Gautier - Les Jeunes France

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Gautier, Thophile (1811-1872). Les jeunes France : romans goguenards ; suivis de Contes humoristiques. 1880.

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LES

JEUNES-FRANCE

OUVRAGES MEMEAUTEUR DU DANSLA BIBLIOTHQUE-CHARPENTIER 3 fr. 50 chaque volume POSIES OMPLTES C 2 vol. (1830-1872) MADEMOISELLE DEMAUPIN 1 vol. LE CAPITAINE FRACASSE 2 vol. LE ROMAN MOMIE DELA 1 vol. nouvelle fantastique 1 vol. SPIRITE, VOYAGE ENRUSSIE 1 vol. VOYAGE ESPAGNE los montes) 1 vol. EN (Tras ENITALIE 1 vol. VOYAGE ROMANS CONTES ET 1 vol. NOUVELLES 1 vol. DESIGE. Paris, 1870-1871 TABLEAUX 1 vol. Editiondfinitive,orne d'un Portrait MAUX ETCAMES. I'eau-forte,par J. Jacquemart 1 vol. 1 vol. THATRE (Mystre,Comdieset Ballets) FRANCE 1 vol. LESJEUNES suivie HISTOIRE ROMANTISME, de NOTICES DU ROMANTIQUES DELA et d'une Etude sur les PROGRS POSIE FRANAISE 1 vol. (1830-1868) CONTEMPORAINS PORTRAITS (littrateurs, peintres, sculpteurs, artistes dramatiques), avec un portrait de Th. Gautier, d'aprs une gravure l'eau-forte par 1 vol. lui-mme,vers 1833 1 vol. L'ORIENT

8467-80. CORBEIL. et str.CRTE. Typ.

THOPHILE

GAUTIER LES

JEUNES-FRANCE ROMANS GOGUENARDS u Moins nhommeuipense q boeuf rumine. Qu'un qui . ANGOLA DE SUIVIS CONTES HUMORISTIQUES

PARIS DITEUR G. CHARPENTIER, 13 D GRENELLE-SAINT-GERMAIN, 13,RUEE 1880 droits rservs. Tous

PRFACE Je l PIERROT. te dis toujoursa mme chose, e l chose; si ce parcequec'est toujoursa mme netetdirais l n'taitpastoujoursa mme chose, je chose. l pastoujoursa mme LeFestinde Pierre. Ceci, en vrit, mon cher monsieur ou ma belle dame, n'est autre chose qu'une prface, et une prface fort longue : je n'ai pas la moindre envie de vous le dissimuler ou de vous en demander pardon. Je ne sais si vous avez la fatuit de ne pas lire les prfaces ; mais j'aime supposer le contraire, pour l'honneur de votre esprit et de votre jugement. Je prtends mme que vous me remercierez de vous en avoir fait une ; elle vous dispense de deux ou trois contes plus ou moins fantastiques, que vous eussiez eus sans cela, et vous conviendrez, si rcalcitrants que vous soyez, que ce n'est pas une mince obligation que vous m'en devez avoir. J'espre que celle-ci tiendra la moiti du volume ; j'aurais bien voulu qu'elle le remplt tout entier, mais mon diteur m'a dit qu'on tait encore dans l'habitude de mettre quelque chose aprs, pour avoir le prtexte de faire une

II

PREFACE.

table. C'est une mauvaise habitude; on en reviendra. Qu'est-ce qui empche de mettre la prface et la table cte cte, sans le remplissage oblig de roman ou de contes? Il me semble que tout lecteur un peu imaginatif supposerait aisment le milieu, l'aide du commencement et de la fin : sa fiction vaudrait probablement mieux que la ralit, et d'ailleurs il est plus agrable de faire un roman que de le lire. Moi, pour mon compte, et je prtends vous convertir mon systme, je ne lis que les prfaces et les tables, les dictionnaires et les catalogues. C'est une prcieuse conomie de temps et de fatigue : tout est l, les mots et les ides. La prface, c'est le germe ; la table, c'est le fruit : je saute comme inutiles tous les feuillets intermdiaires. Qu'y verrais-je? des phrases et des formes; que m'importe! Aussi, depuis deux ans que j'ai fait cette prcieuse dcouverte, je suis devenu d'une rudition effroyable : je ferais honte Cluverius, Saumaise, dom Calmet, dom Sanchez et tous les dora bndictins du monde ; je disserterais, comme Pic de la Mirandole, de omni re scibili et quibusdam aliis. Citez-moi quelque chose que je ne sache pas, je vous en dfie ; et, pour peu que vous usiez de ma mthode, vous arriverez au mme rsultat que moi. Il en est des livres comme ds femmes : les uns ont des prfaces, les autres n'en ont pas ; les unes se rendent tout de suite, les autres font une longue rsistance ; mais tout finit toujours de mme... par la fin. Cela est

III triste et banal ; cependant que diriez-vous d'une femme qui irait se jeter tout d'abord votre tte ? Vous lui di riez comme le More de Venise Desdemona : .... bas, prostitue!

