Ongles manuscrits

  • View
    214

  • Download
    0

Embed Size (px)

DESCRIPTION

poémes voyage initiatique d'un enfant du siècle dernier

Text of Ongles manuscrits

  • Ongles manuscrits

    *

  • Eric Bertomeu

    2

  • Ce matin jai repris la route. Lincertitude est repasse et a repris ses droits dans mes desseins denfantement. Et comme elle sen tait alle en dfaisant secrtement son cheveau de liens elle a retiss du mme poison pur sa place dunique compagne. Jai salu ceux qui mentourent, les ai rassurs. Les quelques bagages prpars, mis en forme depuis ces dernires annes, stalent au bas de lescalier devant la porte dentre. Je sens le poids de mon portefeuille battre sur le muscle gorg de mon cur. Les photos, mes bouts de papier colors comme dit Galate,suffiront-ils me rappeler que jai aussi aim ceux l mme qui me dvisagent l, sur le perron, comme pour me protger encore une fois ?

    *

    3

  • Les taxis de dpart ont le parfum cre de la fume de lopium et les haltements respiratoires profondment retenus, comme pour ceux qui jouent mourir, saturent de livresse extatique ce que lon nidentifie plus vraiment comme son corps. Cest de lordre de la connaissance initiatique de ceux qui partent.Accouchement naturel de lautre si charnellement semblable sur la banquette arrire de ce murmure mcanique qui rature dun coup de cutter indolore la mmoire de la cit prive dlaisse dj demi-passe dans lobscurit de lloignement en mouvement. Sentiments intouchables davoir rejoint le corps.

    *

    4

  • Sous l'aile de l'avion roule la piste brune. Les marques blanches de la voie cousent le galon lumineux qui m'carte de cette terre. J'ai perdu lil de notre mer. On bascule dans l'air inconstant et ne vois plus qu'un ciel bleu sans on-dit pas plus grand qu'un hublot de cabane d'enfant chancelante sous les rafales du mistral qui encore joue simplement rabattre vers le sol du monde confondu par son absence toujours dfinitive ceux qui, comme moi, se sont confis sans repentir aux passages sans fin.J'ai feint d'oublier mes bagages dans le taxi et n'ai gard que 'Vents' et cette cartouche de cigarettes anglaises aux armes de virginie. J'ouvre le cube d'o filtre la magie du retour sur soi, du plaisir solitaire, en extrais un boite de mtal peinte en rouge que je dcachette tendrement, prends une belle roule tout en lisant sur le capot ouvert du paquet de fer blanc les lettres d'or de la rflexion nicotine :When only the best will do'. Adieu Perse ! Ta place restera au banc de cette embarcation comme le mistral demeure dans soncrin sourd de calcaire.

    *

    5

  • Les ctes dAfrique surgissent dun suaire de bave de dormeur, Assoupi ou plong dans la spirale intrieure, les yeux descendus dans le bleu trop bleu et la mer survole

    Nous naviguions nord-est et suivions les ctes comme aimants blouis suivent les promesses ressasses de la terre jaune coupe net, tronque, rompue en quartiers ingaux sur le damier dazur tigr divoire dun exil de fixit

    A lautre bout du regard les ailes virent au midi pour se poster dans laxe des fanaux de la vie mourir, celle qui fuit vers ses ailleurs probables mais non promis, ce que Galate dans sa tendresse mlancolique exprimait comme les nbuleuses de lme. La terre a t renverse sur des reliques de la mmoire impersonnelle et remonte vers son ciel dpassionn ; trouble jamais la dalle des toiles de strass de sa voussure

    Un trou dair sur Maison Blanche Tout devient nu sous le train sorti de lavion La romance illusoire du retour siffle sur le goudron dAl Djezar.

    *

    6

  • A qui de crier " Terre ! Terre ! " ?

    Une chelle seule soutient le dessus de l'acide parfum des cyprs et nos pieds se laissent prcipiter dans l'aluminium des marches descendre, la crainte du retour sur le limon dnu d'une vie collective choue, le pass du sang, de la peur et de la haine se ravive sur les restes d'une esprance hrditaire et languie. Je contemple l'ultime borne orientale du grand Al Andalous invent de Tarragone Alger par sa plus haute respiration de terre, de ciel et de sel, celui que j'ai connu de chair puisqu'il m'a enfant, moi et tous les miens,comme un monde mditer dans le silence d'un flux et cette attente hbte de l'ultime refluxtout comme le sein de son propre soleil de vaine compassionl'empreinte luminescente de son nom.

    Boabdil, le roi peureux, ce soir est mon frre au premier rangnon par son infamie mais par les larmes qui coulent sur nos mots.

    Ay ! De mi Alahama !

