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Objet d’étude : Lire, écrire, publier La correspondance de Flaubert, entre journal de bord et manifeste (l’orthographe de Flaubert, parfois hasardeuse, est respectée !) Xxx travail xxx difficultés xxxx construction xxx style xxx documentation xxx livre sur rien xxx phrases importantes 23 juillet 1851 De du Camp As-tu pris un parti ? est-ce toujours Don Juan ? est-ce l'histoire de Mme Delamarre, qui est bien belle ? Ouverture du chantier 2 août De Du Camp Je te donnerai pour ta Bovary tout ce que j'ai eu dans le corps à cet endroit, ça pourra peut-être te servir. 20 septembre A Louise J'ai commencé hier au soir mon roman. J'entrevois maintenant des difficultés de style qui m'épouvantent. Ce n’est pas une petite affaire que d’être simple. J’ai peur de tomber dans le Paul de Kock ou de faire du Balzac chateaubrianisé. Début du roman principe stylistique 21 septembre Ce qui m’assomme, ce n’est ni le mot, ni la composition, mais mon objectif ; je n’ai rien qui soit excitant. Quand j’aborde une situation, elle me dégoûte d’avance par sa vulgarité ; je ne fais autre chose que de doser de la merde. Livre sur rien – haine du réel 16 janvier 1852 Il y a en moi littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit. Dualité du romancier Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. Projet et ambition romanesque : le livre sur rien C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Le style 25 janvier J'ai travaillé avec ardeur. Dans une quinzaine je serai au milieu de ma première partie. Travail du romancier 31 janvier Ce bon Saint-Antoine t'intéresse donc ? Sais-tu que tu me gâtes avec tes éloges, pauvre chérie. C'est une œuvre manquée. Tu parles de perles. Mais les perles ne font pas le collier ; c'est le fil. […]Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l’auteur absente. Constructio n Refus du lyrisme : impersonna lité Je suis un homme-plume. Je sens par elle, par rapport à elle et beaucoup plus avec elle. Ecriture comme mode de vie ECRITURE DE LA PREMIERE PARTIE : SEPTEMBRE 1851 > AOUT 1852 = 1 AN 3 mars Je viens de relire pour mon roman plusieurs livres d'enfant. Je suis à moitié fou, ce soir, de tout ce qui a passé aujourd'hui devant mes yeux, depuis de vieux keepsakes jusqu'à des récits de naufrages et de flibustiers. [...] J'ai lu aujourd'hui deux volumes de Bouilly : pauvre humanité ! Que de bêtises Travail du romancier = documentat ion

Objet d’étude : Lire, écrire, publier La correspondance …premiere-langevin.e-monsite.com/medias/files/lettre-a-louise-colet... · style, comme la terre sans être soutenue se

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Objet d’étude : Lire, écrire, publier La correspondance de Flaubert, entre journal de bord et manifeste (l’orthographe de Flaubert, parfois hasardeuse, est respectée !)

Xxx travail xxx difficultés xxxx construction xxx style xxx documentation xxx livre sur rien xxx phrases importantes

23 juillet 1851 De du Camp

As-tu pris un parti ? est-ce toujours Don Juan ? est-ce l'histoire de Mme Delamarre, qui est bien belle ?

Ouverture du chantier

2 août De Du Camp

Je te donnerai pour ta Bovary tout ce que j'ai eu dans le corps à cet endroit, ça pourra peut-être te servir.

20 septembre A Louise

J'ai commencé hier au soir mon roman. J'entrevois maintenant des difficultés de style qui m'épouvantent. Ce n’est pas une petite affaire que d’être simple. J’ai peur de tomber dans le Paul de Kock ou de faire du Balzac chateaubrianisé.

Début du roman – principe stylistique

21 septembre

Ce qui m’assomme, ce n’est ni le mot, ni la composition, mais mon objectif ; je n’ai rien qui soit excitant. Quand j’aborde une situation, elle me dégoûte d’avance par sa vulgarité ; je ne fais autre chose que de doser de la merde.

Livre sur rien – haine du réel

16 janvier 1852

Il y a en moi littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit.

Dualité du romancier

Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière.

Projet et ambition romanesque : le livre sur rien

C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

Le style

25 janvier J'ai travaillé avec ardeur. Dans une quinzaine je serai au milieu de ma première partie.

Travail du romancier

31 janvier Ce bon Saint-Antoine t'intéresse donc ? Sais-tu que tu me gâtes avec tes éloges, pauvre chérie. C'est une œuvre manquée. Tu parles de perles. Mais les perles ne font pas le collier ; c'est le fil. […]Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l’auteur absente.

