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LE FABULEUX DESTIN DE PETER BÜCHER Par Patatovitch Version 2.0 Prologue Borgin se réveilla dans une cage. L’odeur douceâtre et entêtante l’indisposa tout de suite. - Bonsoir, Maître Nain, je n’aurais jamais cru que mon serviteur puisse frapper si fort. Ou alors c’est les nains ne sont plus ce qu’ils étaient. L’énorme homme qui parlait était affalé sur un tas de coussins en face de lui à quelques distances. Il était si gros, si flasque qu’il semblait incapable de se mouvoir. Il portait une toge blanche ouverte sur le sein droit bordée d’un large liseré arc-en-ciel. Il s’amusait avec deux pierres précieuses et semblait lire un vieux livre. Devant lui, une petite table portée un assiette de biscuits et une flasque de l’alcool et quelques verres. Il reprit. Borgin remarqua à ce moment qu’il était nu comme un vers. Borgin béni sa barbe qui lui permettait de garder un minimum de dignité. Il lui restait cependant son inamovible amulette d’adamantine. - Oui, c’est fou ce qu’un nain peut cacher dans ces vêtements. Vos richesses et celles vos défunts amis viennent à point nommé renflouer ma caisse. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je peux dépenser. Borgin était encore complètement sonné. Il se rappelait maintenant. L’embuscade. Tous ses compagnons tués. Et puis ce coup sur la tête alors qu’il combattait des hommes-bêtes. Le sorcier en armure sur cet espèce de cheval déformé, ce devait être lui. Il regarda autour de lui. Une grotte naturelle, un nain ne pouvait pas s’y tromper malgré le nombre incroyable de tentures, coussins et tapis qui emplissaient de cette salle. Ce symbole dessiné au mur en face de lui: Slaanesh. - Vous regardez la décoration, cher Maître ? Elle est assez sommaire, j’en conviens, mais songez que c’est un ancien terrier d’hommes-bêtes. C’est en progrès tout de même, non ? Un long silence s’abattit. Borgin reprenait possession de ses membres et tous ses esprits. - Vous… vous êtes un monstre ! - Un monstre ! Immédiatement les grands mots. Cher Maître, vous me décevez. J’espérais autre chose d’un érudit comme vous. Sa face bouffie se fendit d’un large sourire et une longue langue sinueuse sortit de sa bouche. - Disons que je ne suis pas un enfant sage, Maître Nain. - Saviez vous que j’ai quitté le droit chemin, il y a pas si longtemps de cela. Voyons, c’était il y a 3 ou 4 ans. J’étais une loque. Vous m’auriez vu à l’époque, vu m’auriez donné trois sous. Ecoutez-moi. Borgin regarda son geôlier plonger dans ses souvenirs. - Je n’ai jamais été un bon sorcier. Mon premier maître m’a toujours dit que j’arriverai à rien, le «mauvais-à- tout» qu’il m’appelait. L’imbécile, s’il savait. Dommage qu’il soit déjà mort. Oh non, pas par moi. J’aurais aimé pourtant. Une bête fièvre. Après lui, j’ai pris la route. Comme vous et vos compagnons, je me suis fait aventurier. J’ai voyagé dans tout le Sud de l’Empire. Mais la prophétie de mon maître me poursuivait. Je restais un mauvais sorcier et je le serais resté si je n’avais pas découvert mon second maître. J’étais alors un mendiant vivant de larcins, perpétuellement en quête de mon poison. Car j’étais comment disait mon ami Heinrich, médecin à Nuln, une belle réputation vous savez… «Toxicomane»… Ce mot n’est pas beau, ne trouvez-vous pas, Maître ? Maître Nain ? Vous m’écoutez ? - Vous m’écoeurez ! Espèce de fou ! Tuez-moi et qu’on en finisse ! - Vous tuez, certes, nous y viendrons. Mais pas tout de suite, il me plaît de vous raconter mon histoire. Car les esprits élevés sont rares par ici et je reçois peu de visite. Ce n’est pas à Félicité que je vais raconter cela. Il appela : - Félicité, viens ici ! Un orc apparu. Est-ce bien un orc ? Borgin se le demandait. Il avait un visage vraiment hideux, plus que cela, dérangeant. Un visage non-orc au possible. Il était accoutré de la même manière que son maître. Il se prosterna devant lui. Il baragouina en Reikspiel : - L’Elu veut ? 1

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  • LE FABULEUX DESTINDE PETER BCHER

    Par Patatovitch

    Version 2.0

    Prologue

    Borgin se rveilla dans une cage. Lodeur doucetre et enttante lindisposa tout de suite.- Bonsoir, Matre Nain, je naurais jamais cru que mon serviteur puisse frapper si fort. Ou alors cest les nains nesont plus ce quils taient.Lnorme homme qui parlait tait affal sur un tas de coussins en face de lui quelques distances. Il tait si gros,si flasque quil semblait incapable de se mouvoir. Il portait une toge blanche ouverte sur le sein droit borde dunlarge liser arc-en-ciel. Il samusait avec deux pierres prcieuses et semblait lire un vieux livre. Devant lui, unepetite table porte un assiette de biscuits et une flasque de lalcool et quelques verres. Il reprit.Borgin remarqua ce moment quil tait nu comme un vers. Borgin bni sa barbe qui lui permettait de garder unminimum de dignit. Il lui restait cependant son inamovible amulette dadamantine. - Oui, cest fou ce quun nain peut cacher dans ces vtements. Vos richesses et celles vos dfunts amis viennent point nomm renflouer ma caisse. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je peux dpenser.Borgin tait encore compltement sonn. Il se rappelait maintenant. Lembuscade. Tous ses compagnons tus. Etpuis ce coup sur la tte alors quil combattait des hommes-btes. Le sorcier en armure sur cet espce de chevaldform, ce devait tre lui.Il regarda autour de lui. Une grotte naturelle, un nain ne pouvait pas sy tromper malgr le nombre incroyable detentures, coussins et tapis qui emplissaient de cette salle. Ce symbole dessin au mur en face de lui: Slaanesh.- Vous regardez la dcoration, cher Matre ? Elle est assez sommaire, jen conviens, mais songez que cest unancien terrier dhommes-btes. Cest en progrs tout de mme, non ?

    Un long silence sabattit. Borgin reprenait possession de ses membres et tous ses esprits.- Vous vous tes un monstre !- Un monstre ! Immdiatement les grands mots. Cher Matre, vous me dcevez. Jesprais autre chose dunrudit comme vous.Sa face bouffie se fendit dun large sourire et une longue langue sinueuse sortit de sa bouche.- Disons que je ne suis pas un enfant sage, Matre Nain.

    - Saviez vous que jai quitt le droit chemin, il y a pas si longtemps de cela. Voyons, ctait il y a 3 ou 4 ans.Jtais une loque. Vous mauriez vu lpoque, vu mauriez donn trois sous. Ecoutez-moi.Borgin regarda son gelier plonger dans ses souvenirs.- Je nai jamais t un bon sorcier. Mon premier matre ma toujours dit que jarriverai rien, le mauvais--tout quil mappelait. Limbcile, sil savait. Dommage quil soit dj mort. Oh non, pas par moi. Jaurais aimpourtant. Une bte fivre.Aprs lui, jai pris la route. Comme vous et vos compagnons, je me suis fait aventurier. Jai voyag dans tout leSud de lEmpire. Mais la prophtie de mon matre me poursuivait. Je restais un mauvais sorcier et je le seraisrest si je navais pas dcouvert mon second matre.Jtais alors un mendiant vivant de larcins, perptuellement en qute de mon poison. Car jtais comment disaitmon ami Heinrich, mdecin Nuln, une belle rputation vous savezToxicomane Ce mot nest pas beau, ne trouvez-vous pas, Matre ?Matre Nain ? Vous mcoutez ?- Vous mcurez ! Espce de fou ! Tuez-moi et quon en finisse ! - Vous tuez, certes, nous y viendrons. Mais pas tout de suite, il me plat de vous raconter mon histoire. Car lesesprits levs sont rares par ici et je reois peu de visite. Ce nest pas Flicit que je vais raconter cela.Il appela :- Flicit, viens ici !Un orc apparu. Est-ce bien un orc ? Borgin se le demandait. Il avait un visage vraiment hideux, plus que cela,drangeant. Un visage non-orc au possible. Il tait accoutr de la mme manire que son matre. Il se prosternadevant lui.Il baragouina en Reikspiel :- LElu veut ?

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  • - Renifle donc ce nain.Lorc sapprocha de la cage de Borgin. Le nain recula. Felicit mit sa tte tout contre les barreaux. Puis se tournavers son matre :- LElu donner nain Flicit ?Borgin profita de cet instant dinattention pour assener un violent coup de poing lorc qui tituba quelques pasen arrire sous le choc. Lnorme homme se mit rire.- Ah, ah, ah, bien fait pour toi Flicit. Disparat maintenant.Lorc seffaa en saluant son matre une dernire fois.- Cet orc sest joint moi parce quil avait t chass de sa tribu. Depuis, il me sert de laquais. O en tais-je ?Ah oui, ma palpitante histoire. Donc, jai rencontr mon second matre. Un grand dmoniste, ctait un tre queje nai jamais vraiment compris. Il disait se sentir appeler par les Royaumes du Chaos. Pour arriver jusqu cesombre endroit, il avait recrut une petite bande de rprouvs dont jeus lhonneur de faire partie. Comprenez,Matre Nain, les routes de lEmpire ne sont pas sures ! ah ahha.Il saisit un flacon et se servit un fond de verre dun liquide translucide.- De la vodka kislevite vole un marchand, il y a une semaine environ. Je ne vous en propose pas, cher Matre.Je connais le sens de lhonneur des nains. Il consiste, en gros, mourir de faim devant une table garnie. Amoins que vous soyez diffrent mais jen doute.Il but.- Donc je disais que ce personnage mamena jusque dans la steppe kislevite. L, Ille [Slaanesh est androgyne]me gratifia, dun don qui sut apais ma faim de drogue. Pensez donc, je scrte mon propre poison.Joignant le geste la parole, sa longue langue tubulaire passa sur son avant-bras. Elle rcolta une large quantitdun liquide incolore que Borgin avait pris pour de la sueur.- Ds lors mon matre me devenait inutile. Puisque ctait lui qui me fournissait en drogue. Jen connaissais lamagie autant que lui et il me refusait laccs ses grimoires. Lors dune escarmouche, jai tent de lassassiner.Jai chou. Mais lui mpargna. Je nai jamais compris pourquoi il ne me tua pas ce jour-l. Ille lui avait peut-tre dit quelque chose mon sujet... Je ne vois que cela. A moins quil croyait pouvoir me dominer ?Toujours tait-il que dix jours plus tard, je dclenchais un affrontement. Nous nous affrontmes, cette fois, jevainquis et il mourut. Ses suivants furent massacrs sans piti. Mais pourquoi mavait-il pargn ? Aurais-je dulpargner une fois, moi aussi ? Ille lui avait fait signe que je serais le vainqueur, cest certain. Non ?Peut-tre que quelquun comme vous, Matre Nain, sens, raisonnable, pourrait me donner son avis, mmmh ?

