Une paralysie faciale périphérique douloureuse

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    13-Feb-2017

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    Annales franaises doto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale 131 (2014) 185189

    Disponible en ligne sur

    ScienceDirectwww.sciencedirect.com

    mages, questions et rponses

    ne paralysie faciale priphrique douloureuse. Abramovici a, M. Akkaria,, M. Mondaina,b, A. Uziela,b, F. Venail a,b

    Service dORL et chirurgie cervico-faciale, hpital Gui-de-Chauliac, universit Montpellier 1, CHU, 80, avenue Augustin-Fliche, 34295 Montpellier cedex,ranceInserm U1051, institut des neurosciences de Montpellier (INM), hpital Saint-loi, btiment INM, 80, rue Augustin-Flic, 34091 Montpellier cedex 5, France. Histoire clinique

    Un patient de 55 ans, consulte en urgence pour une paraly-ie faciale priphrique droite de stade IV dans la classificatione House et Brackmann, avec douleurs hmi-crniennes droitesal systmatises, apparue brutalement 3 semaines auparavant,t traite comme une paralysie faciale idiopathique par corti-othrapie : prednisolone 1 mg par kilogramme et par jour (soit0 mg) pendant 5 jours. Il ne prsente pas de signes datteinteochlo-vestibulaire. On retient un antcdent de tabagisme

    80 paquets-anne. Laudiomtrie tonale et vocale initiale ne

    etrouve pas de dficience auditive, limpdancemtrie retrouven rflexe stapdien conserv. Devant le caractre douloureux eton rgressif de la paralysie, une tomodensitomtrie (TDM) duocher est ralise (Fig. 1A), qui retrouve une image lytique. Une

    DOI de larticle original : http://dx.doi.org/10.1016/j.anorl.2013.06.006. Ne pas utiliser pour citation la rfrence franc aise de cet article mais celle dearticle original paru dans European Annals of Otorhinolaryngology Head and Neckiseases en utilisant le DOI ci-dessus. Auteur correspondant.

    Adresse e-mail : mohamed.akkari.orl@gmail.com (M. Akkari).

    879-7261/$ see front matter 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs.ttp://dx.doi.org/10.1016/j.aforl.2014.02.008imagerie par rsonance magntique (IRM) du rocher (Fig. 1B et 1C)est demande pour prciser la nature de cette lsion.

    2. Questions

    Question 1 : interprtez la Fig. 1.Question 2 : dans le cadre du bilan dextension, une

    TDM crbrale, thoracique, abdominale et pelvienne avecinjection de produit de contraste (Fig. 2) est demande.Interprtez la Fig. 2. Comment confirmez-vous le diagnostichistologique ?Question 3 : la TDM met galement en vidence des lsionsosseuses au niveau de la vote crnienne. Une scintigraphie osseusecorps entier (Fig. 3) est ralise. Interprtez la Fig. 3. Quelle est votreprise en charge thrapeutique ?

    dx.doi.org/10.1016/j.aforl.2014.02.008http://www.sciencedirect.com/science/journal/18797261http://crossmark.crossref.org/dialog/?doi=10.1016/j.aforl.2014.02.008&domain=pdfhttp://dx.doi.org/10.1016/j.anorl.2013.06.006mailto:mohamed.akkari.orl@gmail.comdx.doi.org/10.1016/j.aforl.2014.02.008

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    Fig. 1. TDM du rocher droit en coupes axiales (A), IRM crbrale en coupe axiale, passant par les rochers, en squence T1 sans injection de gadolinium (B), IRM crbrale encoupe axiale, passant par les rochers, en squence T1 avec injection de gadolinium (C).Fig. 2. TDM thoracique en coupes axiales avec injection de produit de contraste en fentre parenchymateuse.

  • L. Abramovici et al. / Annales franaises doto-rhino-laryngolog

    Fig. 3. Scintigraphie osseuse au Technetium 99 corps entier.

    Quel est votre diagnostic ?ie et de pathologie cervico-faciale 131 (2014) 185189 187

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    . Rponses

    Rponse 1 : la Fig. 1A est une TDM du rocher droit, enoupe axiale sans injection de produit de contraste. Elle montrene atteinte des cellules mastodiennes par une lsion lytiqueflche), avec un aspect miett de la table interne de los tempo-al. La lsion, qui vient au contact du sinus sigmode hauteur duoramen jugulaire, est responsable dun largissement de celui-ci,t atteint la portion mastodienne du nerf facial.La Fig. 1B est une IRM crnio-encphalique en coupe axiale, pas-

    ant par les rochers, en squence T1 sans injection de gadolinium.lle montre une lsion du rocher droit (flche), en iso-signal T1,issulaire.

    La Fig. 1C est une IRM crbrale en coupe axiale, passant pares rochers, en squence T1 saturation de graisse avec injection deadolinium. La lsion (flche) est mesure 16,23 26,29 mm. Ilxiste un rehaussement htrogne, et un centre ncrotique ne seehaussant pas. On note une compression du sinus sigmode droit.

