures affilies un mme rseau. Ceci tant dit, gnralement, les membres sont des acteurs locaux, reprsentants du monde socio-conomique, bnvoles dans le cadre de cet exercice et dtiennent une expertise spcifique. Il sagit de banquiers, experts comptables, chefs dentreprises, reprsentants des rseaux de chambres consulaires lexception des commissions du rseau des plateformes dinitiative locale, les porteurs de projet ninterviennent quasiment pas pour prsenter eux-mmes leur projet.

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    6.5 La demande dun prt Nacre saccompagne dailleurs le plus souvent dune demande complmentaire de type prt dhonneur ou garantie

    Lensemble des bnficiaires interrogs ayant bnfici dun prt Nacre prsente une situation o leur plan de financement incluait, aux cts du prt bancaire, dautres aides financires et en particulier le prt dhonneur du rseau Initiative France, une garantie du rseau France Active, le prt la cration dentreprise dOseo. La multiplicit des aides financires dont les porteurs de projets bnficient est mettre en perspective avec la liste des rseaux dappui la cration dentreprises conventionns sur la deuxime phase du dispositif Nacre. En effet chacun de ces rseaux gre des outils financiers quil mobilise a priori aux cts du prt Nacre. Concernant le prt dhonneur prcisment, les plateformes dinitiative locale (PFIL) se rejoignent pour indiquer que lorsquil y a un prt Nacre, il y a le plus souvent un prt dhonneur. Il est important de souligner que si le premier, dans son esprit, nest pas conditionn par un apport personnel pour favoriser laccs la cration dentreprises au plus grand nombre, ce nest pas le cas du second, du moins pas toujours. En effet, les modalits de financement sont propres chaque plateforme et si quelques PFIL nont pas dexigence de ce point de vue, dautres dfinissent le montant du prt dhonneur en fonction du montant de lapport personnel du porteur. Dans une situation intermdiaire, une plateforme octroie, quant elle, un prt dhonneur sans apport mais plafonn 1 500 euros. Au final, quelle que soit la diversit des modalits dintervention des plateformes dinitiative locale, leur existence mme vient amputer lun des principes de Nacre, celui daccompagner des porteurs de projet sans fond propre. En effet, les critres de slection plus exigeants lemportent sur louverture du dispositif Nacre et celui-ci se trouve ainsi rduit complter loffre de services existante sans parvenir l'inflchir.

    6.6 Si Nacre contribue la bancarisation des porteurs de projets accompagns Les travaux monographiques ont montr qua priori les bnficiaires de Nacre avaient accs la relation bancaire. De plus, les personnes interviewes expliquent gnralement ne pas avoir eu de difficults accder cette relation, ce qui ne veut pas dire quelles ont toutes eu complte satisfaction de leur demande. Si les bnficiaires de Nacre ont accs la relation bancaire, faut-il pour autant en dduire que le dispositif y contribue ? Il semble que plusieurs lments penchent en faveur dune rponse positive. Lobtention du prt Nacre appelle en contrepartie un prt bancaire. Le porteur de projet doit ainsi

    ncessairement se rapprocher et nouer une relation avec une banque. De ce point de vue, Nacre contribue la bancarisation des crateurs.

    Le prt Nacre, comme le prt dhonneur auquel il est souvent compar, savre tre utile consolider lapport financier du porteur de projet, finanant par ce biais le fonds de roulement de lentreprise qui sera cre alors que le prt bancaire pourra financer un investissement.

    Le dispositif Nacre, dans son ensemble, a dabord un effet scurisant sur les rseaux bancaires. Il est intressant que sur ce point ce nest pas tant le bnfice (ou la perspective de bnfice) du prt taux zro que laccompagnement dans sa globalit qui est scurisant pour les rseaux bancaires. En effet, ces derniers connaissent les conseillers des rseaux dappui la cration dentreprise conventionns sur Nacre et surtout reconnaissent leur expertise et lintrt quun de leurs clients bnficie dun accompagnement de ce type. Dans ce cas, cest dailleurs non pas tant Nacre qui vient scuriser les banques que lintervention de rseaux reconnus pour leur crdibilit.

