La dialectologie du maltais et son histoire

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  • La dialectologie du maltais et son histoire

    Martine Vanhove

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    Martine Vanhove. La dialectologie du maltais et son histoire. Revue dEthnolinguistique. Di-asysteme et longue duree (Cahiers du Lacito). Catherine Paris ed., 1999, pp.171-191.

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    Submitted on 22 Mar 2006

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  • 1999. Catherine Paris (d.), Revue d'Ethnolinguistique. Diasystme et longue dure (Cahiers du Lacito), 8, 171-191.

    La dialectologie du maltais et son histoire

    Martine VANHOVE C.N.R.S. - LLACAN

    1. Introduction L'archipel maltais, compos de 3 les principales dont seules Malte et Gozo

    sont habites, est situ au centre gographique de la Mditerrane, 90 km de la Sicile et 350 km de la Tunisie. La superficie totale est d'environ 500 km (dont les 4/5 pour Malte) et la population s'lve 355 000 habitants.

    En 870, l'archipel maltais est conquis par les Arabes qui imposent leur langue la population au point que la toponymie n'a conserv aucune trace de la langue prcdente. C'est une varit d'arabe qui y est encore parle aujourd'hui. En 1090, les Normands reconquirent l'le pour la chrtient mais la population y demeure majoritairement musulmane au moins jusqu'en 1241 (date d'un recensement), et l'expulsion des musulmans qui fut ordonne aprs cette date eut surtout pour effet un grand nombre de conversions. L'histoire du peuplement de Malte est aussi rythme par des dportations massives : en 1224, toute la population de Celano dans les Abruzzes est transfre Malte ; en 1551 des pirates raflent toute la population de l'le de Gozo qu'ils emmnent en esclavage ou massacrent. Elle sera repeuple par d'anciens dtenus et des colons venus de Malte. En 1530, l'Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jrusalem s'installe Malte et triomphe des Turcs lors du "Grand Sige" de 1565. Il administrera l'archipel (avec l'Inquisition) jusqu' l'arrive de Napolon en 1798. En 1800, les troupes de ce dernier sont chasses par les Anglais qui gouvernent les les jusqu'en 1964, date de l'indpendance.

    Depuis cette date, le maltais est devenu la langue nationale, mais co-existe avec l'anglais comme langue officielle (depuis 1934). Le statut du maltais jusqu'au dbut du 20me sicle est celui d'une langue parle, mme si quelques tentatives d'criture d'une littrature en maltais avaient vu le jour partir du 18me sicle. L'italien fut la langue crite de l'administration et de la littrature, puis l'anglais vint le concurrencer. En 1934, un alphabet maltais en caractres latins, uvre d'un groupe d'crivains et de grammairiens, est officiellement

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    adopt et commence tre utilis dans les coles pour l'enseignement en maltais, venu quatre ans plus tt supplanter celui en italien. Cet enseignement ne deviendra obligatoire pour tous qu'en 1946, mais le taux de scolarisation auparavant tait dj de 90%. A l'heure actuelle les Maltais sont en grande majorit bilingues maltais - anglais, et souvent trilingues maltais - anglais - italien. A l'cole, l'exception des cours de maltais, tous les sujets sont traits au moyen de l'anglais1, et, par ailleurs, la tlvision italienne est omniprsente Malte.

    Face une grande varit dialectale, principalement phontique, mais pas exclusivement, favorise pendant des sicles par des mariages endogamiques l'intrieur du village, ce sont d'abord les contacts entre le monde rural et le monde citadin qui conduiront les paysans tenter d'effacer de leurs parlers les caractristiques les plus saillantes2. Puis l'enseignement en maltais sera dterminant pour l'imposition d'une norme. Elle fut d'abord fonde sur le parler de la capitale La Valette. C'est ainsi que le linguiste gozitain J. Aquilina dans sa thse (1959:1) prpare avant la seconde guerre mondiale fait remarquer que "In default of a recognised standard pronunciation, we have followed that which is commonly heard in Valletta and the neighbouring towns"3. Plus loin (p. 25) il poursuit "there is no reason for attaching special importance to the type of Maltese that is spoken in Valletta and the neighbouring towns. The only reason is that Valletta as the capital of Malta is also the centre of Maltese social life." Avec le dplacement de l'activit conomique du secteur tertiaire vers Sliema, c'est cette dernire ville qui dsormais symbolise le parler prestigieux (les diffrences avec le parler de La Valette ne sont pas nombreuses) et donc la norme, mme s'il est jug snob par beaucoup d'autres habitants de l'archipel. En tout tat de cause la norme n'en demeure pas moins fluctuante.

