Linite gastrique et cancer du sein: une association à ne pas méconnaître

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    19-Aug-2016

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<ul><li><p>L in i te gast r ique e t cancer du se in : </p><p>une assoc ia t ion b ne pas m6conna i t re </p><p>J.M. CONTE, J.C. SOUQUET, P.J. VALET-FE, F. BERGER, B. MOULINIER H6pital Edouard-Herriot, Lyon (France) </p><p>Gastric linitis and breast cancer: an association not to be disregarded </p><p>Linitis gastrica y cancer de mama: una asociacion a tener en cuenta </p><p>RI~SUMI~ </p><p>Une 6tude r6trospective a retrouv6 des ant6c6dents de cancer du sein chez 8 des 63 patientes ayant toute une linite gastrique. La fr6quence de cette association (12,7 %) sugg6re une liaison entre ces deux pathologies. L'atteinte gastrique correspond h une m6tastase du cancer mammaire. L'6volution relativement lente de ces linites et leur sensibilit6 ~t la chimioth6rapie au moins dans certains cas font I'int6r6t de la connaissance de cette association. </p><p>SUMMARY </p><p>A restrospective study found that 8 o f 62 patients with a linitis plastica o f the stomach had been previously treated for a breast carcinoma. The frequency o f this association (12, 7 %) suggests that the two tumors are linked. The gastric tumor appears to be a metastasis o f the breast cancer. Due to their relatively slow evolution and their response to chemotherapy and~or hormonotherapy, these metastatic linitis are worth being recognized. </p><p>RESUMEN </p><p>Un estudio retrospectivo permiti6 demostrar la existencia de antecedentes de cancer de mama en 63 pacientes diagnosticados de linitis g~istrica. La frecuencia de dsta asociaci6n (12, 7 %) sugiere la existencia de una relaci6n entre ambas patologlas. La afectaci6n g~trica corresponde a una metd~tasis del cancer mamario. La evoluci6n relativamente lenta de estas linitis y su sensibilidad a la quimioterapia, al menos en algunos casos, hacen interesante el conocimiento de dsta asociaci6n. </p><p>La linite gastrique est une forme particuli6re et rare de cancer gastrique (3 ~ 5 %) [7] ; son indivi- dualisation repose sur des crit6res radiologiques, endoscopiques et sur l'6tude anatomopathologique qui met en 6vidence une infiltration sous- muqueuse de la paroi gastrique par un carcinome peu diff6renci6 [7]. Elle apparait souvent chez des patients d'~ge moyen ou avanc6 et s'av6re de mauvais pronostic ; la survie exc6de exceptionnel- lement un an [12]. </p><p>Certaines observations, le plus souvent isol6es, ont soulign6 la survenue de linite gastrique chez des patientes trait6es auparavant pour un cancer du sein et ont discut6 la nature primitive ou secondaire de l'atteinte gastrique [3, 9, 13, 14]. Une seule s6rie r6trospective, publi6e par une 6quipe de la Mayo Clinic, confirme la r6alit6 de cette forme de linite [6]. L'int6r6t de sa connais- </p><p>sance r6side dans le fait que ces m6tastases diges- tives pourraient s'av6rer chimiosensibles et/ou hor- monod6pendantes comme les autres m6tastases d'origine mammaire. </p><p>A propos d'une observation r6cente oh une telle infiltration tumorale sous-muqueuse s'est av6r6e tr6s chimiosensible, ce travail r6trospectif a cherch6 ~ pr6ciser, parmi les patientes ayant une |inite gastrique, la fr6quence et l'6volution de celles qui avaient 6t6 trait6es auparavant pour un ad6nocarcinome mammaire. </p><p>OBSER VA TION </p><p>Une femme de 47 ans a 6t6 trait6e par mastec- tomie gauche avec curages ganglionnaires (ad6no- pathies envahies) pour un ad6nocarcinome anapla- </p><p>Tir6s ~t part : Dr. B. MOULINIER, Service d'H6patogastroen- t6rologie, Pay/lion H Bis, H6pital Ed. Herriot, F-69437 Lyon Cedex 03 (France) </p><p>Mots-cl~s : cancer de l'estomac, cancer du sein, endosonogra- phie, linite gastrique, m6tastases gastriques. </p><p>Key-words : breast cancer, endosonography, gastric linitis, gastric metastases, stomach cancer. </p><p>Palabras-clave : cancer gastrico, cancer de mama, endosono- grafia, linitis gastrica, metastasis gastricas. </p><p>Acta Endoscopica Volume 18 - N ~ 2 - 1988 1 19 </p></li><li><p>sique du sein gauche en 1977. L'intervention a 6t6 suivie d'une radioth6rapie pelvienne et axillaire puis d'une chimioth6rapie par cyclophosphamide, methotrexate, et fluorouracile (CMF). 