Introduction à la culture africaine: aspects généraux; Introduction to ...

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    05-Jan-2017

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<ul><li><p>UNION GNRALE DDITIONS 8, rue Garancire PARIS VIe </p></li><li><p>INTRODUCTION A LA CULTURE </p><p>AFRICAINE </p><p>ASPECTS GNRAUX </p><p>PAR </p><p>ALPHA 1. SOW, OLA BALOGUN HONORAT AGUESSY, PATHE DIAGNE </p><p>UNESCO </p><p>p@] </p><p>INDIT </p><p>,., .j_.. I , , , </p></li><li><p>0 Unes0 1977 </p><p>10/18 ISBN 2-264-00198-4 UNESCO ISBN 92-3-201478-5 </p></li><li><p>PRFACE </p><p>A lheure actuelle, la culture- est de plus en plus reconnue comme une dimension ncessaire de tout vritable dveloppement. Cette nouvelle tendance se reflte dans la cration, dans de trs nombreux tats, dinstitutions charges de la promotion de la culture. </p><p>Dans les anciennes colonies, et tout particu- lirement en Afrique, la culture a jou un rle de premier plan clans la lutte pour la libration nationale. Depuis lindpendance, laftrmation de lidentit culturelle constitue un des objectifs prioritaires que se sont assigns tous les tats africains. </p><p>Il manquait pourtant au grand public africain et non africain un ouvrage de large diffusion prsentant les cultures africaines : lIntroduction la culture africaine vient combler ce vide. </p><p>Les tudes qui composent ce volume ont t ralises la demande de 1Unesco par des universitaires africains qui, sous des angles diffrents, ont cherch poser la problmatique </p><p>7 </p></li><li><p>de la culture africaine dans son cadre gnral. Des tudes se rapportant des thmes spcifiques et aux diffrentes aires de culture africaine feront en effet lobjet de publications ultrieures. </p><p>Dans les prolgomnes, Alpha Sow introduit le dbat en prsentant la problmatique de la culture africaine de lAfrique contemporaine et en proposant les lignes dune nouvelle action culturelle. </p><p>Dans le premier chapitre, qui porte sur (( La forme et lexpression dans les arts africains , Ola Balogoun nous initie la conception, la dynamique et lexpression des arts africains. </p><p>Dans le chapitre II, Honorat Aguessy examine, dune part, le jugement port sur les cultures africaines par les reprsentants des cultures europennes notamment et, dautre part, nous invite une nouvelle lecture des cultures afri- caines. </p><p>Enfin, Path Diagne expose les courants la fois culturels et politiques qui ont marqu lvolution de la culture africaine depuis les rsistances la colonisation jusqu Iaffirma- tion de lidentit culturelle, en passant par la ngritude et la personnalit africaine. </p><p>11 va sans dire que ces quatre universitaires africains nous livrent ici leurs rflexions person- nelles sur la culture africaine et son rle dans le devenir de lAfrique et du monde et quen consquence ils portent seuls la responsabilit des ides exprimes. </p></li><li><p>PROLGOMNES </p><p>Par Alpha I. SOW </p><p>Nos monuments nous, ce sont les traditions orales qui meurent avec les vieillards qui meurent, vhicules par de multiples langues souvent impermables les unes aux autres. </p><p>Les autorits traditionnelles chez nous nont plus daudience ni de moyens dexpression. Nos institutions subissent lirruption agressive de la modernit. Nous sommes, dans le monde, un peuple fragile (1). </p><p>Au titre du projet d tudes sur les cultures africaines approuv par la Confrence gnrale de 1Unesco sa dix-huitime session, il a t dcid de publier un ouvrage dIntroduction 4 la culture africaine, destin au grand public qui (&lt; traitera des littratures, des arts et des valeurs culturelles de lAfrique traditionnelle et contemporaine (2) . </p><p>Ce livre rpond donc au besoin ainsi exprim de prsenter les valeurs authentiques du patri- moine culturel africain dans leur diversite et leur convergence afin de les faire apprcier par </p><p>9 </p></li><li><p>le grand public du monde entier et, partant, de favoriser la comprhension et la