    L'attitude du corps enseignant face l'utilisation des dialectes ne semble pas avoir t homogne. Certains l'ont rprim, d'autres seulement dcourag dans certains usages. Ainsi dans le village de Marr (Malte), d'aprs le tmoignagne d'un ancien instituteur maintenant g de 92 ans, les enseignants permettaient-ils l'emploi oral du dialecte aux lves tout en n'utilisant eux-mmes que le parler

    1 Mais avec de nombreuses alternances codiques avec le maltais. Voir Camilleri 1995. 2 Cest le Mischdialekt relev par Stumme (1904). 3 Il faut savoir que le parler de La Valette a volu entre celui des documents fournis par Stumme en 1904 et celui dcrit par J. Aquilina. Ainsi locclusive uvulaire sourde q note par Stumme est-elle passe locclusive laryngale sourde chez Aquilina, comme cest le cas partout ( quelques rares exceptions prs) aujourdhui dans larchipel. A moins quil ne faille penser, comme le fait Schabert (1976:7) qui na jamais entendu la prononciation q la Valette mais encore sporadiquement dans les autres cits du port, que les informatrices de Stumme (qui nest rest que trois semaines Malte) ntaient en fait pas de La Valette mais des cits avoisinantes. J. Aquilina (1959) donne aussi parfois des observations sur la phontique dialectale, mais il peut leur arriver dtre soit trop gnralisantes, soit trop particularisantes. Par exemple, la forme avec voyelle longue ma:ra femme (au lieu de mara) est donne comme propre Sannat (Gozo). En fait, elle prvaut au moins aussi dans de nombreux villages de louest de lle de Malte.

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    de La Valette, en enseignant les prires dans la varit "standard"4, en imposant que tout travail crit, notes ou rdactions, soit rdig en "standard".

    2. La varit dialectale chez Vassalli (1796) Historiquement, le premier avoir mentionn et tent de dlimiter et

    caractriser les diffrents dialectes5 de l'archipel maltais dans une tude d'ensemble est le grammairien et lexicographe maltais Mikiel Anton VASSALLI dans son dictionnaire maltais-latin-italien de 1796. Ses observations se limitent la phontique des parlers et son ambition dclare est de donner des rflexes de bonne diction. Toute sa description est anime d'un souci permanent de rectifier les "fautes" des locuteurs et d'imposer son idal de prononciation, donc dj une norme. Tous ses commentaires sont accompagns de jugements de valeur mais contiennent de trs intressantes remarques sociolinguistiques.

    Mme s'il ne donne pas les limites gographiques prcises, ni toujours les noms des villes et villages inclus dans une zone, Vassalli (p. XVI sq) n'en reconnat pas moins l'existence de 5 dialectes (avec des sous-varits) :

    a) le dialecte des cits de Malte, qu'il appelle dialecte du Port, et qui comprend les villes de La Valette, Birgu (= Vittoriosa), L-Isla (= Senglea), Bormla (= Cospicua) et Bourg Santangelo, avec des sous-varits dans chaque ville,

    b) le dialecte de Gozo (avec le cas particulier archasant de Garb), et l'intrieur de l'le de Malte elle-mme : c) le dialecte rural de l'ouest, ou des hautes terres, qui comprend l'ancienne

    capitale Mdina et ses faubourgs, d) le dialecte de l'est, ou des basses terres, e) le dialecte du centre, ou des villages du centre pour lesquels il cite daat. G. Puech (1979) a propos d'y faire correspondre les cits suivantes : a) id. b) id. c) Rabat, Mdina (o le parler est altr), Mosta, et sans doute aussi Naxxar et

    G`qftq au nord et Dingli au sud, d) urrieq et ses environs, et sans doute aussi Luqa et ejtun, e) Qormi, daat, et probablement Rhhdvh.

    4 Cela a son importance, car les Maltais sont des catholiques trs pratiquants. 5 Quelques remarques dordre gnral sont intressantes pour situer le maltais par rapport au monde arabophone cette poque : une phrase (p. XV) comme Les Africains du Nord, comme ceux de Tripoli, de Tunisie, dAlgrie et les autres peuples de cette cte nous comprennent facilement nous autres les Maltais montre bien la facilit dintercomprhension qui existait lpoque. Dans le mme ordre dides, Vassalli note la prsence darabismes dans la langue des habitants du port principal du fait de leurs contacts quasi quotidiens avec les esclaves de Barbarie .

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    Les groupes dialectaux tablis par Vassalli sont fonds sur trois discriminants : la prononciation des vlaires et de l'uvulaire, la qualit et le timbre des voyelles longues et brves.

    a) Le dialecte des cits de Malte Les consonnes : Les vlaires /x/, /g/ et l'uvulaire /q/ sont confondues avec les

    pharyngales correspondantes pour les deux premires, soit // et //, et la vlaire