Siana, Vampire Alchimique : Feu Secret - Tome ?· Mon premier geste fut de toucher mon cou qui portait…

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    13-Sep-2018

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<ul><li><p>Chapitre 1 Javais trente-deux ans cette poque. Femme indpendante, moderne et </p><p>libre, javais cr mon entreprise quelques annes auparavant, et ouvert une boutique sotrique, rue Vieille du Temple Paris, Le Feu Secret ; terme alchimique sil en est, bien que lArt ne soit pas vraiment mon domaine de prdilection. Mais lexpression me plaisait. Les affaires fonctionnaient bien et ce samedi de dcembre avait t particulirement bnfique. Javais ferm, comme tous les jours vingt et une heure, et me prparais faire une dcorporation, un voyage astral si vous prfrez, exprience spirituelle que je pratiquais de temps autres car elle mapportait beaucoup. Ctait le moment idal. Bien quun peu fatigue par ma journe, jtais de trs bonne humeur et ce procd me permettrait de me ressourcer, de recharger mon nergie vitale. Travaillant dans lsotrisme, je pratiquais bien videmment un certain nombre de choses, mais ma prfrence tait plus marque pour ltude et les recherches qui me conduiraient, jen tais persuade, sur la voie de la Connaissance. Je nignorais rien de la rputation de sorcire ou de fille bizarre que mes collgues commerants mavaient colle sur le dos. Enfin, bref, je ny faisais pas plus attention que a, ltre humain se montrant bien souvent troit desprit face ce quil ne connait ou ne comprend pas. Si vous saviez les rflexions ridicules voire grotesques que jai pu entendre propos de ma boutique ou des objets que je proposais la vente !</p><p>Javais donc ferm mon choppe, baiss la grille, rang mes affaires, teint lordinateur pour avoir lesprit libre et tre parfaitement sereine. Dans larrire-boutique, coince entre mes armoires de stock et les toilettes, je mtais amnag un petit espace pour faire mes trucs , pour reprendre lexpression de mon colocataire. Au dbut, je pratiquais chez nous, mais il mavait fait comprendre, avec plus ou moins de dlicatesse, </p><p>10</p></li><li><p>que tout a le mettait trs mal laise et quil aurait apprci que je fasse a ailleurs. Mon caractre, un tantinet rebelle, aurait pu me conduire lui dire clairement le fond de ma pense. Mais jadorais Axel, qui tait galement mon meilleur ami, et javais su faire preuve de comprhension.</p><p>Je me prparais pour mon voyage, prenant soin, en premier lieu de faire une petite sance de relaxation. Je navais allum quune petite bougie afin dobtenir une lumire douce et apaisante. Autour des coussins o jallais mtendre, javais dispos quelques talismans qui me protgeraient dventuelles intrusions une fois partie. De lencens se consumait sur une petite coupelle en argile, donnant naissance des volutes qui slevaient lentement vers le plafond du rduit. Mon choix stait port sur de la rsine de sang-dragon ; jen apprciais particulirement larme, mais surtout, celle-ci moffrirait une protection supplmentaire. Une fois bien dtendue, inspirant et expirant profondment, je fermai les yeux puis me concentrai pour visualiser une porte. Il sagissait l de ma mthode favorite, car je lestimais plus facile. Quoi de plus naturel en effet, lorsque lon se trouve face une porte, et que lon est un tant soit peu curieux de louvrir pour dcouvrir ce quelle dissimule ?