Un juriste montpelli©rain chef d'©cole : Br©mond, Seigneur ...provence- .Tolosa et Montpellier,

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Un juriste montpllirain chef d'cole 8rmond, seigneur de Montferrier

Parmi les jlll'istes qui enseignent Montpellier dans les dernit'l'cs annes U XIII ' siccle, le groupe fot'ln par Guillaume de Nogaret, GuillauIIIe de Plaisians. Pons ' Aumelas el quelques autres fournil le rnodl e le pins frquemment cit 'une brillante priode dans l'histoire de celle Unvcl'sih',.

La calTire ultrieure de ces illustres serv iteurs de la monarchie frana ise a longtemps m asqu le rlc de juristes docteurs contemporains, de tendan-ces hi en diffren tes, e t dont la produclion intellectuelle est sans doule slIpfrieul'c; au groupe Cil question. il est nolanlmenl permis d'opposer. il nutre .wb. un e qllipe aussi homogn e. dont l'in spil'ntcur fut dt' tOllt( ('\'tlenl"(' Bl'mond de Montferrier.

La \'ic cl la carrire d e ce personnage sont relativemenl hl en connUl'S, encore (Iu'on l'ail parfois confondu a\'ec Berlrand d e I\'Io nlfa\'cL l, 011 qu'il

ail l pris lorl pour le fondaleur de l'enseignem en L du droit eivil il

Monlpl'lIil'r 2.

S' il c..~s l l'Il l'ffcl cerlain que cc sludillm assurail rgulin-' m cnL Ull kl

enseigne m ent depuis 1267 au moins, Bl'mond

BREMOND DE i\IONTFERRIER 109

Rri'lIIonel d 'Assas, alias de Montferrier ; il venait sans donte d'hi'rikr de sa part en (Ilia lit de coseigneur rie celle localit situe aux environs immdiats d e Montpellier 3. Tous les tex les ultrieurs le donneront pour miles : ce titre, ct comme Bernard Augier, Barthlemy d e Clusels et d'autres, il appartient celle petite noblesse nlridionale qui a fourni ulle part non ngligeable des effectifs de professeurs de J'Universit la mme

poque.

Le docloral lui a l concd peu aprs. car il s'en donne dj le' titre en mai 1279 4 ; sans doute l'a-t-il acquis, comme tant de mt'ridion3ux du temps ct notamment comme presque tous ses futurs collgues, Bologne. On doit toulefois observer qu'il sc trouve Albi au dbut d 'oelohre 1281 et il Bziers en filai de l'anne suivante 5. En lout cas il reviendra lJ's vile Monlpelliel' o il se trouve le l '" juillet 1282 6, et donl il pal'ait ne plus a\'oir 79 vO 5. Il n'~st pas exclu qu'il ait enseign d'abord, soit ~ Bziers, soit Narbonne,

il parait en tout cas avoir obtenu la confiance de la famIlle de Lautrec, dont di vers membres confient l'arbitrage de leurs diffrends Aimeri de Narbonne, tout en s'accor-dant pour que le compromis soit rdig ad noliciam domini Bermundi ... et cujusliber alterius sapienlis. Sur toute cette affaire, cf. CABlI~ et MAZENS. Un cartu/aire el divers actes des Alaman, des de Lautrec el des Lvis, Toulouse, 1883, p. 38 et s.

6 Arch. Dp. Hrault, E Supplment, MontpelJier. 7. Comme l'a remarqu J.R. STRAYF.R. Les gens de justice dll Lal1gucdoc sous

Philippe le Bcl, Toulouse, 1970, p_ 55.

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moins 8 jusqu'cn 1305, sinon jusqu' sa mort, comme l' a ttest ent de trs nombreuses sources. Cc mona rque lui confiera les responsabilits les plus diverses, jusqu 'cn en faire en 1298 l'un de ses ambassadeurs auprs dc Jacques d'Aragon 9. Il a nanmoins accept les fonclions de juge mage ,le la snchausse de Beaucaire, pour Philippe le Bel, peul-l'Ire en 121\7, certainement en 1290 ct au dbut de J'ann e sui"anle JO ; mais nous croirions \'olontiers que son rle cc litre est rest intermittent. Mme si le roi

BREMOND DE MONTFERRIER III

Brmond, qui cul soutenir en 1343 un procs relatif au x locaux o avait enseign son pre, et le gagna probablement 13. Un autre membre de la famill e, le jllrisperilus Brenger de Montferrier est, en 1327, lieutenant du juge royal d e Beaucaire 14. Peul- tre enfin es t-ce un parent des prcdents, prnomm Thomas, qu e dsigne en 1334 le Parlement pour enquter sur l'empri sonnement de pirates par l'vque d 'Agde 15.

Encore qu e les titres de doc/or ou de professor qu'il porte n'aient. cetle poque, pas grande signification dans ce domaine, Brmond a certai-nement enseign, et sans doute lon gtemps. Il fi gure dans la liste, si sotlycnt cile, des civilistes et d es canonistes qui professaient au stl1dillm cn 12H2 16, et il possdait des coles prs du portnii Saint-Firmin 17, dans ce quarti er du Puy Arquinel, voisin du Peyrou actuel, o se sont forms s i longtemps les juristes montpellira ins, naturellement dpourvus a lors de loca ux publics. De son activit int ellectuell e, il est toulefoi s malais d e rendre compte avec prcision, car il n'a laiss que des gloses 18, indpen-damment des opinions qu e lui pr tenl ses lves.