coopration internationales. </p><p>Le grand public a coutume dembarrasser les spcialistes en leur demandant des rponses claires et simples des questions gnralement complexes et controverses qui relvent encore du domaine de la recherche ou font lobjet dimpressions htives et de jugements person- nels. Le patrimoine culturel ngro-africain sus- cite un vif intrt; on veut certes en connatre la signification profonde, litinraire historique et les manifestations les plus caractristiques, et cet intrt grandit mesure que les tats dAfrique noire se constituent et se dveloppent. </p><p>Mais on se demande galement si la souverai- net nationale retrouve a effectivement libr et valoris des cultures que les puissances colo- niales avaient nagure touffes ou dfigures. On veut savoir si la culture du peuple, hier ignore ou refoule, russit aujourdhui spa- nouir. Pourquoi les langues et les cultures africaines, qui sont surtout tudies et valorises en dehors de lAfrique, ne sont-elles considres et prsentes que comme des documents ethno- graphiques? Comment se fait-il que, mme en cette priode postcoloniale, la participation des intellectuels africains au dbat idologique sur la culture de leurs peuples reste insignifiante, et que les grands collectionneurs, commentateurs et thoriciens des arts ngres soient toujours des </p><p>10 </p></li><li><p>Occidentaux? Cornment des civilisations dont les uvres prestigieuses jalonnent la prhistoire et consacrent lanciennet et lclat tout au long de lantiquit et des temps prcoloniaux, des cultures qui ont scrt les fresques, gravures et peintures rupestres, les spcimens de lart des Grands Royaumes et tous les bronzes, objets et figurines de sites et de foyers clbres aujour- dhui conservs dans les muses dEurope et dAmrique, ont-elles pu pricliter au point de se laisser vaincre et distancer? Existe-t-il, dans le domaine de la pense, des arts et des lettres, un ensemble de valeurs spcifiques permettant de dfinir une personnalit culturelle commune lAfrique noire, comme il en existe pour locci- dent, le monde arabe, etc.? </p><p>1. PROBLMATIQUE CULTURELLE DE LAFRIQUE CONTEMPORAINE </p><p>Tout en reconnaissant que la diversit cul- turelle reprsente, en Afrique, une ralit vi- vante (3) B, les dlgus la Confrence inter- gouvernementale sur les politiques culturelles en Afrique </p><p>[...] ont aftrm~ que lunit reprsente lobjectif prioritaire ri atteindre. Ils ont insist ce propos sur la ncessit de dgager les points communs aux cultures africaines, qui constituent une base de lafricanit (4). </p><p>11 </p></li><li><p>A leur tour, de jeunes Africains runis Abomey par 1Unesco ont estim qu ct de diversits culturelles incontestables qui se manifestent au niveau des langues, des arts, des traditions musicales, des croyances reli- gieuses, etc. (5) , il existe des lments de res- semblance entre les peuples de ce continent. </p><p>Ces convergences se sont dgages au cours de lhistoire par de multiples contacts humains, religieux ou commerciaux, qui ont contribu tisser entre les peuples africains des liens pro- fonds avant et par-del la colonisation [...] (6). </p><p>Les participants la runion rgionale dAbo- mey ont soulign par ailleurs que : </p><p>Certains observateurs trangers ont pris lha- bitude de prsenter aux Africains la multipli- cit de leurs cultures comme un pouvantail, un obstacle fondamental leur rapprochement. Ces observateurs sont surtout soucieux, sinon de dnigrer les cultures africaines, du moins de les marginaliser, lorsquils ne parlent pas de sous- cultures. Ils auront dlibrment insist sur les diffrences et les antagonismes, dans le but vident de diviser les peuples africains (7). </p><p>Les opinions et positions que lon vient de rappeler nous introduisent au coeur dun dbat encore confus, jalonn de contradictions et de polmiques o saffrontent non seulement des idologues africanistes, mais encore quelques </p><p>12 </p></li><li><p>reprsentants des lites africaines