Gautier, Goya

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El primer catálogo de obras de Goya corrió a cargo del escritor francés Théophile Gautier, en cuyo texto de introducción comienza a germinar la imagen romántica del pintor.

Text of Gautier, Goya

  • F R A N C 0 GOYA Y LUCIENTES.

    Francisco Goja y Lucientes peut tre appel bon droit Ic dernier peintre espagnol; il clt celte vigoureuse gnration d'artistes du seizime et du dix-septime sicle ; il est le petit-fils encor reconnaissable de Velazquez. Aprs lui viennent les Aparicio, les Lpez; la dcadence est complete, le eyele de l'art est ferm. Qui le rouvrira?

    C'est un trange peintre, un singulier gnie que Goya! Ja-mis originante ne fut plus tranche, jamis artiste espagnol ne futplus local. Un croquis de Goya, quatre coups de pointe dansun nuage d'aqua-tinta en disent plus sur les mceurs du pays

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    que les plus longues descriptions. Par son existence aventu-reuse, par sa fougue, par ses talents mltiples, Goya semble appartenir aux belles poques de l'art, et cependant c'est en quelque sorte un contemporain : il est mort Bordeaux en \828.

    Avant d'arriver l'apprciaon de son ceuvre, esquissons sommairement sa biographie. Don Francisco Goya y Lucientes naquit en Aragn de parentsdans une position de fortune me -diocre, mais cependant suffisante pour ne pas entraver ses dis-positions naturelles. Son got pour le dessin et la peinture se dveloppa de bonne heure. II voyagea, tudia Rome quelque temps, et revint en Espagne, o il flt une fortune rapide la cour de Charles IV, qui lui accorda le titre de peintre du roi. 11 tait recu chez la reine, chez le prince de Bnavenle et la du-chesse d'Albe, et menait cette existence de grand seigneur des Rubens, des Van-Dyck et des Volazquez, si favorable l'pa-nouissement du gnie pittoresque. II avait, prs de Madrid, une casa de campo dlicieuse, o il donnait des ftes, et o il avait son atelier.

    Goya a beaucoup produit; il a fait des sujets de saintet, des fresques, des portraits, des scnes de mceurs, des eaux-fortes, des aqua-tinta, des lithographies, et partout, mme dans les plus vagues bauches, il a laiss l'empreinte d'un talent vi-goureux; la griffe du lion raye toujours ses dessins les plus abandonns. Son talent, quoique parfaitement original, est un singulier mlange de Velazquez, de Rembrandt etde Reynolds; il rappelletour tour ou en mme temps ees trois matres, mais comme le fils rappelle ses ai'eux, sans imitation servile, ou plu-tt par une disposition congniale que par une volont for-melle.

    On voit de lui, au muse de Madrid, le portrait de Charles IV et de la reine cheval : les tetes sont merveilleusement peintes, pleines de vie, de flnesse et d'esprit; un Picador et le Massacre du 2mai, scned'invasion. Al'Acadmie, on admire uneFemme cou-che, en costume de maja d'une lgance exquise et d'une couleur charmante. Le duc d'Ossuna possde plusieurs tableaux de Goya, et il n'est gure de grande maison qui n'ait de lui quelque por-

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    trait ou quelqueesquisse. L'intrieur de l'glisde San Antonio de la Florida, ou se tient une fte assez frquente, une demi-lieue de Madrid, estpeint a fresque par Goya, avec cette libert, cette audace et cet effet qui le caractrisent. A Tolde, dans une des salles capitulaires, nous avons vu de lui un tableau re-prsentant Jsus livr par Judas, effet de nuit que n'et pas dsavou Rembrandt, qui je l'eusse attribu d'abord, si un chanoine nejm'et fait voir la signature du peintre mrite de Charles IV. Dans la sacristie^ie la cathdrale de Sville, il existe aussi un tableau de Goya, d'un grand mrite, sainte Justine et sainte Rufflne, vierges et martyres, toutes deux filies d'un potier deterre,comme l'indiquent les nlcarazas et les cantaros groups leurs pieds. v ' *.

    La maniere de peindre de Goya tait aussi excentrique que son talent: il pisait la couleur dans des baquts, Tappliquait avec des ponges, des balis, des torchons, et tout ce qui li tombait sous la main; il truellait et maconnait ses tons comme du mrtier, et donnait les touches de sentiment grands coups de pouce. A l'aide de ees procedes expditifs et premptoires, il couvraiten un oudeuxjours une trentaine de pieds de muraille. Tout ceci nous parat dpasser un peu les bornes de la fougue et de Tentrain; les artistes les plus emports sont des lchcurs en comparaison. II excuta, avec une cuiller en guise de brosse, une scne du Dos de Maio, o Ton voit des Francais qui fusil-lent des Espagnols. C'est une ceuvre d'une verve et d'une furie incroyables. Cette curieuse peinture est relgue sans honneur dans Tantichambre du muse de Madrid.

