Souffrances psychiques et troubles du développement chez l'enfant ...

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    05-Jan-2017

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  • Souffrances psychiques et troubles du dveloppementchez lenfant et ladolescentGuide de reprage

    LUSAGE DES INFIRMIERS ET ASSISTANTS DE SERVICE SOCIALDE LDUCATION NATIONALE

    Santmentale

  • Ce guide de reprage prcoce des signes desouffrance psychique et des troubles dudveloppement chez lenfant et ladolescent a tralis par le Collge national de pdopsychiatriede la Fdration franaise de psychiatrie(FFPCNPP) la demande de la Directiongnrale de la sant (DGS). Il sinscrit dans lessuites du rfrentiel dobservation lusage desmdecins pour un reprage prcoce (Souffrancespsychiques et troubles du dveloppement chez lenfantet ladolescent), publi en 2006, et dans le cadre duprogramme national dactions contre le suicide(2011-2014).Ce document a t labor en coordination troiteavec la Direction gnrale de lenseignementscolaire (DGESCO) du ministre de lducationnationale, la Direction gnrale de lenseignementet de la recherche du ministre de lAgriculture, delAgroalimentaire et de la Fort et la Directiongnrale de la sant (DGS). La DGS en asubventionn la ralisation.Ce guide est destin aux infirmiers et assistantsde service social de lducation nationale quiconstituent, avec les mdecins de lducationnationale, les personnels rfrents en matire desant psychique dans le cadre scolaire, en lienavec les psychologues scolaires et les conseillersdorientation psychologues. Il est mis la disposition de ces professionnelssusceptibles dtre interpells par des enfants,adolescents, parents et personnels enseignants etdducation, ayant repr un mal tre potentielchez un public scolaris en cole lmentaire,collge ou lyce. Les personnels concerns dansles tablissements relevant du ministre delAgriculture en sont galement destinataires.En effet, tous les personnels de la communautducative doivent tre attentifs aux signes du maltre des enfants et des adolescents et peuvent treamens solliciter de laide et informer lespersonnes rfrentes. Il sagit donc que soitrepr, au sein des structures scolaires, un rseaude personnes ressources qui sera un appui pourtous les membres de la communaut ducative.Les personnels sociaux et de sant sont linterface entre lcole dune part, lenfant ouladolescent et ses parents dautre part, et,ventuellement, avec laccord de ces derniers, les

    structures de sant extrieures linstitutionscolaire (mdecin traitant, centres mdico-psychologiques, centres mdico-psycho-pdagogiques, pdopsychiatres libraux, maisonsdes adolescents, psychologues). Il sagit par cette action de renforcer leur rle deliaison et de mdiation, de permettre, dans un butprventif et thrapeutique, un reprage prcocedes signes de souffrance psychique et de faciliterlaccs aux soins spcialiss. Ces professionnels,destins travailler ensemble - toute approchedun enfant ou dun adolescent qui ne va pasbien , ne peut se faire seul - chacun avec sescomptences et spcificits particulires, pourrontavec le partage de leurs questionnements etrflexions trouver la bonne distance autant aveclenfant et ladolescent quavec leur famille.Il conviendra donc que chacun agisse dans ledomaine qui lui est propre ; si lassistant de servicesocial est mme dapprcier le contexte socio-conomique, relationnel et familial, le mdecin etlinfirmire restent les seuls habilits rechercherles informations et antcdents de naturemdicale. Il faut rappeler que laccord des parentsest indispensable pour communiquer entremdecins au sujet dun enfant.La stigmatisation est un dterminant de santmentale reconnu. Il faudra donc se garderdutiliser tout terme ou dnomination pourdsigner et, par l mme, rduire la personne untrouble.Ce guide est utilisable sans formation spcialisepralable. Ce nest pas un prcis de pathologie nide psychopathologie.Son but nest pas de conduire un diagnostic maisde sensibiliser chacun une attention particuliredevant ce qui fait manifestation du mal tre dansle cadre scolaire.Il sagit daccder un essai de comprhension,en vitant le simplisme des causalits ou desrponses univoques. Il sagit donc de se garder devoir dans toute difficult ou originalit du vivre,avec ou sans mal-tre apparent, une pathologieou handicap identifier, normaliser oucompenser.