PRFACE

Cette femme serait une catin sans vergogne : pourquoi voulez-vous donc qu'un livre soit plus effront qu'une femme, et qu'il se livre vous sans prliminaire ? Il est vrai que la fille que vous louez six francs n'y fait pas tant de faons, et vous avez achet le livre vingt sous de. plus que la fille. Il est vous, vous pouvez en user et en abuser ; vous n'accorderez pas mme sa virginit le quart, d'heure de grce, vous le touchez, vous le maniez, vous le tranez de votre table votre lit, vous rompez sa robe d'innocence, vous dchirez ses pages : pauvre livre! La prface, c'est la pudeur du livre, c'est sa rougeur, ce sont les demi-aveux, les soupirs touffs, les coquettes agaceries, c'est tout le charme ; c'est la jeune fille qui reste longtemps dnouer sa ceinture et dlacer son corset, avant d'entrer au lit o son amoureux l'attend. Quel est le stupide, quel est l'homme assez peu voluptueux pour lui dire : Dpche-toi ! D'autant que le corset et la chemise dissimulent souvent une paule convexe et une gorge concave, d'autant que la prface cache souvent derrire elle un livre grle et chtif. O lecteurs du sicle ! ardlions inoccups qui vivez en courant et prenez peine le temps de mourir, plaignez-

IV PRFACE. vous donc des prfaces qui contiennent un volume en quelques pages, et qui vous pargnent la peine de parcourir une longue enfilade de chapitres pour arriver l'ide de l'auteur. La prface de l'auteur, c'est le postscriptum d'une lettre de femme, sa pense la plus chre : vous pouvez ne pas lire le reste. Pourtant, n'allez pas infrer de ce que je viens de dire qu'il y ait une ide dans celle-ci; je serais dsespr de vous induire en erreur. Je vous jure sur ce qu'il y a de plus sacr, (y a-t-il encore quelque chose de sacr?) je vous jure sur mon me, laquelle je ne crois gure ; sur ma mre, laquelle je crois un peu plus, qu'il n'y a rellement pas plus d'ide dans ma prface que dans un livre quelconque de M. Ballanche ; qu'il n'y a ni mythe, ni allgorie ; que je n'y fonde pas de religion nouvelle comme M. G. Drouineau ; que ce n'est pas une potique ni quoi que ce soit qui tende quelque chose : je n'y fais mme pas l'apologie de mon ouvrage. Vous voyez bien que ma prface ne ressemble en rien ses soeurs les autres prfaces. Seulement je profite de l'occasion pour causer avec vous; je fais comme ces bavards impitoyables qui vous prennent par un bouton de votre habit, monsieur ; par le bout de votre gant blanc, madame, et vous acculent dans un coin du salon pour se dgorger de toutes les balivernes qu'ils ont amasses pendant un quart d'heure de silence. En honneur, ce n'est pas pour autre chose. Je n'ai pas grand'chose faire, ni vous non plus, je

PRFACE. V pense. Je m'en vais donc me raconter vous de point en point, et vous faire moi-mme ma biographie : il n'y aura pas plus de mensonges que dans tout autre... ni moins. Avant de vous dire ma vie, vous me permettrez d'abord de vous toucher quelque chose des motifs qui m'ont port faire noires trois ou quatre cents pages blanches qui ne l'ont pas mrit. Je suis un homme d'esprit, et j'ai pour amis des gens qui ont tous infiniment d'esprit, autant d'esprit que M. H. Delatouche et M. Love-Veimars. Tous ces gens-l ont fait un livre ou mme en ont fait deux : il y en a un qui est coupable de trois. Moi, jusqu' ce jour, je m'tais conserv vierge de toute abomination crite ou imprime, et chacun tait libre de me croire autant de talent qu'il lui plaisait. Je jouissais dans un certain monde d'une assez honnte gloire indite. J'tais clbre depuis la chemine jusqu'au paravent ; je faisais un grand bruit dans quelques pieds carrs. Alors, quelques officieux sont venus, qui m'ont dit : I