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Val de Loire, vins et littérature

Val de loire, vins et littérature

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Val de Loire, vins et littérature

Le territoire

Un grand territoire viticole

Paysage typique

Vignobles berrichons

Les crus berrichons

Vignobles de Sologne et de Touraine

Du côté du Chinon…

• « Je scay où est Chinon et la CavePaincte aussi, j’y ai bu maints verresde vin frais » Pantagruel, 1532

• « - Compagnon, à boire! A toi, ami,de bon cœur, de bon cœur!

• - Là, là, là! Tout est bâfré. O LacrymaChristi! C’est de la Devinière. C’est duvin de raisins pineaux.

• - O le gentil vin blanc! Sur mon âme,ce n’est que du vin de taffetas.

• - Heu! Heu! Il est à une oreille, biendrapé et de bonne laine. »Gargantua, 1534

… à propos du Vouvray

• « L’inconvénient du vin de Vouvray,monsieur, est de ne pouvoir se servir nicomme vin ordinaire, ni comme vind’entremets; il est trop généreux, tropfort. »

• « Buvez un verre de vin, vous le méritezbien. Il faut vous mettre du velours surl’estomac, si vous voulez entretenirconvenablement votre margoulette.Monsieur, le vin de Vouvray, bienconservé, c’est un vrai velours. »

• Balzac, L’Illustre Gaudissart, 1833

Vignobles d’Anjou et de Saumur

Un vin d’exception, la coulée de Serrant

Vins du pays nantais

Un grand territoire historique

Devinez…

Et encore…

Légende ligérienne

• Baudri de Bourgueil (1046-1130), écrivant à la Comtesse Adèle de Blois:

• « la Loire: nulle rivière n’est plus plaisante; etnulle eau n’est plus saine.

• L’eau de la Loire, versée sur de jeunes filles,après les avoir lavées, rend leur corps plusblanc. »

Mais vous êtes prévenus!

• « Il ne faudrait jamais regarder la Loire, c’estune chose fatale: après on ne sait plus faireque ça, et le reste est sans importance.

• Elle dépose son sable dans vos veines, etgrippe volonté, ambition, orgueil, tous lesmoteurs d’une virile agitation ».

– Alix de Saint-André, L’Ange et le réservoir de liquide à frein, 1994

Val de Loire littéraire

Relation d’un voyage de Paris en Limousin, La Fontaine

• La Loire est donc une rivière

• Arrosant un pays favorisé des Cieux,

• Douce quand il lui plaît, quand il lui plaît si fière

• Qu’à peine arrête-t-on son cours impérieux.

• Vous croyez bien qu’étant sur ces rivages,

• Nos gens et moi ne manquâmes pas

• De promener à l’entour notre vue :

• Coteaux riants y sont des deux côtés;

• Coteaux non pas si voisins de la nue

• Qu’en Limousin, mais coteaux enchantés,

• Belles maisons, beaux parcs, et bien plantés,

• Prés verdoyants dont ce pays abonde,

• Vignes et bois, tant de diversité

• Qu’on croit d’abord être en un autre monde.

Un poète converti, Max Jacob (1876-1944, Drancy)

• Les Pénitents en maillots roses, 1925

• Saint-Benoît-de-Vieille-Vigne

• Polinge en Orléanais

• Ta plaine calme et ta Loire bénigne

• Me feront oublier Paris et ses attraits.

• J’attends la paix du soir dans tes plaines fertiles,

• Orléanais! Faucille oubliée sur les champs

• La Loire est l’éternel emblème des durs travaux d’Adam.

Une ville humaniste, Orléans: Jean Calvin et Etienne Dolet

Charles Péguy (Orléans 1873- 1914)

• Le long du coteau courbe et des nobles vallées

• Les châteaux sont semés comme des reposoirs,

• Et dans la majesté des matins et des soirs

• La Loire et ses vassaux s’en vont par ces allées.

• Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,

• Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.

• Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,

• Chenonceaux et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

• Et moi j’en connais un dans les châteaux de Loire

• Qui s’élève plus haut que le château de Blois (…)

• Et c’est le souvenir qu’a laissé sur ces bords

• Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve (…).

• Car celle qui venait du pays tourangeau,

• C’était la même enfant qui quelques jours plus tard,

• Gouvernant d’un seul mot le rustre et le soudard,

• Descendait vers Meung ou montait vers Jargeau.

Un anarchiste patoisant à Beaugency , Gaston Couté (1880-1911)

• La chanson d’un gâs qua mal tourné

• I’ fait bon c’souèr, en r’venant des champs…

• La rout’ devient grise et l’jour va mouri,

• Sous les ombrag’s ros’s et doux du couchant,

• Comme un vieux au bas des guigniers fleuris.

• Mais tout d’un coup… teuf! Teuf! Teuf! Un vacarme

• Déchir’ brutal’ment l’drap fin du silence.

• Teuf! Teuf!... Et v’la l’vent qu’est d’eun’ pestilence

• A vous fée’ jurer: ça, c’est les gendarmes!

• C’est pas les gendarm’s! C’est des gâs d’la ville

• Qu’ont mis, sans excus’s, mon rêve en déroute ;

• C’est des bourgeouésieaux dans leu’ tomobile

• Qu’ont failli m’bocquer au tournant d’la route!

Un poète en prison: Meung sur Loire

• « Ecrit l’ai l’an soixante et un,

• Que le bon roi me délivra

• De la dure prison de Meun, et que vie me recouvra,

• Dont suis, tant que cueur vivra,

• Tenu vers lui m’humilier,

• Ce que ferai tant qu’il mourra:

• Bienfait ne se peut oublier »

• François Villon, Le Testament, 1461

Le roman de la rose, de Guillaume de Loris et Jean de Meung (1237-1280)

Un Parisien en vacances: Proust à Illiers-Combray

• « Combray, de loin, à dix lieues à la ronde, vu duchemin de fer quand nous y arrivions la dernièresemaine après Pâques, ce n’était qu’une égliserésumant la ville, la représentant, parlant d’elleet pour elle aux lointains, et quand onapprochait, tenant serrés autour de sa hautemante sombre, en pleins champ, contre le vent,comme une pastoure ses brebis, les dos laineuxet gris des maisons rassemblées qu’un reste dumoyen-âge cernait ça et là d’un trait aussiparfaitement circulaire qu’une petite ville dansun tableau primitif. » Du Côté de chez Swann,1913

Et, pour mémoire… Léonard au Clos Lucé

Le chant d’un exilé: Charles d’Orléans, 1394-1465 (Amboise)

• En tirant d’Orleans à Blois,

• L’autre jour par eaue venoye.

• Si rencontré, par plusieurs foiz,

• Vaisseaux, ainsi que je passoye,

• Qui singloient leur droicte voye

• Et aloient legierement,

• Pour ce qu’en eurent, comme veoye,

• A plaisir et a gré le vent.

• Les nefz dont cy devant parloye

• Montoient, et je descendoye

• Contre les vagues de Tourment;

• Quand il lui plaira, Dieu m’envoye

• A plaisir et a gré le vent.

Du Vendômois à Tours, Ronsard (1524-1585)

• (Amours de Cassandre, 1552)

• Ville de Blois, naissance de ma Dame,

• Séjour des Rois et de ma volonté,

• Où jeunes d’ans je me vis surmonté

• Par un œil brun qui m’outre perça l’âme,

• Chez toi je pris cette première flamme,

• Chez toi j’appris que peut la cruauté,

• Chez toi je vis cette fière beauté,

• Dont la mémoire encore me renflamme.

• Habite Amour en ta ville à jamais,

• Et son carquois, ses lampes et ses traits,

• Pendent en toi, le temple de sa gloire.

• Puisse-t-il toujours tes murailles couver

• Dessous son aile, et nu toujours

• Laver son chef crépu dans les eaux de ton Loire.