11 cures seront r6alis6es jusqu'en 1979. Une hormonoth6ra- pie par tamoxif~ne a 6t6 interrompue en 1982. L'6volution a 6t6 favorable jusqu'en janvier 1986 oO l'6tat g6n6ral de la patiente s'est alt6r6 progres- sivement et of 1 sont apparus des troubles digestifs peu sp6cifiques domin6s par une sensation prEcoce de r6pl6tion gastrique. Une premiere gastroscopie en juillet 1986 a montr6 un estomac infiltr6 avec des plis marqu6s et se distendant real h l'insufla- tion.Les biopsies ont 6t6 n6gatives. Une endosono- graphie (Olympus GF EUM2, 7,5 MHz) a 6t6 alors pratiqu6e qui a montr6 un tr~s net 6paississe- ment de la paroi gastrique fundique essentielle- ment aux d6pens de la couche sous-muqueuse (figure 1). L'aspect permettait d'affirmer la linite </p><p>gr6 l'existence d'une ascite mod6r6e. Elle a con- firm6 l'existence d'une infiltration de l'estomac remontant un peu sur l'0esophage et a d6couvert une carcinose p6riton6ale avec un semis de granu- lations tumorales sur l'ensemble du grSle et le grand 6piploon. I1 n'y a donc pas de r6section gastrique. </p><p>Figure 2 Aspect andosonographique de la pattie basse du fundus, ascite (a) autour de la pointe du lobe gauche du foie (f) ; la paroi gastrique est beaucoup plus souple mais il existe un d(Yout d'(~oaississement de la </p><p>couche sous-muqueuse entre les fl6ches notamment. </p><p>Endosonoggraphic appearance of the lower part of the fundus. Ascitis (a) around the point of the left hand lobe of the liver (t) ; the gastric wall is much more pliable but there is the beginning of a thickening of </p><p>the submucoeal layer particularly between the arrows. </p><p>Figure 1 Aspect andosonographique initial du fundus affirmant la linite gastrique. L'estomac se laisse real distendre par reau (ea) au milieu de laquelle se trouve I'endoscope (e). La couche echographique interne hyper~- chog6ne (tirats biancs) est rigide, d'aspect bds6 mais d'epaisseur normale. Les couches hyper~chogi~ne puis hypoechog6ne externes correspondent tl la sous-muqueuse et &amp; la muscularis propria; elias </p><p>sont anormalement 6paisses du fait de I'infiltration tumorale (t). </p><p>Endosonographic appearance of the fundus showing gastric linitis. The stomach is not well distant by the water (ea) in the middle of which is the endoscope (e). The intern hyperechogenic echographic layer (white dots) is rigid, broken in appearance but of normal thickness. The hyperechogenic and extemal hypoechogenic layers correspond to the submucosa and to the musculeris propria; they are abnormally thick </p><p>because of the tumoral infiltration (t). </p><p>gastrique. II existait de plus une mince lame liqui- dienne autour de la pointe gauche du foie (figu- re 2). Un bilan compl6mentaire a compris : une radiographie en double contraste confirmant l'aspect infiltr6 dominant dans le fundus, une nou- velle endoscopie avec biopsies multiples qui cette lois d6montrent une infiltration par un ad6nocarci- nome peu diff6renci6 avec cellules en bague en chaton, une 6chographie abdominale et une tomo- densitom6trie qul ne rEv~lent pas d'extension m6tastatique. Une laparotomie a 6t6 r6alis6e real- </p><p>Figure 3 </p><p>Aspect endosonogrephique du fundus apr~s quatre cures de chimio- th6rapie. L'estomac se distend toujours mal. Mais la paroi interne est un peu plus souple et 1'6paississement parietal a diminud. Les limites </p><p>pdriphdriques sont plus nettes. </p><p>Endosonoggraphic appearance of the fundus after four treatments of chemotherapy. The