    Notre banque connait trs bien Nacre [] la majorit des conseillers des quarante agences du territoire [] a des changes rguliers avec les oprateurs et nous faisons de la communication en interne pour leur dire que a existe et quelles sont les conditions dligibilit. [] On fait le mme accueil pour les clients bnficiaires de Nacre que pour les autres. Dans le cas de clients Nacre ou qui ont un prt dhonneur on sait quils ont un accompagnement [et] on sait que plus un projet est accompagn, bien ficel avant et suivi

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    aprs, plus il a des chances daller au bout des trois ans. [] cest un avantage norme dtre dans Nacre, de nombreux dossiers nobtiendraient jamais de prt chez nous sils ntaient pas accompagns par ailleurs.

    6.7 son influence reste modeste Si Nacre contribue la bancarisation des porteurs de projets, faut-il pour autant en dduire que le dispositif y a contribu fortement ? Il semble que plusieurs lments penchent en faveur dune rponse contraste et globalement ngative. La mdiation bancaire nest pas un sujet systmatiquement trait au sein de la deuxime phase de

    Nacre. Dailleurs, les porteurs de projets sont plusieurs avoir dj entam la prospection et lidentification de contacts au sein dagences bancaires. Nacre de ce point de vue est rarement le vecteur de la mdiation bancaire mais il peut y contribuer.

    La mdiation bancaire est souvent rduite dans Nacre la leve dune condition pose pour lobtention du prt taux zro. Dans ce cadre, le travail de mdiation bancaire ralis par loprateur de la deuxime phase peut concerner lidentification de points de contacts mais surtout la prparation de la rencontre entre le porteur de projet et le conseiller bancaire. En effet, il est rare que loprateur intervienne physiquement dans la relation16. Tout au plus, cela peut concerner un change tlphonique avant ou aprs les changes.

    La conjoncture conomique actuelle tend rendre les banques plus exigeantes sur le plan des garanties demandes aux porteurs de projets en gnral, accentuant leffet dviction des circuits bancaires des publics les plus fragiles. De ce point de vue, lobjectif du dispositif de ne voir aucun bnficiaire disposer dune caution personnelle correspondant plus de 50 % du montant du prt nest pas atteint17.

    6.8 et il nen est pas le seul dterminant Si Nacre contribue la bancarisation des porteurs de projets, faut-il pour autant en dduire quil est le seul dispositif le faire ? Il semble que plusieurs lments penchent en faveur dune rponse globalement ngative. Lexpert-comptable, lorsquil est prsent, joue un rle important dans le processus de bancarisation

    du porteur de projet. Les plans de financement des porteurs de projets bnficient de multiples aides financires qui

    viennent noyer leffet du prt Nacre. Nacre nest quune composante de loffre de services des rseaux dappui la cration

    dentreprise sur lesquels repose la confiance des rseaux bancaires.

    16 Les investigations ont fait ressortir un seul cas dintermdiation forte se traduisant par lintervention physique dun oprateur dans le cadre des rencontres entre des porteurs de projet et des agences bancaires (France Active en Languedoc-Roussillon). 17 La question du taux dintrt associ au prt bancaire est quasiment considre comme annexe par les oprateurs dans la mesure o le montant du prt est souvent faible et la dure de remboursement courte.

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    7. LA PHASE MTIER 3 : QUAND LE PRINCIPE DGALIT DE TRAITEMENT VIENT NUIRE LINDIVIDUALISATION DU PARCOURS

    La troisime phase du parcours Nacre est ddie l appui au dmarrage et au dveloppement de lentreprise selon les termes du cahier des charges du parcours Nacre. Dune dure de trois ans, cette phase doit tre ponctue de points de gestion rguliers, cest--dire de rencontres avec le jeune chef dentreprise, lors desquelles loprateur daccompagnement doit sassurer de la bonne gestion et de ltat de dveloppement de lentreprise. Des livrables doivent galement tre produits tout au long de cette dernire phase, eux aussi dtermins par le cahier des charges du dispositif (plan daccompagnement personnalis, compte rendu des points de gestion, diagnostic de fin de premire anne dexercice, dossier de suivi dincident de remboursement du prt taux zro en cas dincident). En pratique, les points de gestion sont raliss selon des modalits trs diverses, tant du point de vue de leur rythme que du contenu et de lorganisation des changes. Laccompagnement ralis peut donc prendre des formes sensiblement diffrentes, qui constituent en quelque sorte des compromis , plus ou moins satisfaisants, entre les attendus du cahier des charges, les pratiques des oprateurs et les besoins des bnficiaires.