    Lcho dun cri horrible envahi la pice. Il glaa le sang de Borgin. Il reconnaissait la voix. Lars, son compagnonnorsce.- Bandits ! Que faites vous Lars !- Ah, le preux chevalier norsce sappelait ainsi ? Ingrid doit en avoir fini avec lui. Il nest dsormais ni preux nichevalier ni norsce. Ah ah !- Vous lavez tu, maudits ! jaurais votre peau, je vous le jure, foi de nain !Borgin faisait bouger la cage en secouant ses barreaux avec rage.- Du calme, Matre Nain. Lorsque vous connatrez Ingrid vous changerez peut-tre davis.Il cria en direction de lentre :- Flicit va donc me chercher Ingrid et sa sur !Lorc parut, salua et partit en courant.- Vous connatrez un peu donc, mon petit monde. Ingrid est gentille vous verrez, je la considre comme monbras droit. Elle est magicienne aussi, cest mon apprentie en quelque sorte. Il regarda le nain qui agrippait toujours les barreaux. - Non. Il sourit largement. Elle nest pas encore assez puissante pour pouvoir rver prendre ma place.

    Quelques minutes scoulrent.Borgin vit entrer Ingrid et sa sur. La premire tait nue le corps couvert de peintures, sa bouche tait colorede sang. Elle tenait en laisse une autre femme nue aussi- qui tait sa copie conforme lexception dunehideuse couronne de doigts autour de la tte. La seconde avait lair absente, le regard vide. Elle taitcompltement barbouille de sang.Elles passrent devant la cage, la premire adressa un long et langoureux regard au nain. Elles sapprochrent deleur matre et sagenouillrent. - Tu nous a fait appeler, Elu ?- En effet.Ce dernier leur tendit la main. La premire sen saisi et passa un coup de langue dans la pomme. La seconde necessa que lorsque quil retira sa main et que son double tire la laisse. La premire se releva.- Ton offrande sest bien pass, Ingrid ?- Oui, Elu, il me semble quIlle a entendu ma prire. Cependant, elle dsigna la cage du doigt, pourrais-tu medonner aussi ce vigoureux nain ?

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  • - Ahha ! Gourmande, ne soit pas presse. Chaque chose en son temps. Tu en as bien vite fini avec ce norce. Jepensais quil te durerait au moins deux jours.- Il tait pas aussi rsistant que javais cru.- On ne peut plus se fier personne. Ahha !- Elu, alors, ce nain ?- Tu es donc insatiable. Jai demand son avis drudit sur le fait que jtais un Elu. Assis-toi et coute-le, cestun savant.Ingrid sauta sur les coussins et sinstalla contre son matre. Son double dbile qui recommenait lcher reut uncoup de pied avant daller se blottir dans un coin.- Alors Matre Nain, nous vous coutons.- Vous voulez savoir ce que vous tes : des fous dgnrs, des assassins, des dcadents, vous ne valez guremieux que des gobelins ! Vous tes la lie de lhumanit ! Je vous vomis ! Je vous excre ! Vous croyez tre desmatres, vous ntes que des esclaves ! Vos faux dieux ne font que flatter vos bas instincts pour mieux vouscorrompre. Regardez cette femme.Il dsigna du doigt le double idiot dIngrid qui ayant limpression dtre revenu en grce revint vers sa sur.- Voil, ce que vous serez ! Voil ce que vous tes dj ! Des sangsues dpourvues de penses qui lchent lesfuroncles du Chaos ! Toutes les sangsues doivent se dire matresses ! Regardez-vous ! Vous navez pas honte !- Tais toi, nain, tu me fatigues. Tu ne peux pas savoir tout ce quoffre Slaanesh. Une vie de volupt et de plaisirpour ceux qui navait droit quaux ruisseaux de vos villes.- Non, je ne tairais pas, il faudra me tuer ! Nos cits sont belles et vous tes dans une grotte insalubre ! Ah ! oui,vraiment, je le dis : quelle gloire !- Nain, a y est, je me vexe. Il se saisit de sa flasque de vin, la brisa et marmonna des mots du pouvoir. Le visage du nain se crispa alors quilessayait de lutter contre linfluence magique. Sa rsistance cda en quelques longues secondes. Il se mit sourirebatement et danser au son dune musique que lui seul pouvait entendre.- Danse, nain, au lieu de dire des sornettes sur ce que tu ne connais pas.- Je peux lavoir maintenant ? demanda Ingrid.- Non. Je nen suis pas encore las Viens moi plutt.Sa longue langue tubulaire vint senroula autour du cou dIngrid et Borgin dansait toujours.

    LE COMMENCEMENT Il y avait deux mois maintenant, Peter Bcker, Champion de Slaanesh avait fait un songe dans lequel un autreChampion de son dieu tait tu des mains dun adorateur de Khorne. La scne tait dun ralisme saisissant. Ilput attentivement dtailler les deux Champions avant leur affrontement. Lun portait une lourde armure frappede la rune de sang de Khorne, il montait une monstrueuse et massive crature dmon. Il brandissait une pedistordue qui luisait dune lueur malsaine. Ses suivants tait peu nombreux mais on distinguait les armures deguerriers du Chaos.Lautre tait dallure athltique, le torse nu, bard de lanires de cuir, la rune de Slaanesh marque sur sonbouclier. Sa bouche ntait que crocs. Sa nombreuse suite tait compose dhumains et dhommes-btes lapeau laiteuse. Ils acclamaient leur chef.Les deux camps slancrent lun contre lautre. Le corps corps entre les deux Champions fut rapide etsanglant, la lame de Khorne atteignit rapidement la gorge du Slaaneshi, Lpe hurla son bonheur de boire lmeet le sang de son ennemi.

    Peter revient alors lui. Curieusement, il savait prcisment ce quil devait faire : aller vers le nord, dans lessteppes, et venger son coreligionnaire en dfaisant le Champion de Khorne.Il se redressa et frappa indiffremment de son fouet les restes de lorgie de la veille et ses serviteurs endormis parlalcool et les aphrodisiaques.- Levez-vous, larves ! Rveillez-vous ! Ille a dni me parler ! Vous entendez ! Ille sest adress moi ! Nouspartons tout de suite vers le nord. On quitte cet endroit.Comme ses serviteurs ne se levaient pas assez vite son gr, il joua du fouet de plus belle.Ingrid Mitmesh osa intervenir.- Mais, Elu, ne sommes nous pas bien ici ? Les routes sont pleines de voyageurs et de marchands quil ny a quranonner. Nos complices et nos razzias dans les villages aux alentours, nous fournissent largement en vivres eten richesses. Notre bande sagrandit et dici quelques annes, nous pourrons nous mme mesurer aux armesimpriales. Alors, peut-tre que nous aurons Salzenmund ! Puis Middenheim !- Tais-toi, sotte !Il appuya ses paroles dun puissant coup de fouet qui lacra le flanc de limpertinente.- Je ne suis pas un bandit de grand chemin, je suis un Elu. Ille ma parl. Nous devons partir vers le nord pourcombattre pour sa plus grande gloire. On a assez perdu de temps ici.

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  • Ils brlrent tout ce quils ne purent pas emports. Quelques esclaves que les tortures avait rendu infirmes furentrelchs et laisss merci des prdateurs.

    Les autres esclaves et les suivants de Peter peinrent le long des sentiers travers la foret. Ils ne se risqurentque rarement sur la route. Seule une auberge relais sur la route de Middenheim Erengrad fit les frais de leurfureur. Ce soir-l, la nuit fut longue. Ils franchirent la frontire entre lEmpire et Kistev loin de toute habitation. Puis ils arrivrent sur les berges dufleuve Lynsk, infranchissable gu. Ils le longrent en remontant vers Praag. Ils tombrent de nuit sur un pauvrevillage de pcheur. Ils tirrent les habitants de leur lit et les rassemblrent sur la zone boueuse qui servait deplace. Ils ordonnrent aux habitants de les faire traverser dans leurs barques de pche. Toutes les barques du villagesfurent mises contribution et, en deux voyages, ils avaient tous travers. Ils enlevrent un jeune homme et unejeune femme quils sacrifirent Slaanesh aprs une longue crmonie sur la rive oppose du Lynsk. Ilsremercirent ainsi leur dieu tutlaire du bon droulement de leur voyage. Ils se passa plusieurs jours avant queles habitants du village nosent enlever les corps mutils.

    Ils traversrent ensuite le Translinsk puis atteignirent enfin la taga. Guid par ses songes, Peter Bcker savaitque ctait l quille lui demandait de se rendre. En effet, ils ne tardrent pas se rencontrer.

    * * *

    Du sommet de la vielle tour qui lui servait de repaire, Grigor le Tnbreux, Champion de Khorne attendait. Luiaussi avait t averti. De nouveaux crnes pour le dieu du sang, ils taient tout proches. Ils taient plus nombreuxmais quimporte, plus grande serait sa victoire. Il tait un favori du dieu sanglant : son pe dmon et sonjuggernaut nen taient-ils pas la preuve. Que pouvaient-ils contre lui ?

    La tour Solvinski tait encore une solide btisse malgr ses longs sicles dexistence. Elle avait marqu lultimelimite de lavance humaine vers le Nord bien avant la Grande Invasion. Peut-tre y avait-il jadis un villageautour. Seuls des talus de pierre tmoignaient de cette poque. Depuis longtemps, les habitants de ces contresntaient plus des humains normaux. La tour servit successivement de repaire plusieurs dizaines de craturesdu Chaos. Le nom de Solvinski est cependant rest car il est profondment grav en Classique au-dessus de laporte dentre principale.

    La bataille sengagea alors que tombait les premires neiges de lanne. Lhiver tait prcoce. Peter dploya sestroupes patiemment. La haine quil prouvait pour son adversaire tait un puissant stimulant mais il ne la laissaitpas envahir son esprit. Il tait le plus fort, il en tait certain.Les adorateurs de Khorne chargrent immdiatement. Les archers Slaaneshi tirrent avec peu de succs sur leChampion ennemi puissamment protg. Peter lana quelques clairs magiques sans causer plus de dgt et djils taient au contact. Rmi, le centaure slaaneshi, engagea les rejetons du Chaos, tandis que les deux Championstait face face.Grigor esquiva les premires frappes de son adversaire mais son arme dmon fendit galement lair en vain.Peter plaa un habile coup de son pe magique, Caprice. Ce dernier frappa puissamment la jambe de sonadversaire. Larmure du Chaos ne rsista pas et Grigor, cruellement bless, hurla de douleur. Le coup ledsaronna. Il lcha son arme dmon. Le Prince-Dmon de Khorne li larme sentit que son porteur faiblissaitet la prsence dadorateurs du dieu honni. Il quitta larme et pris une forme physique convoquant immdiatementhuit de ses serviteurs dmons mineurs.La confusion devenait totale. Les suivants de Khorne avait vu tomber leur champion mais reprirent confiance lapparition des dmons. Les Shaaneshis ne savaient plus sil fallait crier victoire ou tourner les talons. Le princedmon sen prit aussitt Adolf Pfarren, un suivant de Peter. Son corps entirement mcanique lui permit desurvivre aux dluges de coups. Les Sanguinaires engagrent quant eux les serviteurs de Slaanesh qui,incapables de se dfendre, moururent percs par les Lames dEnfer pendant que Peter renvoyait le Juggernautdans sa dimension.LElu prit ensuite linitiative de charger le prince dmon. Un coup magistral de Caprice lui coupa le bras auniveau de lpaule. Le dmon se vida de sa substance et son enveloppe se dgonfla expirant en un souffle toutesa haine alors que les Sanguinaires continuaient leur carnage parmi les Slaaneshi qui droutrent.Ingrid Mitmesh, de son cot, neutralisa un guerrier du Chaos qui se mis brouter consciencieusement lherbe.Ses hommes engagrent ensuite les adorateurs du dieu sanglant.

