Je me souviens encore

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    22-Jan-2018

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<ol><li> 1. La maison slve sur trois tages. Il y a mes parents et mes deux frres.Nous habitions " dernier tage premire porte droite".Une petite maison en briques rouges qui date du dbut des annes 1930. Elle parait bienquelconque en cette poque durbanisme chevel o lurgence est de caser des famillesentires en des temps record. Pendant la seconde guerre mondiale, elle a un temps, abriteGabriel Pri, le rsistant communiste abattu en 1941 !La lumire aujourdhui comme hier Cest qui la porte que lon tue Et les porteurs se substituentMais rien naltre la lumire Dans le cimetire dIvry Sous la terre dindiffrence Il bat encore pour la France Le cur de Gabriel Pri Louis Aragon Cest pourtant la seule maison que je revendique aujourdhui travers toutes les autresdans lesquelles jai vcu mais qui ne furent jamais vritablement les miennes. Car cettemaison mappartenait. Jtais la cage descalier dont le premier tage tait en marbre et les deux autres en boisblanchi. Jtais cette rampe aussi, traant sa belle ligne spirale faite dun bois fragile, fendu plusieurs endroits, accroche par des maintiens de fer qui menaaient chaque instant descrouler.Jtais cette minuterie avare de sa lumire qui nacceptait pas les poses entre les tages etvous laissait alors dans une pnombre si lourde quil vous fallait compter avec votreintuition de lespace pour continuer de grimper jusqu en haut. Jtais ces couloirs sombres que la lumire plafonnire natteignait pas : des ombresgigantesques lchaient les murs gris et lzards. Elles me faisaient si peur que je sifflaistrs fort jusquau troisime tage pour repousser ces fameux trous noirs.Jtais cette cour ronde et froide o le vent sengouffrait follement entre la porte dentre,toujours ouverte, et lentre de la cour, elle, sans porte. Cette cour qui vu den haut tait unjoyeux prcipice plein de choses sacrifies lenvol, et dont la vue den bas me tordait lecou si je voulais tout apercevoir.Jtais cette porte de cave nigmatique, presque tombale dont les premires marchestaient saupoudres de mort-aux-rats. Puis, lautre porte, donnant sur larrire boutique dela droguiste. Une porte orne dune magnifique tte de mort pour le cas o quelquescurieux auraient t tents dy pntrer.Jtais tout cela. Jtais aussi cette haute fentre inaccessible, place dans le prolongementdu mur descalier qui assurait elle seule la clart naturelle de lintrieur de la cage.Jtais enfin ce papier peint, hroque, dchir en lambeaux par endroit, laissant derrirelui un pltre ajour, jauni par le soleil et noirci par la poussire.</li></ol>