Construction Refus du lyrisme : impersonnalité

Je suis un homme-plume. Je sens par elle, par rapport à elle et beaucoup plus avec elle.

Ecriture comme mode de vie

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1852 = 1 AN

3 mars Je viens de relire pour mon roman plusieurs livres d'enfant. Je suis à moitié fou, ce soir, de tout ce qui a passé aujourd'hui devant mes yeux, depuis de vieux keepsakes jusqu'à des récits de naufrages et de flibustiers. [...]

J'ai lu aujourd'hui deux volumes de Bouilly : pauvre humanité ! Que de bêtises

Travail du romancier = documentation

lui sont passées par la cervelle depuis qu'elle existe ! Voilà deux jours que je tâche d'entrer dans des rêves de jeunes filles et que je navigue pour cela dans les océans laiteux de la littérature à castels, troubadours à toques de velours à plumes blanches.

8 mars Je suis dans un tout autre monde maintenant, celui de l’observation attentive des détails les plus plats. – J’ai le regard penché sur les mousses de moisissure de l’âme. Il y a loin de là aux flamboiements mythologiques et théologiques de Saint Antoine.

Refus du lyrisme et observation réaliste

27 mars J'ai fini ce soir de barbouiller la première idée de mes rêves de jeune fille. J'en ai pour quinze jours encore à naviguer sur ces lacs bleus, après quoi j'irai au Bal, et passerai ensuite un hiver pluvieux, que je clorai par une grossesse et le tiers de mon livre à peu près sera fait.

Progression du roman Flaubert = Emma

15 avril Quand mon roman sera fini, dans un an, je t’apporterai mon ms. complet par curiosité. Tu verras par quelle mécanique compliquée j’arrivé à faire une phrase.

Fin projetée : avril 1853 Style : « mécanique »

24 avril Je suis maintenant arrivé à mon bal, que je commence lundi. J'espère que ça ira mieux. J'ai fait, depuis que tu m'as vu, 25 pages net (25 p. en 6 semaines).

Progression du roman

2 mai J'ai à faire une narration. Or le récit est une chose qui m'est très fastidieuse. Il faut que je mette mon héroïne dans un bal.

Travail du romancier

8 mai L’ironie pourtant me semble dominer la vie. - D’où vient que, quand je pleurais, j’ai été souvent me regarder dans la glace pour me voir ? – Cette disposition à planer sur soi-même est peut-être la source de toute vertu. Elle vous enlève à la personnalité, loin de vous y retenir.

Ironie, source d’impersonnalité

9 mai Il faut boire des océans et les repisser. Documentation

15-16 mai Si tu savais ce que j'ai retranché et quelle bouillie que mes mss. ! Voilà 120 pages de faites ; j'en ai bien écrit 500 au moins. – Sais-tu à quoi j'ai passé tout mon après-midi avant-hier ? à regarder la campagne par des verres de couleur. J'en avais besoin pour une page de ma Bovary qui, je crois, ne sera pas des plus mauvaises.

Travail du romancier : les brouillons

23 mai Mon roman m’ennuie ; je suis stérile comme un caillou. (...) A chaque pas je découvre dix obstacles. Le commencement de la deuxième partie m’inquiète beaucoup. Je me donne un mal de chien pour des misères ; les phrases les plus simples me torturent.

Travail de l’écrivain

Cette première partie qui devait être finie d'abord à la fin de février, puis en avril, puis en mai, ira jusqu'à la fin de juillet. À chaque pas je découvre dix obstacles. Le commencement de la deuxième partie m'inquiète beaucoup.

1re partie : fin projetée en juillet 52 Progression du roman

19 juin Je retrouve toutes mes origines dans le livre que je savais par cœur avant de savoir lire, Don Quichotte...

Inspiration : Don Quichotte

26 juin C’est que je ne peux penser le style que la plume à la main et je patauge dans un gâchis continuel que je déblaye à mesure qu’il augmente. […] Ce qui est atroce de difficulté, c’est l’enchainement des idées et qu’elles dérivent bien naturellement les unes des autres.

Travail du romancier Construction

12 juillet Dans une quinzaine j'espère avoir fini ma Ire partie. Encore une semaine ensuite pour la corriger et une autre pour revoir le tout.