    Peter regardait le champ de bataille jonch de cadavres. Lherbe tait brle l o le sang de dmon avait coul.Les ennemis du dieu du plaisir avait t dfait mais le corps de Grigor tait introuvable.

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  • Il avait personnellement annihil les sanguinaires coup dclairs magiques. Il sentait que Slaanesh tait contentde lui. La tour lui appartenait dsormais.

    Grigor tait cach par un talus de pierre non loin de l. Son armure du Chaos se rgnrait delle-mme, ellebuvait le sang de la plaie. Son dieu tait normment du. Il serrait contre lui son arme-dmon dsormaisinhabite et sloigna en claudiquant. Seule une grande victoire contre cet ennemi le ferait revenir en grce. Maisil fallait dabord sattacher de nouveaux suivants, les anciens taient faibles.

    * * *

    Il faisait nuit. Adolf Pfarren patrouillait comme tout le temps, autour de la tour Solvinski.Il faisait partie de bande de Peter Brcker lElu, le Grand Champion de Slaanesh. Qui eut cru que lhommefamlique quils avaient, un jour, ramass dans un ruisseau tait dsormais leur matre tous ? Les voies duChaos sont impntrables.

    Mais avec lui, Adolf Pfarren, Slaanesh, le seigneur des plaisirs avait t bien injuste. Pourquoi avait-Ille ainsichtier son serviteur ? Pfarren se posait toutes les nuits la mme question. Il ne pouvait plus particip aux orgiesde son matre, il ne sentait plus rien ni plaisir ni douleur, cruelle ironie pour un Champion de Slaanesh. Ille luiavait donn un corps entirement mcanique. Ses jambes et son bassin taient remplacs par un disque flottant.Son bras droit tait un espce de tromblon magique. Il se demandait parfois si lintrieur de sa tte tait encorefait de chair.

    Sa mcanique ronronna lorsquil franchit un muret de pierre.

    Mme la pire douleur ntait plus quune information. Ah vraiment, quel destin !

    Sa transformation avait t progressive. Cela avait prit un bon mois sil se rappelait bien. L, a avait tdouloureux par contre. Il perdait frquemment connaissance alors que son corps se rorganisait. Sa peau prenaitla couleur et la duret du mtal. Jour aprs jour, des organes mcaniques lui sortait du corps, ses jambes staitratatines jusqu devenir ridiculement petites.

    Alors quil continuait sa ronde, son oreille mcanique perut des gmissements et des haltements. Il se dirigeavers le bruit. La nuit ne le gnait nullement. Il vit deux corps qui sescrimaient dans la pnombre.

    - Encore cette ptasse dIngrid, en train de se faire tringler par un homme-bte articula-t-il de sa voie neutre etmtallique, suffisamment fort pour quils lentendent.

    - Casse-toi, la machine, quand tu retrouveras la tienne, tu me feras signe, lcha Ingrid Mitmesh, acide.Elle lui lana une pierre qui rebondit sur sa carcasse. Lhomme-bte et la sorcire reprirent aussitt leurstreintes. La salope, je me la faisais plus qu mon tour, avant . Il tait mme plus capable dprouver de colre ou de lahaine. Il se dtourna. Elle tait la favorite de lElu.Mais lElu, lui-mme, navait-il pas tus deux autres Champions qui lui faisait ombrage ? Sil tu lui-mme cettepute dIngrid, peut-tre quIlle le remarquerait et lui enlverait ce corps hideux.Mais il faudrait que ce soit spectaculaire, quIlle le voit.Il continua sa ronde en ruminant cette pense.

    * * *

    Rmi tait un centaure : une crature du Chaos mi-homme mi-cheval. Mais il tait avant tout, par adoption, unecrature de la fort. Cette steppe strile des terres du Chaos, balay par le vent le rendait nerveux. Le gibier ytait rare. Il fallait descendre vers le Sud pour en trouver et le danger de rencontrer dautres maraudeurs duChaos tait toujours prsent. Qui eut cru que la faim tait une des pires ennemies des Champions qui rejoignaientles terres du Chaos ? Le cannibalisme permettait souvent de rsoudre ce problme.

    Aujourdhui, son matre Peter Bcker lElu lavait envoy en reconnaissance assez loin de leur repaire. Il avaitt assez vague mais il souponnait que Grigor le Tnbreux, un Champion de Khorne quils avaient dfaitquelques temps auparavant ne rassemble de nouvelles forces. Pour linstant, il navait rencontr dune bandeerrante dune vingtaine de membres et de quelques chariots accompagns dun pais nuage de mouches. Il lesidentifia comme des adorateurs de Nurgle se dirigeant pniblement vers le Nord. Par prudence, il les contournasoigneusement. Les terres du Chaos attirait comme un aimant la lie du Vieux Monde.Aprs trois jours de trot vers le Sud-Est, il aperut des feux. Sa vision nocturne lui permit de sapprocherprudemment. Ctait des peaux vertes. Que faisaient-ils si loin au Nord ? La lumire dun feu vit permit de voir

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  • une grande tente devant laquelle flottait un tendard marqu de la rune du dieu sanglant. Rmi cracha dans sadirection.Les orques adorateurs de Khorne, ctait peut-tre cela que le matre avait vu.Soudain, il entendit un bruit sur sa gauche, deux gobelins se disputaient dans leur langage. Il y a trs longtemps,il avait combattu avec de tels peaux vertes. Depuis, il avait des notions de Ghazhakh, le dialecte de ces cratures.

    - Tt dhom, tu mas piss dssus exprs !

    - Et comment qujaurais pu savoir qutu montais la garde ici, vu qutu roupillais !

    - Ben, jmontais la garde couch, pour surprendre les ennemis ! cest pas clair ?

    - Ah ouais ! tu montais la garde en ronflant ! tes trs fort !

    - H ! Pi si tu mas entendu ronfl, comment qutu mas piss dssus sans faire exprs ?

    - Ctait pour trveiller, pardi.

    - Alors tu las fait exprs ! sale morveux !

    - Mtraite pas dmorveux sinon tvas voir ta Un sabot frappa la tte du gobelin. Son compagnon resta statufi de terreur devant limmense quid.Rmi le souleva dune main.

    - Alors tu vas me parler doucement, qui est votre chef ?Il sloigna du campement en portant le gobelin.

    - Mdnoncez pas, msieur le monstre ! cest pas vrai, jdormais pas vraiment ! Jme reposais cest tout !

    - Qui est ton chef ! Idiot.

    - Cest Grosbrut, un orqu ! Mtuez pas msieur ! jdirais tout !

    - Il y a des hommes avec lui ?

    - Oh oui, msieur le monstre, de sales zoms avec de grossarmures.Il le secoua un peu.

    - Ae ! des zoms avec des gross zarmures noires et pi rouges qui samusent crabouiller dbon gobzcomnous ! et pis Grosbrut y leur dit rien !

    - Et o est-ce que vous allez ?Devant le mutisme de la petite crature, il lui crasa le nez dun coup de poing. Du sang coula.

    - Ae, ae frappez plus msieur le monstre ! On va vers une tour Solto Soltarisk .. Solvorisk. kelk chosecom a, ousqu plein de pds dedans. Cest tout cqujsais ! jle jure !

    - Je te crois.De la main, il lui brisa les vertbres et laissa choir le corps.LElu avait raison, il fallait se prparer la bataille. Il repartit au trot.

    * * *

    OU LELU RENCONTRE SON DESTINDans la tour Solvinski, assis sur une pile de coussins, lElu coutait Rmi le centaure faire son rapport.Ingrid et sa sur se tenait tout contre le gros corps de leur matre. Dans un coin, Adolf pos sur le sol,compltement immobile semblait au repos comme une machine teinte.

    Peter plissait les yeux. Il ne entendait plus, il ne saperut mme pas que son claireur avait termin. Il voyaitune bataille froce. Il voyait des boucliers frapps de la rune du dieu honni. Il voyait des ennemis sans nombreaccompagns dorques et de gobelins.

    Il rouvrit enfin les yeux. Tous attendait patiemment.

    - Bien, bien. Tu as bien travaill. Nous allons nous prparer les recevoir dignement. Ils sont nombreux maisnous les vaincrons. Et aprs je vous quitterais.

    Ingrid et Rmi parlrent presque en mme temps :

    - Vous nous quitterez, matre ?

    - Oui, je vous quitterez. Cest toi Ingrid qui prendras ma place. Tu redescendras vers le Sud et vous la suivrez,jusqu ce quelle trouve elle aussi son destin.

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  • - Mais commena Ingrid.Adolf ne put rprimer un ronronnement mcanique, signe de contrarit.

    - Taisez-vous, il nest plus temps de discuter. Nous allons quitter la tour ce soir, nous irons jusquauMonolithe Rudjugh de Slaanesh.

    Rmi ajouta :

    - Cest plus de quinze lieues dici, Elu

    - Oui je sais. L-bas nous nous prparerons. Toi, Rmi tu les attireras jusqu nous et grce au Monolithenous serons en position de force.

    - Cest brillant, matre, articula Adolf.

    - Je sais. Allez, prparez vous.

    Tout avait fonctionn comme prvu jusqu prsent. LElu souriait sous son casque en observant ses ennemis sedployer. Ils taient facilement trois suprieur en nombre. Ces deux gros rgiments dorques linquitaient toutde mme un peu, il ne pensait pas quil y en aurait autant. Enfin, il avait confiance en Slaanesh et Slaanesh avaitconfiance en lui.Sur sa monture hybride, il se dplaa le long de ses troupes.Sur le flanc droit, les archers salurent leur chef. Sur eux, reposait une partie de son plan. Ils devaient harcelerlennemis de leurs traits. Peter avait cependant fait dployer ses Slaangors derrire eux. Il tait certain quelennemi arriverait tout de mme au contact.A loppos, sa gauche, Ingrid commandait une dizaine dhommes btes. Elle semblait nerveuse, elle tait plus laise au lit que sur un champs de bataille. Cette pense le fit pouffer de rire. A une partie de ces hommes btes,le Chaos avait donn des corps de mtal qui les rendaient quasiment invulnrables. Il ntait pas inquiet pour ceflanc-l.Au centre, du reste, il ne craignait rien non plus, il y avait les hommes-boucs, si redoutables au contact, lui-mme et ses champions. Rmi piaffait dimpatience alors quAdolf restait impassible. Flicit, son orque porte-bannire nen menait pas large. Peut-tre songeait-il ce que ces congnres lui ferait subir, sil avait le malheurde tomber vivant entre leurs griffes.

    En face, il reconnu Grigor, le Champion qui avait dj vaincu par le pass. Il brandissait une masse sombre. Il nesemblait pas commander toute larme, il y avait un orque sombre gigantesque portant une armure du Chaos. Illavait dj vu en songe. Il portait aussi les couleurs de Khorne. Ctait lui le vrai chef des orques.Grigor tait apparemment accompagn dune autre Champion de rang infrieur. Peter regarda aussi les meutesqualignait tant bien que mal leurs matres jouant du fouet. Huit chiens et quatre immenses hommes rats aussigrands que les ogres.