    7.1 Laccompagnement ralis en PM3 consiste en un suivi conomique et financier de lentreprise et, dans une moindre mesure, en des conseils au dveloppement de lactivit

    Interrogs sur laccompagnement dont ils bnficient dans le cadre de la troisime phase du dispositif Nacre, les chefs dentreprise sont une majorit expliquer quil recouvre des changes, espacs dans le temps, portant essentiellement sur la situation conomique et financire de lentreprise. Ces mmes personnes parlent souvent dun suivi qui peut tre ralis distance ou dans le cadre de rencontres physiques tenues dans les locaux de lentreprise ou dans ceux de laccompagnant. Ce suivi de lactivit de lentreprise saccompagne galement du suivi du recouvrement du prt Nacre lorsquil a t accord. Les bnficiaires se rejoignent pour dire que laccompagnement post-cration compte deux dimensions. Un suivi conomique et financier de lentreprise : les mots de bilan , de suivi et de point

    sont souvent mis en avant par les bnficiaires pour dcrire le contenu des changes avec loprateur conventionn sur la troisime phase de Nacre. Laccompagnement permet gnralement dapprcier le niveau de lactivit de lentreprise et son volution au regard du prvisionnel. Plusieurs tmoignages peuvent tre avancs pour illustrer ces diffrents points : Jai dj eu deux rendez-vous avec la chambre de mtiers pour le suivi et a sest trs bien pass. On a fait un contrle de la comptabilit et des mesures commerciales que je mets en place pour dvelopper lentreprise. ; Ma conseillre de la [plateforme dinitiative locale] est passe il ny a pas longtemps pour faire le bilan. ; Une personne de la [plateforme dinitiative locale] vient voir les bilans, etc. [] La dernire fois nous avons eu un temps de discussion dune heure trente. [] a permet davoir une soupape de scurit au cas o.

    Un soutien au dveloppement de lactivit : les dirigeants interrogs reconnaissent que laccompagnement leur permet aussi de lever des difficults, damliorer certains aspects de leur activit, grce aux conseils dlivrs par loprateur, de manire spontane ou en rponse des questions. Plusieurs tmoignages peuvent tre avancs pour illustrer ces diffrents points : [Laccompagnant] me donne aussi des conseils pour dvelopper lactivit [et notamment] le nom de personnes contacter pour avoir du travail. ; On parle [de la manire d] amliorer la faon de faire, de communiquer, cest utile. ; Nous avons voqu les investissements prvus, une embauche, les carnets de commande, le choix des placements avec la banque .;

    Suivant les rseaux dappui la cration dentreprise, le poids de chacun de ces deux volets semble varier au sein de laccompagnement. Le suivi conomique et financier de lentreprise serait plus prgnant dans

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    laccompagnement ralis par les professionnels des rseaux Initiative France et surtout France Active. Le soutien au dveloppement de lactivit serait quant lui un volet plus marqu de laccompagnement ralis par le rseau des boutiques de gestion. Au-del des rseaux doprateurs, on note que lappui au dveloppement serait plus particulirement une marque de fabrique de lintervention de bnvoles (des parrains issus par exemple des rseaux Initiative France et Adie), voire doprateurs locaux trs spcialiss (en rgion Rhne-Alpes par exemple).

    7.2 Les modalits de laccompagnement du dirigeant mises en uvre par les oprateurs sont variables dun rseau lautre et dun bnficiaire lautre

    Les entretiens avec les oprateurs conventionns montrent des pratiques daccompagnement diffrentes. Certains rseaux conventionns proposent une galit de traitement. Un premier explique que les

    points de gestion qui jalonnent la troisime phase de Nacre sont prsents au dirigeant comme obligatoires. De plus, le rythme est trimestriel et identique tous les bnficiaires. Un autre rseau explique que le conseiller se dplace systmatiquement sur les lieux de lentreprise afin dapprcier lenvironnement dans lequel le bnficiaire de Nacre volue.

    Certains rseaux conventionns proposent une quit de traitement. Un premier rseau explique quil adapte les modalits daccompagnement aux besoins du dirigeant. La frquence, le lieu et la voie dchange dpendront par exemple de la localisation du bnficiaire de Nacre ou encore de lactivit de lentreprise. Un autre rseau privilgie un change tlphonique si le dirigeant na pas de difficults et un change en face--face sil en prsente.