Progression du roman

18 juillet Ce matin, j'ai été à un comice agricole, dont j'en [sic] suis revenu mort de fatigue et d'ennui. J'avais besoin de voir une de ces ineptes cérémonies rustiques pour ma Bovary, dans ma deuxième partie. [...] Ma première partie est à peu près faite.

Documentation

22 juillet Quelle chienne de chose que la prose ! Ca n’est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu’on peut lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore.

Travail de l’écrivain et perfection du style

22 juillet Je suis en train de recopier, de corriger et raturer toute ma première partie de Bovary. Les yeux m'en piquent. Je voudrais d'un seul coup d'œil lire ces cent cinquante-huit pages et les saisir avec tous leurs détails dans une seule pensée.

Travail du romancier

26 juillet Voilà sept à huit jours que je suis à ces corrections, j’en ai les nerfs fort agacés. Je me dépêche et il faudrait faire cela lentement. Découvrir à toutes les phrases des mots à changer, des consonances à enlever, etc. !

Travail du romancier

Je ne crois pas que la plume et (ait) les mêmes instincts que le cœur. (...) Oui, c’est une étrange chose que la plume d’un côté et l’individu de l’autre.

Dualité du romancier

Je suis l’homme des brouillards, et c’est à force de patience et d’étude que je me suis débarrassé de toute la graisse blanchâtre qui noyait mes muscles. Les livres que j’ambitionne le plus de faire sont justement ceux pour lesquels j’ai le moins de moyens. Bovary, en ce sens, aura été un tour de force inouï et dont moi seul jamais aurai conscience : sujet, personnage, effet, etc., tout est hors de moi. Cela devra me faire faire un grand pas par la suite. Je suis, en écrivant ce livre, comme un homme qui jouerait du piano avec des balles de plomb sur chaque phalange.

Impersonnalité Travail du romancier

26 juillet Je viendrai te faire une petite visite dans les premiers jours de septembre, quand je ne serai pas encore bien en train et que le scénario de ma seconde partie sera bien retravaillé.

Construction

4 septembre 52

Depuis que nous nous sommes quittés [fin août], j'ai fait huit pages de ma 2e partie : la description topographique d'un village.

Je vais maintenant entrer dans une longue scène d'auberge qui m'inquiète fort.

Progression du roman

19 septembre

Que ma Bovary m’embête ! Je commence à m’y débrouiller pourtant un peu. Je n’ai jamais de ma vie rien écrit de plus difficile que ce que je fais maintenant, du dialogue trivial ! Cette scène d’auberge va peut être me demander trois mois, je n’en sais rien. J’en ai envie de pleurer par moments, tant je sens mon impuissance. [...] Je m'en vais faire tout rapidement et procéder par grandes esquisses d'ensemble successives.

Travail de l’écrivain Construction

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1854 : 2 AN

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26 octobre J'écris maintenant d'esquisse en esquisse ; c'est le moyen de ne pas perdre tout à fait le fil, dans une machine si compliquée sous son apparence simple. J'ai lu à Bouilhet, dimanche, les vingt-sept pages (à peu près finies) qui sont l'ouvrage de deux grands mois. Il n'en a point été mécontent et c'est beaucoup, car je craignais que ce ne fût exécrable. Je n'y comprenais presque plus rien moi-même, et puis la matière était tellement ingrate pour les effets de style ! C'est peut-être s'en être bien tiré que de l'avoir rendue passable. Je vais entrer

Travail et progression du roman

maintenant dans des choses plus amusantes à faire. Il me faut encore quarante à cinquante pages avant d'être en plein adultère. Alors on s'en donnera, et elle s'en donnera, ma petite femme !

9 décembre

L’auteur dans son œuvre doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout, et visible nulle part.

Impersonnalité d

16 décembre

Je suis en train d'écrire une visite à une nourrice. [...] J'étais en train, ce soir, d'écrire une scène d'été avec des moucherons, des herbes au soleil, etc.

Progression du roman

29 décembre

Je ne fais pas 4 pages dans la semaine et j'ai encore du chemin avant d'arriver au point que je me suis fixé [...] Quelles pyramides à remuer, pour moi, qu'un livre de 500 pages !

Travail

15 janvier 1853

J'ai ainsi maintenant 50 pages d'affilée, où il n'y a pas un événement. C'est le tableau continu d'une vie bourgeoise et d'un amour inactif.