    Un crachin froid se mis tomber. Ingrid ta son casque et laissa la pluie lui couler sur le visage. Elle avait mal la tte. La prsence du Monolithe saturait lair dnergie magique.A moins que ce ne soit lorgie dhier soirEt lElu qui regardait le dploiement de ladversaire lair satisfait. Ils tait au moins une centaineComment ce minable Champion de Khorne a pu rassembler tant de monde ?Enfin, lElu semblait sr de lui. Puis, il lui avait dit quil partirait aprs la bataille et quelle serait chef de labande. Ce devait tre vrai puisquil lui avait galement indiqu le moyen de dsactiver le sorts qui entourer lesgrimoires quil avait crit. Depuis six ans quil est leur chef, et quil la nommait tous son apprentie ou sonbras droit, il ne lui avait jamais appris aucun sort. Rien !De plus, elle tait tombe encore une fois enceinte. Il avait tenu ce quelle le garde celui-l. Son ventrecommenait sarrondir. Ctait curieux comme larmure du Chaos se modifiait pour accepter ses nouvellesformes. Pourquoi garder un tel un bout de chair ? Elle ne savez mme pas de qui il tait. Peut-tre que lElu lesavait, lui ?Mais une question la tracassait particulirement : est-ce quil lui laisserait aussi lpe magique Caprice en lesquittant ?Tiens ? oui ? non ? a y est, a commence, on dirait. Cest pas trop tt.Un concert de hurlements gutturaux slevait des rangs adverses.

    Peter rcita une incantation une nuage tourbillonnant de poussire se leva.Hh, voil de quoi les ralentir un momentEn mme temps, les archers dcochrent leurs premires flches. Elles scrasrent dans les rangs des gobelins.

    7

  • Adolf connaissait les ordres. Il ne fallait pas engager lennemi tant quil restait une opportunit de tir. Il staitpourtant avanc vers lennemi, il faisait feu sur les orques avec larme qui occupait son bras droit. Il devaitbriller aujourdhui, Slaanesh devait le remarquer.La confusion rgnait dans les rangs adverses. Adolf avait le sentiment que la bataille tait bien engage. Lesguerriers du Chaos avait dj tourn les talons, le troll avait dsorganis les rangs des khorngors, les matres demeutes peinaient contrler leurs btes et les orques sen sortaient peine avec la tempte de poussire.Sur sa gauche, il vit un ogre qui sapprochait de leur lignes. Il poussa sa machinerie fond pour laffronter. Il neferait quune bouche de ce gros balourd.Ses coups le manqurent cependant et il entendit la hache deux mains de son adversaire frapper sa carcasse. Ilen rsonna pendant un moment. Ces senseurs perurent un afflux de magie sur sa droite. Du coin de ce qui luiservait dil, il vit Grigor le Champion de Khorne briser une pierre rouge. Bientt, un Sanguinaire apparut quelques enjambes de lui.Lesprit mcanique dAdolf sembrouilla. Un dmon, l, si prsIl sentit un puissant coup contre sa carapace, si fort LogreAdolf sombra dans lobscurit.

    Grigor enrageait. Khorne lui avait menti, Khorne le trahissait.Un pauvre dmon mineur pour toute aideLes khorngors ne le suivaient pas, les guerriers du Chaos avaient dj fui. Son dieu labandonnait, il le sentait.Il aperut son ennemi ha sur sa monture, il lui adressa un geste obscne. De loin, il vit briller quelque chosedans sa main.Un sort, non ! Pas comme a ! Lche !Deux clairs le frapprent de plein fouet.

    La bataille tait presque gagne, Peter en tait convaincu. Il avait encore dans le nez lodeur de lozone tant ilavait lanc de sorts. Il en avait un got de fer dans la bouche. Ses armes et son armure taient rouges du sang deskhorngors, Son arme dmon lui criait psychiquement sa jouissance. Sa monture tait proche de la furie. Luimme frappait sans discontinuer.Il voyait approcher les guerriers du Khorne en armure. Ils arrivrent rapidement. Ctait des adversairespuissants. La masse dun guerrier du Chaos lui enfona douloureusement la poitrine. Son armure du Chaoscraqua. Il sentit du sang couler le long de son cot. La douleur laveuglait, il avait limpression que son armedmon dirigeait son bras. Deux ennemis tombrent. Soudain, il vit comme un clair, il tenta desquiver, unedouleur fulgurante lpaule lui fit lcher son arme dmon, il se sentit dsaronn. Puis ce fut le noir.

    Il tait dans un berceau, un homme et une femme taient penchs sur lui.

    - Je suis ta maman, gougli gougli, quil est mignon !

    - Il a mes yeux, on dirait, dit lhomme.Comment avait-il pu oublier leurs visages ? Il gmit : Maman, papa, Les visages ses parents se dformrent dans un rire dment. Un tre andogryne se tenait la place de sa mre etun monstre passait sa tte de taureau au dessus du berceau.Il hurla de terreur. Il essayait dloigner lnorme tte bovine la battant de ses petites mains.

    - Cest suis ton/ta pre-mre, humain, dit ltre androgyne dans une langue quil comprenait sans la connatre

    - Hihi, hoho, on dirait quil a mes yeux, ajouta le taureau.Il se revit enfant. Partout dans ces souvenirs, sa mre tait remplace par ltre androgyne, son pre par unmonstre quatre bras. Il jouait dans le ruisseau avec des dmonnettes. Il lanait un bton une bte difformequelle courrait chercher.Il revit son jeune frre, abominablement transform. Il revcut ces premiers mois, ses grands yeux verts, sa peauple si tendre, ses crocsIl voyait maintenant de la brume. Des ombres bougeaient autour de lui. Il ne souffrait plus. Seul le Monolithebrillait dune lumire aveuglante. Il se sentit flotter vers lui. Des rires fusrent, une multitude de rireshystriques. Tout redevint obscur. Il quitta le champs de bataille.Il vit des choses le montrer du doigt et toujours des rires.Il essaya de se regarder, il ne se voyait plus. Il navait plus de corps. Il ntait quesprit. Il continua de flotterdans lespace. Lobscurit tait peuple de petites lumires, certaines brillaient de milles feux, dautres taient peine visibles, une ple lumire. Parfois, certaines steignaient brusquement. L, il sentit une prsencerassurante.

    - Maman ? Papa ?

    8

  • - Notre nouveau-n, hurhur

    - Qui tes-vous ? O suis-je ?

    - Je me nommais Rudjugh et tu es l o tu as toujours voulu tre.Il regarda a nouveau autour de lui. Il voyait toujours ces petites toiles. Il tait plus calme dsormais. Ilcommenait comprendre.

    - Je suis mort ?

    - Ooouui, dune certaine faon, hurhur Ille ta baptis Folioggdailrh.Folioggdailrh videment. Peter lavait toujours su. Ce nom lui tait intimement familier. Il stait toujoursappel comme cela.Il tait dsormais un Prince Dmon. Un sentiment de flicit suprme lenvahit. Il poussa un puissant cri de joiedans le Warp. Comme le cri dun nouveau-n qui respire pour la premire fois.

    Ingrid avait vu son matre tomber de sa selle. Elle avait failli crier.Depuis de longues minutes, les hommes btes au corps de mtal luttaient contre les chiens du Chaos. Ilsmenaaient de se faire dborder tout instant. Les chiens taient incapables de les blesser et les hommes btestait trop maladroits pour les attraper. Cela sternisait.Elle lana une fois de plus le sort quelle avait rpter dj dix fois sur un matre de meute. Cette fois, il futaffect : il tomba genou lair absent. Sa meute dhommes rats gants continua sur sa lance et sloigna duchamps de bataille. Le matre de meute restait seul, hbt. Elle ordonna en langue noire quelques hommesbtes non engags de le tuer puis de rattraper la meute. Il fallait penser lavenir.Elle vit soudain une grande fume multicolore slever de lendroit o tait tomb lElu. Elle perut unfrmissement dans larme de Khorne. La fume se dissipa et elle apparu quelque chose qui ressemblait unefemme gigantesque, le cheveux blanc, la peau jaune Elle luisait dune aura surnaturelle. A sa vue les adorateursdu dieu sanglant faiblirent. Les chiens du chaos senfuirent sans demander leur reste.Le dmon de lpe, a doit tre le dmon de lpe. sentendit-elle penser. La victoire est nous ! Le Prince Dmon femelle se jeta sur les rangs des ennemis de Slaanesh, des ttes et des membres volaient danstous les sens. Le centre le flanc droit de leur ennemi tait ananti ou en fuite. Seuls les orques opposaient encoreune farouche rsistance.

    Rmi, le centaure, dont le moral remontait la vue du dmon de Slaanesh, chargea une nouvelle fois le puissantcarr dorques. Il cherchait tuer ce Champion orque sombre. Il le blessa. Son corps durci par lAmulettedAdamantine rsistait aux coups, la diffrence de ces compagnons qui tombaient les uns aprs les autres. Ceshumains taient bien faibles.La situation tait critique sur ce flanc, les archers taient en droute et les Slaangors, engags par des gobelinsmenaaient de se faire tourner par lautre unit dorques. Des archers gobelins criblaient les fuyards de flches.Le dmon femelle engagea ensuite les orques et en quelques secondes, ils furent mis en droute ; il tait inutilede rsister cette tempte de mort. Le dmon poursuivit son carnage dans lunit qui senfuyait. Leur chefGrosbrut, Champion de Khorne, fut cras comme les autres.Rmi ainsi dgag chargea un autre hros orque qui semblait incapable daccepter la dfaite qui se dessinait. Sahallebarde toucha la chair de lorque. Ce dernier frappa son tour dans une furie vengeresse. Un coup la tte fitsauter le casque du centaure. Un revers de hache de lorque lenvoya au tapis.Oh non pas maintenant cest trop bte Il sentait le sang couler sur son visage. Il perdit connaissance.

    Ingrid regarda le dmon poursuivre leurs ennemis. Elle vit un pauvre orque que limmense dmon femelleprenait plaisir dchirer. La bataille tait finie. Ils avaient gagns. Mais qui restait-il pour crier victoire ?Une dizaine dhommes btes, une poigne dhommes Elle ne voyait plus ni Peter ni Rmi ni Adolf Il nerestait que Felicit, lorque porte-bannire qui regardait avec son habituel air niais le champs de cadavres.

    * * *

    LElu tait-il mort ?Ingrid tait assise lancienne place de son matre sur la mme pile de coussins. Voil prs dune semaine quilsavait mis son corps bris en terre prs de la tour Solvinski. Il les avait laiss tomber. Ctait sr. Elle attendait unsigne. Ils attendaient tous un signe.Il y a deux jours, Adolf tait parti comme un voleur. Ctait peut-tre lui qui lElu avait dsign en ralit. Ilstait jou delle.

    9

  • A cot delle stalaient une carafe de liqueur quasiment vide et trois grimoires aux pages dchires. De rage,elles les avaient arrachs. Elle ne savait plus lire le Magikane en tout cas pas suffisamment pour dchiffrer lesnouveaux sorts. Cela faisait six ans quelle ne lavait plus pratiqu.Le salaud Lenflure La crvlure de rat- Quel chien galeux ! hurla-t-elle en dchirant encore une page.

    A ces pieds, dans la salle principale de la tour garnie de coussins et de tenture, la fin dune orgie ordinaire.Rmi tait saoul comme une barrique. Il achevait de se vomir dessus dans un coin. Sa sur tait encore en trainde se faire fouiller par deux Slaangors. Lorsquelle entendit crier, elle se dgagea de lteinte et se dirigea versIngrid. Les Slaangors, eux aussi copieusement imbibs, rsolurent de se finir leur cot entre eux.Lorsquelle vit sa sur dbile sapprocher, lalcool aidant, Ingrid sentit sa rage monter, elle se saisit de son fouetet commena frapper son double avec une violence quelle ne se connaissait pas. En quelques coups, elle fut terre. Ingrid continua frapper, son double dbile se tortillait et se cachait le visage essayant en vain de seprotger de la cruelle lanire du cuir. A chaque coup, elle hurlait et ces cris dclenchaient chez Ingrid une fureurnouvelle. Ceux qui ntaient pas encore tout fait comateux regardaient le spectacle avec ravissement. Des lambeaux dechairs volrent, les cris se faisaient plus lointain et la sur, rouge de sang, bougeait de moins en moins.