    Ceci tant dit, la variabilit de laccompagnement post-cration ne renvoie pas toujours aux diffrences de pratiques des rseaux conventionns sur la troisime phase de Nacre dans la mesure o elle peut tre observe pour des dirigeants accompagns au sein dun mme rseau dappui la cration dentreprise. Au final, les modalits daccompagnement durant la troisime phase de Nacre diffrent dun dirigeant lautre. Une premire diffrence rside dans lintensit des changes entre loprateur et le dirigeant.

    Certains tmoignages suggrent ainsi des rencontres rapproches, dautres des rencontres pisodiques, sans rythme convenu.

    Une deuxime diffrence rside dans les modalits de lchange entre loprateur et le dirigeant. Si dans leur ensemble, les bnficiaires de Nacre expliquent que les rencontres ont gnralement lieu en face--face et rarement par tlphone, certaines ont lieu dans les locaux de lentreprise ou bien dans les locaux de loprateur ; parfois les deux modalits sont prsentes pour un mme accompagnement. Par ailleurs, les personnes charges de laccompagnement sont gnralement des salaris, parfois des bnvoles, souvent chefs dentreprises en activit ou retraits18.

    7.3 Le besoin daccompagnement des dirigeants et la rponse qui est apporte travers Nacre sont variables, et le niveau de satisfaction htrogne

    Les diffrences de configuration de laccompagnement du dirigeant aprs la cration de son entreprise rvlent une pluralit de besoins suivant que le dirigeant a une entreprise dans telle ou telle activit, quil dtient des comptences et une exprience en gestion, en comptabilit, en communication, en marketing, en ressources humaines quil accepte le regard dun acteur extrieur sur son activit, etc. Dailleurs, les rponses apportes par les oprateurs de la troisime phase de Nacre sont trs diffrentes, comme lindiquent les tmoignages de deux dentre eux : Le droulement de la [troisime phase] cest trs variable dun porteur de projet lautre. Dans 70 % des cas a se passe bien, ils trouvent a logique de rendre des comptes. Dans 10 15 % [des cas] on est vraiment sollicit sur des points prcis et on dpasse

    18 Il convient de prciser que certains dirigeants dclarent ne pas tre accompagns dans le cadre de la troisime phase de Nacre (rgions Limousin et Languedoc-Roussillon).

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    largement nos heures. Pour le reste a coince, ils ne veulent pas entendre parler de laccompagnement. Cest [peru comme] du contrle. ; Laccompagnement [pendant la troisime phase de Nacre], cest extrmement variable [dun dirigeant lautre]. Certains ont des bonnes bases et ont dj un comptable, un avocat etc. Ici, lintrt pour eux est quon a un regard plus global sur lactivit, sur les pistes de dveloppement, etc. Laccompagnement portera [moins sur la gestion et la comptabilit que] sur la communication, le dveloppement, les fournisseurs, la stratgie dans le cas des dirigeants moins autonomes on les oblige remplir les tableaux, on leur explique la diffrence entre chiffre daffaires et bnfice, lutilit de venir nous voir, davoir de bons outils de gestion et leur utilisation. La formalisation du suivi permet une prise de conscience des dirigeants. Il y a aussi un soutien administratif [] on essaye de leur faire prendre un comptable. Du point de vue des nouveaux dirigeants, les entretiens tendent montrer que, pour une majorit dentre eux, les attentes initiales sont faibles en matire daccompagnement. Ainsi, un bnficiaire de Nacre interrog sur le caractre distendu de ses relations avec le conseiller qui laccompagne indique que cela ne [le]drange pas . Un autre prcise que [sa] priorit est de faire du business et quil n [a] pas forcment le temps de faire les papiers demands [par loprateur] . Ce mme chef dentreprise ajoute ceci : je prends mes responsabilits, je ne vois pas ce quils pourraient mapporter aujourdhui . Cette situation renvoie nanmoins deux explications fort diffrentes. On notera que de nombreux oprateurs, distinguant la demande initiale du porteur de projet et lanalyse de ses besoins, expriment des difficults intresser certains bnficiaires. Par ailleurs, on observe galement que dautres bnficiaires jugent inutile laccompagnement Nacre dans la mesure o ils bnficient dj dun appui hors du dispositif. Frquemment cet avis renvoie au fait que le dirigeant a pris lattache dun expert-comptable pour soccuper des dimensions de gestion et de comptabilit de lentreprise. Laccompagnement de Nacre nest alors plus mis profit sur cette dimension: Jai un suivi post-cration par lEtat en tant quallocataire du RSA. [] Je nen ai pas besoin [du suivi propos travers la troisime phase de Nacre] car jai un comptable attitr pour ma socit []. On mimpose a, mais a devrait tre sur linitiative de la personne. [] Je suis dans une phase de dveloppement. A lheure actuelle, jaurais besoin dun chque pour dvelopper la boutique. . Nanmoins, dautres bnficiaires mettent en avant le bnfice retir par laccompagnement Nacre. Un chef dentreprise explique ainsi que d avoir des points rguliers sur le projet rpond [ses] attentes [car] en cas de difficult cela permet davoir les conseils dune personne qui a lhabitude de la gestion dentreprise . Un autre que [sa] conseillre [lui] avait dit de bien faire attention [sa] trsorerie [au dmarrage de son activit], car il fallait du temps pour se faire connatre. pour conclure que [la conseillre lui] a donn de bons conseils, appropris . Un dernier souligne quil a bnfici d un suivi rgulier et individualis [et quil en est] trs satisfait . On note de ce point de vue que la reconnaissance de lutilit de la PM3 va croissante avec lavance de laccompagnement et pour peu que celui-ci soit adapt aux besoins du chef dentreprise.

