Poésies complètes III

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Text of Poésies complètes III

  • Albert Lozeau

    Posies compltes

    Tome III

    BeQ

  • 2

    Albert Lozeau (1878-1924)

    Posies compltes

    Tome III

    Selon ldition dfinitive, Montral, 1925-26.

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection Littrature qubcoise

    Volume 82 : version 1.2

  • 3

    Les Images du Pays

    prcdes des

    Lauriers et Feuilles drable

  • 4

    Au docteur

    Georges Beauregard

    Hommage

    du pote au musicien

  • 5

    I. Lauriers.

    Les armes de Satan cest lhorreur de la guerre, Les peuples affols, Jsus sur le Calvaire, Le sang, le cri de mort, le meurtre volontaire ; Les armes de Jsus cest lhonneur de la guerre. Les peuples rtablis, Jsus sur le Calvaire, Le sang, le sacrifice et la mort volontaire...

    CHARLES PGUY.

  • 6

    Le drapeau Quimporte son tissu vieux ou neuf, soie ou toile, Cest le suprme signe et lemblme sacr ! Le soldat dit : Pour lui, noblement, je mourrai Car il est mon chemin, mon guide et mon toile ! Lme de mon pays palpite dans sa voile ! Tout lesprit de ma race est en ses plis serr ! O frmira sa gloire auguste, je serai, Que le soleil lclaire ou que la nuit le voile ! Il est mon bien, ma foi, ma force et mon amour ! Malheur laigle impie, ou malheur au vautour Qui tente dy marquer sa griffe sacrilge !... Si je tombe en luttant, sublime drapeau, Que ta triple couleur mhonore et me protge : Comme je tai suivi, suis-moi jusquau tombeau !

  • 7

    la Belgique sanglante Salut, honneur, amour toi, brave Belgique Immensment grandie en une heure tragique ! Terre familiale, active, au doux accueil, Te voil dchire, et ton peuple est en deuil ! Tu souffres aujourdhui tant de maux ineffables : La faim, le feu, la mort injustement taccablent !... Pour navoir pas dit : Oui, pour avoir rsist Au voleur qui voulait prendre ta libert, Tu vois tomber tes fils en hros ! Mais ta gloire Dbordera demain des pages de lHistoire ! La France et toi, de quelle ardeur nous vous aimons ! Comme avec pit souvent nous vous nommons ! Vous tes les deux Surs nobles et magnifiques Dont battent runis les deux curs hroques ! Nous les entendons bien malgr les ocans, Et ce nest pas le bruit de leurs canons gants Qui les toufferait au fond de nos penses, Sur leur rythme pareil sans cesse cadences !...

    Oui, petite Belgique infinie en grandeur, Nous te couronnerons damour et de splendeur !

  • 8

    Nous lverons les yeux et fixerons ton me, Pour apprendre mourir plutt que dtre infme ! Pour savoir que la Force choue au pied du Droit, Et quun tout petit peuple ayant un vaillant roi Peut mater lOgre ! et, dans lhorreur de la tuerie, Faire dun sol sanglant une illustre Patrie !

  • 9

    France ternelle Ton nom a retenti, France, dans tous les temps, Comme un cho de force, et dhonneur et de gloire ! Ton pe aujourdhui dchire la nuit noire ; Tes hommes dans la mort se dressent clatants ! Quelles pages encor tes soldats haletants Aux fracas des obus crivent pour lhistoire ! France, qui jadis peuplas notre mmoire Des faits prodigieux dillustres combattants ! Des anciens aux nouveaux la chane se renoue ; Chacun de tes enfants au pays se dvoue, Sil tombe, il meurt ainsi que Turenne ou Bayard ! Au pass, par le sang, le prsent se rattache, Et le mme hros, sous un autre tendard, Lutte dun cur gal, sans reproche et sans tache !

  • 10

    Au roi Albert Sire, vous rehaussez lhomme et la royaut ! Quand auprs du soldat qui dfend la Patrie, Vous courbez votre front sur la terre meurtrie, Personne nest plus grand que Votre Majest ! Sire, votre bon droit par nous est attest ; Dsormais, lhonneur la gloire se marie ! Vous avez, comme aux jours de la chevalerie, Illustr votre nom dhroque beaut ! Sire, que le Seigneur vous soutienne et vous garde ! Si le triomphe est lent, si la victoire tarde, Lheure de la justice auguste sonnera !... Alors, sous le ciel bleu de la Belgique mme, De toutes vos douleurs faisant un diadme, Une seconde fois Dieu vous couronnera !

  • 11

    Vers lAlsace Soldats qui reprenez lAlsace et la Lorraine, Beaux Chevaliers du Droit, hros librateurs, Que Jeanne dArc et saint Michel, vos protecteurs, Vous donnent la victoire absolue et prochaine ! Certes, vous ddaignez la colre germaine ; Vous tes au combat dintrpides lutteurs, Car vous voil camps sur les blanches hauteurs O votre fier regard dsormais se promne... La France, avec ceux-l qui sont la France ici, A tout--coup le cur dmotion saisi Quand vous faites un pas en avant, vers lAlsace ! Cest que nous connaissons dautres perscuts, Nos frres par le sang, qui demandent leur place Au soleil radieux des justes liberts !

