bill viola 2 - Viola Bill Viola : fermer les yeux.: fermer les yeux.: fermer les yeux. Gaspard Bbi Gaspard Bbi Gaspard Bbi- ---ValrianValrianValrian

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    Confrence organise par Oudeis, donne sur lespace Lucie Aubrac le vendredi 24 octobre au Vigan.

    l'tude d'un projet tel que celui de l'association Oudeis, non seulement ddie

    promouvoir la culture lectronique et plus particulirement son influence au sein de l'art

    contemporain mais aussi explorer de nouvelles voies thoriques, il a sembl pertinent

    d'ouvrir ce cycle de confrences par la prsentation d'un artiste actuel majeur. Mon choix

    s'est rapidement orient vers Bill Viola car il s'agit selon moi d'un des artistes vidastes

    contemporains majeurs et qui a saisi avec intelligence l'utilisation de nouveaux moyens de

    cration, telle que la vido lorsque ce medium tait encore inconnu ou peu diffus. Mais plus

    encore que la question du support vidographique, ce qui rend Bill Viola intressant mes

    yeux, c'est la force plastique et intellectuelle qui ressort de son travail. Il est notamment

    connu pour des installations - pour ceux dont ce terme parat un peu abstrait il s'agit d'une

    mise en espace dans un contexte particulier, en l'occurrence l'exposition - associant la vido

    au son et la mise en espace. Le travail de Bill Viola est assez impressionnant pour sa capacit

    d'immersion et le sens que ses uvres sous-tendent. C'est--dire des questions universelles

    relatives l'tre, la nature, les lments, les forces de la vie, les diverses motions humaines

    comme l'angoisse, la peur, l'extase, le tragique, l'amour, la mort, la rgnration.

    Bill Viola, en quelques mots d'introduction, offre une oeuvre gnreuse et tendue qui

    s'adresse chacun. La force de son travail rside en cette capacit happer le regard du

    public, mouvoir au plus profond de lui-mme des questions essentielles qui relie lindividu

    un tout global, celui de lhumain. Cela est permis par une mise en oeuvre efficace des

    moyens techniques qui restent discrets (distorsions temporelles : acclration, ralentissement,

    superposition d'images...), savent se faire oublier, la technique n'intervient alors pas comme

    une prouesse, comme un effet spectaculaire, elle contribue communiquer et tendre la

    force symbolique, potique et motionnelle de son uvre. Cest notamment cette question

    de la technologie et de son influence sur la socit qui peut interpeller. Car nous nous en

    rendons bien compte d'anne en anne, toute innovation produit un impact sur notre

    environnement conomique, culturel, social... Nos habitudes quotidiennes ont bien volu

    depuis que nous avons des tlphones portables, internet, ou mme depuis que nous

    pouvons rallier lautre bout du monde en moins de 24 heures.

  • Plusieurs questions se posent alors

    L'artiste se saisit-il de ces mutations, y participe-t-il, produit-il de la singularit et nous offre-t-

    il une vision diffrente du quotidien, nous implique-t-il dans son discours, quelles questions

    pouvons-nous rsoudre ou gnrer au contact de luvre, lesquelles nous amenant par cho

    poser des questions notre entourage notre tour ? Cette capacit de questionnement

    que normalement un artiste engage, Bill Viola en est l'exemple. Voil ce que jentends par la

    force universelle, celle de relier les individus et les amener rendre plus videntes les

    connexions qui les animent, par la discussion, le dbat, lassociation, la contradiction ou la

    diffrence. Bill Viola, cela peut dplaire jen suis conscient, propose des images qui ne

    peuvent nous laisser indiffrents. Il nous insre au sein de dispositifs sensibles.

    Mais revenons-en maintenant laxe principal de cette communication :

    Bill Viola, fermer les yeux.Bill Viola, fermer les yeux.Bill Viola, fermer les yeux.Bill Viola, fermer les yeux.

    Ce nest pas sans malice que ce titre a t choisi. Il semble paradoxal dinciter fermer les

    yeux alors quil est justement question de voir, regarder. Tout dabord, parce que Bill Viola

    est un artiste visuel qui sait produire des images impressionnantes, incarnant une relle force.

    Cest aujourdhui une spcificit que nous ne pouvons pas appliquer si aisment tous les

    artistes contemporains, il suffirait de nous rfrer certains mouvements dj prsents dans

    les annes 70 et encore enracins dans les pratiques actuelles comme lart conceptuel avec

    des artistes comme Laurence Weiner, Joseph Kosuth, Robert Barry ou encore Sol Le Witt

    (voir images). Bien que je nmette pas une critique de ce courant, il fait vidence que des

    choix formels ont t pris, c'est--dire que la forme sest vue rduite sa plus simple

    expression, poussant le spectateur ne faire face parfois qu des mots de grande taille

    accrochs des murs, des noncs sous cadre apposs des photographies ou des

    conditions remplir. Toute uvre outre ce quelle dsigne exprime un message spcifique

    qui complexifie, du moins enrichit sa lecture. Lart conceptuel rompait cet quilibre en

    concentrant sa dfinition et action sur le sens, la dfinition, le potentiel conceptuel.