    ***

    7

  • *Intermezzo

    8

  • [ &(comme sil avait plu.. )

    enclos vibratoires sillets du mutisme clefs daccords argentins de la tension outre l'eurythmie et arabesques nacres de pourpres et sangs mls ressac de terre drosse poudrins sals la roche de lencre scheau-dessous et enverspoint et fate des assonances et gravires de mondes rgurgits rives de pluie bruits exclusivement bruits demphases anharmoniquesinfamantes fictions rcursives et convenues de troubles langs dhomicides

    9

  • &(esquisse autour de muses)

    entonnoir

    fresques et reins goulustrompe l'ilpurgatoire de visages et de femmes corps en plumes perchs sur guets pointes de breuilsforts et sous-bois quipages de nos musesnos trianglesbruissements des baccarats soie de frissons et chairsexquises berces somnolences et digressions farouchessomnolences et exordescoin de toile dpece au flau de balances'assurer de la cibles'assurer de suer ligne de dos choyedes sphres souterraines le timbre de la vie

    10

  • &(dtour)

    ongles manuscrits vases dun sillon de voixle verbe ne dira pas plus la marne de ce que lon a vureproduire accommoder laccroissement du vacant

    11

  • &( lencre traine )

    ncropole cryptes carrs longs abouts sombre claveaucourtes bouches ordonnes bienheureuse cathdrale des entraillesla terre de soi est la langue daprssa verticalit ciel des sanguines cart dans son voile et le saut de perche au dessus du taureaula trace ne connait que le sol lpe son sang la cape la bave du feucest un tracteur qui sortira viel homme de larne macule lencre traine de charogne

    12

  • &(pourtant)

    psych des Mnines le matre et l'embrasureaposentadornoire vturetroisime clart ce verso de toile midi d'ascension indiciblechronique sans anecdotebote franche tous font contourils sont dedansles yeux du centre dehors le peintre oblige la connivencepetite infante blonde

    pourtant

    Mari-Barbola les deux dugnes Les guardadamasNicolassito le pied mobilit seule et funambulele dos du molosse les paupires closes dvouespalette de bois marque pinceau d'humilit radieuse et ordre de Saint Jacquesla pose mi-chemin absolu tempo du regard regardspectateur et imageDiego et Velzquez

    13

  • &

    la meule que lon pousse brasla poudre dosles tombereaux amasss sur le pontquelques cordes pendantes au garde-corpset lon broie dans la cage de ferve flatte le dragonfanaux embrass comme flambeaux danathmesclaircissent la hausse des visionsle particulier rsiste si mal lachev

    &]

    14

  • 15

  • *des morts et des ports

    Mditerrane sans rivage continent chapp de ses ports*

    16

  • &Jardin des trones les cyprs taills haut, lagus effluences de rsine onguents citronns pris aux mains presser et serrer fleur de doigtrouler entre phalanges feuilles vertes frises de chevrons grapps un essor d'exhalaisons capiteuses ivresse du furtif univers mls

    17

  • &les pas tranent : a boitillela suite ne joue pasridiculesaffoler pourquoi

    18

  • &arrive la douane la police le franais vous ne parlez pas franaisnon ne dois pasltudiant dit de tout dire par-dessus lpaule des mots suintentse faire trangersuis trangerhistoire de la haine histoires dhommesa fait si longtempsmon nom disparuabsorb

    19

  • &la cloque du tempsemballage

    20

  • & les pas enflent sous semelles dalpha la place des cars les arcadesAbdel prince chevalierLe glaive tournoie au dessus de lalezan cabr pas de vent pas dair terrasses de lt du jenehommes kaki rafle de jour la foule dispersela matraque rase le rayon du tmoinsaffoler pourquoi20 mtres au moins dun trottoir lautreles sirnes sen vont avec une proiede quel ct porter la peur

    21

  • &mouches irises sucent un sang de saigneyeux du moutonlarmes ttesle barbier cautrise ses lignes de nuque au journallhomme ras en bleu de Chine se lve et se touche la poitrinela chaise de ltal du boucher est vacanteles ctes noircies de lagneausur un carton au solla partLe boulevard les cinq portes les escaliers les marches plates niveles de dchetsrat gris noir mauvais il calamistr arrogant au pas yeux yeux la trane glabre la suite ne rit pas

    22

  • &les sauterelles aussi dbarques l par le Simoun la clocharde rcolte des cartons dans le terrain en frichecelui qui ne sera pas construitaphasique aprs-midi de sieste anesthsiele soleil violoniste joue fentres jettent centimesle chiffonnier trie avec son crochet saffoler pourquoile vitrier passe dsormais tous les jours

    23

  • &htel Albert 1er jeux mditerranens une chambre peignoir salle de bain l'tage pas de placeles jeuxascenseur en panne quatrime dernier tageescalier colonial carr retours gaux marches de marbre longues blanc-vein sous l'usure justelongues jambes fines chevilles tendons de grce salires oves courroie de peau noire lche au dessus du pied inquiet vulnrable un lger mouvement latral accompagne un corps de cuivre dliles cheveux volent l'aurole de tte un jaillissement arrire des yeux animent le semblanten face la grand'poste coupoles le front de mer est derrirel'horloge florale peut tre l'estla maison au sud ncessairement les hauteursde quel ct cette peur

    24

  • &nuit de lune tribune verteet les citrons de miel de Lorcanomades plerinsmain deux pouces symtrie de labsurde principe dlivre de parole librant son silencela braise de cigare