Livre sur rien

29 janvier Mon sacré nom de roman me donne des sueurs froides. En cinq mois, depuis la fin d'août, sais-tu combien j'en ai écrit ? Soixante-cinq pages ! dont trente-six depuis Mantes [14 novembre 1852]. [...] Le milieu des œuvres longues est toujours atroce (mon bouquin aura environ 450 à 480 pages ; j'en suis maintenant à la page 204) [...] Quand je serai revenu de Paris, je m'en vais ne pas écrire pendant quinze jours et faire le plan de toute cette fin jusqu'à la baisade, qui sera le terme de la première partie de la deuxième.

Travail Construction

17 février Aujourd'hui pourtant je me suis remis à la Bovary ; je rêvasse à l'esquisse, j'arrange l'ordre.

Construction

23 février Enfin ! me revoilà à peu près dans mon assiette ! J'ai griffonné dix pages, d'où il en est résulté deux et demie. J'en ai préparé quelques autres.

Progression du roman

5 mars J'ai fait, depuis que nous nous sommes quittés, 8 pages ; et quand je pense que j'en ai encore 250 ! que dans un an je n'aurai pas fini !

Progression du roman

6 avril Sais-tu, chère Muse, depuis le jour de l'an combien j'ai fait de pages ? Trente-neuf. Et depuis que je t'ai quittée ? vingt-deux. Je voudrais bien avoir terminé ce satané mouvement, auquel je suis depuis le mois de septembre, avant que de me déranger (ce sera la fin de la première partie de ma seconde). [...] Voilà six mois que je fais de l'amour platonique, et en ce moment, je m'exalte catholiquement au son des cloches, et j'ai envie d'aller en confesse.

Progression du roman Flaubert = Emma

10 avril J'ai à faire un dialogue de ma petite femme avec un curé. – [...] Bouilhet prétend pourtant que mon plan est bon, mais moi je me sens écrasé.

Travail

13 avril Enfin je commence à y voir un peu dans mon sacré dialogue du curé. [...] Cela doit avoir 6 à 7 pages au plus, et sans une réflexion ni une analyse (tout en dialogue direct). [...] À la fin de la semaine prochaine, cependant, j'en serai complètement débarrassé, j'espère. – Il me restera ensuite une dizaine de pages (deux grands mouvements) et j'aurai fini le premier ensemble de ma seconde partie. L'adultère est mûr, on va s'y livrer (et moi aussi, j'espère alors).

Travail Flaubert = Emma

26 avril Je veux seulement [avant le rendez-vous de Mantes] écrire encore trois pages, au plus, en finir cinq que j'écris depuis l'autre semaine, et trouver quatre ou cinq phrases que je cherche depuis bientôt un mois. – Mais quant à attendre que j'en sois à la fin de cette 1re partie de la 2e, j'en aurais, en travaillant bien, pour jusqu'à la fin du mois de mai. [...] J'ai une tirade de Homais sur l'éducation des enfants (que j'écris maintenant) et qui, je crois, pourra faire rire. – [...] C'est trop long pour un homme que 500 pages à écrire comme ça ; et quand on en est à la 240e, et que l'action commence à peine !

Travail et progression

[…]Je suis très las. J’ai la gorge éraillée d’avoir crié tout ce soir en écrivant, selon ma coutume exagérée. […] Jamais je ne jette aucun papier. C’est de ma part une manie.

21 mai Je suis bien désireux d'être dans une quinzaine de jours, afin de lire à Bouilhet tout ce commencement de ma deuxième partie (ce qui fera 120 pages, l'œuvre de dix mois). J'ai peur qu'il n'y ait pas grande proportion, car pour le corps même du roman, pour l'action, pour la passion agissante, il ne me restera guère que 120 à 140 pages, tandis que les préliminaires en auront plus du double.

Travail Souci de proportion dans la construction

26 mai Oui, cela a bien marché aujourd'hui, je me suis à peu près débarrassé d'un dialogue archicoupé fort difficile, j'ai écrit au deux tiers une phrase pohétique, et esquissé trois mouvements de mon phramacien, qui me faisaient à la fois beaucoup rire, et grand dégoût, tant ce sera fétide d'idée et de tournure. – J'en ai pour jusqu'à la fin du mois de juin, de cette 1re partie. J'ai relu presque tout. Le commencement sera à récrire.

Travail (écriture de la vue du ciel par Emma, II6 et des idées reçues d’Homais sur la vie à Paris)

25 juin Ce livre est une biographie plutôt qu’une péripétie développée. Le drame y a peu de part...

