TDAH et neuroscience - enfant- ?· TDAH, nous n’avons jusqu’à présent découvert aucun marqueur…

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  • HYPERACTIVIT ET INATTENTION (TDAH)

    TDAH et neuroscience1Samuele Cortese, M.D., Ph.D.,

    2Franciso Xavier Castellanos, M.D.

    1,2NYU Langone Medical Center Child Study Center, tats-Unis, 2Nathan Kline Institute for Psychiatric

    Research, tats-UnisJanvier 2011

    Introduction

    Le trouble dficitaire de lattention avec hyperactivit (TDAH) est une affection neuropsychiatrique extrmement

    courante pendant lenfance. On estime quelle touche 3 7 % des enfants dge scolaire lchelle mondiale.1

    En raison des symptmes de ce trouble et des comorbidits dordre psychiatrique qui y sont frquemment

    associs, les personnes qui en souffrent peuvent tre exposes des conflits familiaux, des relations

    mdiocres avec leurs pairs et des checs scolaires ou professionnels. Par consquent, le TDAH reprsente un

    fardeau norme pour la socit.2

    Problmes

    Sujet

    Les dcouvertes du domaine naissant quest la neuroscience pdiatrique seront ncessaires pour passer de la

    classification fonde sur la description clinique des symptmes un modle bas sur les causes du trouble. Un

    tel modle mcaniste est susceptible de mener une caractrisation objective des patients par une dfinition

    plus prcise des sous-types du TDAH ainsi qu une ventuelle mise au point de traitements efficaces bass

    Actuellement, on diagnostique le TDAH selon un ensemble de critres comportementaux;1 cette

    subjectivit dans le diagnostic favorise la controverse.

    La prsentation clinique des sujets qui souffrent dun TDAH peut varier, ce qui cre de la confusion dans

    les milieux cliniques ainsi que dans ceux de la recherche.

    La classification actuelle ne tient pas compte des variations des symptmes qui apparaissent au cours

    du dveloppement.

    Actuellement, aucun traitement curatif long terme nest disponible.3

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  • sur la pathophysiologie.

    Contexte de la recherche

    Les contributions les plus fructueuses la comprhension du TDAH sont susceptibles de tirer leur origine dun

    rseau de recherches translationnel multidisciplinaire comprenant la physiologie, la psychologie, la neurologie,

    la psychiatrie, la bioinformatique, la neuro-gntique, la biologie cellulaire et molculaire et la neuroscience des

    systmes.

    Questions cls pour la recherche

    Parmi les questions qui peuvent faire lobjet de recherches par des mthodes neuroscientifiques, les suivantes

    sont des questions cls:

    Rsultats rcents de la recherche

    Le cerveau des personnes qui souffrent dun TDAH est-il diffrent du point de vue morphologique?

    Les premires tudes par IRM (imagerie par rsonance magntique) structurelle ont rapport plusieurs

    diffrences morphologiques significatives entre les cerveaux des sujets atteints de TDAH et ceux des tmoins,

    bien que les rsultats naient pas toujours t cohrents entre eux.4 Une mta-analyse

    5 a montr que les zones

    du cerveau qui prsentent les rductions les plus marques en surface ou en volume chez les sujets atteints

    par rapport aux tmoins incluent des zones spcifiquement impliques dans lorganisation et le contrle des

    mouvements, ainsi que le volume de lhmisphre droit et celui du cerveau entier. Cependant, la plupart des

    tudes considres portaient sur une zone dintrt prcise et se concentraient sur relativement peu de

    structures crbrales faciles mesurer. Une mta-analyse plus rcente6 dtudes morphomtriques voxel

    voxel (qui ne sont pas biaises sur le plan spatial) a rvl que seule la perte de volume du putamen droit tait

    significative dans toutes les tudes, cette conclusion demeurant tout de mme provisoire tant donn le

    nombre limit (sept) dtudes disponibles. On a rcemment examin des aspects auparavant ngligs, tels que

    lpaisseur, la courbure, la profondeur des plis du cerveau, ainsi que la forme des structures crbrales. Un

    patron atypique de la surface et une diminution de son tendue ainsi que des anomalies dans la forme de

    certaines structures peu explores par les premires tudes, telles que le systme limbique et le thalamus, ont

    t rapports.7

    Finalement, des tudes rcentes dimagerie en tenseur de diffusion, technique qui permet une exploration

    quantitative de la matire blanche, montrent une altration de la connectivit structurelle dans les voies qui

    Le cerveau des personnes qui souffrent dun TDAH est-il diffrent du point de vue morphologique de

    celui de tmoins qui ne souffrent pas de ce trouble?

    Le cerveau des personnes qui souffrent dun TDAH fonctionne-t-il diffremment?

    La neurochimie du cerveau varie-t-elle en cas de TDAH?