Le château des amours, Talcy

L’écrivain tourangeau par excellence, Balzac

• « Jadis, il existait dans le Cloître, du côté de la Grand’rue,plusieurs maisons réunies par une clôture, appartenantà la Cathédrale et où logeaient quelques dignitaires duChapitre. Depuis l’aliénation des biens du clergé, la villea fait du passage qui sépare ces maisons une rue,nommée rue de la Psalette, et par laquelle on va duCloître à la Grand’rue. Ce nom indique suffisammentque là demeurait autrefois le grand Chantre, ses écoleset ceux qui vivaient sous sa dépendance. Le côté gauchede cette rue est rempli par une seule maison dont lesmurs sont traversés par les arcs-boutants de Saint-Gatien qui sont implantés dans son petit jardin étroit, demanière à laisser en doute si la Cathédrale fut bâtieavant ou après cet antique logis. Mais en examinant lesarabesques et la forme des fenêtres, le cintre de laporte, et l’extérieur de cette maison brunie par le temps,un archéologue voit qu’elle a toujours fait partie dumonument magnifique avec lequel elle est mariée. Unantiquaire, s’il y en avait à Tours, une des villes les moinslittéraires de France, pourrait même reconnaître, àl’entrée du passage dans le Cloître, quelques vestiges del’arcade qui formait jadis le portail de ces habitationsecclésiastiques et qui devait s’harmonier au caractèregénéral de l’édifice. »

• Le Curé de Tours, 1832

Balzac et Le Lys dans la vallée (1835)

• « l’amour infini, je le trouvais exprimé par celong ruban d’eau qui ruisselle au soleil entredeux rives vertes, par ces lignes de peupliers quiparent de leurs dentelles mobiles ce vald’amour, par les bois de chênes qui s’avancententre les vignobles sur des coteaux que la rivièrearrondit toujours différemment. Si vous voulezvoir la nature belle et vierge comme unefiancée, allez par là un jour de printemps; sivous voulez calmer les plaies saignantes devotre cœur, revenez-y par les derniers jours del’automne. Ne me demandez plus pourquoij’aime la Touraine. Je ne l’aime ni comme onaime son berceau, ni comme on aime une oasisdans le désert; je l’aime comme un artiste aimel’art; je l’aime moins que je ne vous aime, maissans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. »

Un des grands Romantiques, Alfred de Vigny (1797, Loches – 1863)

La Devinière, près Chinon, terre natale de François Rabelais(entre 1482 et 1494 - 1553

La Haye-Descartes, berceau de la philosophie

Un célèbre angevin, Du Bellay (1522-1560)

• (L’Olive, 1549)

• O fleuve heureux, qui as sur ton rivage

• De mon amour la tant douce racine,

• De ma douleur la seule médecine,

• Et de ma soif le désiré breuvage!

• O roc feutré d’un vert tapis sauvage!

• O de mes vers la source cabaline!

• O belles fleurs! O liqueur cristalline!

• Plaisirs de l’œil qui me tient en servage

• Je ne suis pas sur votre aise envieux,

• Mais si j’avais pitoyables les Dieux,

• Puis que le ciel de mon bien vous honore,

• Vous sentiriez aussi ma flamme vive,

• Ou comme vous, je serais fleuve et rive,

• Roc, source, fleur, et ruisselet encore.

Souvenirs de débâcle: Aragon en 1942

• « La Loire aux Ponts-de-Cé », Les Yeux d’Elsa, 1942

• J’ai traversé les Ponts-de-Cé

• C’est là que tout a commencé

• Une chanson des temps passés

• Parle d’un chevalier blessé

• D’une rose sur la chaussée

• Et d’un corsage délacé

• La Loire emporte mes pensées

• Avec les voitures vercées

• Et les larmes désamorcées

• Et les larmes mal effacées

• O ma France, ô ma délaissée

• J’ai traversé les Ponts-de-Cé.

Bonne découverte!