La narration dans le soin des enfants souffrant de troubles envahissants du développement

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    10-Sep-2016

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<ul><li><p>Neuropsychiatrie de lenfance et de ladolescence 59 (2011) 266273</p><p>Article original</p><p>tslopfferder</p><p>15, ru</p><p>Rsum</p><p> partir dune exprience de suivi au long cours denfants souffrant de troubles envahissants du dveloppement, nous prsentons les grandsprincipes dun traitement global, conjuguant soin, ducation et pdagogie, tel quil se pratique dans la majorit des structures sanitaires etmdicosociaIl implique det surtout le 2011 Pub</p><p>Mots cls : A</p><p>Abstract</p><p>A personaof a global tservices. Thnetwork a dinterlocutors 2011 Pub</p><p>Keywords: A</p><p>Depuisscientifiqueniques de lqui lui sontlogiques quinsistent suchez ces en[1], soit unlation interrecherches</p><p>Adresse e</p><p>0222-9617/$doi:10.1016/jles francaises. Ce traitement est bas sur la mise en route chez lenfant dun rcit intrieur, partir des vnements de la vie quotidienne.ans le rseau de prise en charge, une diffrenciation des lieux et des temps, une articulation, une narration du vcu, une supervisionpartenariat avec les parents.lie par Elsevier Masson SAS.</p><p>utisme ; Troubles envahissants du dveloppement ; Narration ; Soin psychique ; Programme institutionnel ; Intgration scolaire</p><p>l experience of long-term follow-up of children suffering from pervasive development disorders, has led us to formulate some principlesreatment a conjunction of care, education and pedagogics which are shared by the majority of psychiatric and social Frenchis treatment is focused on the facilitation of the child starting an inner narrative, from the everyday life events. It implies in the careifferentiation between various places and times, a coordination, a narrating of what happens to the child when engaged with different, a supervision and above all a partnership with the parents.lished by Elsevier Masson SAS.</p><p>utism; Pervasive developmental disorders; Narrative; Psychic care; Global treatment; Mainstream school program</p><p>une trentaine dannes, un certain nombre de travauxs a permis de reformuler les principaux signes cli-autisme infantile et des troubles du dveloppementassocis et de prciser les mcanismes psychopatho-i semblent en cause dans ces troubles. Ces travaux</p><p>r un dfaut de la mise en place des cognitions socialesfants et suspectent, soit un dfaut de thorie de lesprittrouble de lempathie, li une anomalie de la simu-ne des attitudes et des motions dautrui [2]. Lesactuelles, plus en faveur de lhypothse simulation-</p><p>-mail : hochmann.jacques@orange.fr</p><p>niste que de la thorie de la thorie , apportent des lmentsnouveaux sur les particularits des conduites dimitation chezles enfants autistes [3,4].</p><p>Le suivi denfants autistes nous a convaincu de lintrt dunparamtre voisin de lempathie, la narration [5]. Ce paramtremet en jeu un processus complexe, lidentification, labor partir des conduites dimitation et de simulation interne. Notreexprience a associ un suivi psychothrapique individuel et degroupe ambulatoire, des rducations orthophoniques et psycho-motrices, diffrents groupes dacquisition des habilets socialeset daccompagnement dans des lieux culturels, sociaux ou spor-tifs de la communaut environnante et, surtout, une scolarisation.Le lieu de soin, un Centre daccueil thrapeutique temps</p><p> see front matter 2011 Publie par Elsevier Masson SAS..neurenf.2010.12.003La narration dans le soin des enfanenvahissants du dve</p><p>Narrative in the care of children sudevelopment disor</p><p>J. HochmannPsychiatrie de lenfant, universit Claude-Bernard (Lyon 1),souffrant de troublespement</p><p>ing from pervasives</p><p>e Saint-Paul, 69005 Lyon, France</p></li><li><p>J. Hochmann / Neuropsychiatrie de lenfance et de ladolescence 59 (2011) 266273 267</p><p>partiel (CATTP) inclus dans un centre mdicopsychologiquepolyvalent1, est nettement distinct des lieux pdagogiques :lcole ordinaire pour une petite minorit, sept classes spcia-lises petit effectif (six sept enfants), pour le plus grandnombre dont deux maternelles, deux primaires, deux UPIde collge et une UPI de lyce professionnel toutes insresdans des tablissements scolaires standard et servant de dpartet de soutieet dans lespour les grnel, normatransport dles chauffelarticulatiolires rassedes groupeenfants dudes soignanincidents qnommer etde ces inciet de narrat</p><p>Notre exdix plus ddiversit dcas varis.sibilit. Ceniveau (cesages ont dune articulallait laccdocumentsrcit verbal</p><p>Nous plvolutionpositif, depnous souha</p><p>1. Pralab</p><p>Ces prilogique coclinique etment stableet qui a traiformuler ai</p><p>Les enfpement printrieur, uqui rythmecelui de la c</p><p>1 Lensemb(secteur de psde traitement ddirig par le P</p><p>soit dans une synchronie plus ou moins confuse, soit coupsles uns des autres sans tre relis et articuls entre eux par unsentiment cmode concdes principlintolranction sur de</p><p>ntexarratrge dmencuteateure hynceps d</p><p>magtrouves</p><p>[9].e ltratintes)r lepantntes,la m</p><p>uellopriealifi</p><p>es oupor</p><p>e, certe dle, lenirebjeca daujoe lesonsnt prt auus v</p><p>duisitioansfs. Otionslaprma</p><p>ns deuvner dlui raux s</p><p>au dn lintgration partielle dans des classes normalesactivits priscolaires de ltablissement ou encore,ands adolescents, des stages en milieu profession-l ou protg. Des vhicules de service assurent lees enfants du lieu de soins aux lieux pdagogiques eturs, des aides-soignants, jouent un rle essentiel dansn et lchange dinformations. Des runions rgu-mblent soignants et enseignants. Dans certains cas,s de parole, constitus dans le lieu de soin par lesne classe, ont permis aux participants, encadrs parts, de prendre une certaine distance par rapport auxui avaient maill la vie de la classe, de traiter, dede mettre en lien les motions vcues loccasion</p><p>dents, dveloppant ainsi leurs capacits dempathieion.prience a pu se prolonger sur une longue dure (dee 20 ans, pour un enfant donn) et offrir une grande</p><p>e prises en charge adaptes individuellement desTous les dispositifs ne disposent pas de cette pos-rtains sont tenus dobserver des limites dge ou dequi nous est aussi arriv parfois). Lorsque des pas- intervenir, nous nous sommes efforcs dorganiseration entre lquipe que quittait lenfant et celle quiueillir, articulation soutenue matriellement par descrits, des photos, des vidos et, si possible, par un, afin dviter les ruptures dhistoire de vie.rparons actuellement un bilan rtrospectif dedun groupe de 20 jeunes adultes suivis, dans ce dis-uis leur petite enfance. Dans lattente de ce bilan,iterions prciser les principes qui nous ont guids.</p><p>les psychopathologiques</p><p>ncipes reposent sur une hypothse psychopatho-nstruite progressivement partir de lexpriencethrapeutique rassemble par une quipe particulire-, uvrant depuis plus de 40 ans, pour les plus anciens,t environ 200 enfants TED. Cette hypothse peut sensi :ants souffrant de troubles envahissants du dvelop-sentent, des degrs divers, un trouble du rcit</p><p>ne difficult organiser une histoire des vnementsnt leur vie, non tant du point de vue descriptif que deohrence motionnelle. Ces vnements sont vcus,</p><p>le fait partie du dispositif de secteur du centre hospitalier le Vinatierychiatrie infantojuvnile de Villeurbanne) et reprsente lInstitutes troubles de laffectivit et de la cognition (ITTAC) actuellementrofesseur Nicolas Georgieff.