occidentalises. En effet, la rflex.ion sur les cultures africaines traditionnelles est essentiellement mene, comme on le verra plus loin dans cet ouvrage, par des non-Africains. Sagissant de cultures que lcole offtcielle des cits africaines refuse et dont les dtenteurs nexercent aucune fonction dans lappareil conomique ou politique des nouveaux Etats, o le pouvoir de dcision sur les problmes essentiels nest plus de leur ressort, nombre dintellectuels africains occiden- taliss les ignorent (8) ou ny croient gure! Ils ny voient souvent que pratiques religieuses surannes, symboles initiatiques, objets cultuels disparates et fonctionnels, contes et proverbes, superstitions, magie.. . </p><p>Ce sont donc des intellectuels occidentaux comme Westermann et Baumann (9), Forde (lb), Murdock (1 l), Herkovits (12), Maquet (13), etc., qui ont essay tour tour de dgager les lments culturels et les faits de civilisation communs aux socits africaines. Mme si leur dmarche est aujourdhui conteste par dautres chercheurs ou si la personnalit de lhomme africain, telle quils la caractrisent, nous parat dune authenticit douteuse, ils ont eu le mrite inestimable desquisser une synthse qui embrasse les cultures africaines et en dfinit les traits communs (14). </p><p>13 </p></li><li><p>1. Ngritude et identit culturelle ngro-africaine </p><p>Lindividuation des cultures dans leur diver- sit, qui est une des revendications essentielles de notre sicle, conduit aujourdhui, dans nombre de socits du Tiers Monde, affirmer lidentit nationale conue comme une forme dauto- dfense collective, une condition de survie face la dsintgration quentraneraient invitable- ment la mcanisation inhumaine et lindustriali- sation gnralise et sauvage. </p><p>Or ce concept, pour lAfrique noire, ramne- rait une vaine raffirmation de la ngritude, au lieu de se traduire par un dveloppement positif, cest--dire par une mutation fcondante et un approfondissement. </p><p>Exalte et dfendue, ou rcupre, conteste, ou encore renie, la ngritude dchane toujours les passions et provoque, en tout cas, dtranges malentendus. Face la ngritude historique qui dfinissait, exaltait et valorisait les donnes spcifiques de lidentit des peuples noirs aux prises avec les violences socioculturelles de lesclavage et du colonialisme et qui se prsentait comme une doctrine de combat profondment dsalinante, on dcouvre une no-ngritude qui se veut apport dmotion et supplment dme et dintuition lOccident. Se mettant rsolument au service du no-colonialisme qui lutilise, cette </p><p>14 </p></li><li><p>ngrttude-l rcupre les lments dune culture urbaine afro-coloniale abusivement promue au rang de culture nationale, se mue en technique de pouvoir indigne obscurantiste, entrave la libration et la promotion sociales des peuples noirs. </p><p>Dans un article publi en 1970 par itfric Asicr (15) Ren Depestre rappelle les donnes historiques du concept de ngritude. Sil dnonce et combat le dessein politiquement et culturelle- ment oppressif et rtrograde de la ngritude- pidermisation )) ou encore le concept-prison et le </p></li><li><p>La ngritude, avec Aim Csaire, pre du concept quil a dfendu et illustr tout au long duneuvre exemplaire, tait avant tout une prise de conscience concrte de loppression, comme chez Guilln, Fanon, Roumain, Damas, etc., cest--dire une recherche passionne didentifica- tion de lhomme noir profan par des sicles desclavage et de mpris (16). </p><p>Certes, la ngritude en tant que manifeste culturel et politique mobilisateur a fait de liden- tit socioculturelle des peuples noirs une arme dmancipation et un projet de renaissance. Elle a lutt contre leuropocentrisme, le racisme et les prjugs, lincomprhension et larrogance des puissances coloniales triomphantes; elle a rejet lacculturation, lassimilation et lalina- tion, dsacralis le paradigme culturel occidental jusque-l considr comme critre universel de rfrence, affirm avec vigueur le droit la diffrence et familiaris