    Prsentation

  • Ce document a t ralis par les mdecins membres du collgede pdopsychiatrie de la FFP-CNPP

    Batrice Bennevault : Association des psychiatres de secteur infanto juvnile (API)

    Sylvain Berdah : API, centre hospitalier Robert Ballanger Aulnay-sous-Bois

    Franois Bridier : API, FFP-CNPP, centre hospitalier de Cadillac

    Jean Chambry : Socit franaise de psychiatrie de lenfantet de ladolescent et des disciplines associes (SFPEADA),Fondation Valle

    Catherine Lacour-Gonay : CESA, centre hospitalier de Lagny-sur-Marne

    Danile Roche-Rabreau : FFP-CNPP, hpitaux Saint-Maurice

    Fabienne Roos-Weil : Socit de linformationpsychiatrique (SIP), FFP-CNPP, EPSM Maison Blanche

    Bernard Voizot : SFPEADA, Fondation Valle Bertrand Welniarz : API

    de la Direction gnrale de la sant, bureau sant mentale Maryse Simonet, mdecin inspecteur de sant publique

    de la Direction gnrale de lenseignement scolaire, bureau de la sant, de laction sociale et de la scurit Patricia Bristol-Gauzy, infirmire conseillre technique Martine Carn, conseillre technique de service social Jeanne-Marie Urcun, mdecin conseiller technique

    Avec la participation active :

    Et avec les contributions de : Claire Pailharey et ve L-Quang, Direction gnrale de lenseignement et de la recherchedu ministre charg de lagriculture

    Ministre des Affaires sociales et de la Sant, 2013

  • Page 1Prsentation

    Du bon usage de ce guideFranois Bridier 5

    propos de lenfant

    Que se passe-t-il cette poque de la vie ? 9

    Le normal et le pathologiqueFranois Bridier 9

    Lenfant anxieuxBernard Voizot 10

    Lenfant fatiguBernard Voizot 11

    Lenfant souvent absentBertrand Welniarz, Batrice Bennevault 12

    Lenfant prsentant des plaintes somatiquesBertrand Welniarz, Batrice Bennevault 13

    Lenfant en difficultdans les apprentissages scolairesJean Chambry 14

    Lenfant tristeSylvain Berdah 15

    Lenfant qui sisoleFabienne Roos-Weil 16

    Lenfant trangeBertrand Welniarz, Batrice Bennevault 18

    propos de ladolescent

    Ladolescence et la souffrance psychiqueFranois Bridier 23

    Ladolescent absent ou dcrocheurCatherine Lacour-Gonay 24

    Ladolescent tristeSylvain Berdah 26

    Ladolescent perturbateur, voire violentJean Chambry 28

    Ladolescent qui a des conduites alimentairesparticuliresFabienne Roos-Weil 29

    Ladolescent trangeDanile Roche-Rabreau 31

    Page 7

    Page 21

  • Du bon usage de ce guideFranois Bridier

    2Objectifs Susciter le dialogue et inciter mettre en uvre unerflexion pluridisciplinaire sur les conduites tenir,au sein de chaque tablissement denseignement.

    Permettre une meilleure apprciation des situations,de leur degr de gravit, durgence, etc. et de lancessit, ou non, dun recours au secteur sanitaire(mdecin traitant, services de pdopsychiatrie,neuropdiatre, centres mdico-psycho-pdagogiques...).

    Rduire le mieux possible les dlais pour un recoursspcialis afin que soit donne la meilleure rponse des difficults susceptibles dinfluencerdfavorablement le dveloppement des enfants.

    Renforcer et consolider les collaborations entrepersonnes ressources de lducation nationale, lesecteur sanitaire et les quipes de soinsspcialiss en soulignant que le recours aux soinspsychiques et la reconnaissance de cette ncessitsont une dmarche toujours difficile pour tout sujetet ses parents.