</p><p>Mon rythme cardiaque se ralentissant, mon corps commenant se refroidir, je me levai. Enfin, mon corps astral se leva, pour atteindre cette porte. Personnellement, je prfre parler dEssence de ltre plutt que de corps astral, cela correspond mieux mes convictions. Une fois le seuil franchi, comme dhabitude, jeus un regard pour mon corps physique rest sur les coussins avant daller faire mon petit tour revigorant. Je me sentais bien l-bas, tout y tait plus net, color, le ressenti et mes perceptions si diffrents, les sons plus varis galement. Mais il y avait surtout cette incroyable impression dentendre la rotation de la Terre, de percevoir le mouvement immuable de lunivers. Cette fois-ci, je ne rencontrais personne au cours de ma promenade. Il nest effectivement pas rare de croiser dautres voyageurs, personnes dfuntes, voire entits, lors dune exprience de ce genre, mais le pril rside essentiellement dans le fait de se sentir si bien dans cet ailleurs que lon na aucune envie de revenir. Si cela se produit, alors votre corps physique dprit et cest la mort qui vient vous chercher directement. Lautre danger mortel est de blesser son corps astral, ou que votre corps physique le soit, pendant une dcorporation, car dans ce cas, lun et lautre en subissent les consquences.</p><p>Mapprtant rintgrer mon enveloppe charnelle, je sentis justement </p><p>11</p></li><li><p>que quelque chose nallait pas du tout. Une douleur, que jtais incapable didentifier, me lanait au niveau de la gorge. Vrifiant nouveau que jtais bien seule, que personne ne menaait mon corps thrique, je compris rapidement que mon corps physique, lui, en revanche, tait menac. Bien que le lien nait pas t rompu entre mes deux tres, il mtait impossible de savoir ce quil se passait rellement. Il me semblait pourtant que le rythme de mon cur, dj ralenti par la transe, diminuait encore. Je ressentis galement un froid insidieux menvahir, signe que je devais tre blesse dune manire ou dune autre. Il me fallait rentrer de toute urgence. Prise de panique, jutilisai la mthode la plus rapide que je connaisse, la vitesse de la pense.</p><p>Me retrouvant instantanment auprs de moi-mme, je me figeai, stupfaite. Une silhouette tait penche au-dessus de moi. Un homme. Do sortait-il celui-l ? Comment tait-il rentr ? Et pourquoi ? Je priai pour que ce ne soit pas un cambrioleur en ayant aprs la recette du jour et profitant de mon sommeil apparent. Ou pire, un psychopathe venu assouvir ses pulsions dviantes. Jtais tellement choque que je marquai nouveau une pause avant de rintgrer mon enveloppe corporelle, ce qui me permit de voir lintrus se redresser un peu et me cracher dessus.</p><p>Le retour de la conscience ntant pas instantan, il se produit souvent une sorte de trou noir avant que le corps astral ne reprenne totalement possession du corps physique. Une interruption brusque, ou involontaire, de la sortie provoque des sensations particulirement dsagrables, comme je ne tardais pas le constater.</p><p>Ds que jeus repris conscience, mon corps fut secou de soubresauts incontrlables et douloureux, ma peau se recouvrit dune sueur glace. Javais tellement peur que jtais incapable de me ressaisir ; ctait la premire fois que lun de mes voyages se finissait aussi brutalement. Je me sentais galement totalement perdue et dsoriente. Mes membres semblaient paralyss, et mon esprit affol se cognait contre les parois de la prison qutait devenue ma chair. Langoisse dtre dsormais enferme dans un corps presque mort ne fit quempirer les choses. Pourtant, rquisitionnant tout mon self-control, je finis par me raisonner, un peu, mais ne fus en mesure de rflchir que lorsque le froid qui mavait envahie se dissipa lgrement. Gardant les yeux ferms, je respirai trs profondment, pour rester le plus calme possible. Inutile de provoquer ou dnerver lintrus sil tait toujours l par une crise de panique ou </p><p>12</p></li><li><p>dhystrie. Mon premier geste fut de toucher mon cou qui portait effectivement une blessure curieusement indolore. Mon sang ne sen coulait pas, ce qui me rassura. Oh, il y en avait bien un peu, mais il coagulait dj, me laissant une impression poisseuse sur les doigts.