    Quelles sont les causes des dysfonctionnements putatifs?

    Quelles sont les voies dveloppementales menant aux anomalies crbrales?

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    /Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_IRM-Cortese.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_MVV.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_MVV.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Putamen.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_SL-Cortese.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Thalamus.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_ITD.pdf

  • relient le cortex prfrontal droit aux ganglions de la base ainsi que dans les voies qui relient le gyrus cingulaire

    au cortex entorhinal.8

    Le cerveau des personnes qui souffrent dun TDAH fonctionne-t-il diffremment?

    La littrature portant sur limagerie fonctionnelle dans les cas de TDAH est trop vaste pour quon puisse

    lexplorer de faon systmatique dans cet article. Nous rapportons les rsultats des principales revues

    systmatiques et mta-analyses disponibles.

    Le regroupement des rsultats probants9 des tudes effectues avec lIRM fonctionnelle rvle une

    hypoactivit frontale affectant diverses zones du cortex (cortex antrieur cingulaire, le cortex prfrontal

    dorsolatral, le cortex prfrontal infrieur et le cortex orbitofrontal), ainsi que des zones qui leur sont relies

    (telles que des parties des ganglions de la base, du thalamus et du cortex parital). Il est intressant de

    constater que ces rsultats refltent gnralement les parties anatomiques mises en lumire par les tudes

    dimagerie structurelle.

    Une mta-analyse dtudes par EEG quantitative a rvl une augmentation de la puissance thta et une

    diminution de la puissance bta chez les personnes atteintes de TDAH comparativement aux tmoins.10

    Le

    rsultat le plus reproductible des tudes ayant utilis des potentiels voqus est une rduction du potentiel P3

    postrieur dans une tche auditive prsentant un oddball (ou stimulus discordant).11

    Considrs dans leur

    ensemble, les rsultats fonctionnels et structuraux donnent penser que des anomalies stendent de

    multiples structures du cerveau.

    Consquemment, les chercheurs dans le domaine du TDAH se concentrent actuellement sur ltude des

    dysfonctionnements des rseaux neuronaux distribus. Une analyse relativement nouvelle valuant la

    connectivit fonctionnelle pendant le repos et lors de lexcution dune tche semble tre particulirement

    prometteuse pour mieux comprendre les anomalies de ces rseaux complexes qui sont prsumes sous-

    tendre le TDAH.12

    Des donnes probantes prliminaires appuient la fameuse hypothse de linterfrence du

    mode par dfaut dans le TDAH, selon laquelle la modulation inefficace des fluctuations de base du rseau

    interfre avec le fonctionnement optimal des circuits neuronaux qui sous-tendent lexcution des tches actives.13

    La neurochimie du cerveau varie-t-elle en cas de TDAH?

    La convergence des donnes gntiques, de neuroimagerie, neuropsychopharmacologi-ques et animales

    suggre que plusieurs systmes de neurotransmetteurs (comme les systmes dopaminergique,

    noradrnergique, srotoninergique et possiblement cholinergique nicotinique) sont impliqus dans la

    physiopathologie du TDAH.14

    Des tudes spectroscopiques prliminaires ont rapport des altrations du ratio entre la cratine et plusieurs

    neurotransmetteurs (des composs de la choline, le N-actyl-aspartate et le glutamate/la glutamine [qui rgule

    la dopamine]).15

    Quelles sont les causes des dysfonctionnements putatifs?

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    /Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_CP.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_GB.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Gyrus_cingulaire.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_CE.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_CAC.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_CLP.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_EEG.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PT.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PB.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PE.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PP3P.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PP3P.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PO.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_RND.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Neuroimagerie-Cortese.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Creatine.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_Dopamine.pdf

  • Le TDAH est un trouble fortement hritable (hritabilit ~0,76).16

    Toutefois, les rsultats des tudes gntiques

    ont t dcevants jusqu prsent. Une mta-analyse des analyses de liaison sur tout le gnome na rvl de

    liaison significative que pour une rgion du chromosome 16, ce qui donne penser quil ny a probablement

    pas dinfluence de plusieurs gnes dont leffet serait modrment important.17

    Une mta-analyse rcente

    dtudes dassociation sur tout le gnome na pas russi trouver dassociations significatives.18

    Certaines

    mta-analyses ont tay une contribution petite mais significative de plusieurs gnes candidats uniques lis

    principalement au systme dopaminergique (DRD4, DRD5, DAT1, HTR1B et SNAP25) mais les donnes sont

    discordantes pour beaucoup dautres gnes candidats.19

    Rcemment, une liaison significative travers tout le

    gnome, caractrise par clonage positionnel et rplications multiples, a mis en vidence le rle potentiel dun

    nouveau gne, celui de la latrophiline 3 (LPHN3).20;21

    Parmi plusieurs facteurs de risque environnementaux candidats, une revue systmatique rcente22

    a confirm

    le rle plausible du tabagisme maternel pendant la grossesse et de la prmaturit sur les risques de TDAH.