    2Pralables Une meilleure connaissance rciproque des acteursuvrant dans ces diffrents champs estindispensable.

    Une approche initiale attentive, rflchie, qui doittre ralise avant tout adressage vers une structurede soins, avec toujours en premier lieu lobjectif decrer les conditions pour recevoir le mieux possiblela parole de lenfant ou de ladolescent.

    2 Les services de sant mentaleLes quipes de secteur de pdopsychiatrie sarticulentautour de la fonction de pivot que joue le centremdico-psychologique (CMP). Les CMP constituent lesunits de coordination et daccueil en milieu ouvert quiorganisent des actions de prvention, de diagnostic etde soins ambulatoires sur un territoire donn.Les centres mdico-psycho-pdagogiques (CMPP)constituent lautre interlocuteur majeur dans ledispositif de soins en faveur des enfants et desadolescents.

    Les parents peuvent galement sadresser auxmaisons des adolescents ainsi quaux professionnelsdu secteur priv (psychiatres, pdopsychiatres,psychologues).Les collaborations dans un territoire pertinent doiventpermettre les recours les plus adapts, favorisant desrponses de proximit, assurant accessibilit etcontinuit des soins (dfinitions du maillage sectorieldu champ sanitaire pdopsychiatrique).

    2LadressageQuelques constats On note que lurgence de la demande augmente aveclge des lves. Les troubles lies la scolarit,prdominants lcole lmentaire, ont un moindrecaractre durgence que les troubles psychologiquesprdominants au lyce.

    Les tablissements confronts de multiplessituations difficiles ont de meilleures relations avecles CMP et CMPP, que nous dsignons par CMP(P),ont des rencontres plus rgulires et demandentplus souvent leur avis (runions dquipesducatives, synthses, etc.).

    La connaissance dun recours de proximit permetaux rfrents de la communaut ducative deprendre le temps suffisant une premirevaluation, pour mettre en uvre les diffrentsoutils qui existent au sein de lducation nationale.

    2 La place des parentsLes premiers interlocuteurs des quipes ducativessont les parents avec lesquels pourront slaborer lesdmarches vers le service de soins spcialiss.Ladhsion de la famille, celle de lenfant ou deladolescent lui mme, pour une orientation vers uneconsultation, sera facilite par la cohrence du lienentre la structure scolaire et le secteur de soins, aveclexigence constante du respect de la confidentialit,de la rflexion partage.Les lves en difficult sont dabord des lves quimettent les adultes en difficult (parents, personnelsenseignant et dducation, etc.) Ceci doit inciter unedmarche danalyse complte et complexe desfacteurs en jeu, facteurs le plus souvent intriqus(ducatif, affectif, relationnel, social, mdical). Si, malgr des demandes rptes, les parents ou lesresponsables lgaux de lenfant ou de ladolescent nerpondent pas aux sollicitations de lquipe derfrence, il peut savrer indispensable, aprs unerflexion concerte, de mettre en uvre les

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    dmarches ncessaires pour assurer la protection delenfant et de ladolescent.Les actes des soignants auprs de lenfant et de safamille ne tirent leur efficacit, ne gagnent leurcaractre thrapeutique, que de llaboration qui lesenglobe.

    2Structure du documentChaque chapitre, dont l'intitul spcifie unemanifestation avec une terminologie nonpsychopathologique, est construit autour desprincipes suivants : un signe isol et temporaire ne constitue pas luiseul un trouble de la sant ;

    les signes dalerte sont toujours polysmiques etsusceptibles dinterprtations varies ;

    certaines problmatiques et manifestations sontprsentes quel que soit le tableau clinique ;

    la parole de lenfant ou de ladolescent doit treentendue ;

    lquipe de rfrence doit procder elle-mme unepremire valuation accompagne dune recherchedinformations auprs des parents.

