Continuité et progrès dans les enseignements - nrt.be ?+et+progrès+dans... · L'Introduction de

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  • Continuit et progrs dans les enseignementsde Humanae vitae et de Donum vitae '''

    Les analogies et rfrences de ces deux documents sont nombreu-ses. Elles intressent l'histoire; elles concernent la doctrine moraleprche par le Magistre romain en cette dernire partie du XXesicle. Nous laisserons ici de ct les contextes historiques, la prpa-ration des textes, l'autorit magistrielle des deux documents et mmeleurs enjeux spirituels et ecclsiaux. Nous prsenterons une tudedes contenus doctrinaux de l'Encyclique (1968) et de l'Instruction(1987).

    Cette relecture de Donum vitae la lumire de Humanae vitaemontre la continuit de l'enseignement magistriel. Son dveloppe-ment aussi. L'Instruction value moralement les fcondations artifi-cielles la lumire du mme principe qui conduisait l'Encyclique considrer comme intrinsquement dshonnte la contracep-tion, mme par voie orale. Mais de plus l'Instruction, s'appuyantsur Familiaris consortio et sur la catchse de Jean-Paul II, montrele fondement de ces dterminations morales dans la nature et ladignit personnelles de l'embryon humain et de sa procration.

    Une comparaison prcise est ncessaire pour illustrer la conti-nuit et le progrs entre les enseignements de ces documents. Notrepropos suivra le fil de Donum vitae.

    Dans cet expos, nous nous limiterons au commentaire de l'Intro-duction et de la Deuxime partie de l'Instruction: l'analogie avecHumanae vitae y est explicite. Nous laisserons de ct les apportsneufs de la Premire partie sur la dignit personnelle de l'embryonhumain. Nous renonons aussi traiter de la Troisime partie etde la distinction opre, en vertu de la dignit de la personne humaine,entre loi morale et lgislation civile.

    La rfrence la personne constitue l'horizon dans lequel l'Ins-truction mdite les exigences morales du respect de l'embryon etde la procration; la dignit personnelle de tout tre humain impli-que et suppose la dignit personnelle de la gnration humaine.

    * Confrence donne Rome le 11 novembre 1988 au IIe Congrs internationalde thologie morale: Humanae vitae: vingt ans aprs. Les Actes de ce congrs(9-12 novembre 1988) seront publis intgralement.

  • HUMANAE VITAE ET DONL'M VITAE 665

    1. L'Introduction de Donum Vitae

    'L'Introduction illustre ce propos. La doctrine de la personne yconstitue une des plus remarquables nouveauts par rapport Huma-nae vitae. Il faut, pour s'en convaincre, reprendre d'abord les ter-mes de l'Encyclique de 1968 et mditer ensuite les fondements doc-trinaux labors dans l'Introduction de Donum vitae. L'analogieentre les dclarations magistrielles sur la contraception et cellessur la fcondation artificielle s'claire et se fonde d'une faon renou-vele dans cette doctrine de la nature et de la personne (FC, 32).

    Humanae vitae caractrisait l'amour conjugal en termes de com-munion des personnes (HV, 18) et parlait de l' amiti personnelleentre les poux (HV, 9). L'Encyclique reconnaissait aussi dansle pouvoir de donner la vie, des lois biologiques qui font partiede la personne humaine (HV, 10)1. Ces allusions ne suffisaientcependant pas fonder dans une mtaphysique de la personne larflexion de Paul VI sur l'amour conjugal et la paternit responsable.

    Certains avaient cru voir dans cette discrtion de Humanae vitae propos de la personne humaine un recul par rapport Gau-dium et spes et Vatican II. Il est sr que la premire partie dela Constitution pastorale s'tait construite autour de la dignitde la personne humaine (ch. I, 12-22). Le chapitre consacr ladignit du mariage et de la famille avait invoqu plusieurs reprisesla personne (47, 1)2. Selon Gaudium et spes, le consentement despersonnes (48, 1) fait l'alliance matrimoniale, si prcieuse au pro-grs personnel comme au sort ternel de chacun des membresde la famille (ihid.). L'amour conjugal y est dcrit en termes per-sonnalistes: il va d'une personne vers une autre personne et enve-loppe le bien de la personne tout entire (49, 1): il atteste l'galedignit personnelle (49, 2) de l'homme et de la femme. Cependantla Constitution conciliaire, la diffrence de ce que dira Familiarisconsortio, 18, n'avait pas parl de la procration en termes person-nels. Les enfants n'y avaient pas t expressment dsigns commedes personnes3. Elle avait trait de l'amour conjugal en termes

    1. Le texte franais de HV, 14 traduit indigne de la personne humaine lelatin homme indignum.

    1. La perfection personnelle (48, 2) traduit perfectio propria; de mme en52, 3, vie personnelle traduit propriae vitae.

    3. S'il est parl en 52, 7 d'un ordre authentique de personnes, celui-ci comprendles poux, et non explicitement les enfants. La Tradition est en fait immmoriale :comme la paternit, la maternit se termine la personne. C'est une implica-tion rationnelle de la Confession de la Theotokos au Concile d'Ephse (DZ-SCH251-252). Cf. R. LAURENTIN, Court trait sur la Vierge Marie, Paris, Oeil, 1967,p. 127.

