Nanotechnologies Maxiservitude

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  • Nanotechnologies / MaxiservitudeDes contributions grenobloises l'automatisation du cheptel

    humain

    I- D'o l'on parle

    Qu'on s'en flicite ou qu'on s'en dfie,chacun s'accorde voir dans la "liaisonrecherche-industrie" le moteur del'conomie grenobloise depuis ladomestication de la "houille blanche"en 1869 par l'entrepreneur AristideBergs : ingnieur et patron.Ce que personne ne voit ou ne veutvoir, ce sont les rapports de production,l'ordre social, les effets sur le milieu etsomme toute l'volution politiquequ'entrane de cycle en cycle ce moteurconomique. Les uns parce qu'ils ytrouvent leur avantage, si mince etillusoire soit-il. Les autres paraveuglement vritable ou veulerieenrage. Car ils ne veulent ni agirsuivant leurs ides ni perdre la face enavouant leurs reddit ions. Etchangeraient-ils d'avis qu'ils le feraientsans le dire, ou en expliquant encorepourquoi ils avaient raison d'avoir tort.Pourquoi s'en prendre au Centred'Etudes Nuclaires Grenoblois (CENG),quand un quelconque comit Chiapasvous pourvoit en bonne conscience bon march ? Il est bien plus judicieuxpour un chercheur l'INRA des'opposer Le Pen qu'aux chimresgntiques ; comme il est bien plusgratifiant pour un colo-citoyen deperptuellement chicaner les effets decette liaison recherche-industrie(nuisances, risques majeurs, abus depouvoir) plutt que de dnoncer cetteliaison et par l de s'attaquer enfin auxcauses. Mais il est vrai qu'on quitteraitalors l'expertise technicienne pour lacontestation politique, ce qui seraitanti-grenoblois.Ces choses-l ne sont pas mystrieuses.Il n'y a pas besoin de diplme pour dire

    que le roi est nu. Ni que cette cuvetteest le fief d'une techno-caste au rgne peine troubl de quelques remontrancesissues de ses propres rangs (Ades, Verts,Frapna). Si un ingnieur nuclaireencadre l'Ads (l'Hads ! Tout demme! qui n'a pas tressailli ce lapsusmilitaro-mortifre ?), que le directeurgnral et le charg de relationspubliques de l'universit Joseph Fourier(biotechs et Biopolis) administrent lesVerts entre deux expulsions de gitans,pourquoi le rdacteur en chef d'IsreNature (mensuel de la Frapna) neserait-il pas aussi l'ex-charg de com' deSchneider, conseiller municipal LaTronche et dfenseur des labosmilitaires sis sur sa commune ? (cf IsreNature, juin 2002)On finit par en rire. Et si ces banalitsgrenes dans quelques papiers, lors dequelques runions publiques, ont pufaire sensation, tout le mrite en revientau silence, l'interdit, aux dngationsqui les recouvraient. Voici trente ansqu'elles auraient pu, qu'elles auraientd se dire ; certains avaient commencdans les annes 70 dnoncer "la facau service des patrons", qui par unprodigieux tte--queue, clbrrentfinalement les "grains de technopole" etle "territoire endogne innovant" (c'estGrenoble). N'importe quel conomisteou sociologue, dans une ville o ils semarchent dessus, aurait pu en direautant condition d'avoir la moindreconscience professionnelle. N'importequels rpublicains, rvolutionnaires etradicaux, dans une ville o l'on clatede bouffissure progressiste, auraient den dire autant, s'ils avaient eu lamoindre conscience politique.Mais voil des dcennies que les unsfont carrire tandis que les autres font

  • 2des comits Chiapas, braient que lefascisme ne passera pas, rclament despilules de sodium pour les voisins del'Institut Lae Langevin ou fustigent "lafausse conscience" en doctesconciliabules. Sans jamais s'aviser, lesuns que leur carrire mne auxhorreurs, les autres que si les zapatistesavaient pass leur temps faire descomits Dauphin, leur cause n'auraitjamais franchi les lisires de la fortLacandon ; que le fascisme front detaureau est une solution archaque parrapport ce qui se mijote dans noslaboratoires technopolitains ; que lespilules de sodium ne suppriment ni lesracteurs nuclaires ni les nuclocrates ;que fustiger la "fausse conscience"reste de la fausse conscience tantqu'elle en reste l.C'est devant ce constat de mutisme quele premier venu, pour peu qu'il lui resteun brin d'chine, peut faire uvre utilequoi qu'en disant ce que tout le mondetait. D'o l'on voit qu'il serait abusifd'attribuer d'autres qu'au simplecitoyen des discours trop communspour mriter des noms propres. Ce quiprsente le double avantage deretourner le mot de citoyen contre ceuxqui s'imaginent l'avoir dpos, et derire des transes radicales sa moindremention.A vrai dire, le titre de simple mitoyen,piton et rsident de cette mite ,suffisait pour dire ce que n'importe quiaurait d dire. La preuve. Et si c'estencore trop, l'on dira comme tel autre :"C'est un homme ou une pierre ou unarbre qui va commencer le quatrimechant."