Le livre sur rien

25 juin 53 Enfin, je viens de finir ma première partie (de la seconde) [...] Mais je pense pourtant que ce livre aura un grand défaut, à savoir : le défaut de proportion matérielle. J'ai déjà deux cent soixante pages et qui ne contiennent que des préparations d'action, des expositions plus ou moins déguisées de caractère (il est vrai qu'elles sont graduées), de paysages, de lieux. Ma conclusion, qui sera le récit de la mort de ma petite femme, son enterrement et les tristesses du mari qui suivent, aura soixantes pages au moins. Restent donc, pour le corps même de l'action, cent vingt à cent soixante pages tout au plus. N'est-ce pas une grande défectuosité ?

Travail

28 juin Je suis accablé. La cervelle me danse dans le crâne. Je viens, depuis hier dix heures du soir jusqu'à maintenant, de recopier 77 pages de suite qui n'en font plus que 53. [...] Ainsi, depuis la fin de février, j'ai écrit 53 pages!

Travail

2 juillet Demain je lis à Bouilhet 114 pages de la Bovary, depuis 139 jusqu'à 251. Voilà ce que j'ai fait depuis le mois de septembre dernier, en 10 mois ! J’ai fini cet après-midi par laisser là les corrections, je n’y comprenais plus rien ; à force de s’appesantir sur un travail, il vous éblouit ; ce qui semble être une faute maintenant, cinq minutes après ne le semble plus ; c’est une série de corrections et de recorrections des corrections à n’en plus finir. On en arrive à battre la breloque et c’est là le moment où il est sain de s’arrêter. Toute la semaine a donc été assez ennuyeuse et, aujourd’hui, j’éprouve un grand soulagement en songeant sur voilà quelque chose de fini, ou approchant ; mais j’ai eu bien du ciment à enlever, qui bavachait entre les pierres, et il a fallu retasser les pierres pour que les joints ne parussent pas. La prose doit se tenir droite d’un bout à l’autre, comme un mur portant son ornementation jusque dans ses fondements et que, dans la perspective, ça fasse une grande ligne unie. Oh ! si j’écrivais comme je sais qu’il faut écrire, que j’écrirais bien !

Travail

Ce livre, tout en calcul et en ruses de style, n’est pas de mon sang, je ne le porte pas en mes entrailles, je sens que c’est chose voulue, factice. Ce sera peut-être un tour de force qu’admireront certaines gens (et en petit nombre). D’autres y trouveront quelque vérité de détail et d’observation. Mais de l’air ! de l’air ! Les grandes tournures, les larges et pleines périodes se déroulant comme des fleuves, la multiplicité des métaphores, des grands éclats de style, tout ce que j’aime

Style et dualité de Flaubert

enfin n’y sera pas ; seulement j’en sortirai peut-être préparé à écrire ensuite quelque chose.

15 juillet J'ai été fort en train cette semaine. J'ai écrit huit pages qui, je crois, sont toutes à peu près faites. Ce soir, je viens d'esquisser toute ma grande scène des Comices agricoles. Elle sera énorme ; ça aura bien trente pages. [...] Une fois ce pas-là franchi, j'arriverai vite à ma baisade dans le bois par un temps d'automne (avec leurs chevaux à côté qui broutent les feuilles), et alors je crois que j'y verrai clair.

Progression du roman

14 aout Ma pauvre Bovary, sans doute, souffre et pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même.

Emma

26 aout Ah ! qu’il me tarde d’être débarrassé de la Bovary (...) Que j’ai hâte donc d’avoir fini tout cela pour me lancer à corps perdu dans un sujet vaste et propre. J’ai des prurits d’épopée.

26 aout Les perles composent le collier, mais c’est le fil qui fait le collier. Or, enfiler les perdre sans en perdre une seule et toujours tenir son fil de l’autre main, voilà la malice.

Construction

21 septembre

Voilà deux ans que j'y suis ! C'est long. Deux ans ! toujours avec les mêmes personnages et à patauger dans un milieu aussi fétide ! [...] À la fin de la semaine prochaine, j'espère être au milieu de mes comices.

Travail

30 septembre

Me voilà à peu près au milieu de mes comices (j'ai fait quinze pages ce mois, mais non finies) [...] Ce soir, j'ai encore recommencé sur un nouveau plan ma maudite page des lampions que j'ai déjà écrite quatre fois.

Travail

7 octobre Cette semaine pourtant, et surtout ce soir (malgré mes douleurs physiques) j'ai fait un grand pas. J'ai arrêté le plan du milieu de mes comices (c'est du dialogue à deux, coupé par un discours, des mots de la foule et du paysage). Mais quand les aurai-je faits ?