    Le puissant bruit dune explosion emplit la salle. Elle retint son bras. Un homme se tenait dans lembrasure de lalourde porte une arquebuse fumante la main.

    - Bonsoir mesdames messieurs, je drange ?Tout le monde se tourna vers la porte, une poigne titubrent jusqu leurs armes.

    - On entre comme dans une auberge, ici.Il parlait le Reikspiel avec un accent trs prononc. Il avana dun pas et une torche lclaira.Il portait des vtements la mode. Mais Ingrid nidentifiait pas de quelle mode il sagissait, elle tait vraimentrest trop longtemps loin de la civilisation. Son chapeau tait garni de plumes. Son visage tait plutt plaisant,mme beau pour tout dire. Les cheveux noirs, les dents blanches, un sourire en coin : a changeait de lordinaire.

    - Vous avez lair de bien vous amuser.Il savana et ces trois compagnons apparurent dans la lumire. Il ta sa coiffe quil mit dans les bras dun de ceshommes ainsi que son arquebuse. Un homme-bte tenta de sinterposer. Il fut terre avant de comprendre quoique ce soit. Il continua comme si rien ntait.

    - Jai entendu parl, par un orque que nous avons attrap, dune grande bataille Il y a quelques jours nonloin dici.

    Ingrid, vtue dune toge, maintenant tache de sang, qui dvoilait son sein droit, lui fit face.

    - Oui, ce fut une grande victoire pour le Dieu du Plaisir.

    - Moi et les trois bras casss que vous voyez l il dsigna dun geste ses hommes- sommes fatigus par unlong voyage sem dembches. Mais je suis sr quune fois remis nous pourrions tre pour vous excellentscompagnons.

    Tous ceux qui pouvaient encore tenir dbout, staient levs et formaient plus ou moins une haie dans laquelleavanait ltranger. La sur dIngrid, heureusement oublie, rampa douloureusement jusque dans un coin oelle commena lcher ses multiples plaies.Lhomme arrivait maintenant en face dIngrid, il faisait prs dune tte de plus quelle.

    - Quel est ton nom ?

    - Sergio, Sergio Stepatchini

    - Tilen ?

    - OuiIngrid tait gne par sa taille.

    - A genoux, homme.Il hsita une seconde puis sexcuta.

    - Ta tte contre le sol.Elle sentait quil tait fier. Elle voulait le briser. Elle voulait lhumilier.

    - Que pourrais-je voir de plus si bas ? il souriait toujours.Elle faillit pouffer de rire, dcidment, il lui plaisait.

    - Ta tte contre le sol, homme

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  • - Cest une ide fixe !Il posa son front contre le sol. Ingrid lui mit sa sandale sur la nuque. Elle appuya fort.

    - Vous me faites mal, mademoiselle.

    - Tais-toi.Elle appuya plus fort encore. Son visage tait compltement cras contre une pierre du sol.

    - Je pourrais te tuer, l, maintenant, si je voulais. Ecraser ta face de rat.Elle augmenta sa pression.

    - Mmm.mmm.

    - Mais je ne te tue pas car cest mon bon plaisir. Tu entends ? Cest mon bon plaisir.

    - Mmmm.Elle relcha sa pression. Elle remarqua ce moment l seulement ces pieds comme ceux dun bouc.Toute lassistance regardait. Les compagnons du tilen tortillait nerveusement leurs coiffes dans leurs mains, sedemandant ce quil avait advenir deux.

    - Relve-toi., homme.Il se releva, il vitait prsent son regard et baissait la tte. Ingrid tait satisfaite, son visiteur avait perdu sasuperbe. Elle mit sa main sur sa coquille et serra vigoureusement.Maintenant, montre-moi ce que tu as dans le ventre, tilen

    * * *Ce tilen tait une bonne recrue. Un bon amant. Ingrid tait satisfaite, elle se souvenait vaguement avoir eu ledessus sur ce bel talon.Il dormait comme un mort cot delle.Son degr dbrit quelle avait encore peaufin hier soir, lui donnait maintenant une sacre gueule de bois. Ellenarriva pas vomir. Elle avait maintenant des hallucinations. Soudain, quelque chose bougea dans la brume dans laquelle elle setrouvait. Elle ne distinguait rien de prcis. Une voix lui parla :

    - Bonjour, Ingrid. Je ne te manque pas trop au moins.Elle reconnut la voix quelle connaissait.

    - Elu ? vous tes l ?Elle se retourna frntiquement.

    - Oui, l et ailleurs.Elle sagenouilla sur son lit.

    - Oh Elu ! Restez avec moi ! Ne partez pas !

    - Oui, je reste avec toi.

    - Merci, Elu, merci. Restez avec moi, je vous en prie, je suis perdue sans vous. Je ne sais que faire.

    - Fait ce que je tai dit, va vers le Sud. Retrouve notre ancien repaire. Puis dirige toi pour Nuln avec quelqueshommes seulement. Dans la ville, tu chercheras un nomm Heinrich Stunk, docteur. Tu y accoucheras unnomm Heinrich Stunk.

    Le silence se fit.

    - Elu ? Elu ? ELU ? Elle hurlait presque.Le tilen remua. Il murmura :

    - Que Mamma ? le djeuner est servi ?avant de se rappeler o il tait. Il revint brusquement lui.Ingrid plie en deux sur le lit. Elle pleurait.

    * * *

    Dolwing tait de retour Marienbourg. Cela faisait plus de sept ans qui avait quitt le Vieux Monde. Il revenaitdUlthuan o il avait t ordonn Prtre dAsuryan. Il avait vu la Mer Intrieure, il avait vu le Grand TempledAsuryan do tait sorti les plus grands hros de lHistoire. Il avait vu de ses yeux des merveillesinimaginablesIl croyait ne jamais avoir revenir ici, dans la crasse et la puanteur des villes des hommes. Seulement voil, unGrand Prtre lavait pris part. Il avait sond son pass. Il y avait vu un de ses anciens compagnons du temps o

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  • il courrait les routes des pays des hommes. Ce compagnon, cet homme, tait pass au Mal. Il avait dit aussi quiltait maintenant trop puissant pour le stopper dfinitivement mais que sa furie pouvait tre contenue. Et telletait sa mission.

    A la description du Grand Prtre, il avait reconnu Peter Bcker, un sorcier dpourvu de talent. Dolwing avaittoujours pens quil finirait mal surtout lorsquil stait mis consommer rgulirement des stupfiants. Mais del ce quil passe dans le camp du Mal

    Dolwing arpentait les rues boueuses de Marienbourg comme un tre thr. Sa robe blanche, presque lumineuse,restait pourtant immacule. Les hommes scartaient du chemin de cette silhouette encapuchonne arme dunsimple bton par crainte respectueuse. Dolwing allait jusqu Nuln, chez un nomm Heinrich Stunk, mdecin etsa femme Elena. Tout deux taient aussi de ses anciens compagnons de route.

    * * *Heinrich Stunk tait assis la table de son bureau qui jouxtait sa chambre, ltage de sa vaste demeure. Ilgriffonnait la plume sur un papier clair par un chandelier.Les Mmoires dHeinrich Stunk. Il fit une grimace de mcontentement.Mmoires dHeinrich Stunk. Il ratura.Mmoires Souvenirs de Voyage dHeinrich Stunk il raya de nouveau. Mmoires dHeinrich Stunk et sa femme, aventuriers. Souvenirs daventuriers . Rminiscence dune jeunesse aventureuse Il ratura encore, toujours insatisfait.Il posa sa plume, se leva et passa dans sa chambre. Eclaire par trois bougies, sa femme Elena lisait dans leur lit.Heinrich passa devant la glace, devant laquelle il sarrta. Il y voyait un homme en chemise de nuit, laquarantaine bedonnante. Il sexamina de plus prs. Voil un certain temps que les rides avait fait leur apparition.Il se passa la main sur le crne, moins garni pour sur que dans sa folle jeunesse. Impuissant, il constatait aveclil exerc dun mdecin, les ravages du temps sur sa personne.Maintenant, il tait en effet, un mdecin en vue Nuln. Ses affaires marchaient bien, trs bien mme. Il avaitobtenu lanne dernire une chaire lUniversit et il soignait une bonne partie de la noblesse Nulnoise. Mais, ilregrettait sa jeunesse insouciante et dsargente. Comme par hasard, son regard se posa sur les deux pesaccroches au mur, la sienne et celle de sa femme.- Tu sais, Elena, je crois que je suis encore trop jeune pour crire mes mmoires.Il ntait pas arriv encore perdre tout fait laccent de sa Bretonnie natale. Ses tudiants le surnommaientavec justesse le Bretonnien- Cela fait au moins trois fois que tu me dis cela- Oui je radote dj.- Viens plutt te coucher. Demain, nous allons voir la Mre Suprieure du temple de Shallya de bonne heure.- Oui, cest vrai..Il souffla la chandelle de son bureau et revint se glisser dans le lit. Son pouse moucha son tour les bougies etlobscurit se fit.- Elena, tu crois que je suis trop vieux ?- Trop vieux pour quoi faire ?- Hihi, tu as raison- Heinrich hihi. Tu me chatouilles.

    Plus tard dans la nuit, des coups sur la porte firent raisonner toute la maison. Les coups ne cessaient pas. Otto, levieux domestique se leva le premier, suivi dHeinrich et de sa femme, tous en chemises de nuit et portant deschandeliers. Otto cria travers la porte :- Quest-ce que cest ?Une voie mle rpondit.- Docteur ! Ouvrez vite ! Elle va accoucher !Heinrich se prcipita pour ouvrir la porte. Il y avait trois hommes et une femme, la femme tait visiblement malen point.Heinrich ordonna immdiatement Otto dclairer la salle dintervention, dy faire du feu de mettre de leau bouillir. Elena parti pour laider.Les trois hommes entrrent soutenant la femme.- Suivez moi, vous allez lallonger sur la table.Sidonie, la cuisinire, apparu son tour :- Par tous les dieux, que ce passe-t-il, ici ?- Ah vous tombez bien, Sidonie, amenez donc tous les coussins que vous trouverez dans la salle dopration.

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  • Elle hsita, elle tentait de voir o tait lobjet de tout ce tracas. Heinrich la rappela lordre :- Allez ! Vite !

    Ils allongrent la femme sur la table, en ladossant des coussins protgs par de grands draps blancs. Heinrichrevit sa blouse par dessus a chemise de nuit. Il tait temps, le travail commena.

    Il demanda aux hommes de patienter dans le salon. Heinrich, Elena et Sidonie saffairait autour la femme.Alors que les contractions prnatales lui secouaient le corps, Heinrich remarqua les tranges tatouages surlintrieur de ses cuisses. Il avait dj vu de tels signes quelque part. Proccup par ltat de la femme et delenfant natre, il ny prta pas trop dattention. Elena pongeait rgulirement le front de la jeune femmetandis que Sidonie finissait de faire bouillir leau.