A Innrer s les conflits a uxqu els il a t m l, Bruloncl

\12 A. GOURON

en 12H3, il n'ayail accept ue so us rserve Icul" install a tion Monlpel-li rel 19, Deux an s plus Lard, il s'a ttaquait a ux exigences, si sou\"cnL rit res par ces per sonnages, visa nt contraindre les ma rch ans tra fiqu a nt pa r voie de mer fair e transiter leurs marchandi ses pa r Ai gucs-Morlt's ayant de gagner MonlpeHier 20, Mai s son a ltitude de\'ait tre plus ex plicit e CI1('o r c

en 1303, lorsqu e les commissaires d e Philippe le Bel, dirigs l'al' n~ t autre

professeut' qu'ta it Barthlemy de Clusels, tenl rent d'obtenir des adIH~si()Il S

au proj et de convocati on d'lin r oncile h m; \lIc Boniface VIII. Non conlt'nl

(l'ex primer L1nc opposition pel'so!lneHe, Brm ond semble avoir l~ lt.' 1' :.'\nH' du grolll'

BREMOND DE ~mNTFERRIER 113

Des c.ilalons cont en ues dans ('('S d eux ou vrages, il J' essort qu e Br~montl ta it de ta ule cviden ce fav ora ble a ux immunit s d u clerge, a ussi bi en financi res que judiciaires 24 . Antibou l so ulign e plus ieu r s reprises une position analogue qu ' il lire d ' une glose d c son m a iLre s llr la loi plaet' t 2'5 ; il ira m me plu s loin en affirmant qu e l' immunit fi sca le, si des rparations sonl fair e a u x mll1"S de la , ill e, s'appliquc mme en ('u s dr IH;ress it r, qll t' Brmond me ttait part 26. Ceci n 'a rien pour {-lon n er da ns la nleS lIl'C Ol! le seigneur

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pas de mols assez durs pour fustiger les officiers seigneuriaux, et Lout parliculirement les fermiers de r.cs offices. faciles corromp re et multi-plicateurs de procs. Chez l'un comme chez l'autre so nt enfin dl'nollcs les avocats malhonntes, les procureurs et les sergen ts qui exp loitent I(>s plaidcurs.

On ne manquera pas, pour terminer, d c noLer la tl's grande imporLance (IUC prend la coutume dans l' un et l'au tre de ces traits : gnra le ou loca le, crite o u non crite, elle bnficie 'UllC utLention de tous les instants ch ez .Jame, d'Ull respect marqu cht'z Antiboul. Mais es l-ct' l lin trait propre r cole de Brmond de Monferrier? Des signes dh'ers Jl nOlis amn ent prsumer qu'il y a l , plus gnra lemcnt. une t'-ollsla nle de l'cole de Montpellier, cons lanle nullement paradoxale lor sql1c l'on conna t les ambiguts qui, a u XIV' sicle, se cachenl sous l'exprcssion de

pays de droil crit. De telles conslantes, n 'exagrons point la porte : preuve la cocxistence, dans la m me Univel'silt\ d'une tcndanc

lJREMOND DE MONTFERRIER 115

A ce dualisme doctrinal, il fa ut chercher l'explica tion dans la situation politique originale de la seigneurie de Montpellier a u temps de Brmond : d 'tendue assez m diocre, ce lle-ci es t rra tiqu em ent cern ee par le domaine royal et constitue une proie de ch oix rouI' des offici ers entreprena nt s. En outre, si le fcheux dmembrement du royaume d'A ragon l'a attribue la faible maison de Majorque, Montpellier aLLeint alors l'apoge de sa puissance conomiqu e, m aIgre to us les efforts des officiers de la sn-chausse de Beaucaire-Nimes pOUl" en dtourn er les marchands trangers. La pati ente pousse franaise est donc faite d'interventions r ptes dans la vie administrative de la cH, interventions dont l'acquisition de Mont-pellireL n'est qu'ull pisode, e l qui suscitent so uven t les protestations, et toujours l'inquitud e du souverain majorquin et des consuls.

Dans un e socit o Je juriste es t l'auxilia ire indi spensable toute initiative politique, ch aque parti, l'i mage de Frdric Barberousse aussi bien que des villes de la Ligue un sicle plus tt en Itali e, s'en lo ure de docteurs, de praticiens cl d'admini strule llrs : d'Oll l'intr t prsente par des hommes conlnle Brmond de Montferrier, au surplus issu d'un e petite noblesse riche d'a mbition, sinon de llloyens. Que l'on se soit disput ses services, et qu' un bref intermde prs, il a il consacr ses Lalents son seigneur e t sa cit, tout cela trnoigne cn faveur d 'un juriste qui ne mritait peut- tre pas de tomber dans l'oubli.

Andr GOURON.