POURQUOI LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES DE LA CRISE ...· III. Les conséquences économiques de la

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  • POURQUOI LES CONSQUENCES CONOMIQUES

    DE LA CRISE FINANCIREPSERONT LONGTEMPS

    SUR LA CROISSANCE

    Angel Asensio

    Juillet 2011

    Recherche effectue dans le cadre dune convention conclue entre lInstitut de Recherches conomiques et Sociales (IRES) et la CFE-CGC

  • RSUM

    Trois ans aprs la crise de la finance internationale, les places boursires ont sensible-ment rcupr, les banques font nouveau des profits et l'activit conomique reprenddes couleurs... La rdaction de cette tude a t ordonne en juillet 2011, avant la nouvelledgradation du contexte conomique et financier international. Mais au-del de l'optimismequ'affichent les conjoncturistes, de nombreux signes indiquent que les choses sont loind'tre rentres dans l'ordre.

    Alors que la pense dominante ne peut comprendre la crise qu'en l'attribuant deserreurs de politique conomique, au laxisme des autorits de rgulation ou des distor-sions de concurrence , l'approche postkeynsienne qui inspire la prsente tude rejettela dnaturation de la pense de Keynes laquelle s'est livr le courant de pense domi-nant depuis la parution en 1936 de La Thorie Gnrale. Elle rcuse en particulier l'auto-rgulation des marchs concurrentiels, et voit dans l'intervention des pouvoirs et institu-tions publics l'un des rouages du bon fonctionnement du systme ; de sorte qu'enl'absence de stabilisateurs tels que les lois, l'action des syndicats ou l'intervention despouvoirs publics, le systme conomique pourrait se rvler violemment instable.

    L'instabilit potentielle des marchs provient de l'absence de fondements objectifs laquantification des risques, c'est--dire, de la nature fondamentalement incertaine dufutur. La crise s'explique alors comme une dfaillance due l'imprvisibilit du systme ;elle ne requiert pas d'hypothses plus ou moins ralistes concernant l'incomptence, lamalveillance ou le laxisme des pouvoirs publics (sans pour autant les carter).

    L'tude apprhende sur ces bases les obstacles que les systmes conomiques impactspar les dsordres financiers auront franchir pour viter que la reprise ne s'enlise dansles difficults qui se profilent. Certaines de ces difficults sont lies aux effets dltres dela perte de confiance des agents conomiques, d'autres sont lies la dgradation desfinances publiques et l'injection massive de liquidits par les banques centrales. Lesrponses qui commencent tre apportes (restrictions montaires, budgtaires et fiscales) sont des solutions conues par le courant de pense dominant pour un systmeaux proprits supposes d'autorgulation. Ces rponses aussi auront une incidencengative, ce qui laisse entrevoir une longue priode de croissance faible et fragile, si tantest qu'une nouvelle dflagration puisse tre vite.

    3

  • TABLE DES MATIRES

    RSUM ........................................................................................................................................................................................................................................... 3

    TABLE DES MATIRES ................................................................................................................................................................................................ 5

    INTRODUCTION .................................................................................................................................................................................................................... 7

    PREMIRE PARTIE COMPRENDRE LA CRISE OUTILS CONCEPTUELS ......................................... 11

    I. Les insuffisances de l'appareil conceptuel dominant ...................................................................................... 11

    A. La thse de la surabondance de monnaie (Money glut) ............................................................................... 12

    B. La thse de la surabondance d'pargne (Saving glut) .................................................................................... 15

    C. Dficiences de marchs ........................................................................................................................................................................ 22

    II. L'apport du courant postkeynsien la comprhension de la crise ........................................... 24

    A. Incertitude et possibilit de la crise......................................................................................................................................... 24

    B. Le dsarroi des marchs concurrentiels............................................................................................................................ 26

    C. Fluctuations et crises, les apports de Keynes et Minsky................................................................................. 30

    Conclusion ............................................................................................................................................................................................................................ 33

    DEUXIME PARTIE LE DIFFICILE RETOUR DE LA CROISSANCE ................................................................. 35

    Introduction ........................................................................................................................................................................................................................ 35

    III. Les consquences conomiques de la crise financire .......................................................................... 37

    A. Une dgradation des conditions de financement ................................................................................................. 37

    B. Demande prive : le poids des prvisions long terme................................................................................. 43

    C. Les problmes retardement........................................................................................................................................................ 49

    IV. Les politiques publiques emptres .................................................................................................................................. 56

    A. La nature du problme et le point de vue du courant de pense dominant .......................... 56

    B. Les difficults seront aggraves par les politiques orthodoxes ............................................................. 60

    C. Propositions pour dbrider la reprise................................................................................................................................... 63

    CONCLUSION ........................................................................................................................................................................................................................... 66

    ANNEXES ....................................................................................................................................................................................................................................... 68

    RFRENCES BIBLIOGRAPHIQUES .......................................................................................................................................................... 75

    5

  • INTRODUCTION

    TROIS ANS APRS LE DBUT DE LA CRISE,UN TAT DES LIEUX

    La pense conomique dominante prtend, depuis les crits fondateurs du XVIIIe sicle,que la libre concurrence est mme dassurer le meilleur fonctionnement envisageabledans une conomie de march. Selon cette approche, les dsordres de la finance librali-se ne rsulteraient pas de la drglementation des activits financires, comme le sug-grent nombre dobservateurs, mais de perturbations extrieures aux marchs et de dis-torsions concurrentielles qui auraient rsist au processus de drglementation.

    Cette position est plus forte quil y parat, en raison du cadre thorique trs labor surlequel elle repose, et qui lui permet de rattacher toute forme de dysfonctionnement telleou telle imperfection, ou telle rglementation du march. Et cest bien sr toujours dansllimination des contraintes rglementaires et dans le renforcement des mcanismesconcurrentiels que se trouverait le remde.

    Mais malgr sa puissante assise thorique, la pense dominante apparat plus irralisteque jamais, car elle condamne toute forme dimmixtion de la puissance publique unmoment o il est devenu manifeste que, livrs eux-mmes, les marchs financiers sontcapables dengendrer le chaos, et incapables de sen sortir seuls. Aussi, nombreux sontceux qui se rfraient habituellement la pense dominante et ont d, par la force deschoses, reconnatre la ncessit de lintervention publique, tant pour stabiliser les mar-chs financiers affols, que pour viter un effondrement de lactivit conomique.

    Un ensemble dides bien prcis a conduit la drglementation et dautres politiques ( la foisdans le priv et dans le public) qui ont contribu la crise et sa diffusion rapide. Un autre ensembledides, tout fait diffrent, a conduit aux politiques fortes pour combattre la crise. Pratiquementaucun pays na dit : laissons les marchs se tirer de l tout seuls ; et, sur lesdits marchs, mme les"fanatiques du march" ont couru demander de laide ltat. (...) Il y a souvent une interaction complexe entre ides, idologies et intrts. Les marchs financiersavaient intrt plaider pour la drglementation ; lidologie du libre march les a bien servis. Mais,si lon veut que lconomie devienne une science sociale, il faut tester ses postulats. La crise en cours aremis en cause bien des hypothses largement admises.

    Le rapport Stiglitz (2010), p. 25.

    En fait, ces ractions dfensives (y compris les mesures budgtaires et fiscales de soutien la demande agrge), navaient pas pour but de relancer lconomie, mais bien de stop-per la dsintgra