    Le vieux domestique, toujours aussi raide malgr son ge, scrutait dun il dsapprobateur les trois hommes. Ilstaient habills comme des paysans. Et sans le sou srement. Comment Monsieur peut-il recevoir des gens comme a chez lui. Monsieur est tropbon. Il se fora lamabilit.- Ces messieurs veulent peut-tre que je les dbarrasse ?- Nous dbarrasser ? Dquoi ?- Peut-tre de vos manteaux crotts, Monsieur.a, ctait envoy ces croquants, il souriait intrieurement.- ah ouais. Pt-tre. Filez y vos blouses les gars.- Moi, jveux la garder. Cet homme avait un fort accent de Tile.- Ouais moi aussi.Otto sinclina :- Comme il plaira ses messieurs.- Dis, le larbin, y a pas queq chose boire dans cette bicoque ?Otto tait outr. Il allait leur faire part de son humeur, lorsquil aperu une lame qui nappartenait pas une armedapparat luire sous le manteau dun des individus. Des bandits, que Sigmar, nous protge !. Le visage demarbre, il continua ironique :- Une tisane, vous irez, Messieurs ?- Ouah haha, une tisane. Pourquoi pas de leau aussi ! Tu veux te payer de notre tte. Cest a !Sentant que la situation risquait de dgnrer. Il annona quil avait voir ce quil lui restait. Il quitta la pice ensinclinant une nouvelle fois.Il courut la porte de la salle dopration et y toqua.Sidonie ouvrit.- Quest-ce ?La femme stait vanouie et Heinrich essayait de la ranimer avec des sels. Elena adressait une prire Shallya,protectrice de lenfantement en serrant la main de linconnue sur son cur. Otto parla voie basse laissanttransparatre son affolement :- Monsieur ! Monsieur ! Cest des bandits, jai vu leurs armes ! Ils demandent du vin ! A cette heure ! Et ilsnont mme pas voulu poser leurs manteaux !La femme revenait elle, elle suait grosses gouttes. Heinrich lui remit un bout de bois pour quelle puisseserrer les dents.- Courage Madame ! Il va venir. Il faut pousser encore.Puis sadressant Otto :- Donne leur ce quils demandent. Mais porte-nous aussi nos armes accroches dans notre chambre.- Bien, Monsieur. Mais je leur donne du mauvais vin, Monsieur.Heinrich ne put sempcher de sourire.- Si tu veux, Otto

    Une heure plus tard, lenfant venait. La mre tait dans un tat de faiblesse alarmant.Ctait la consternation dans la salle dopration. Elena et Sidonie pleuraient en invoquant Shallya. Le nouveaun hurlait de toute la force de ses petits poumons. Ctait une fille mais elle avait une tte dagneau.

    Heinrich avait dj fait natre un mutant. Mme les plus honorables des familles de lEmpire peuvent mettre aumonde de telles horreurs. Ctait des secrets bien gards. La mort ou labandon attendait ce petit tre.

    Si proche dans le warp, une prsence aperut une petite lumire qui se dtachait dune autre quil connaissaitbien. Au milieu dun ricanement sinistre, il sintroduisit dans la petite me.

    La petite bouche se dforma et continua le mme ricanement, bien trop grave pour tre produit par un bb.

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  • - Bien le bonjour Heinrich, bonjour aussi Elena.Tout le monde hurla de terreur. Tous sloignrent du petit corps qui gigotait.- Hh, je vois que tu as russi. Tu es un bon mdecin. Je me faisais un point dhonneur ce que soit toi quimette au monde mon enfant.Heinrich et Elena commenaient reconnatre cette voie surgie du pass. Ils dirent presque en mme temps :- Peter !- Oui Peter, ou plutt, jtais Peter. Maintenant, jobserve vos mes et je ne les oublierais plus. Vois monpouvoir.Dans le warp, il teignit une lumire comme on mouche une chandelle. Dans la pice, Sidonie poussa un petit criet seffondra. Comme un pantin dont on coupe les fils.- Hhh. Cest autre chose que mes tours de passe-passe comme dans le temps.- Tu es fou ! O es-tu ?- Tu ne comprends pas ? Ah, tu nes quun mortel ! Je suis un dieu. Et la petite femme que tu viens de mettre aumonde ravagera des mondes en mon nom. HAHAHA.Il reparti dans un ricanement sans fin.

    Les hommes moiti ivres entrrent dans la pice leurs armes la main. Ingrid Mitmesh parla d'une voix faible :- LElu a dlivr son message, nous pouvons nous en aller.Elle se leva et tituba. Deux hommes laidrent se rhabiller. Puis partirent en la soutenant. Le troisime enveloppalenfant et le porta comme on porte un trsor.Heinrich et Elena pleuraient de rage et dimpuissance.

    Deux jours plus tard, Dolwing arrivait dans la maison de ses vieux amis.

    * * *

    Heinrich et sa femme taient encore sous le choc. Larrive soudaine de lelfe Dolwing qui navait pas revudepuis prs de 15 ans les surpris encore plus, le pass refaisait dcidment surface en ce moment.Ils taient table. Elena le dtaillait.Il tait maintenant la tte rase, compltement glabre. Sinon il tait le mme quavant, peine un peu moinstourment et toujours aussi beau. Il navait pas pris une ride. Alors quelle, elle avait commenc atteindre unge o les hommes ne vous regardent plus. Il expliquait quil tait devenu prtre dun dieu quelle ne connaissaitpas et quil tait all au pays des elfes, le lgendaire Ulthuan. Avant de manger, il avait bni sa nourriture avantde la consommer avec parcimonie. Pourtant, Elena faisait la cuisine elle-mme depuis la mort de Sidonie.

    Il parlrent peu du temps jadis. Mais Dolwing insista pour quon lui raconte dans le dtail les derniersvnements. Lelfe semblait vex de ne savoir o chercher lorsque Otto, le domestique qui sapprtait dbarrasser la table, se permit dintervenir dans la conversation :

    - Que Monsieur me pardonne mais je sais vers o se dirigent les brigands que Monsieur lelfe recherche.

    - Comment cela ? demanda Heinrich.

    - Cest--dire que je me suis permis dcouter la porte du salon lorsque les brigands prenaient leur encas,Monsieur. Je sais que cest mal, Monsieur, mais ils

    - Allez parle ! Lelfe avait gard ses habitudes de chasseur de sorcire.

    - Voil. Ils ont parl de Salzenmund et de Middenheim et du long trajet qui les attendait pied.

    - A pied ? Je conserve mes chances de les rattraper. Je pars tout de suite.Lelfe se leva. Heinrich continua :

    - A pied, bien sur, vu ltat dpuisement de la femme, cest vident quils sont venus pied de l-haut.Elena intervient

    - Dolwing, tu ne vas pas partir maintenant, il va bientt faire nuit.Solennel, il dclara :

    - Je ne saurais avoir de repos dans la traque du Mal.

    - Mais nous partirons demain la premire heure du jour, on prendra la carriole, nous les rattraperonsrapidement. Ils nont pas pu aller bien loin en deux jours.

    Heinrich sursauta :

    - Tu irais avec lui ?

    - Oui, dclara Elena, jai besoin de me drouiller.

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  • - Mais Bon daccord, je viens avec vous.

    - Mais, Heinrich, tu ne peux pas laisser le cabinet. Demain, tu dois oprer Madame Von Sibbick. Cestimportant pour nous et pour ta rputation. Puis, il faut soccuper de la famille de Sidonie.

    Un silence gn sabattit sur la pice. Cest Heinrich qui le brisa en sadressant elfe :

    - Dolwing Tu me la ramneras vivante sinon jen mourrais.

    - Je te le promets, mon ami.Heinrich se sentit soudain vieilli de 10 annes supplmentaire. Lelfe lui passa la main sur lpaule.

    Ils partirent donc de bon matin en calche en direction dAltdorf puis de Middenheim.Les Stunk avaient ressorti leur ancien quipement, lavait astiqu et prpar lattelage.

    Elena aimait le vent frais du matin. Elle se promenait souvent en calche. Son mari lavait combl de petitssoins : ils avaient manger pour 5 jours au moins et prs de 200 couronnes pour les menus frais. Elle avaitdcroch du mur son bouclier et son pe battait rgulirement le bois de lattelage. Elle avait eu lagrablesurprise de constater quelle rentrait toujours dans sa chemise de maille. Elle portait son grand manteau devoyage brun. Ponpon, le cheval, avanait gaiement. Il navait peut-tre pas devin quil ne serait pas rentrer lcurie ce soir, ni demain soir.

    Dolwing gardait son paisse robe blanche capuche. Une pe finement ouvrage pendait son cot. Il tait lafft du moindre indice. Trois individus et une femme malade pied ne pouvaient tre ni trs rapide ni trsdiscrets. Il comptait sarrter chaque auberge-relais pour y rechercher des informations. Il se mettait la placede son gibier.Ils navaient pas pu prendre la pniche ou la diligence, ce sont des espaces clts que hors-la-loi dtestent. Deplus, ils les patrouilleurs ruraux sont nombreux sur cette portion de route entre Nuln et Altdorf. Mais ils nontpas non plus pu couper travers la fort, cest trop dangereux. A pied, ils ne pouvaient pas avoir fait plus dunevingtaine de lieues. En fait, ce que craignait le plus Dolwing, cest quils naient pas encore quitt Nuln

    Quelque part, quelques lieues de Nuln, les objets de cette poursuite avaient dress un campement non loin de laroute, labri des regards. Les trois hommes sinvectivaient autour des cendres dun feu. La femme taitallonge avec son enfant tout deux envelopps dans un manteau. Ingrid Mitmesh grelottait de fivre.

    - Tout est ta faute, Silvio. On aurait du rester Nuln. Elle va nous claquer dans les doigts et lElu nousmaudira ! La voix de lhomme tremblait.

    - Mais cest elle qui a voulu continuer ! Le tilen ne savait quoi dire.Le troisime intervint :

    - Faut trouver de laide, on va pas rester comme a ! le gosse va clamser aussi, elle peut plus le nourrir !

    - tain. On est pas dans dla merde dskaven.Le tilen avait bien rsum la situation.Ils rsolurent de retourner lentement sur leurs pas. Dans Nuln, ils seraient plus discrets. Lun deux taitoriginaire de la ville. Ils trouveraient bien une auberge pas trop regardante, un mdecin et du lait

    Silvio, le tilen, tait le plus rcent dans la bande. Il tait relativement petit, les yeux et les cheveux noirs. Il taitun ancien mercenaire, il avait suivi son chef Sergio Stepatchini sur le chemin du chaos. Le plus grand sappelaitWilhem, il avait toujours t bandit du cot de Middenheim. Sa taille lui donnait une certaine autorit sur sescompagnons. Le dernier, Johan, tait originaire de Nuln, il avait fait hors-la-loi une bonne partie de sonexistence. Mais mme par rapport aux autres, il tait un dtraqu mental. Il craignait incroyablement lElu. Endehors de ses crises mystiques, il sourirait en permanence dun air mauvais. Son strabisme convergentnarrangeait rien. Il avait t choisi parce que ctait le seul qui connaissait Nuln. Ils taient tout trois, parmi lesmoins marqus par le Chaos de leur bande. Si leurs tatouages restaient cachs, ils pouvaient presque passer pourdes voyageurs normaux. Ils devaient rejoindre leur bande qui les attendaient bien tranquillement du cot deMiddenheim.

    Alors quils allaient sortir du couvert des bois, ils virent passer une carriole vive allure charge de deuxpassagers.

    La chance fut, cette fois, avec eux. Un paysan qui transportait sa rcolte au march les autorisa monter larrire de sa charrette. En fin de matine, ils taient nouveau dans Nuln. Dans la cohue de cette villecommerante, ils passrent largement inaperus. Sur les indications de Johan, ils traversrent lAver etatteignirent lUnterhaltungssadt, le quartier des plaisirs comme le nomment pudiquement les Nulnois. En

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  • toutes saisons, les trangers y taient nombreux. A cette heure le quartier tait encore relativement calme. Leursairs patibulaires leur assurrent de ne pas tre importun par les hordes de bateleurs et de mendiants qui peuplentce quartier. De plus, ils transportaient une femme qui semblait mal en point.