    Quelles sont les voies dveloppementales menant aux anomalies crbrales?

    Une tude longitudinale rcente a rapport un retard de la maturation du cerveau denviron trois ans dans le

    TDAH. La persistance du TDAH tait associe une trajectoire dveloppementale dviante, alors que la

    rmission tendait tre associe la normalisation des dficiences anatomiques.7

    Lacunes de la recherche

    Conclusions

    Comment les anomalies structurelles et fonctionnelles de la connectivit sont-elles relies?

    quelles tapes du dveloppement les perturbations des rseaux neuronaux apparaissent-elles et se

    manifestent-elles clairement?

    Est-ce que les facteurs gntiques ayant de petits effets pourraient tre identifis si nous formions de

    trs larges chantillons ? Quels seraient les phnotypes pertinents cibler pour de telles approches

    grande chelle?

    Quels sont les rles des facteurs gntiques au-del des ? Une

    tude rcente a dcouvert une augmentation des (VNC) dans le TDAH.23

    Ces variations structurelles observes dans lADN, telles que les insertions, les dltions et les

    duplications, se produisent frquemment dans la population, mais leur signification clinique spcifique est

    incertaine.

    polymorphismes mononuclotidiques

    variations du nombre de copies

    Quelle est la meilleure faon de comprendre les interactions entre gnes et variables environnementales

    (biologiques et psychosociales)?

    Comment les divers facteurs tiologiques mnent-ils aux anomalies neuronales?

    Quels sont les effets bnfiques potentiels des interventions fondes sur la physiopathologie? Par

    exemple, le neurofeedback24 et, dans une moindre mesure, la stimulation magntique transcrnienne25

    constituent des approches prometteuses, bien que dautres donnes probantes soient ncessaires.

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    /Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_PM.pdf/Pages/PDF/Glossaire_Cerveau_VNC.pdf

  • Les connaissances manant des neurosciences ont montr de faon catgorique que les cerveaux des enfants

    qui souffrent de TDAH sont diffrents de ceux des enfants tmoins. La recherche mene sur les bases

    neurobiologiques du TDAH est passe rcemment dun modle fond sur des diffrences rgionales du

    cerveau une trame caractrise par une perturbation de la connectivit entre plusieurs zones. Actuellement,

    nous obtenons encore principalement des informations sur les lments individuels de ces rseaux. Dans un

    proche avenir, nous devrons mieux comprendre comment ces lments sassemblent.

    Mme sil existe encore des obstacles dordre technique et mthodologique, nous dcouvrons aussi les bases

    gntiques des dysfonctionnements observs et les facteurs environnementaux qui interagissent possiblement,

    de faon complexe, avec ces bases gntiques.

    Des tudes longitudinales coteuses et pleines de dfis ont commenc nous donner un aperu des voies

    dveloppementales qui mnent des anomalies crbrales et de leur relation avec les symptmes du TDAH.

    Au fur et mesure que ces lments sclairciront, les experts de ce trouble seront plus aptes concevoir des

    interventions fondes sur ltio-physiopathologie du TDAH avec la possibilit dune efficacit long terme.

    Implications pour les parents, les services et les politiques

    Bien que les neurosciences aient aid faire progresser nos connaissances de ltio-physiopathologie du

    TDAH, nous navons jusqu prsent dcouvert aucun marqueur neurobiologique qui soit la fois spcifique et

    sensible. Par consquent, les parents doivent savoir que le diagnostic de ce trouble est encore fond sur des

    critres comportementaux.

    Cependant, la vritable explosion de la recherche sur le TDAH qui sappuie sur les neurosciences, combine

    la cadence rapide des progrs technologiques, rendront les prochaines annes passionnantes et fructueuses

    en ce qui concerne la comprhension de ce trouble. Les tests neurobiologiques qui pourraient ventuellement

    tre mis au point pour diagnostiquer le TDAH ne remplaceront pas le jugement clinique. Cependant, dans un

    proche avenir, les services cliniques devront intgrer les mthodes manant des neurosciences dans leur

    pratique. Les chercheurs des domaines de limagerie et de la gntique devront former des rseaux pour

    affronter les dfis venir dans la recherche. Un financement substantiel sera invitablement ncessaire pour

    appuyer ces travaux mais nous nous attendons ce que les rsultats potentiels et leurs retombes en termes

    de sant publique justifient les cots conomiques.

    Rfrences

    1. American Psychiatric Association. . 4th ed. Arlington, VA: American Psychiatric Publishing inc; 2000.

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    6. Elli...