Travail

6 novembre

Bouilhet a été content de mes comices, refaits, raccourcis et définitivement arrêtés. [...] J'ai écrit seulement 20 pages en 2 mois. Mais elles en représentent bien cent !

Travail

29 novembre

Il faut bien ruminer son objectif avant de songer à la forme. Construction

8 décembre

Sais-tu combien les comices (recopiés) tiennent de pages ? 23. – Et j'y suis depuis le commencement de septembre ! [...] J'ai relu, hier, toute la seconde partie. Cela m'a semblé maigre.

Travail

9 décembre

Je suis très fatigué ce soir. (Voilà deux jours que je fais du plan, car enfin, Dieu merci, mes comices sont faits, ou du moins ils passeront pour tels, jusqu'à nouvelle révision.)

travail

23 décembre

Depuis 2 h de l'après-midi (sauf 25 minutes à peu près pour dîner), j'écris de la Bovary. Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu.

Progression du roman

25 décembre Louis

Ma Bovary est sur le point immédiat d'être baisée et je cherche le mouvement dont j'ai la fin. [...] Revenu ce soir à 10 heures, et un peu excité par les fumées du vin, j'espère trouver mon coït.

Progression du roman

28 décembre

Du reste, la Bovary avance. La baisade est faite. – Et je la laisse, parce que je commence à faire des bêtises. Il faut savoir s'arrêter dans les corrections, d'autant qu'on ne voit pas bien les proportions d'un passage quand on est resté dessus trop longtemps.

Progression et travail

2 janvier 1854 A Louise

[Bouilhet] a été content de ma baisade. Mais, avant le dit passage, j'en ai un de transition qui contient 8 lignes, qui m'a demandé 3 jours, où il n'y a pas un mot de trop, et qu'il faut, pourtant, refaire ! encore ! parce que c'est trop lent.

Travail

3 février J'ai écrit ce mois-ci 3 pages, et en travaillant bien, je t'assure, sans distraction. Ces 3 pages en représentent à peu près une trentaine, si ce n'est plus. C'est que tout cela probablement n'avait pas été bien conçu ? [...] Jusqu'à présent, j'avais à peindre des états tristes, des pensées amères. J'en suis maintenant à un passage joyeux. J'échoue. [...] Puis je vais faire un peu de plan, pour travailler de suite à mon retour.

Travail

7 avril [...] J'ai hier passé toute ma soirée à me livrer à une chirurgie furieuse. J'étudie la théorie des pieds bots. J'ai dévoré en trois heures tout un volume de cette intéressante littérature et pris des notes

Documentation

18 avril Tu me verras dans trois semaines au plus tard. Je n'ai plus, d'ici à mon départ, que cinq ou six pages à faire et, de plus, sept ou huit à moitié ou aux deux tiers faites. Je patauge en plein dans la chirurgie. J'ai été aujourd'hui à Rouen, exprès, chez mon frère, avec qui j'ai longuement causé anatomie du pied et pathologie des pieds bots.

Documentation

17 aout J'ai écrit huit pages. Ai-je gueulé ! Travail Février 1855 A Alfred Baudry

Faites-moi une petite description de la chapelle où est la statue de Richard Cœur de Lion.

Documentation

23 mai Je chante les lieux qui furent le « théâtre aimé des jeux de ton enfance », c'est-à-dire : les cahfuehs, estaminets, bouchons et bordels qui émaillent le bas de la rue des Charettes (je suis en plein Rouen). Et je viens même de quitter, pour t'écrire, les lupanars à grilles, les arbustes verts, l'odeur de l'absinthe, du cigare et des huîtres, etc. Le mot est lâché : Babylone y est. [...] Il m'est venu ce soir un remords. Il faut à toute force que les cheminots trouvent leur place dans la Bovary. Mon livre serait incomplet sans lesdits turbans alimentaires, puisque j'ai la prétention de peindre Rouen [...] Je m'arrangerai pour qu'Homais raffole de cheminots. Ce sera un des motifs secrets de son voyage à Rouen [...] Je vais lentement, très lentement même. Mais cette semaine je me suis amusé à cause du fond. Il faut qu'au mois de juillet j'en sois à peu près au commencement de la fin, c'est-à-dire aux dégoûts de ma jeune femme pour son petit monsieur.