    Dans une ruelle, une auberge leur parut assez sinistre pour quils y puissent loger. Leur moyens financiers leurpermettait encore de payer rubis sur longle. Ils faillirent dfoncer la porte en entrant. Lauberge ou plutt,lhtel de passe, tait normalement ferme jusquen dbut de soire. Seule la vue dune demi douzaine deCouronnes dOr et la promesse de substantiels bnfices apaisa le tenancier de ce bouge.Wilhem rserva deux chambres ltage. Silvio et Johan y montrent Ingrid. Elle nallait gure mieux. Lenfantcach dans un manteau stait endormi dpuisement.

    - Aubergiste, la femme qui est avec nous a besoin dun toubib. Dis-moi aussi o je peux trouver du lait.

    - Du lait ! ouah ouah ouah du lait ! cest la meilleure que Wilhem piqua de la pointe de sa dague la main de gros homme.

    - Donne-moi juste une raison de te crever

    - Hh, faut pas vous nervez mon seigneur

    - On peut tout trouver dans lUnterhaltungssadt, a dpend le prix quon est prt y mettre, naturellement. Etoui Naturellement... hh.

    Il attendait quil enlve sa dague.

    - Nous pouvons payer. Mais il nous faut du lait pour un bb et un docteur, tout de suite.

    - Pour le lait y a bien ma grosse Bertha Mais pour un docteur, faudrait voirIl se gratta le menton de sa main libre.

    - Je vois bien quelquun mais, cetheure, a mtonnerait quil soit bien clair.Wilhem ta la dague.

    - Voil cest mieux. Va me chercher ta Bertha puis tu me ramneras ce toubib.Johan apparu ce moment dans la pice.

    - Heu, Wilhem, elle a pas lair daller bien fort, la chef

    - Me dit pas quelle a clams !

    - Non mais, elle cause lElu tout le temps. Cest vachement bizarre.Wilhem maugra dun air menaant :

    - Pas si fort idiotLaubergiste regardait la scne lair le plus neutre quil pouvait adopter. Wilhem lui cria la face :

    - Ca vient, oui !

    - Voil, voil. Faut pas snerver, mes seigneurs.A son tour, il gueula dans larrire boutique :

    - Bertha ramne ton trop cul ici, jai un client !Un mastodonte fait femme apparut peu aprs. Elle dpassait son mari dune bonne tte.

    - Cest pour ce beau brun ? Hummm

    - Remballe ta quincaillerie, cest pour tes ttines. Ces messieurs ont un lardon nourrir.

    - Mauvais homme, tu me loues comme nourrice maintenant ! Cest que jai ton dernier nourrir aussi.

    - Va ! Ces messieurs payent bien. Et moi, je cours chercher ltoubib.Il se fendit dune large sourire obsquieux.

    Wihlem laissa Johan en bas de lescalier et monta avec la femme de laubergiste.

    - Femme, 2 Couronnes par jour pour ton service et ton silence plus cinq lorsque nous partirons.

    - A ce prix l, tu me bouscules quand tu veux, beau brun.

    - Alors il est o ce roudoudou tout bouh ? Hiiii Quelle horreur ! Mais je ne peux pas nourrir cette cettechose !

    Evidement, elle avait vu la fille dIngrid et sa tte dagneau.

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  • - Si et en plus, tu loublieras aprs lavoir vu. Il fit tinter quelques pices. Ou je te crve tout de suite.

    - Cest que, ces messieurs, ont des arguments. Mais quand mme vous me faites faire des choses pashonnte. Oui pas honnte, moi jdis.

    Le nourrisson revient rapidement lui et entreprit de tter goulment.

    Deux heures plus tard, laubergiste revient avec le docteur.Il tait grand et maigre, lair absent et les mains vides Wilhem le fit remarquer rudement.

    - Ah ben jai oubli, dit-il simplement.Laubergiste qui voyait fuir une source de revenu apprciable, vint sa rescousse :

    - Hh, il est comme a, notre Frederich. Un distrait, pas vrai ? Mais cest un bon toubib jvous assure. Lautjour, il a opr Manfred lboiteux.

    - Et Wilhem simpatientait.

    - Ben il boite heu Ouais ! Nettement moins pas vrai toubib ?

    - Hein ?Wilhem ressorti sa dague et dsigna laubergiste :

    - Je souhaite pour toi, quil assure, ton Frederich.

    Dans la chambre exigu, le docteur examina Ingrid. Le nourrisson avait t plac dans lautre chambre. Leventre bien rempli, il dormait comme un bienheureux. Dans la mme pice, Silvio honorait la femme delaubergiste contre indemnit. Des haltements suggestifs traversaient la mince paroi en les deux pices.

    - Ah ben, elle va pas fort, dclara le docteur, articulant lentement.Wilhem leva la main pour frapper.

    - Ne frappez pas ! Je crois heuune saigne pourrait faire tomber la fivre.Il semblait soudain se rveiller.Le docteur pratiqua donc une saigne au pied dIngrid en utilisant les instruments fournit par laubergiste. Lafivre tomba effectivement. Le mdecin resta au chevet de la malade tout laprs-midi surveillait par Wilhem.Il lui plaqua aussi quelques linges chaud sur la peau et lui fit boire beaucoup deau. Il partit sur le soir vers lataverne la plus proche, deux Couronnes dans la main en promettant de revenir le lendemain.

    Le soir venu, laubergiste ouvrit sa pratique. Lanimation ordinaire du Quartier des plaisirs de Nuln gagnarapidement la demeure. La salle principale semplit de visiteurs assoiffs et des filles faciles. Les cultistes avaitrassembls lenfant et la mre dans une seule pice. Laquelle tait ferm clef.

    Aux alentours de minuit, la fte battait son plein, Johan tait ivre mort sur la table, Wilhem et Silvio avaient desfilles sur les genoux. La table fut soudain cerne par une demi douzaine dindividus en longs cache-poussirenoirs jouant avec leurs matraques. Les filles comprenant que leurs clients ntaient plus en grce dansltablissement sclipsrent. Une jeune femme rousse ta sa capuche savana :

    - On naime pas beaucoup la faon dont vous vous conduisez, ici, trangers. Vous avez des problmes, cela sevoit comme une verrue sur le nez. Mais venez pas foutre votre merde dans un tablissement protg par lesSchatzenheimer. Demain, on veut plus vous voir ici.

    Silvio prit la mouche :

    - Ben si on a envie de rester, nous ? Hein ?Wilhem qui avait moins bu que son camarade tenta de calmer la situation.

    - Hum. Nous pourrions peut-tre vous ddommager

    - Nous pourrions aussi bien vous voler tout ce que vous avez, immdiatement et je sais que vous nirez paspleurer la milice

    - Bien sr, bien sr, mais la femme qui nous accompagne ne pourra pas encore marcher demain

    - Et pourquoi devrions nous vous aider ?Wilhem hsita :

    - parce que nous sommes dans le mme camps ?La femme rousse frona les sourcils elle regardait les tatouages qui apparaissaient dans louverture de la chemisede Silvio.

    - Non, nous ne sommes pas dans le mme camps. Janna la Rouge ne marche pas avec les cultistes.

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  • Puis sadressant ses hommes :

    - Foutez moi ces merdeux dans le Reik.Wilhem se leva brusquement en reversant la table et sortit son pe, Silvio fit de mme. Cela dclenchaimmdiatement un mouvement de panique dans lauberge.Wihlem et Silvio furent rapidement dsarms et matriss par les Schatzenheimer. Ils les bousculrent jusquedans la cuisine de lauberge. La salle principale ainsi dgage oublia aussitt lincident. Les rglements decompte entre bandes rivales taient monnaies courantes dans ce quartier. Un des hommes trana Johan jusquedans la pice. Laubergiste tortillait un torchon dans ces mains.

    - il y a le femme et le mutant aussi ne les oublier pas hein

    Janna discutait vivement avec un de ses hommes. Les cultistes ne saisirent que quelques mots de ce dont il taitquestion Mais Silvio et Wilhem navaient aucune envie daller dans le Reik, ils ne savaient pas nager. Quant Johan, son tat dbrit lui aurait permis de se noyer dans un verre deau.Qualler devenir Ingrid et son enfant ? Il avait failli dans leur mission, lElu enverrait rtir leur me en enfer.

    Janna vint eux :

    - Rjouissez-vous, cultistes, vous ne mourrez pas de notre main.Ils les montrent ensuite dans la chambre quoccupait encore Ingrid et son enfant mutant. Ils croisrent des fillesqui menaient leurs clients dans les chambres. Ils furent pas autrement drangs dans leur trafic.

    Ingrid dormait poings ferms. Lenfant tte de agneau se rveilla. Il se souvint quil avait faim et ses pleursrveillrent un autre enfant qui dormait quelques chambres plus loin. Bertha, limmense femme de laubergisteassistait elle aussi la scne depuis lextrieur de la chambre. Lattroupement provoquait un srieuxencombrement dans le couloir.

    - Quand mme quand mme cest pas bien honnte ce quon fait l il a rien fait personne cetenfant

    Janna la Rouge lui rpondit froidement.

    - Tu peux le garder si tu veux, femme. La garde ne saura quen faire.

    - BenEn un rien de temps elle se retrouva avec le bb en pleurs dans les bras.

    - Tu as qu le perdre ou le noyer

    Les Schatzenheimer avait dcid de livrer la garde de la ville ceux quils avaient identifi comme desadorateurs de Slaanesh. Ce geste de bonne volont ntait pas totalement dsintress. Un membre minent deleur clan avait t arrt, il y a quelques jours en flagrant dlit. Ctait une connaissance personnelle de Jannadite la Rouge - cause de sa belle chevelure rousse- chef de la guilde des voleurs affilis aux Schatzenheimer.Cette arrestation avait fait grand bruit, il risquait un procs exemplaire et la corde.Cette marque de collaboration active des Schatzenheimer dans le maintien de lordre public saurait plaire, sansnul doute, aux autorits. Bien sr, des menaces et de gnreux pots de vin aideraient emporter tout fait leuradhsion. Aprs tout, il sagissait tout juste de remplacer le procs grand spectacle par un autre

    Quelques jours plus tard, lchange fut rondement men. Ingrid profita de cette priode de repos forc pourreprendre quelques forces, la fivre finit par la quitter. Sa maladie lavait amaigrie. Elle taient maintenant seuledans une cellule de la partie suprieure de la prison-forteresse qui domine lle de la Vielle Ville, au centre deNuln. Sa cellule faisait environ 8m. Un tabouret, une couchette et un pot daisance en composait tout le mobilier. Il yavait de la paille sur le sol. La meurtrire, seule ouverture de sa prison donnait vers lOuest. En savanant, ellevoyait une partie de la ville et entendait sa bruissante activit. Elle observait aussi souvent le Reik et les pnichesqui le montaient et descendaient.LElu la voyait-elle ici ? Est-ce quil avait prvu cela ?Ingrid gardait entire confiance en son Protecteur mais elle craignait de lavoir du par sa faiblesse. Elle nepouvait que se blmer elle-mme et ses crtins de compagnons, videmment- de la tournure quavait pris lesvnements. De plus, elle avait perdu son enfant, lenfant par la bouche duquel il avait daign parl ! Pour sefaire pardonner, Ingrid tentait de honorer lElu le souvent possible. Mais il est difficile, mme avec de la bonnevolont, de se donner du plaisir dans de telles conditions. Elle avait tent de convaincre lhideux homme qui luiservait de garde-chiourme, de se joindre sa clbration. Mais sans succs. On lavait srement sermonn sur lescharmes que ne manquerait pas duser la sorcire. LElu restait muet.Elle avait t interrog par deux fois dj. La premire fois, elle na pas desserr les dents devant lofficier civil.