</p><p> Y a quelquun ? demandai-je finalement dans une sorte de coassement.</p><p>Je fus trs surprise dentendre une voix, masculine, assez grave, mais douce, sur ma gauche, me confirmer que je ntais pas seule.</p><p> Oui, me rpondit laconiquement linconnu.Les yeux toujours clos, angoisse par ce que je risquais de voir, comme </p><p>si le fait dtre dans le noir ou de garder mes paupires closes, pouvait me protger de la personne et de ses intentions, jattendis. Au bout dun moment, je posai une nouvelle question, rsistant la tentation de me montrer agressive.</p><p> Qui tes-vous ? Quest-ce que vous mavez fait ? La voix mit du temps rpondre cette fois-ci et me sembla un peu plus </p><p>lointaine. Je vous ai mordue.Mordue ?Me faisant la rflexion quil y avait vraiment des malades sur cette terre, </p><p>jtais occupe me demander aussi ce que javais fait pour quun tar vienne me mordre dans mon arrire-boutique, lorsque la voix poursuivit : </p><p> Je vous ai mordue, mais ctait absolument ignoble, jai tout recrach. Je ne comprends pas </p><p>Il ne comprend pas ? quoi dautre pouvait-il sattendre ?Jtais nanmoins ravie dapprendre que javais un got infect et quil </p><p>nait pas apprci ce quil mavait fait. videmment que ctait mauvais, il avait mordu de la peau humaine et got du sang !</p><p>Je me gardai cependant dexprimer le fond de ma pense qui aurait, sans nul doute, mis mon agresseur en colre et peut-tre mme incit cette personne finir le travail, en me tuant au fond de ma boutique. Cela aurait t vraiment trop sordide !</p><p>Prenant mon courage deux mains, jouvris enfin les yeux pour ne </p><p>13</p></li><li><p>distinguer quune vague silhouette noire, tapie dans lombre au fond du local. Lhomme devait stre accroupi et adoss au mur du fond. Comme il semblait calme, je pris le risque de lui demander :</p><p> Mais vous tes quoi au juste ? Pourquoi vous mavez attaque ?Je sentis, plus que je ne vis, la forme bouger. Elle se tenait debout, </p><p>immobile, puis la seconde daprs ntait plus l. Pourtant, juste avant de disparatre comme par magie, elle avait rpondu mes deux questions, en quatre mots :</p><p> Je suis un vampire. Je restais allonge, sans bouger, tentant de me remettre de lagression et </p><p>de cette petite phrase. Quest-ce que ce fou venait de dire ? Javais toujours ador les vampires, mais dans les films et dans les </p><p>livres, mme si je disais mes amis, en plaisantant, regretter quils ne soient que des cratures imaginaires. Je ntais pas stupide et navais bien videmment aucune envie den croiser un rellement, tous crocs dehors, prt me vider de mon sang. Ce qui mattirait chez eux, ctait le ct romantique, la sensualit quils dgageaient et la morsure dans le cou qui mavait toujours paru tre le plus rotique des baisers. Mais ce dment, lui, apparemment se prenait rellement pour un vampire. Ctait peut-tre un de ces jeunes gothiques qui tranaient parfois dans le quartier et qui avaient pt un cble ?</p><p>Je parvins masseoir, puis me mettre debout, prenant soin dy aller doucement et avec prcaution pour viter dtre prise de vertige. Aprs avoir vrifi que je tenais sur mes jambes, il me fallait vrifier, de visu, ce que ce mec mavait rellement fait. Jallumai le plafonnier, clignai des yeux cause de la lumire qui magressait et me regardai dans le miroir accroch lextrieur de la porte des toilettes. Effectivement, javais bien deux petites blessures, mais le sang ne scoulait pas. Je nallais donc pas me vider et mourir. Je soupirai de soulagement.</p><p> Il y a vraiment des tars sur cette terre ! mexclamai-je ensuite, sentant la colre prendre le pas sur la peur.