    Au total, plusieurs diagnostics sont voqus devant ces images,ont les 2 principaux sont une mtastase osseuse intraptreuse, etne tumeur du sac endolymphatique. Un bilan dextension completst donc ncessaire avant de proposer une biopsie chirurgicale.Rponse 2 : la Fig. 2 est une TDM thoracique, en coupe axiale,

    vec injection de produit de contraste, en fentre parenchyma-euse. Elle montre une lsion ramifie et spicule tissulaire duegment apical du lobe suprieur droit (flche), voquant un pro-essus tumoral vraisemblablement primitif.

    Le diagnostic voqu est celui dune mtastase osseuse intra-treuse droite issue dune lsion tumorale pulmonaire primitiveroite. Le bilan doit tre complt par un examen anatomopatho-ogique.

    Une biopsie de la lsion ptreuse par voie transmastodiennest envisage mais comporte un risque de plaie du sinus sig-ode, de brche mninge, et daggravation de la paralysie facialear hmatome intratumoral compressif ou lsion directe. Aprsiscussion pluridisciplinaire avec lquipe neurochirurgicale etneumologique, il est dcid une ponction biopsie de la lsion pri-itive pulmonaire guide par TDM, comportant moins de risques.analyse histologique retrouve un adnocarcinome acineux detade IV.

    Rponse 3 : la Fig. 3 est une scintigraphie corps entier au Tech-etium 99, qui montre de multiples foyers hyperfixants en faveure lsions osseuses secondaires de la vote crnienne, du rocherroit, de laile iliaque droite, du sacrum et des tibias.Il sagit dun adnocarcinome pulmonaire class T2N2M1, avec

    tastases osseuses multiples. Une discussion en runion deoncertation pluridisciplinaire oncologique dcide dune prise enharge palliative constitue :

    de 3 cycles dune chimiothrapie par cisplatine et pmtrexed(Alimta) ;dune radiothrapie vise antalgique sur le rocher droit.

    Une TDM de rvaluation en cours de traitement retrouve unevolution dissocie avec diminution en taille de la lsion pulmo-aire mais une nette majoration en taille des lsions osseuses.Une chimiothrapie de deuxime ligne par 3 cures de Taxotre

    st initie ; le patient dcde au cours de sa troisime cure, 6 moisprs lapparition de sa paralysie faciale.

    . CommentairesLa paralysie faciale idiopathique est un diagnostic souvent vo-u dans les paralysies faciales de ladulte, cependant il doit restern diagnostic dlimination. Le caractre douloureux et persistantie et de pathologie cervico-faciale 131 (2014) 185189

    dune paralysie faciale doit faire remettre en cause ce diagnostic etconduire la ralisation dune imagerie du rocher afin dliminerune cause tumorale. La physiopathologie des douleurs est com-plexe : on peut incriminer, dune part, une atteinte nerveuse, parenvahissement ou compression du contingent sensitif du nerf facial destine de la zone de Ramsey Hunt, ou du nerf trijumeau en cas delsion volumineuse. Dautre part, latteinte osseuse elle-mme peuttre responsable, par libration de mdiateurs de linflammationpar les cellules mtastatiques.

    Au niveau de los ptreux, les tumeurs potentiellement respon-sables de paralysie faciale sont le cholestatome, le paragangliome,lhistiocytose de Langerhans, le lymphome, le sarcome, le my-lome multiple chez le sujet g, la tumeur du sac endolymphatiqueet les mtastases de tumeurs malignes solides [1]. Dans ce cas, lalocalisation de la lsion, son caractre lytique en TDM, htrogneen IRM avec rehaussement aprs injection pouvaient faire vo-quer une tumeur maligne du sac endolymphatique, avec mtastasepulmonaire. Cependant, la symptomatologie comprend habituel-lement des signes cochlo-vestibulaires ; de plus, bien que des casdadnocarcinomes soient dcrits, ils sont darchitecture papillaire,et non pas acineux ; enfin il nexiste quun seul cas de mtastase distance dcrit dans la littrature [2].

    Les tumeurs malignes solides les plus susceptibles de mtasta-ser dans cette rgion sont les adnocarcinomes mammaires, suivispar les cancers du poumon selon Gloria-Cruz et al. [3]. Les adno-carcinomes sont les types histologiques de cancer pulmonaire lesplus souvent retrouvs en cas de mtastase ptreuse. Les autrestypes histologiques rapports dans la littrature sont le carcinomeindiffrenci, et le carcinome neuro-endocrine petite cellules [4].

    Lapex ptreux est la zone du rocher la plus souvent concernepar les processus mtastatiques. Lenvahissement osseux dbutepar voie hmatogne au niveau de la moelle osseuse de lapexptreux [3], la diffusion des cellules tumorales se faisant ensuitepar contigut vers la mastode. Latteinte isole de la mastode,que nous avons constate chez notre patient, est rare, reprsentantseulement 1,3 % des lsions mtastatiques du rocher dans la sriede Gloria-Cruz et al. [3].