stomach is again not well distent. But the internal wall is a bit more pliable and the parietal thickening has decreased. </p><p>The peripheral limits are clearer. </p><p>120 Vo lume 18 - N ~ 2 - 1988 Acta Endoscop ica </p></li><li><p>Un mois plus tard, en septembre, une chimio- th6rapie a 6t6 commenc6e chez cette patiente jeune dont l '6tat g6n6ral se d6gradait rapidement avec augmentat ion notable de l'ascite. La chimio- th6rapie retenue a associ6 f luorouraci le, adriamy- cine et cisplatine (FAP) . Les cures ont 6t6 r6ali- s6es tous les 28 jours ou plus en cas d'anomal ies de la num6rat ion formule plaquettaire. L '6volut ion a 6t6 spectaculaire avec r6gression des troubles dyspeptiques (la pat iente pouvant ing6rer des repas de volume normal) , am61ioration partielle de la souplesse de la paroi gastrique (figure 3), qui restait toutefois anormalement 6paisse. Les biop- sies endoscopiques ont 6t6 d'ai l leurs une nouvelle lois positives. Actue l lement la patiente apr6s onze mois d'6volut ion sous chimioth6rapie est en bon 6tat g6n6ral sans ascite et sans signe ni 6chogr a- phique d'extension tumorale m6tastatique. </p><p>l~TUDE RE, TROSPECT IVE </p><p>A l 'occasion de cette observat ion r6cente, les dossiers de 127 patients avec linite gastrique ont 6t6 revus. Ces patients ont 6t6 recrut6s par le biais </p><p>de la gastroscopie mais le diagnostic de linite a 6t6 retenu sur les donn6es endoscopiques, radiologi- ques, op6ratoires et anatomopatho log iques selon des crit6res pr6c6demment d6crits [6]. Des 62 femmes de cette s6rie, 7 pr6sentaient des ant6c6- dents de n6oplasme mammai re soit une f r6quence totale de 8/63 (12,7 %). L 'h istoire et le t ra i tement du n6oplasme mammaire , l 'histoire de la linite et son 6volution sous tra i tement ont 6t6 6tudi6s r6trospect ivement chez ces 7 patientes. </p><p>RI~SUL TA TS </p><p>Le tableau I r6sume les caract6rist iques de la tumeur du sein de ces 7 patientes et de la pat iente la plus r6cente (n ~ 8) pr6c6demment d6crite. L 'hge moyen de d6couverte du n6oplasme mammai re a 6t6 de 57 ans [43-76]. Les caract6rist iques de la linite gastrique apparaissent dans le tableau I I . Le d61ai moyen entre la mise en 6vidence des deux affections a 6t6 de 4 ans et six mois (2 ~ 9 ans). Dans tous les cas, existe une preuve histologique de la nature tumorale de l 'atteinte gastrique. </p><p>TABLEAU I </p><p>CARACTI~RISTIQUES DE LA TUMEUR DU SEIN CHEZ LES 8 PATIENTES PRI~SENTANT UNE LINITE </p><p>N ~ Age Histologie R6cepteurs Traitement </p><p>65 53 63 55 </p><p>43 76 52 47 </p><p>inconnue lobulaire lobulaire galactopho- rique anaplasique ND ND anaplasique </p><p>OE +, P - OE +,P+ OE - , P - </p><p>mastectomie mastectomie, Rx, CMF (6), tamoxifene mastectomie, Rx, FAC (6), CMF (6), tamoxifene mastectomie, Rx, chimio, tamoxifene </p><p>mastectomie, Rx 5 FU, progestatifs (refus chirurgie) Rx, FAC (6), CMF (5), tamoxifene mastectomie, Rx, CMF (11), tamoxifene </p><p>Abrdviations : ND = non d6termin6 ; OE = r6cepteurs pour l'oestradiol ; P = r6cepteurs pour la progest6rone ; Rx radioth6rapie ; FAC = fluorouracile, adriamycine et cyclophosphamide ; CMF = cyclophosphamide, methotrexate et fluorouracile ; entre parenth6ses est indiqu6 le nombre de cures r6alis6es. </p><p>TABLEAU II CARACTI~RISTIQUES DE LA LINITE GASTRIQUE DES 8 PATIENTES AYANT DES ANTI~CI~DENTS </p><p>DE Ni~OPLASME MAMMAIRE </p><p>N ~ D61ai Traitement Evolution </p><p>1 5 ans gastrostomie inconnue 2 5 ans carboplatine (7), progesta- d6c6s 36 mois </p><p>tif 3 2 ans abstention d6c6s 1 mois 4 5 ans laser, CMF (3) d6c6s 12 mois 5 3 ans gastrectomie, spl6nopan- d6c6s 27 mois </p><p>cr6atectomie 6 4 ans abstention d6c6s 18 mois 7 3 ans anastomose cesoj6junale, d6c6s 9 mois </p><p>farmorubicine 8 9 alas laparotomie exploratrice, en vie, 11 mois </p><p>FAP (4) </p><p>DI~LAI : D~lai entre la d6couverte du cancer du sein et celui de la linite