Réflexions sur le Code noir, et dénonciation d'un crime affreux, commis à Saint-Domingue

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Auteur. Société des Amis des noirs (France). / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles et de la Guyane. Conseil Général de la Martinique, Bibliothèque Schoelcher

Text of Réflexions sur le Code noir, et dénonciation d'un crime affreux, commis à Saint-Domingue

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  • R F L E X I O N S S U R

    L E C O D E O I R ,

    D N O N C I A T I O N

    D ' U N C R I M E A F F R E U X ,

    C O M M I S A S A I N T - D O M I N G U E ;

    Adresses l'Assemble Nationale, par la Socit des Amis des Noirs .

    A P A R I S .

    D E L ' I M P R I M E R I E D U P A T R I O T E F R A N O I S \

    Place du Thtre Italien.

    A O U T 1 7 9 0 .

  • R F L E X I O N S

    S U R LE C O D E N O I R ,

    Et dnonciation d'un crime affreux , commis Saint - Domingue.

    M E S S I E U R S ,

    Vous ne le croirez pas, le crime affreux que nous venons vous dnoncer ; il appartient aux sicles les plus barbares ; il appartient des Cannibales ; et cependant c'est par un homme libre, civilis , par un Franois, qu'il a t commis ! C'est l'aurore de la libert, de la plus brillante rvolution, qu'il a dshonore. Mais quel degr d'excs ne porte pas l'habitude du despotisme !

    Nous n'avons cess de le rpter dans les divers ouvrages que la socit a publis, l'esclavage a deux terribles consquences; il avilit l'esclave , il rend le matre barbare. Mais la barbarie du matre surpasse encore la bassesse de l'opprim ; elle ne connot point de frein, point

    A

  • ( 4 ) de loi. L'affreux vnement, qu'il est si douloureux pour nous d'tre obligs de vous retracer, vous en offre la preuve.

    Il s'est trouv un homme assez inhumain, assez a t roce , non pas pour excder simplement de coups , non pas pour mutiler simplement ses esclaves , mais pour les rtir petit f eu , mais pour porter lui-mme et faire porter des fers rouges et des brandons sur les membres palpi-tans de ces malheureux ! mais pour les dchirer avec ses den t s ! . . . Vous frmissez! vous repoussez la lumire ! il vous semble qu'elle n'a pas clair un pareil forfait! Peut-tre est-ce un rcit faux , altr ; peut-tre nos rennseignemens sont-ils incertains. Plt Dieu qu'ils le fussent, nous n'aurions pas un monstre vous dnoncer! Mais, voici la sentence ; elle constate elle-mme, tous ces crimes ; elle dclare le nomm Mainguy dment atteint et convaincu d'avoir frapp ses esclaves coups de bton, de les avoir blsss avec des ciseaux et avec une arme vulgairement appelle m a n c h a t t e de les avoir dchirs avec ses dents , et de leur avoir fait appliquer sur diffrentes parties de leur corps , soit des fers r ouges , soit des. charbons ardens.

    Un de ces esclaves n'a pu rsister ces tour-m e n s , la mort l'a dlivr de son matre ; cinq

  • ( 5 ) autres sont mutils , et leurs mutilations sont irrparables.

    Peut-tre jugerez-vous, Messieurs , qu'il n 'y a pas eu de supplice assez cruel pour punir cet excs de barbarie. V O U S croyez peut-tre que la mort a dlivr la terre du monstre? N o n ; il v i t , il est l i b re , il respire peut-tre l'air pur de la France! On lui a dfendu de possder des esclaves ; on l'a banni du lieu de son cr ime, comme s'il ne valoit pas mieux peut-tre le clouer aux lieux o les remords sont plus dchirans, plus pentrans , parce que tous les objets en acrent la pointe ; comme s'il toit permis d'exporter dans un aut re-pays un tigre aussi dangereux ; enfin, on le condamne en 10,000 liv. d'amende envers le roi. Et les martyrs de ses cruauts , et la famille infortune de celui qu'il a immol , n'ont pas mme une indemnit!

    Oh 1 qui peut considrer paisiblement cette iniquit monstrueuse, ce concert entre la justice et les. tyrans ? E h ! comment ne vo i t -on pas que les atrocits se multiplient, lorsque Ja just i ce , loin de les punir , ou ferme complaisam-ment les y e u x , ou ne les punit que lgrement?

    On nous dit que les juges sont fonds, qu'ils ont prononc conformment au code : H bien,

    2

  • ( 6 ) Je code est barbare ; il faut le rformer, se hter de le rformer.

    Eh ! quoi ! une assemble qui a tmoign un si grand respect pour les droits de l'homme, peut-elle laisser subsister, dans une partie de l'empire franois, une loi qui autorise, qui encourage les cruauts les plus rvoltantes? Peut-elle tolrer encore cette lo i , qui porte ( I ) que l'esclave qui aura frapp au visage l'enfant de son matre, sera puni de mort ? et cette autre loi, qui accorde ( 2 ) au matre la facult de les faire battre, sa fantaisie, avec des Verges ou des cordes, et qui ne le condamne qu' la confiscation , s'il les mutile et les fait torturer ? et cette autre loi, qui fixe pour tous les prtendus dlits des esclaves, les peines les plus atroces, tandis qu'elle n'en prononce aucune contre les dlits des matres , tandis qu'elle laisse, ce dernier gard, la plus grande latitude au juge, qui, blanc, ami des blancs, possesseur lui-mme d'esclaves, est presque toujours juge ou partie? et cette autre loi, qui ( 3 ) rejette le tmoignage des esclaves dans tous les cas, qui dfend

    (1) Voyez article 33 de l'dit. de 1 6 8 5 . ( 2 ) Voyez article 4 2 , ibid. (3) Voyez article 30 , ibid.