  • 12

    La tempte La terre est rouge et le ciel noir ; le canon gronde. Une rumeur de fer couvre la voix du vent Et, comme en un linceul, roule ltre vivant ; La tempte rugit sur lOcan du monde ! Le cur frissonne, plein dune crainte profonde ; Et les bras, dans la nuit sinistre se levant, Cherchent saccrocher au tumulte mouvant, Comme un nageur perdu crispe ses doigts dans londe ! Aux lueurs des clairs crevant les horizons, Des cris montent : Voyez, Seigneur, nous prissons, Si vous ne venez pas aussitt notre aide ! Peuple peureux ! douter quand je suis avec toi ! Hommes de droit vouloir que la frayeur possde, Pour vaincre sans trembler que navez-vous la foi !...

  • 13

    Le cardinal Mercier Ils ont voulu lhumilier : ils lont grandi, Le pasteur vnrable la figure austre ; Ils ont voulu, sbires nafs, le faire taire : Sa voix multiplie a partout retenti ! Quand on sest proclam, du prince au plus petit, La vertu, le dlice, et le sel de la terre, Il est dur pour son cur et son haut caractre De recevoir, soufflet cinglant, un dmenti ! Quoi ! lorsquon a rduit un peuple en esclavage, Quon a tu, brl, pill comme un sauvage, Quon est fort, on nest pas la juste autorit ? Vous navez aucun droit mme sur nos ruines ! Non ! rpond en dressant son front de saintet, Son minence lArchevque de Malines !

  • 14

    France ! Chaque fois que je prends la plume, elle rpte : France ! France, foyer du miracle ternel Sur qui descend la grce abondante du Ciel, Pays dautant plus fort quest forte la tempte ! Aux combats glorieux nation toujours prte, Prodigue de son sang ds le premier appel, Qui fait du sacrifice un geste habituel Dont la sainte grandeur par la mort se complte... France ! France o du peuple ont surgi par milliers Les hros dont les noms, aujourdhui familiers, Brillent sur ton destin, flambeaux inextinguibles ! Ah ! lAllemand peut bien souffler la nuit sur toi : Tes antiques vertus en seront plus visibles, Et le monde saura le culte quil te doit !

  • 15

    Joffre Nous vaincrons ; patience , a dit Joffre. Et cest tout. Ce gnral nest pas beau parleur ; donc, il pense. Des grands clats de voix sa force le dispense, Mais quand il dicte : Allons ! les soldats sont debout ! Sa pense est un phare et rayonne partout. Dans la foi quon lui porte il a sa rcompense. conome, il calcule et rgle la dpense, Voulant continuer la lutte jusquau bout. Son il puissant a vu sagiter une palme, L-bas, dans lavenir. Il attend. Il est calme. Il utilise lheure autant que le canon. La certitude en lui, douce et grave, sincarne. Paternel, il sourit, car il entend son nom Victorieux chanter sur les bords de la Marne !...

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    la gloire des Serbes Peuple dont maintes fois la terre a bu le sang, Nation dme haute, honneur du monde slave, Tu prouves par ton cur rsolu, fier et brave, Que la gloire nest pas toujours au plus puissant ! Dusses-tu te dfendre un soldat contre cent, Tu te battras, ayant horreur du mot : esclave, Plus vaillamment encor si le danger saggrave ! Mieux vaut la mort, dis-tu, que le joug incessant !... Sus ! sus ! aux ennemis de France et de Belgique ! Sils ne peuvent briser ton courage hroque, Ils brleront tes bois, tes temples, tes maisons ! Si tu dois succomber sous la force brutale, Que le dernier exploit de ta lame loyale Terrasse lAllemand qui vit de trahisons !

  • 17

    Lpreuve Tout courage devant ton courage sincline, Noble France debout sous louragan de fer ! Quel chef est comparable au tien, dans cet enfer ? Et ton petit soldat, quel soldat le domine ? Une gloire inconnue aux autres tillumine, Qui, dans les sombres jours, ravive son clair ! Tu ne priras pas : aujourdhui comme hier, Ton sort miraculeux est dans la main divine ! Dieu qui taime et se sert incessamment de toi Pour rpandre au lointain la semence de foi, Aidera ton gnie et soutiendra tes armes ! Le sacrifice est grand quexigent les combats ; Mais il tlve plus que nul autre, ici-bas, Dans la pourpre du sang et la clart des larmes !

  • 18

    La revanche

    la mmoire de Paul Droulde Toi qui veillais pendant que la France dormait, Sentinelle toujours prte crier : Qui vive ? Quand du cot du Rhin ton oreille attentive Percevait le bruit sourd dun peuple qui sarmait ; Toi dont la voix ardente incessamment clamait : Htons-nous ! Lheure est proche ! nation nave, la menace entends succder linvective !... Soyons forts ! Haut les fronts ! Honte qui se soumet ! Toi que le pacifiste appelait : Don Quichotte, Parce que, grand soldat, sublime patriote, Plus quaucun tu souffrais du mal de ton pays, Triomphe ! Ta ferveur, la France la possde ! Et ceux qui te raillaient, par leur rve trahis, Dans la poitrine ont tous le cur de Droulde !

  • 19

    Pgoud Ta mmoire est lie au ciel, comme un oiseau, Toi qui soumis lespace aux dsirs de tes ailes ! Les acclamations des voix universelles Avant de tarriver durent monter bien haut ! Lazur fut ta conqute et ton monde nouveau. Cest l que tu vcus des heures solennelles, Avec tes compagnons, clestes sentinelles, Infaillible chasseur