les Ngres avec la notion encore nouvelle de relativisme culturel. En don- nant ainsi aux peuples noirs coloniss une conscience claire deux-mmes, de leur solidarit de race et de situation, elle leur a rendu leur fiert nationale et a contribu les rattacher leur histoire, leurs traditions culturelles, leurs langues. Ce retour aux sources ngro-africaines a consacr effectivement les valeurs ngres de civilisation . Et la ngritude, par consquent, a permis de souder les consciences des peuples </p><p>16 </p></li><li><p>noirs et les a mobiliss pour les luttes anti- coloniales et libratrices... </p><p>Cependant, nombre dintellectuels africains estiment aujourdhui que la ngritude na plus de rle historique en tant quidologie de combat et projet de renaissance culturelle et politique valable, cest--dire mobilisateur. En triomphant du colonialisme de type ancien, les luttes de libration nationale ont permis certains pionniers, thoriciens et dirigeants du mouvement dexercer un pouvoir politique important quils ont orient dans une direction favorable au no-colonialisme. Ainsi disqualifis dans leur rle de leaders des mouvements nationalistes, ils en sont vite devenus la cible. A leur instigation, une </p></li><li><p>culture occidentale et proposent IidentitP cultu- relle pour remplacer la ngritude! Certes, la personnalit culturelle des peuples noirs avait t nie ou mprise par les puissances colo- niales. Mais nest-il pas pour le moins drisoire, quinze ans aprs lacquisition de lindpendance, de mobiliser les nations africaines pour cette vrification didentit culturelle alors que le mouvement de la ngritude avait dj men une lutte victorieuse contre les prtentions culturelles universalistes de leuropocentrisme et pour la valorisation des civilisations ngres? </p><p>tudier le mouvement de la ngritude. travers ses fondements idologiques, son contenu, son exprience historique, et lapprcier dans la perspective de la renaissance culturelle des peuples noirs parat aujourdhui bien plus nces- saire que daffirmer une identit culturelle trop gnrale et superficielle pour nous concerner et nous mobiliser. </p><p>2. Ngritude, africanit et arabit </p><p>Depuis la cration de lOrganisation de lunit africaine (OUA) en 1963, le besoin de trouver un fondement culturel cette institution ta- tique continentale a conduit certains formuler une idologie nouvelle : celle de lafiicanit, que lon tente de prsenter comme (&lt; lensemble des points communs aux cultures africaines . </p><p>18 </p></li><li><p>Lafricanit se propose ainsi de dpasser (( les petites diffrences locales pour prner (( liden- tit fondamentale . Elle sappuie sur le (( mani- feste culturel du Premier festival panafricain dAlger et, dentre de jeu, semble se poser en sopposant la ngritude dont lun des grands moments fut incontestablement le Premier festi- val mondial des arts ngres organis Dakar en 1965. </p><p>Dfinissant la fonction et la porte du Festival mondial des arts ngres, Alioune Diop dcla- rait : </p><p>Il sagit essentiellement de donner loccasion aux communauts noires du monde entier de se concerter pour revitaliser leur culture, leur cra- tivit, afin daissurer lquilibre et lpanouisse- ment de la Socit internationale parce quil revient aussi nos peuples de partager avec tous les autres peuples du monde la respchsabilit de grer le monde qui est notre bien commun (17). </p><p>Alors que le panafricanisme historique tait lui-mme un mouvement politique et culturel ngre comparable ce que fut le panarabisme pour le monde arabe, le nouveau panafricanisme qui sest aftrm loccasion du Festival dAlger, se manifeste aujourdhui comme le fondement politique dune institution interafricaine qui ne reprsente encore quun objectif. Or certains dirigeants de lAfrique postcoloniale veulent </p><p>19 </p></li><li><p>faire de lafricanit le soubassement culturel de cette perspective politique. Ils mette...</p></li></ul>

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