    Rappelons que cet outil nest pas conu pour asseoirun diagnostic mais pour mobiliser des ressources.

  • propos de lenfant

  • Que se passe-t-il cette priodede la vie ?Dans ce quil est encore souvent appel phase delatence , lenfant se trouve peu peu disponible pourde nouveaux intrts, de nouvelles connaissancesscolaires et extrascolaires, pour des activitsintellectuelles, sportives et culturelles.

    Les premiers apprentissages sont investis dans lamesure o il y a un certain dsinvestissement desrelations dipiennes. Les relations se diversifient etstendent lextrafamilial, occasions de nouvellesidentifications (enseignant, camarades, entraneursportif).Il y a dveloppement des fonctions instrumentales(aisance verbale, got du travail, plaisir de leffortpsychique).

    Cette priode nest plus toujours aussi apaisequautrefois dcrite Des manifestations avecconduites dopposition, besoin de confrontation,ractivation pulsionnelle en priode pr-pubertaire,apparaissent plus souvent et suscitent certainesinquitudes dans la communaut ducative.Nanmoins cest surtout une priode o il faut tenircompte des manifestations non gnantes pourlentourage, comme pour linstitution, qui peuventapparatre dans le domaine relationnel comme danscelui de la connaissance intellectuelle et scolaire.

    Les enjeux : aider lenfant bien vivre cette priode ; avoir conscience de limportance de la socialisation,du plaisir de la dcouverte et de lorganisation de la pense ;

    savoir bien soutenir les parents dans uninvestissement positif de leur enfant ;

    tre attentif lenjeu scolaire et ne pas rduire lesproblmes de lenfant cet enjeu.

    Le normal et le pathologiqueFranois Bridier

    Tout enfant connat des difficults dans sondveloppement psychique. La question qui se pose, le problme rsoudre, est de reconnatre les signesde souffrance qui peuvent se structurer, se fixer etconduire des difficults majeures dans lavenir. Lun des critres est linhibition des pulsionspistmophiliques du dsir de connatre, de la curiosit et le refoulement de la vie imaginairequi se traduit par une inhibition jouer. Les signes debon augure sont le plaisir pris au jeu, la libert donne limagination.

    Normale est lexistence de quelques manifestationsdmotivit et dangoisse. Dune manire gnralecest quand il y a ralentissement, rgression ou arrtdu dveloppement, cest quand langoisse ou lanxitdpassent les capacits du sujet y faire face quil y a prendre en considration ces manifestations.

    Il faut mettre laccent sur la rversibilit ou la non-rversibilit des manifestations et des mcanismes de dfense. La sant peut se dfinir par la souplessedes investissements, la variabilit des mcanismes de dfense, la rversibilit des organisationspsychiques, la capacit trouver du plaisir dans le fonctionnement des oprations mentales, la possibilit de sattacher des nouvelles tches, de transfrer sur des personnages substitutifs lesdsirs dipiens, le got pour les histoires, lintensitdu dsir de connatre. Cest aussi la tolrance lafrustration et la capacit ngocier avec ses pairs.Il faut reconnatre la variabilit et la fluidit dudveloppement individuel et la relativit dunepremire observation, savoir accepter un certaindegr de marginalit.

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  • Lenfant anxieuxBernard Voizot

    2DescriptionLes enfants sont frquemment anxieux. Il peut s'agird'un moment transitoire dans leur vie. Les adultes quiles entourent doivent s'interroger sur l'importancedes troubles et leur dure afin d'apprcier lesrponses donner ce symptme. En effet, toutemanifestation danxit nest pas forcmentpathologique. L'anxit des enfants est frquemmentobserve durant la priode des apprentissagesscolaires. Si son intensit ne perturbe pas la viescolaire, elle peut tre le tmoin d'une capacit del'enfant qui affronte la ralit et qui labore son propresentiment de responsabilit.

    Au sein de l'cole, l'anxit dun enfant est perceptiblequand elle tmoigne de la crainte d'chouer. Il est auxaguets. Ladulte note souvent une perte de lapptit...