</p><p>leur coment nen chadienneinterlorduc</p><p>Notune co</p><p>y a prlogie iet quiobjectimentbruts dla frussoignats pasoccu</p><p>soignacours,</p><p>rcit qsapprpeut quattitudles comregistrune so</p><p>exempde maintersu[11]. Ldonnenes ddes raiqui sonemen</p><p>que nodu faitlacqude la trjectionprojecganisetransfoser, dapas trode donde lesalors ale tableontinu dexistence. Ils sont prsents souvent sur unret et hyperraliste, dnots plutt que connots. Unaux signes de lautisme : le besoin dimmuabilit ete limprvu, mais aussi les strotypies, la fixa-s intrts restreints faits de petits dtails isols dete [6,7] peuvent tre rapprochs de ce dysfonctionne-if. Cette hypothse conduit privilgier dans la prisee ces enfants le rcit des vnements vcus quoti-</p><p>t avec eux et articuler entre eux les rcits de leursurs : rcits des parents, rcits des soignants, rcits desrs, des ducateurs, des enseignants.pothse, issue de lobservation clinique, sappuie surtion du dveloppement de lenfant dj propose, il</p><p>un demi sicle, sous la forme dune sorte de mytho-e, notamment par le psychanalyste anglais Bion [8],</p><p>ve aujourdhui un certain nombre de confirmationsdans les travaux des psychologues du dveloppe-Selon cette conception, les prouvs motionnelsenfant contemporains de linvitable exprience deon sont transforms par la pense (et les activits</p><p>de la mre, ou de lagent maternant, et introjec-nfant en protopenses . En dautres termes, ende lenfant et en reliant entre elles ses activitsverbalement ou par des quivalents agis de dis-re (ou lagent maternant) organise une sorte de</p><p>e communique lenfant et que lenfant, peu peu,. Elle tablit un lien de causalit, une causalit quoner de narrative [10], entre ses propres comportements,</p><p>ressentis et les comportements du bb. Inscrivanttements encore rflexes du bb dans un nouveaului de lintersubjectivit, elle transmet lenfant enveloppe narrative o un vnement percu (partintement du biberon sur le bord de lvier) annonce,prvisible et coordonne, une suite dvnements</p><p>tifs organiss entre eux sur le mode dun script couverte des systmes miroirs la base de lempathieurdhui un dbut dexplication scientifique ces don-xprience [12]. Lenfant qui deviendra autiste, pourque, dans la grande majorit des cas, nous ignorons etobablement polyfactorielles, ne peut participer plei-processus intersubjectif (ou mieux intersubjectivant)enons de dcrire. On peut supposer quil na pas,n dficit prcoce des mcanismes qui sous-tendentn des cognitions sociales, la possibilit de se saisirormation que la rverie maternelle fait subir ses pro-n peut supposer aussi que lextrme violence de ses, lie une intolrance native la frustration, dsor-pareil psychique rveur de la mre et ses capacits detion et de mise en narration. On peut encore suppo-s cas de carences affectives prcoces, que lenfant nadans son environnement dinterlocuteur susceptibleu sens ses vcus de frustration, de se les raconter etconter dans une attitude consolatrice. Contrairementymptmes de lautisme en situation non carentielle,e lhospitalisme ou de dprivation majeure, rgresse</p></li><li><p>268 J. Hochmann / Neuropsychiatrie de lenfance et de ladolescence 59 (2011) 266273</p><p>de manire spectaculaire lorsque lenvironnement est modifiavant lge de deux ans, dans un sens favorable, bien que dessquelles science menplus rares tdterminan un univerlocalise, f dmantelprotger pacipaux ontordre immupies et desil substitueselon la plaspectre aut</p><p>2. Objecti</p><p>Le soincessus autila remise encessairemUn rcit, mpose un in partir duarticule, dr(prsent ouqui le narrusage, vendun rcit,racont, domanire quon pour sinscrireen France,ont consistnements deisols parrelance de lLes diffreou organisrepas, les tfiques : les vise dunaient locdans ses rsujet lui-mtus, loclieux et des</p><p>3. Les profonctionne</p><p>Dvelopces thrapiplication d</p><p>de totale [17], se sont alors substitus des dispositifs beau-coup plus lgers, inscrits dans des rseaux sociaux complexes,</p><p>rmetpart nar ontrgeindis serAD)aspes stxprpours simpremctiou dndeune</p><p>uelse limaissecuteiolenmutiUnces</p><p>e maaissait dr adjppemt prl nytionans l</p><p>nice qis, G</p><p>l placts destremrande . Cntinu</p><p>r que deauss</p><p>pacetenat appbase</p><p>e pros denaissoient toujours possibles : troubles des