    7.4 Le dispositif Nacre a eu un effet structurant sur les pratiques de suivi post-cration de certains rseaux dappui la cration conventionns mais est peru comme peu adapt la diversit des besoins des porteurs de projet

    Plusieurs oprateurs reconnaissent que lapplication du cadre dfini par Nacre pour le suivi des porteurs de projets aprs la cration ou la reprise de lentreprise a eu un effet structurant sur leurs pratiques. Cet effet structurant renvoie au cadencement et aux livrables demands. Ceci tant dit, la grande majorit des oprateurs interviews le jugent galement contraignant et lourd. Plus prcisment, ils expliquent que : La rigidit du cadencement ne permet pas dadapter le rythme du suivi en fonction des besoins des

    porteurs de projets. Selon eux, lapplication du cahier des charges de Nacre peut faire natre chez certains porteurs de projets un sentiment de contrle. Par ailleurs, lensemble des documents et des dmarches administratives ncessaires la ralisation des livrables, au suivi des prts Nacre, lactualisation des extranets, etc. gnre une lourdeur dans laccompagnement post-cration, vcue la fois par le conseiller et le chef dentreprise. Ceci peut au final se traduire par une lassitude voire un

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    abandon du bnficiaire. Plusieurs oprateurs conventionns ont fait tat de difficults maintenir un contact avec le chef dentreprise la troisime anne de la troisime phase.

    La prise en charge financire de Nacre pour la ralisation de lensemble des tches associes la troisime phase du dispositif est galement considre par tous les oprateurs comme insuffisante. Elle conduit conforter un investissement a minima des oprateurs, recentrs sur le suivi conomique et financier et noffre pas la possibilit daccompagner le bnficiaire dans le dveloppement de son entreprise, autrement dit de lappuyer dans le dveloppement de son activit et la cration demplois. Dans le cas des personnes ayant une apptence particulire pour laccompagnement, le faible volume de temps ddi laccompagnement conduit mme une forme de frustration de certains bnficiaires.