Progression du roman

15 aout A Frédéric Fovard

1° Peut-on, lorsqu'on est possesseur de plusieurs billets, et que les échéances diverses de ces billets sont passées, garder tous ces billets, puis les présenter en bloc d'un seul coup ? 2° Après combien de jours, lorsqu'on a refusé de payer, vous envoie-t-on un protêt ? Comment est-ce fait, un protêt ? Quels en sont les premiers mots ? Quelle en est la formule ? Par qui signée ? 3° « Quand il (l'homme à qui on a souscrit les billets) veut faire un croulage, il fait faire les poursuites par un autre, et intervient comme tireur du billet et par suite engagé solidaire pour prendre toute l'affaire. » A. Comment s'y prend-on pour faire faire des poursuites par un autre ? B. Quelles formalités y a-t-il à remplir et quelles démarches à faire, pour qu'il puisse prendre toute l'affaire?

Documentation

17 aout Je suis au milieu des affaires financières de la Bovary. C'est d'une difficulté atroce. Il est temps que ça finisse, je succombe sous le faix.

Travail

30 aout Quand je serai quitte de ce passage financier et procédurier, c'est-à-dire dans une quinzaine, j'arriverai vite à la Catastrophe. J'ai beaucoup travaillé ce mois-ci, mais je crains bien que ce ne soit trop long, que tout cela ne soit un rabâchage perpétuel. La venette ne me quitte pas. Ce n'est point comme cela qu'il faut composer !

Progression du roman

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16 septembre

Tâche de m'envoyer, mon bonhomme, pour dimanche prochain, ou plus tôt si tu peux, les renseignements médicaux suivants. On monte la côte, Homais

Documentation

A Louis contemple l'aveugle aux yeux sanglants (tu connais le masque) et il lui fait un discours ; il emploie des mots scientifiques, croit qu'il peut le guérir, et lui donne son adresse. Il faut qu'Homais, bien entendu, se trompe, car le pauvre bougre est incurable. [...] J'espère que dans un mois la Bovary aura son arsenic dans le ventre. Te l'apporterai-je enterrée ? J'en doute

5 octobre J'ai besoin d'aller à Rouen pour prendre des renseignements sur les empoisonnements par l'arsenic.

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Chronologie de la rédaction : 1. Septembre 51 – aout 52 : partie I 2. Août 52 - décembre 54 : Partie II

aout 52 – juin 53 : partie II, 1er morceau Septembre 53 – début décembre 53 : les comices Début décembre 53 – 28 décembre 53 : la baisade Janvier 54 – décembre 54 : le pied-bot, la relation Emma-Rodolphe

3. Janvier 55 - mars 56 : partie III Flaubert achève Madame Bovary en mars 1856. > Quelle image du travail du romancier ces lettres donnent-t-elles ?

I. Un projet romanesque 1. Un projet ambitieux : le « livre sur rien »

- sujet simple : « presque pas de sujet », « sujet presque invisible », « tour de force inouï », - pas de drame : « le drame y a peu de part », roman « biographie », « tableau continu d’une vie bourgeoise et d’un amour inactif » - analyse psychologique, peu d’action > projet « pyramide » - Projet dissocié de la personnalité de Flaubert : « Ce livre, tout en calcul et en ruses de style, n’est pas de mon sang, je ne le porte pas en mes entrailles », « Je ne crois pas que la plume et (ait) les mêmes instincts que le cœur. (...) Oui, c’est une étrange chose que la plume d’un côté et l’individu de l’autre. » Amour du lyrisme et haine du lyrisme : « deux bonhommes »

2. Un travail de construction : une structure d’ensemble solide - Plusieurs métaphores traduisent son obsession de la structure : le « fil du collier » ou le « mur », la « grande ligne unie » : les termes « ciment », « bavacher », « pierres », « joints » relèvent de la métaphore filée du bâtiment qui se poursuit avec la comparaison : « comme un mur portant son ornementation jusque dans ses fondements ». Autre métaphore : « boutonné ». - Flaubert « fait du plan », travaille ses « scénarios » pour structurer son projet.

> conception flaubertienne de l’œuvre romanesque = structure solide et enchaînement nécessaire des parties, chapitres, scènes, paragraphes et phrases à l’intérieur du texte.