  • ( 7 ) d'en tirer aucune prsomption, ni conjecture , ni adminicule. Comme si l'on avoit jur de ne pas vouloir punir les dlits dont les seuls esclaves pouvoient tre tmoins ! Comme si l'on disoit aux matres barbares : Soyez cruels ; mais cachez vos cruauts : n'en rendez tmoins que ces vils esclaves, dont la voix ne sera jamais coute. Eh ! l'on s'tonne encore une fois que ces noirs, avilis, torturs de tant de manires , soient abjects, et que leurs matres soient souvent inhumains ! La loi ne favorise-t-elle pas videmment leur inhumanit ? Ne la favorise-t-elle pas, quand elle ordonne de leur faire couper le jarret, lorsqu'ils cherchent recouvrer leur libert par la fuite? Ne la favorise-t-elle pas , quand elle les dclare des meubles, c'est--dire, des objets inanims, au-dessous des bestiaux, qu'on peut briser ou mutiler volont ?

    Non , Messieurs, de pareilles horreurs ne peuvent tre long-temps revtues du sceau de la lo i , lorsque ce sceau est entre les mains des reprsentans d'un peuple libre. Elles forment un constraste trop violent avec vos principes. Il faut que l'abus, que la tyrannie cde vos principes , ou que vos principes cdent, et ds lors votre constitution, s'croule.

    Quand donc vos travaux sur la constitution A 3

  • ( 8 ) toucheront leur t e r m e , quand les principaux abus rforms vous permettront de vous occuper des abus extrieurs; quand, fixant vos regards sur les Colonies, vous en rformerez la police, les loix , les tribunaux , nous vous conjurons de dchirer alors les pages de ce code n o i r , si souvent teintes de sang, d'en remplacer les dispositions atroces par des loix douces -et modres , oui concilient les intrts des matres avec les principes de la justice et de l 'quit; par des loix qui attachent les esclaves votre empire , qui les prparent remonter insensiblement au niveau de leurs frres, les blancs.

    Fasse le Ciel que ces lois soient alors plus respectes par les matres , que toutes celles dont l'objet a t d'enchaner jusqu' prsent leur des potisme ! Fasse le Ciel que leur intrt ne les porte pas sans cesse violer ces loix ! Peu t -etre les prit de libert qui se rpand dans les les ,occas ionnera en eux cette mtamorphose ; p e u t - t r e les portera-t-elle admettre d'autres calculs que ceux qui les dirigeoient dans la. conduite des esclaves.

    Mais la m e i l l e u r e des loix pour prvenir le retour de ces barbaries, nous ne c e s s o n s de le r p t e r , sera l'abolition de la t r a i t e ; car le matre n'excde ou ne tue les esclaves , que

  • ( 9 ) par la facilit qu'il a de les remplacer. Otez cette facilit , et son intrt le force bien nourr i r , bien traiter ses esclaves, favoriser leur population.

    C'est donc vers cette loi que nous devons tourner sans cesse les yeux de nos lgislateurs. L'abolition de la traite rendra heureux tout--a-fois, et les Africains l ibres, et les noirs esclaves.

    Si des considrations politiques vous empchent de porter ce coup la t ra i te , au moins htez-vous , par quelques rglemens, d'adoucir ces loix de sang ; htez-vous d'effrayer les monstres qui seroient tents d'imiter Mainguy.

    Ces t une affligeante rflexion ; mais l'histoire de ce qui se passe maintenant dans ces les , n'en offre que trop de preuves ; l'esprit de libert qui s'y dploie, n'a servi qu' serrer plus fortement les fers des esclaves, qu' exercer des cruauts arbitraires au nom de la loi.

    Peut-tre nos prires, nos instances seront encore une fois impuissantes. Les esprits ne sont pas peut-tre ouverts la conviction ; la terreur n'est peut-tre pas bannie des ames ; on craint peut-tre encore d'tre humain !

    Notre conscience n'a point cout ces calculs ; un forfait affreux nous a t rvl ; notre de-

  • ( 1 0 ) voir est de vous le dnoncer, de dposer cette sentence vos yeux, de la dposer au tribunal du public. Il viendra sans doute un moment o la voix de l'humanit se fera entendre, et ce monument de sang alors dposera contre le code noir.

    Imprim par ordre de la socit des amis des noirs, le 6 aot 1 7 9 0 .

    Sign, Ptition , prsident; J. P. BRISSOT , secrtaire.

    A R R T

    D U C O N S E I L S U P E R I E U R D E S A I N T - D O M I N G U E ,

    Qui bannit Mainguy pour neuf ans de la colonie, h dclare incapable de jamais possder aucun es-clave y et le condamne en dix mille livres d'amende envers le roi.

    Du 2 1 octobre mil sept cent quatre-vingt-neuf.

    Extrait des registres du conseil suprieur de Saint-Domingue.

    Vu par la cour au procs extraordinairement instruit en la sn