    L'individualit de cet artiste est si forte et si tranche, qu'il nous est difficile d'en donner une idee mnle approximative. Ce n'est pas un caricaturiste comme Hogarth, Bamburry ou Cruis-hanck; Hogarth, srieux, flegmatique, exact et minutieux comme un romn de Richardson, laissant toujours voir l'inten-tion morale; Bamburry et Cruishanck, si remarqubles pour leur verve maligne, leur exagration bouffonne, n'ont rien de commun avec l'auteur des Caprichos; Callot s'en rapprocherait plus, Callot, moiti Espagnol, moiti Bohmien ; mais Callot est net, clair, fin, prcis, fidle au vrai, malgr le maniere de ses

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    tournures et l'extravagance fanfaronne de ses ajuslemenls ; ses uiableries les plus singulires sont rigoureusement possibles ; i! fait grand jour dans ses eaux-fortes, o la recherche des dtails empche l'effet et le clair-obscur, qui ne s'obtjennent que par des sacrifices. Les compositions de Goya sont des nuits profun-des o quelque brusque rayn de lumire bauche de pales sil houettes et d'tranges fantmes.

    C'est un compos de Rembrandt, de Watteau et des songes drolatiques de Rabelais; singulier mlange! Ajoutez cela une haute saveur espagnole, une forte dose de Tesprit picaresque de Cervantes, quand il fait le portrait de la Escalanta et de la Ganan-ciosa, dansRinconete et Cortadillo, et vous n'aurez encor qu'une trs-imparfaite idee du talent de Goya. Nous allons tcher de le faire comprendre, si toutefois cela est possible, avec des mots. _

    Les dessins de Goya sont excuts l'aqua-tinta, repiqus et ravivs d'eau-forte; rien n'est plus franc, plus libre et plus fa-cile; un trait indique tout une physionomie, une traine d'om-bre tient lieu de fod, ou laisse deviner de sombres paysages a demi bauchs; des gorgs de sierra, thtres tout prepares pour un meurtre, pour un sabbat ou une tertulia de Bohmiens; mais cela est rare, car le fand n'existe pas chez Goya ; comme Michel-Ange, il ddaigne compltement la nature extrieure, et n'en prerid tout juste que ce qu'il faut pour poser des figures, et encor en met-il beaucoup dans les nuages. De temps en temps un pan de mur coup par un grand angle d'ombre, une noire arcade de prison, une charmille peine indiques; voil tout. Nous avons dit que Goya tait un caricaturiste, faute d'un mot plus juste. C'est dla caricature dans le genre d'Hoff-mann, o la fantaisie se mle toujours la critique, et qui va souvent jusqu'au lgubre et au terrible ; on dirait que toutes ees tetes grimagantes ont t dessines par la griffe de Smarra sur le mur d'une alcve suspecte, aux lueurs intermitientes d'une veilleuse l'agonie. On se sent transport dans un monde inou'i, impossible et cependant rel. Les trones d'arbre ont l'air de fantmes, les hommes d'hynes, de hiboux, de chats, d'nes ou d'hippopotames; les ongles sont peut-tre des serres,

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    les souliers boufettes chaussent des pieds de bouc ; ce jeune cavalier est un vieux mort, et ses chausses enrubanesenve-loppent un fmur dcharn ct deux maigres tibias; jamis il ne sortit de derrire le pole du docteur Faust des apparitions plus mystrieusement sinistres. \

    Les caricatures de Goya renferment, dit-on, quelques allu-sions politiques, mais en petit nombre ; elles ont rapport Go-do , la vieille duchesse de Benaventi, aux favoris de la reine, et quelques seigneurs de la cour, dont elles stigmatisent Pi-gnora ncerou les vices. Mais il faut bien les chercher travers le voile pais qui les obombre.Goya a encor fait d'autres des-sins pour la duchesse d'Albe, son amie, qui ne sont point pa-rus, sans doute cause de la facilit de l'application. Quel-ques-uns ont trait au fanatisme, la gourmandise et la stupi-dit des moines; les autres reprsentent des sujets de mceurs ou de sorcellerie.

    Le portrait de Goya sert de frontispice au recueil de son ceu-vre. C'est un homme de cinquante ans environ, l'ceil oblique et fin, recouvert d'une large paupire avec une paite d'oie maligne et moqueuse, le mentn recourb en sabot, la lvre suprieure minee, l'infrieure preeminente et sensuelle ; le tout encadr dansdes favoris mridionaux et surmont d'un chapeau la Bolvar; une physionomie caractrise et puissante.

    La premire planche reprsente un mariage d'argent, une pauvre jeune filie sacrifie un vieillard cacochyme et monstrueux,par des parents avides. La marie est charmante avec son petit loup de velours noir et sa basquine grandes franges, car Goya rend merveille la grce andalouse et castillane; les parents sont hi-deux de rapacit et de misre envieuse, ils ont des airs de re-quins et de crocodiles inimaginables; elle sourit dans les larmes, comme une pluie du mois d'avril; ce ne sont que des yeux, des grifles et des dents; l'enivrement de la parure empche la jeune filie de sentir encor toute l'tendue de son malheur.Ce thme revient souvent au bout du crayon de Goya, et il sait tou-joursentirer des effets piquants. Plus.Ioin, c'est el coco, croque-mitaine,qui vient effrayer les petits enfants et qui en effrayerait J Jien d'autres ; car, aprs l'ombrc de Samuel dans le tablcau de

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    la Pijilwnhse d'Endbr, par Salvator Rosa, nous ne connaissons rien de plus terrible que cet pouvantail. Ensuite ce sont des majos qui courtisent des fringantes sur le Prado; de belles filies au bas de soie bien tir, avec de petites mules taln pointu qui ne tiennent au pied que par l'ongle de l'orteil, avec des peignes d'caille galerie, dcoups jour et plus hauts que la couronne mra