</p><p>Je regardai nouveau les deux petites plaies sur ma peau, et conclus que mon agresseur stait fait poser des implants dentaires. Le bougre ne sen sortirait pas comme a. Je me promis daller porter plainte. Mais le lendemain, jtais bien trop creve et perturbe pour macquitter de cette </p><p>14</p></li><li><p>corve dans limmdiat. Frigorifie aussi. Je croisai mes bras contre ma poitrine. Mon chemisier tremp se colla sur ma peau, provoquant un nouveau frisson. Mes yeux se fixrent sur le reflet que me renvoyait le miroir. Tout le devant de ce corsage, cru lorigine, tait dsormais rouge sombre, imbib de sang.</p><p> Et en plus il ma crach dessus ! murmurai-je avec dgot.Je me souvins alors que la voix me lavait effectivement prcis et que je </p><p>lavais vu faire un peu plus tt, de l o jtais. Je lchai un vigoureux : Merde ! Qui, tout inutile quil fut, me soulagea un peu. Le chemisier je men </p><p>fichais, je pourrais en racheter un autre. De toute manire ce ntait quun uniforme. Pour travailler, javais effectivement adopt un style assez classique et sobre (pantalon droit ou jean, chemisier et talons hauts) afin de ne pas effrayer inutilement la partie de ma clientle, qui bien que frue dsotrisme nen tais pas gothique ou sataniste pour autant, loin sen fallait. Imaginez que je sois alle travailler dans mes tenues favorites, pantalon moulant en cuir et NewRock, ou longue robe de velours noir ou rouge. La tte des clients. Et ma rputation ! </p><p>Attrapant mon gros gilet noir en laine accroch sur la porte de communication, je mapprtais fermer celle des toilettes, lorsque je sentis un courant dair froid. Jallumai le local et vis que la petite fentre tait ouverte. Ctait donc par l quil tait pass ! Il devait bien connatre le coin ou habiter dans les environs, car larrire-cour ntait pas accessible par la rue, il fallait passer par une autre alle. Il y avait donc prmditation. Si les flics mettaient la main sur mon agresseur, son compte tait bon ! </p><p>Je refermai la fentre soigneusement. Il fallait que je sorte de l, et vite, pour respirer un autre air que celui de mon arrire-boutique qui moppressait. Jteignis la veilleuse qui se consumait toujours, attrapai mon manteau que jenfilai par-dessus mon gilet et rcuprai mon sac main. Jy prlevai mes clefs dune main encore lgrement tremblante afin de pouvoir sortir de la boutique que javais ferme de lintrieur. Machinalement, je regardai ma montre, il tait presque vingt-trois heures. Heureusement que je nhabitais pas loin parce que je ne sais pas si je serais parvenue rentrer sans aide sur un trajet plus long. aucun moment lide </p><p>15</p></li><li><p>dappeler un taxi ne meffleura, pas uniquement cause de laspect financier de la chose ; je navais aucune envie que lon me voie dans cet tat, ni davoir justifier ledit tat. Juste celle de rester seule et doublier cette agression qui, somme toute, aurait pu se terminer plus mal.</p><p>Une fois dehors, jinspirai profondment, gardant mes bras croiss contre ma poitrine. Je tremblais comme une feuille. Marchant tte baisse, je relevai cependant le nez de temps en temps afin de massurer que je nallais percuter personne. Bien quil soit assez tard, nous tions samedi soir et les rues, sans tre bondes, taient encore relativement animes. Parvenue presque au bout de lavenue, je croisai deux femmes arrtes sur le trottoir, qui stopprent net leur discussion au moment o je passais leur niveau. Elles me regardrent bizarrement, me dvisagrent en ralit. Je poursuivis ma route sans plus leur prter attention, songeant que javais probablement lair dune folle, et une tte faire peur. Pas suffisamment en tout cas pour leur inspirer une quelconque compassion ni leur donner lide de me venir en aide. Tournant sur ma droite, jempruntai la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, traversai la Rue des Archives, et enfin, tournai gau...</p></li></ul>