conduites, dfi-tale plus ou moins prononce, mais galement de</p><p>ableaux dautisme [13]. Quels que soient les facteursts ou prcipitants, lenfant se trouve, ds lors, faces dsorganis par des projections qui, faute de cibleusent dans tous les sens. Cet univers devient, pour lui, [14] et proprement innarrable. Il doit donc senr une srie de mcanismes de dfense, dont les prin-t dcrits par Kanner : isolement, imposition dunable, fixation sur des intrts restreints, des stroty-rituels [15]. Au processus normal intersubjectivant,un processus autistisant , plus ou moins marquce quil occupe dans ce quon appelle aujourdhui leistique.</p><p>fs du soin psychique</p><p>psychothrapique a pour fonction de contrer le pro-stisant et de contribuer, autant que faire se peut, n route chez lenfant dune activit narrative, qui est</p><p>ent une activit fonde sur des relations entre sujets.me si on ne se le raconte qu soi-mme, prsup-terlocuteur. Configur, comme la montr Ricur,n certain nombre de figurations lmentaires, quil</p><p>amatise et met en intrigue , il est adress un tiersabsent, rel ou imaginaire) pour qui il est fait et </p><p>ateur prte la capacit de le refigurer son propretuellement de le reraconter autrui [16]. Au dpartil y a un fait brut, un vnement susceptible dtrenc se droulant dj sur une scne organise dedonner lvnement une certaine visibilit et cerait appeler une valeur de narrabilit, une potentialitdans une histoire. La psychothrapie institutionnelle</p><p>les thrapies de milieu dans les pays anglo-saxons mettre en place des scnes de ce genre o les v-</p><p>la vie quotidienne pouvaient tre mis en exergue,une recherche de sens et utiliss comme moyen deactivit narrative chez des sujets en grande difficult.ntes activits, informelles ou formalises, spontaneses, certaines ncessaires lentretien de la vie : lesoilettes, le coucher et le lever, dautres plus spci-divers ateliers utilisant des mdiations, les activitscative ou pdagogique, les moments de loisir, deve-casion de rcits, dabord pour lquipe encadrante,unions dites dquipe ou de synthse, ensuite pour leme auquel ces rcits taient progressivement resti-casion de rencontres alatoires, mais aussi dans destemps individuels ou collectifs spcialement ddis.</p><p>grammes temps partiel. Principes dement</p><p>pes au dpart dans des institutions rsidentielles,es ont trouv une impulsion nouvelle avec la multi-es services temps partiel. linstitution qualifie</p><p>qui pesaient,couran</p><p>de jouen chaprojetscial, le(SESSsieursdiversenotre equonrience</p><p>Ledes fonsants dun mo</p><p>o aucSes ritlorsqument linterlocris, vdautoments.limiterporel dreconn</p><p>ncessde leudvelotout eslaire, ilirruption, dquelleport hongronorma</p><p>vemen</p><p>enregiplus gcomm</p><p>qui co[22].</p><p>Pouprendrpuissede lesde convemen</p><p>est lasaire dles uneRecontaient des complmentarits diversifies et favori-leur caractre lacunaire [18], lcoulement dunrratif, allant dun lieu un autre [19]. Les hpitauxgnralement transform leur projet global de prise</p><p>quotidienne en demi-journes la carte au sein devidualiss. Les CATTP et, dans le secteur mdicoso-vices dducation et de soins spcialiss domicilese sont multiplis. Nous voudrions insister sur plu-</p><p>cts du soin institutionnel commun aujourdhui cesructures, qui nous semblent en cohrence tant avecience pratique quavec nos partis pris thoriques etrait retrouver en uvre dans de nombreuses exp-ilaires [20].ier aspect est la ncessaire diffrenciation des rles,ns et des lieux. Lenfant souffrant de troubles envahis-veloppement a tendance vivre, avons-nous dit, danssynchronique et chaotique o tout revient au mme,diffrence ne marque la passage dun lieu un autre.rptitifs, ses strotypies, ses ractions violentes,muabilit quil tente dimposer son environne-passer de limprvu, sont bien connus de tous ses</p><p>urs, en particulier des familles qui, sous peine de subirces ou spectacle angoissant et parfois insoutenablel...</p></li></ul>