    Bill Viola a diffremment maintenu lindissociabilit de la forme et du sens, je dirai mme

    quil a toujours gard un attachement au faire, la manipulation, lacte de transformer. Cest

  • pourquoi, lorsquune poque comme la ntre dicte ce qui doit tre vu ou pas, ce qui est

    conforme lart politiquement correct ou lart indcent, je crois pertinent de me rfrer

    luvre de Viola dans cet exercice du regard. Ce regard que nous posons dabord sur la

    forme, ensuite celui que nous posons intellectuellement sur les questions souleves et

    engages philosophiquement (par extension le concept), enfin sur ce que ce tout dplace en

    nous par la perception sensible. La perception sensible est fugace car souvent masque et

    filtre par un ensemble de signes extrieurs et pour retrouver une forme de connections

    luvre dart, la retenir dans notre souvenir, la relier notre vcu, nos expriences, il faut

    fermer les yeux, fermer les oreilles, faire silence autour de soi et observer ce qui nous

    appartient.

    Fermer les yeux Une telle invitation se rfre aussi la question du mysticisme dans

    luvre de Viola, laquelle de faon assume mane dune culture et des rfrents religieux.

    Son oeuvre est profondment relie au divin, celle qui dfinit l'homme dans le cycle de la vie

    et de la mort. Il n'est pas question d'vidence, de littralit dans son travail, il est plus

    question d'un retour l'humain dans son corps et sa trajectoire existentielle.

    Mais avant de dtailler cela, commenons d'abord par observer l'volution de son

    engagement et de sa pratique depuis ses dbuts. Bill Viola, n en janvier 1951 New-York

    dune mre anglaise et dun pre germano-italien a ds son enfance t marqu par une

    culture europenne. En 1973, il termine ses tudes la Syracuse Universit de New York et

    sort de l'Experimental Studios, atelier men par Jack Nelson. C'est notamment au contact de

    son professeur quil se saisit de la vido, cela ouvra une priode de travail spcifique jusquen

    1979, priode dfinie sous le signe de la vido structurale. Utilisant la vido Super 8 ou les

    bandes magntiques, ses vidos dites structurales navaient pas de sujet prcis, la vido tait

    juste un moyen de communication, un objet de production esthtique. Intress

    simultanment par la musique, Bill Viola exprimenta donc lassociation de la vido au son,

    se servant de synthtiseurs. Dans les annes 70 ces instruments de musiques, bien que

    rudimentaires, introduisaient une grande nouveaut, la possibilit de moduler et produire un

    signal sonore pilot uniquement par des circuits lectroniques. Ainsi le synthtiseur

    exemplifiait la capacit de moduler, varier et produire un son seulement partir d'un

    matriau abstrait, impalpable : l'lectricit. Bill Viola considrait les signaux lectriques

  • comme une matire part entire. Le parasite, la saturation, les jeux de couleurs dgags

    par les courts-circuits et impulsions lectriques sur les bandes analogiques constituaient le

    vocabulaire graphique de ses premires oeuvres. Ses premires ralisations vido furent

    conues dans cet esprit et qualifirent cette dsignation de vido structurale, rsultat

    dexpriences entre musique exprimentale et performance.

    L'une de ses premires pices Hallway Nodes, Nuds de couloir, est une installation

    performance diffusant, dans un couloir, un son continu provenant d'oscillateurs. chaque

    bout du couloir un haut-parleur diffusant une frquence sinusodale de 50 Hz tait dispos.

    Le titre de l'uvre fait rfrence au vocabulaire employ par les acousticiens, dterminant les

    signaux acoustiques sous le terme de nuds et ventre.

    Les nuds sont des points o l'amplitude de la vibration des particules d'air est minimale,

    tandis que les ventres sont ceux o elle est maximale. 1

    Prcisons que les ondes mises une hauteur sonore de 50Hz (exemple) sont d'un niveau

    quasiment inaudible, trs graves. Plus une longueur donde est grave plus sa distance de

    propagation est grande. Cest pourquoi lapproche dun stade o se tient un concert, nous

    entendons dabord les basses, lesquelles se propagent mieux. Bill Viola, pour son installation

    a calcul la longueur du couloir de telle sorte ce quelle corresponde la longueur d'onde

    des sons mis par les deux enceintes. Pour information, le calcul de la longueur d'onde

    s'effectue en divisant la vitesse du son par la frq