gastrique. Entre parenth6ses le nombre de cures pour les patientes trait6es par chimioth6rapie. </p><p>La symptomatologie d 'appel a 6t6 souvent peu caract6rist ique puisque les signes r6v61ateurs ont 6t6 dans 4 cas une atteinte de l '6tat g6n6ral avec amaigr issement et anorexie, des troubles dyspepti- ques ~ type de pesanteur 6pigastr ique ou de syn- d rome de petit estomac. Dans 2 cas, une dyspha- gie traduisait une extension de la linite au bas ~esophage. Plus rarement des douleurs 6pigastri- ques (1 cas) ou une an6mie hypos id6r6mique (1 cas) ont orient6 vers une pathologie gastrique. Les aspects endoscopiques et radiologiques de l 'esto- mac ne pr6sentaient pas de diff6rence avec ceux des autres cas de linite. L '6volut ion a 6t6 s6v6re puisque 7 des 8 patientes sont d6c6d6es. Toutefo is il faut remarquer que ces 16sions s 'accompagnaient dans tous les cas sauf un d 'une extension p6rito- n6ale, gangl ionnaire e t /ou h6pat ique interdisant toute intervention chirurgicale radicale. La m6diane de survie se situe h 12 mois pour les 7 cas dont l '6volution est connue. L 'existence de 3 </p><p>Acta Endoscopica Volume 18- N ~ 2- 1988 121 </p></li><li><p>survies prolong6es /~ plus de 18 mois dont 2 en l'absence de toutes r6sections chirurgicales est noter dans de telles conditions. </p><p>DISCUSSION </p><p>Le cancer du sein est le plus fr6quent des n6o- plasmes f6minins puisque touchant environ une femme sur treize [8]. I1 est caract6ris6 par des m6tastases fr6quentes, parfois tardives, et qui r6pondent souvent h la chimioth6rapie ou aux trai- tements h vis6e hormonale [2]. Les m6tastases digestives de cancer mammaire autres qu'h6pati- ques ont 6t6 surtout d6crites par les s6ries autopsi- ques [1,4]. Celles-ci montrent que les localisations gastriques secondaires sont les plus fr6quentes (5 15 %) devant les localisations coliques [5]. Les 16sions gastriques se pr6sentent le plus souvent sous forme d'une infiltration de la sous- muqueuse et de la musculaire propre ressemblant ~ celle observ6e dans la linite [1]. Des 16sions nodulaires sont possibles mais plus rares, elles envahissent la paroi gastrique ~ partir de la s6reuse et peuvent s'ulc6rer h la surface de la muqueuse. </p><p>Quelques cas isol6s de linite survenant dans les suites de cancer du sein ont fait discuter la patho- g6nie de l 'atteinte tumorale gastrique et noter leur 6volution relativement lente, ce qui est exception- nel dans les linites habituelles [6]. Mais c'est ~ une 6tude r6cente de WJ Cormier et al [6] que revient le m6rite d'avoir soulign6 la fr6quence relative (31 cas en 30 ans) et les cons6quences th6rapeutiques de cette association. Ces donn6es sont confirm6es par notre travail qui 6tudie r6trospectivement une s6rie de linites gastriques cons6cutives recrut6es par l' interm6diaire de l'endoscopie. 12,5 % des patientes avec une linite gastrique avaient 6t6 trai- t6es auparavant pour un cancer du sein. Ce pour- centage 61ev6 sugg~re bien une liaison entre les deux pathologies. </p><p>Le d6veloppement de deux cancers est une 6ventualit6 rare et pourrait 6tre favoris6e par la chimioth6rapie administr6e lors du traitement du premier cancer. 6 des 8 patientes de cette s6rie ont 6t6 effectivement trait6es par diverses chimio- th6rapies. Toutefois le suivi de patientes trait6es pour un cancer du sein montre que l'apparition d'un second cancer est un ph6nom6ne rare et que la tumeur est alors exceptionnellement digestive [5]. </p><p>Dans la plupart des cas de notre s6rie comme de ceux de la litt6rature, la linite s'accompagne de m6tastases osseuses, h6patiques ou p6riton6ales, 6voquant une diss6mination g6n6ralis6e. Ainsi, chez la patiente n~ des m6tastases sous-cutan6es puis osseuses ont pr6c6d6 le diagnostic de linite de 18 et 6 mois respectivement. Dans cette 6tude r6trospective, il s'est av6r6 impossible de comparer l'histologie des tumeurs mam...</p></li></ul>