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    8. LES CONDITIONS DEFFICACIT DU PROCESSUS DACCOMPAGNE-MENT

    Si les pratiques daccompagnement des oprateurs se dveloppent en rponse , ou en cho lagencement et la succession ordonne des diffrentes phases du parcours Nacre, laccompagnement est avant tout un fonctionnement, qui doit parvenir sinstaller et sarticuler, chaque tape, un processus de cration ou de reprise toujours singulier sauf manquer sa cible. Le processus de cration ou de reprise dune entreprise a en quelque sorte sa vie et sa dynamique propre, et cest bien lobjectif du dispositif Nacre que de contribuer les renforcer, pour uvrer, in fine, la prennit des structures accompagnes. Comment prestations daccompagnement et processus de cration-reprise parviennent-ils fonctionner ensemble ? Quels sont les apports spcifiques de laccompagnement et comment les qualifier ? Mais comment, galement, caractriser le processus de cration ou de reprise, les besoins du projet et ceux du crateur ? Quest-ce qui se joue alors dans les modalits selon lesquelles un crateur, une structure daccompagnement et un projet dentreprise se rencontrent et travaillent ensemble , pour reprendre les termes de lun des intervenants que nous avons rencontr ? Do laccompagnement tire-t-il, finalement, son efficacit propre ? Enfin, quelles figures de laccompagnement mergent de lenqute ? Le projet de cration dune entreprise, lorsquil intervient ex nihilo, suppose de constituer des ressources pour former un agencement conomique, partir de rien. La constitution des ressources ncessaires au projet est un processus qui ne va pas de soi, qui suppose des investissements spcifiques, ajusts au projet. Lorientation que peuvent prendre ces investissements, de quelque nature quils soient formation, acquisition dun diplme, tude de march, rflexion sur la conception du produit ou de la prestation envisags, etc. rendra possible, ou non, la constitution progressive dun agencement conomique efficace. Les porteurs de projet qui sengagent dans ce travail nont pas dide prcise de ce quil suppose. Ils tmoignent, pour ceux qui en ont bnfici, de lutilit dun accompagnement individualis, qui leur permette de concevoir, penser et faire fonctionner ensemble toutes les ressources qui, agrges, solidarises, constitueront proprement parler lentreprise.

    8.1 Informer et orienter dans les dmarches La dimension la plus partage de laccompagnement, le plus petit dnominateur commun de laccompagnement ralis par lensemble des oprateurs du champ de la cration dentreprise, consiste en une information des porteurs de projet sur les aides disponibles, lorientation dans les dmarches administratives entreprendre et les formalits respecter. Selon les oprateurs, cette dimension de laccompagnement interviendra trs rapidement, ds les premiers contacts avec le porteur de projet, ou plus tardivement, dans le cours du travail ralis sur le projet et au moment utile. Cette diffrence de pratiques est directement lie au positionnement des oprateurs vis--vis de ce quils nomment la construction ou la maturation du projet, et du mme coup au fait quils rattachent , ou pas, ce travail de maturation laccompagnement ralis dans le cadre de Nacre. Quil intervienne ds la premire rencontre avec le porteur de projet, ou quil soit plus tal dans le temps, au fil dun travail approfondi sur le projet, lapport dinformations actualises et prcises, y compris sur les formalits et les dimensions administratives de la cration dentreprise, est systmatiquement apprci par les porteurs de projet. Laccompagnement constitue alors une sorte de guide, qui permet au porteur de projet de ne pas se perdre dans le maquis de la cration dentreprise , ses dmarches, ses dossiers, les diffrentes aides disponibles, etc. Comme lindiquait un porteur de projet en Champagne-Ardenne : Mes attentes envers laccompagnement taient (de) maider monter le projet. Jtais fermement dcide, mais je ne savais pas comment faire, quelles taient les dmarches administratives, les rgles .

    8.2 Les bnfices de la formation, associe un accompagnement individualis Les crateurs comme les oprateurs tmoignent par ailleurs de la difficult que reprsente le passage de la situation de salari celle dentrepreneur. De nombreux porteurs de projet soulignent quel point cela a

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    reprsent, pour eux, lentre dans un monde inconnu : Quand on est employ et quon veut crer, on arrive dans un monde o on ne connat rien. Les fournisseurs, la gestion, la comptabilit () Ctait linconnu. Mes parents taient ouvriers ; je navais pas de rfrence (crateur). La formation est lun des moyens par lesquels le porteur de projet peut parvenir se constituer des repres, soutiller. Les oprateurs indiquent en effet que la connaissance (des porteurs de projet) dans le domaine conomique est faible, alors quils sont souvent des techniciens trs pointus (oprateur) et que cest donc l quil faut intervenir. En pratique, la formation peut intervenir diffrents titres et dans diffrents cadres. Lune des cratrices contactes en Champagne-Ardenne tmoignait ainsi : En tant que chmeuse, je devais faire des stages Afpa pour avoir les aides. Je ne connaissais rien lentreprise, la comptabilit. Ctait trs bien pour moi dtre paule. En mme temps, jai fait les travaux () pour minstaller. () Jai eu 6-8 mois de prparation de mon projet. Ctait dans l