  • 666 A, CHAPELLE, SJ.

    termes personnalistes, mais n'avait pas considr le parent respon-sable dans la mme lumire. A la seule exception peut-tre de cepassage: lorsqu'il s'agit de mettre en accord l'amour conjugal avecla transmission de la vie, la moralit du comportement ne dpenddonc pas de la seule sincrit de l'intention et de la seule apprcia-tion des motifs, mais elle doit tre dtermine selon des critresobjectifs tirs de la nature de la personne et de ses actes, critresqui respectent, dans un contexte d'amour vritable, la significationtotale d'une donation rciproque et d'une procration humaine(GS, 51, 3).

    Les regrets noncs propos de l'absence de personnalisme dansHumanae vitae ont ainsi quelque chose d'anachronique. En faitGaudiurn et spes n'avait pas unifi la rflexion thologique : le carac-tre personnel de l'amour des poux n'avait pas clair la dignitpersonnelle des enfants, de leur procration, de la paternit respon-sable. Cette affirmation peut surprendre. Elle est si vraie que cer-tains experts conciliaires ont cru trouver dans la dignit personnellede l'amour conjugal des raisons qui pouvaient lgitimer, ou du moinsinterdire de condamner, au nom de la paternit responsable, certai-nes pratiques contraceptives. L'tonnement sera grand (et chez cer-tains, la dception), quand Paul VI verra dans la connexion natu-relle entre amour conjugal et paternit consciente le principeet fondement de la rcusation morale de toute intervention contra-ceptive. Il sera dit que l'Encyclique tait moins personnaliste quele Concile. La discrtion de Humanae vitae sur la personne appara-tra certains ruineuse de son argument, sinon de son enseignement.Plus d'un ne reconnatra d'ailleurs pas dans l'Encyclique la consid-ration mtaphysique de la nature, de ses fins et de ses actes propreset mconnatra ds lors la porte rationnelle et morale de son argu-mentation traditionnelle.

    Il appartiendra l'enseignement de Jean-Paul II, celui de Fami-liaris consortio et des catchses du mercredi, de redire en termesde personne et de communion, non seulement l'amour conjugal,mais encore la procration des enfants {FC, 15), la connexion deces biens et toute la vie familiale (FC, 16, 18, 19)4. L'InstructionDonum vitae dit en consquence de cet enseignement: La pro-

    4. L'Instruction Donum vitae privilgiera abondamment le seul texte conciliairequi voque, propos de l' accord entre l'amour conjugal et la paternit responsa-ble, la nature de la personne et de ses actes (GS, 51, 3). Ce texte est seulementvoqu dans HV; il est cit intgralement dans FC, 32, et dans l'Introductionde DV, 12 (cf. n. 10 et 30); il est cit deux fois dans la deuxime partie del'Instruction (II, 45, 54), dont il commande le raisonnement.

  • HUMANAE VTTAE ET DONUM VITAE 667

    cration humaine demande une collaboration responsable des pouxavec l'amour fcond de Dieu; le don de la vie humaine doit seraliser dans le mariage moyennant les actes spcifiques et exclusifsdes poux, suivant les lois inscrites dans leurs personnes et dansleur union (DV, Introd., 5). Toute l'Instruction est marque dece sceau de la personne.

    L'examen des critres moraux fondamentaux prsents dans l'Intro-duction est loquent. La premire page voque les valeurs et lesdroits de la personne humaine. Le terme a pour le moins unesignification morale et juridique. Mais sa pertinence mtaphysiqueapparat aussi ds le premier paragraphe: Le Magistre de l'Egliseentend proposer la doctrine morale qui correspond la dignitde la personne et sa vocation intgrale. Dignit et vocation (GS,12), condition naturelle et vocation intgrale de l'homme (GS, 11):ces expressions de Gaudium et spes et de Dignitatis humanae repren-nent la thmatique traditionnelle de la destine surnaturelle del'homme, personne dote d'une me spirituelle, de responsabilitmorale et appele la communion bienheureuse avec Dieu (DV,Introd., citant DH, 2). La dignit de la personne, selon le chapitre1 de Gaudium et spes et la Dclaration Dignitatis humanae personae,est le lieu o la nature humaine s'accomplit comme tre d'espritet est ordonne sa fin5; elle est appele au-del d'elle-mme la communion de la grce et de la batitude avec Dieu6.

    La personne humaine et les valeurs morales o s'atteste sonbien indiquent la science et la technique leurs finalits et leurslimites. La science et la technique requirent, pour leur significa-tion intrinsque..., le respect inconditionn des critres fondamen-taux de la moralit;... elles doivent tre au service de la personnehumaine, de ses droits inalinables, de son bien vritable et intgral,conformment au projet et la volont de Dieu (DV, Introd.,2; cf. FC, 8). Sciences et techniques sont des activits humaines valuer moralement, conformment la dignit de la-personnehumaine; elles doivent la servir dans le respect de ses droitsmoraux et juridiques, en vue du bien correspondant sa vrit

    5. S.Th. P, q. 29, a. 3 c: la personne est ce qui est le plus parfait dans toutela nature: id quod est perfectissimum in tota natura.