- mention des « parties » du roman : « ma première partie », ma « deuxième partie » et souci de l’enchainement, de la transition - Une écriture par « esquisses d’ensemble » : mention des grands moments du roman : le bal, les comices, la « baisade », le dialogue avec le curé, le passage financier - une crainte récurrente de la disproportion : « défaut de proportion matérielle », « grande défectuosité » 3. Une documentation rigoureuse - expériences : va aux comices, va observer la campagne à travers des verres de couleurs, aller à Rouen - discussions : avec son frère sur la médecine, avec des amis sur les affaires financières - lectures : keepsakes, traités médicaux sur les pieds-bots

II. Un travail quotidien

1. Une discipline de fer

- travail quotidien : fréquence des lettres, mention du rythme de travail et décompte des pages écrites. Mention de l’ « absence de distraction ». - Travail du romancier : « écrire, travailler, recopier, raturer, corriger, réécrire » : importance des brouillons = condensation. Allusions fréquentes aux nombres de pages qu’il a dû supprimer u qu’il a condensées (« 20 pages qui en représentent 100 », « dix pages d’où il en est résulté deux et demi », « 120 pages de faites ; j'en ai bien écrit 500 au moins ») - autre étape : lectures à Bouilhet - Gueuloir : « Ai-je gueulé ! » > présence dans les lettres de toutes les étapes par lesquelles le romancier passe pour écrire. Pourquoi tant de labeur ? 2. La quête d’une forme d’impersonnalité - Allusions à la dualité de Flaubert : parle des « deux bonhommes » qu’il y a en lui : l’un « épris de gueulades », l’autre qui « fouille le vrai ». - Madame Bovary : voudrait s’absenter de son roman, s’abstraire : « personnalité absente », auteur comme Dieu dans l’univers « présent partout visible nulle part », « tout est hors de moi », « débarrassé de la graisse blanchâtre ». Mentionne l’échec de Saint Antoine et voudrait tirer les leçons de cet échec. - traque du lyrisme : « nul lyrisme » - souci du réel : « observation attentive des détails les plus plats », « Il y a loin de là aux flamboiements mythologiques et théologiques de Saint Antoine » 3. Une exigence formelle : la perfection du style - Le but de ce travail exigeant est le style et sa « force interne » « un livre sans attache extérieur, qui se tiendrait par la force interne de son style. » - Objectif d’une perfection formelle dans l’usage de la prose qui apparente celle-ci à la poésie versifiée : l’exclamation rageuse « Quelle chienne de chose que la prose ! » traduit bien l’exaspération de l’auteur face aux résistances de la langue mais aussi son admiration envers ses ressources. Les sonorités récurrentes mêmes de cette phrase (allitération en [ch] et assonance en [ose]) semblent ici mimer à la fois la rugosité récalcitrante de la langue et les possibilités harmoniques et rythmiques qu’elle recèle. - Lenteur de ce travail et évocation de la « mécanique compliquée » par laquelle il arrive à faire une phrase : « je vais lentement, très lentement ». Evocation chiffrée de son rythme d’écriture (« 114 pages en 10 mois », « j’ai écrit ce mois-ci 3 pages », « en cinq mois […] 60 pages »…) 4. Un travail accablant - Les lettres sont le témoignage de la rudesse à laquelle Flaubert s’est astreint pendant ces 5 années d’écriture. - Violence verbale à l’égard de son roman : « Mon sacré nom de roman, la Bovary, ce satané mouvement » - Douleurs physiques : « la cervelle me danse dans le crâne, douleurs physiques, fatigué, accablé, yeux me piquent, nerfs fort agacés » - Conséquences morales : « à moitié fou, succombe sous le faix, me torture, battre la breloque » - découragement : « je n’ai jamais rien écrit d’aussi difficile, deux ans que j’y suis ! C’est long, deux ans !, qu’il me tarde d’être débarrassé » - Impuissance : « envie de pleurer, impuissance » - Il faut sans doute mettre cette fatigue et ce découragement en rapport avec le moment de la journée où Flaubert écrit : il écrit le soir ou la nuit. La fatigue peut donc expliquer ce découragement, d’autant que le romancier a travaillé avec acharnement tout le jour.

> Flaubert donne à sentir les pesanteurs de l’écriture et l’accablement qu’elles entraînent pour le romancier.

Conclusion : Comment définir la manière d’écrire de Flaubert ? Lente, laborieuse, très progressive, comportant de nombreuses versions successives, aboutissant rarement à un texte satisfaisant et assez réussi aux yeux du romancier, telle est la manière d’écrire qui se révèle dans ces extraits. Cette manière d’écrire est présentée comme un combat contre le lyrisme, donc comme un effort de rigueur, comme un combat contre la sensibilité, une lutte permanente contre les tendances à sortir du sujet. L’impression dominante est celle d’un véritable travail de galérien, que l’écrivain s’impose à lui-même.