    II- La prochaine rvolutionindustrielle

    Le temps file cependant, Grenobletoujours plus vite qu'ailleurs, toujoursavec un temps d'avance, et c'est iciplutt qu'ailleurs que se fomente laprochaine rvolution industrielle : celle

    des nanotechnologies. On parle deMinatec, bien sr, le mga-projeteuropen qui ne se reconnat que deuxrivaux, Los Angeles et Tsukuba(Japon). Minatec en fait n'tant que lapice centrale (formation, recherche etapplications) d'un dispositif quicomprend Nanotec 300 (fabrication deplaquettes de silicium) et Crolles 2 (sitede recherche et de production co-fondp a r P h i l i p s , M o t o r o l a e tSTMicroelectronics).Quelques chiffres, a fait srieux.Minatec, de source officielle, c'est150millions d'euros d'investissement(mais Le Point du 4/10/02 dit 170millions, et Les Echos du 15/04/02, 180millions d'euros). Soit prs de 127millions d'investissement public, dont113 environ des collectivits locales.On comprend devant ces chiffres queJean Therme, le directeur local duCommissariat l'Energie Atomique, aitrendu un hommage insistant aux lusde l'Isre pour leur "courage" et "lesrisques" qu'ils savaient prendre avecl'argent public (cf confrence au CRDPde Grenoble le 27/11/02).De Nanotec 300, Pascal Colombani,administrateur gnral du CEA, nousdit que c'est un projet 400 millionsd'euros, plus du double de Minatec, ngocier "avec les financeurs potentiels,collectivits locales, industriels, Etat" (LeDaub, 01/06/02)Enfin Crolles 2, c'est 2,8 milliardsd'euros d'ici 2007, le plus grosinvestissement industriel en Francedepuis la construction des dernirescentrales nuclaires, "grce des aidespubliques massives atteignant 543millions d'euros (395 de l'Etat et 148 descollectivits locales)" selon l'AFP(12/04/02).Soit au bas mot 3,350 milliards d'eurosd a n s l e s n a n o t e c h n o l o g i e sgrenobloises, dont 670 millionsd'argent public, comprenant 261millions de financement local - hors

  • 3Nanotec 300, bien sr, dont le montagereste ngocier.Commence-t-on voir tout le prix quenos technarques attachent ces projets? Et s'il se trouvait encore des citoyensassez simples pour croire leur"dmocratie", n'auraient-ils pas ddbattre avec eux de ces colossaleslargesses, au lieu d'en trancher entrelus? Las, mme sur cette question degros sous qui touche leur fonds decommerce, les conomes de l'Adsn'auront pas dpass une courageuseabstention de vote.

    Quant aux ressources humaines etmatrielles, elles seront la hauteur deces crdits mirifiques.Minatec : 60000 m2 de btiments sur lePolygone scientifique, 4500 profs,ingnieurs, tudiants, etc.Nanotec 300 : 150 chercheurs et "unnouveau btiment volutif" avec dessalles blanches.Crolles 2 : 5000 m2 de salles blanches,550 chercheurs, 650 ingnieurs ettechniciens et 4500 emplois indirects(sous-traitants, sous-traits, etc).A quoi s'ajoutent "les 4 milliards d'eurosdj mobiliss en dix ans par les acteursde la filire microlectronique avec lesoutien des collectivits locales", "unefilire innovante" avec dans la cuvette3000 chercheurs qui dposent chaqueanne 300 brevets de porte mondiale,15000 salaris rpartis dans 200tablissements, les plus grandes firmesdu secteur (Atmel, STMicroelectronics,Philips, Motorola, Infineon, OnSemiconductor, Soitec, Memscap,Thales, ASML, Applied Materials,Silvaco, Air Liquide, Synopsis), "plus de25 start up fort potentiel" cres dansles cinq dernires annes (Tronics,Apibio, Team Photonics, IrocTechnologies, Xenox, Opsitec,Polyspace). Ladite filire s'adossantpar ailleurs 220 laboratoires, 5centres de recherche, etc (cf Lettre deMinatec, n4, sept 02).

    Il est vrai que certains contestent cettenanovision. Le secteur des nouvellestechnologies compte 35000 salaris Grenoble. Depuis la ZIRST deMontbonnot, Jean-Pierre Verjus,dircom' de l'Institut National deRecherche en Informatique etAutomatique (INRIA) proclame que"parler de Grenoble comme de la capitaledes nano et microtechnologies est uneerreur stratgique. L'industrie des logicielsemploie la moiti des effectifs dans leshigh tech du bassin d'emploi. Surtout leslogiciels sont devenus indissociables dumatriel. Dans un tlphone mobile, il y aautant de puces que de logiciels. Mieuxvaut nous prsenter comme la capitale dunumrique." (L'Essentiel de Grenoble etde l'Isre, 7/02/01)De leur ct, Raymond Avrillier etChrist ine Garnier, cologistesgrenoblois, estiment au conseil de laMtro que "les crations d'emploisprvues Minatec (1200 chercheurspublics, 1000 emplois industriels directs)sont surestims, qu'il n'y a pas definanceurs privs alors que cet argentpublic va bnficier entre autres desentreprises prives les start up qui vontpeut-tre, par la suite, partir ailleurs fairebnficier d'autres territoires (notammentle Voironnais) de leurs taxesprofessionnelles." (Le Daub 22/12/01)Alors ? Grenoble est-elle la capitale dunano ou du numrique ? Devons-nousguerroyer contre les flons voironnaisq u i b r a c o n n e n t n o s t a x e sprofessionnel les ? Et s i lesncrotechnologies craient bel et biende l'emploi, de la croissance, desrevenus, devrions-nous en vouloir pourautant ?Ceci dit pour rappeler aux lecteurs duMonde Diplomatique, aux voyageurs del'anti-mondialisation, aux pourfendeursde la marchandisation, o ils vivent etde quoi ils vivent, eux qui prtendentun peu vite que leurs vies ne sont pas vendre. Si ces tourneaux sautille