    Lexpression clinique dune mtastase intraptreuse est poly-morphe. Lhypoacousie semble tre le signe le plus frquent[3]. Vient ensuite la paralysie faciale priphrique, qui est rare-ment isole, comme ctait le cas chez notre patient. Bakhoset al. [1] rapportent chez 2 patients les symptmes suivants :hypoacousie, acouphnes, cphales, dysphonie, et tumfactionrtro-auriculaire. Les autres signes rvlateurs galement retrou-vs dans la littrature sont les vertiges, lotalgie, lotorrhe, et latumfaction du conduit auditif externe [3].

    Latteinte tumorale du nerf facial, par compression, inflamma-tion ou envahissement, peut avoir lieu sur lensemble de son trajet :dans le tronc crbral, dans le conduit auditif interne, dans sontrajet intraptreux labyrinthique, tympanique ou mastodien, sasortie du foramen stylo-mastodien [4]. Lenvahissement du canalfacial nest pas synonyme de paralysie faciale priphrique ; sur14 patients prsentant un envahissement du canal facial, Gloria-Cruz et al. [3] ne retrouvent que 6 paralysies faciales priphriques(42,8 %).

    Une lsion lytique retrouve sur une TDM du rocher doit fairesuspecter une lsion secondaire, et conduire la ralisation duneIRM avec des squences T1, T2 et T1 avec injection de Gadolinium,afin de dfinir au mieux la nature de la lsion, ses limites et recher-cher des complications endocrniennes et mninges. Dans le casde manifestations cliniques prcoces sur des tumeurs peu volues,labsence drosion osseuse sur la TDM et lIRM peut mener des

    erreurs diagnostiques [3].

    Un diagnostic histologique est indispensable pour envisagerla prise en charge thrapeutique. Cependant, dans lhypothse

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    [4] Teschner M, Durisin M, Mangold A, et al. Peripheral facial palsy as theL. Abramovici et al. / Annales franaises doto-rhino-lary

    une lsion secondaire, toute biopsie doit tre prcde dun bilanextension complet. Une lsion de lapex ptreux est plus diffi-ilement accessible chirurgicalement quune lsion mastodienne ;ans le cas de notre patient, tant donn la localisation, une biopsiear voie transmastodienne a t envisage, mais na pas t ra-ise puisque le bilan dextension a rvl la lsion primitive, plusacile daccs [1].

    Lexamen de rfrence pour lvaluation de mtastases osseuseseste ce jour la scintigraphie osseuse au Technetium 99. On luieproche cependant sa faible spcificit, puisque cet examen reflteexistence dune activit ostoblastique, quelle soit dtiologiealigne ou bnigne. Par ailleurs, en cas de lsion maligne, cettectivit peut persister mme aprs une bonne rponse thrapeu-ique, ce qui fait de la scintigraphie un examen inadquat pourvaluation de la rponse au traitement. Lintrt de la tomogra-hie par mission de positrons couple la TDM (TEP-TDM) dansa dtection des lsions osseuses secondaires est actuellement trstudi [5], et semble tre dpendant de lhistologie de la lsion pri-itive. Dans les cancers bronchopulmonaires, les performances des

    examens sont comparables, avec une plus grande facilit de loca-isation des lsions sur le squelette pour la scintigraphie, et une

    eilleure spcificit en cas de doute pour la TEP-TDM, ce qui ntaitas le cas pour notre patient. Les autres avantages de la TEP-TDMont une meilleure qualit dimage, et la possibilit de dtecterautres lsions mtastatiques non osseuses.

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    ie et de pathologie cervico-faciale 131 (2014) 185189 189

    Une mtastase intraptreuse dune tumeur solide tmoigne deson stade avanc [1]. En cas de tumeur primitive et de mtastaseunique oprables, une chirurgie des 2 sites vise curative est pos-sible. Le traitement est souvent en pratique palliatif et repose surlassociation dune chimiothrapie base de sels de platine et duneradiothrapie centre sur les lsions mtastatiques [1,4].

    Dclaration dintrts

    Les auteurs dclarent ne pas avoir de conflits dintrts en rela-tion avec cet article.

    Rfrences

    1] Bakhos D, Chenebaux M, Lescanne E, et al. Two cases of temporal bone metas-tases as presenting sign of lung cancer. Eur Ann Otorhinolaryngol Head Neck Dis2012;129:547.

    2] Bambakidis NC, Rodrigue T, Megerian CA, et al. Endolymphatic sac tumor metas-tatic to the spine. Case report. J Neurosurg Spine 2005;3:6870.

    3] Gloria-Cruz TI, Schachern PA, Paparella MM, et al. Metastases to temporal bonesfrom primary nonsystemic malignant neoplasms. Arch Otolaryngol Head NeckSurg 2000;126:20914.first symptom of a metastatic bronchogenic carcinoma. Laryngorhinootologie2006;85:5126.

    5] Fogelman I, Cook G, Israel O, et al. Positron emission tomography and bonemetastases. Semin Nucl Med 2005;35:13542.

    http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047-3/sbref0005http://refhub.elsevier.com/S1879-7261(14)00047...

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