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  • La seconde, alors quil lui promettait les pires tourments, elle avait ri et lui avait crach au visage, ce qui avait eule mrite dcourter lentretien.Ils semblaient lavoir identifier comme chef dune bande importante de cultistes et comme une sorcirepuissante. Cela avait justifi le fait de lui imposer en permanence le port dune paire de menottes. Et il taitdifficile de manger correctement avec de tels liens.Elle attendait donc l depuis deux semaines dj que la justice nulnoise veuille bien statuer sur son sort.

    Wilhem, Johan et Silvio, considrs comme du menu fretin, taient moins bien lotis. On ne voyait jamais lesoleil dans la partie infrieure de forteresse. Leur cellule comptait peut-tre une centaine de prisonniers entasssles uns sur les autres. Les murs par endroit creuss mme la roche suintait dhumidit. Les dtenus parlaientavec terreur des crues du Reik qui, parat-il, pouvait inonder la cellule jusquau plafond. En attendant, les ratscourraient entre leurs pieds et leur disputaient leur maigre ordinaire.Wilhem avait les pieds crass par la torture. Malgr cela, il avait encore eu la force dtrangler son compagnonSilvio. Son corps gisait cot de lui. Ce tratre de tilen avait parl. Heureusement, il ne savait quasiment rien cot de ce que lui ou Johan avait vu. Il tait arriv trs rcemment dans la bande, il navait pas connu lElu.Johan ne parlerait plus non plus. Il baragouinait confusment des propos que lui seul comprenait. Sa raison avaitbascul. Wilhem cherchait un moyen de ne plus jamais avoir parler.

    * * *

    Dolwing claqua la porte de lAuberge Relais Le Garde Du Reik . Il enrageait. Sa proie lui filait sous le nez.Ils navaient trouv aucune trace des cultistes. Trois hommes, un femme et un bb mutant ne pouvaient, tout demme pas pass inaperus sur une des routes les plus frquentes de lEmpire ! Ils avaient aussi interrog lesmariniers. Sur les pniches aussi, aucune trace. Soit ils taient encore Nuln, ce que Dolwing refusaitdenvisager car daprs la description quil en avait eu et quElena continuait lui donner, ctait des bandits degrands chemins, des guerriers, pas des nobles en mal de sensations fortes qui font lordinaire des adorateurs duprince de plaisir. Donc pas des urbains. Ils navaient pas pu non plus couper par la fort ou alors ils taient djmorts. Le mal dtruit le mal. Ou alors ctait de la magie. Et il sentait que sa mission ntait pas finie.Elena commenait fatiguer, elle navait plus vingt ans, la diffrence de son infatigable ami sur lequel le tempsne semblait pas avoir de prise. Cela faisait une semaine quils allaient et venaient sur la route en Altdorf et Nuln,une semaine quils se levaient laube et se couchaient au crpuscule. Enfin, elle savait bien que les elfes nedorment pas vraiment. Et depuis hier, il pleuvait.Voil cinq minutes que Dolwing restait debout devant cette porte le regard dans le vague. Il ne semblait passapercevoir non plus de la pluie qui lui tombait sur le crne. Soudain il releva la tte et dclara :

    - Ils disaient vouloir se rendre Salzenmund. Nous y allons tout de suite. Cest l-bas que nous lestrouverons.

    Elena pensa quil serait temps quelle crive son mari Heinrich. a risquait dtre un petit peu plus long deprvu.

    * * *

    Dans laube blafarde, une grosse femme bien mal dissimule dans un large manteau sortit de Nuln, Elle avait unpanier dosier sous le bras. Progressant aussi vite que son poids lui permettait, elle se retournait brusquementtoutes les centaines de pas. Son visage tait inond de sueur et elle soufflait bruyamment. Son attitude curieusenattira pourtant pas lattention de la garde encore ensommeille de la ville.Au bout dun moment, elle quitta la route et senfona dans les bois.Une demi heure plus tard, la femme tait de retour sur la route, visiblement soulage. Elle navait plus le panier.Elle repartit vers Nuln dun bon pas.

    Des pleurs stridents jaillirent bientt du panier. Quelques heures aprs, des cratures mi-hommes mi btes, senapprochrent prudemment. Ils en sortirent lenfant tte animale. Cette apparition sembla provoquer chez euxune grande joie, lun deux tapait des sabots et dautres beuglaient. Dans leur langage guttural, le mot Gaverevint plusieurs fois. Ils repartirent vers les profondeurs de la fort emportant le petit tre.

    * * *

    Enfin, ces hommes daignaient lui envoyer un adversaire sa taille. Rmi observait les rangs des hallebardiersimpriaux en livre blanche et rouge. Voil prs dune semaine quils razziaient jour et nuit des fermes et deshameaux des environs.

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  • A chaque fois, ces pillages se finissaient en orgie dalcool, de viol et de massacre. Mais il prenait soin de laisserdes survivants pour quils puissent conter lhorreur quils avaient vcu. Rmi adorait lElu dans ces ravages etces ftes ! Il finirait bien par se dtourner de cette sotte dIngrid et le rcompenser son tour. Dailleurs, afaisait des semaines quelle tait partie avec trois hommes. Elle tait peut-tre dj morte. La fort ne bruissaitplus que de leurs ravages, de nouveaux suivants ne manquerait pas de les rejoindre puis aprs Salzenmund et-qui sait ?- limprenable Middenheim.Aujourdhui le sort de Beeckerhoven, quelques lieues dici, se jouait.

    Un point le chiffonnait cependant. Ce tilen, ce Sergio, prenait de plus en plus de place dans le bande. Ilcommenait prendre des initiatives. Il ne faudrait pas quil se mette rver de prendre ma place Heureusement, la bande comptait maintenant plus dhommes btes que dhumains. Et les hommes-btes luitaient tout dvous. Mais il lavait mis en premire ligne contre ces hommes qui leur faisait face. Il pourraitbien se faire tuer. Oui, il pourrait bien

    Anita regardait de gros Burgermeister de Beeckerhoven sessuyait rgulirement le front dun mouchoir brod. Ilnen menait pas large, lui non plus. Anita avait 33 ans, ctait sa premire vraie bataille. Elle avait envie durinermais lentourage de tous ces soldats -des rustres mal rass et probablement jamais tremps dans leau depuis leventre de leur mre- sincitait se retenir.Seul ce bravache de capitaine et ce nain qui puait plus que tous ces hommes runis attendaient impatiemmentlaffrontement. Si la vue des soldats impriaux la rvulsait, les monstres rpugnants quils chassaient luidonnaient carrment la nause. Elle tait lementaliste, jusqu prsent, elle vivait seule retire loin des hommes. En temps ordinaires, personnene venait la voir sauf quelques vielles femmes qui la croyaient devin. Elle avait fait en sorte que mme leschasseurs lvitent. Des salauds qui ne pensent qu violer les femmes Aussi, elle avait t trs surprise lorsquelle avait vu une dlgation mene par un gros homme suant savancerjusqu son refuge habituel. Ils lui avait demand non, suppli, en fait- de bien vouloir rejoindre leur rang pourrepousser les horreurs qui dvastaient les villages de la rgion. Il avait dit que si on les repoussait pasmaintenant, ils seraient de plus en plus forts et quon ne pourrait plus les arrter et dautres innombrablesarguments faisant appel son humanit.Presque surprise dentendre sa propre voix (elle parlait si peu), Anita avait rpondu quelle y serait. Elle avaitdepuis longtemps entendu les bruits qui courrait dans la fort au sujet de cette bande de brigands. Ils taientcapables des pires horreurs.

    Maintenant, en plus du stress que lui causait tous ces hommes puants et les non moins dgouttantes cratures enface, elle sentait une prsence toute proche delle : quelque chose qui se rgalait de voir son me nue. Elleragrafa sa toge, dans le vain espoir de se sentir moins dshabille aux yeux de cette chose.

    Tout se passa trs vite, elle vit les carreaux darbaltes ricocher sur la peau de mtal des hommes btes. Ilsarrivaient sur elle. Elle tenta dincanter un sort mais elle sembrouilla dans la formule. Les soldats savancrentet un rude combat sengagea. Soudain sur sa droite, elle aperu dnormes et terrifiantes choses tte de rats quipoursuivait des archers. Ces monstres gants crasaient dune seule main ces pauvres hommes. Elle manqua devomir lorsquelle vit un corps qui semblait courir sans tte, le sang giclait en odieux gargouillis.Cette fois ci, elle matrisa ses motions et russi son incantation, une boule de feu jaillit de ces doigts. Mais ellene fit que roussir lgrement le poil dun de ces monstres. Les soldats se battait toujours, mais ils reculaient, elle ne voyait plus le Burgermeister ni le capitaine. Et lesmonstres se dirigeait vers elle. Elle resta un moment paralyse de peur. Elle manqua du coup de rpandre lecontenu de sa vessie. Les monstres chargrent les arbaltriers et les mirent en pices. Leurs corps dmantibulsvolaient de droite gauche. Sen tait trop, elle se sauva. Derrire elle, il lui semblait sentir le souffle de ceschoses dans son cou et dentendre des ricanements.Elle sarrta de courir que lorsquelle fut labri des bois. Personne ne lavait suivi mais les ricanements taienttoujours dans sa tte.Les derniers soldats taient en fuite, ctait la cure. Partag entre la joie dtre en vie et le dsespoir de sacouardise, elle senfona davantage dans les bois.

    Rmi exultait. Ctait une trs grande victoire, un vrai massacre, les portes de Beeckerhoven tait maintenantouverte. Les rats-ogres stait trs bien comports, ils avaient remport la bataille eux tous seuls. Mais le tilenntait mme pas bless. Enfin, cette victoire lui revenait de droit. LElu devait tre satisfait.Il leva sa hallebarde au dessus de sa tte et cria en langue noire :

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  • Au pillage ! Il dsigna de son arme la direction de Beeckerhoven. Ils ne prirent mme pas le temps dachever les blesss.

    * * *

    Dans cette fin daprs midi encore chaude dErntezeit, Heinrich Stunk se dirigeait grands pas vers la forteresse-prison de Nuln. Au sommet des tours de la vielle forteresse, les corbeaux croissaient, voletant autour des resteshumains enferm dans des cages de fer. Les gens qui vivaient en contrebas avait fini par accepter ces sinistresornementations. On disait mme que les oiseaux ncrophages laissaient rgulirement tomber de petits os sur lestoits ou dans les rues.Il stait ouvert un de ses patients, proche de la Garde de la ville, de la curieuse visite quils avaient reu, lui etsa femme, voil presque un mois. Il avait bien sur occult quelques dtails, mais bien lui en avait pris puisquilavait appris loccasion quune sorcire correspondant vaguement ce quil se souvenait de sa visiteusenocturne croupissait dj en prison. Ce patient, le Chevalier Von Fzenrth (qui souffrait toujours dun vieux coup dpe) en avait son tour parl qui de droit.

    Heinrich avait maintenant rendez-vous la forteresse pour reconnatre formellement la fille et ventuellementrenforcer laccusation parat-il bien faible- en vue du procs. Heinrich tait partag entre la joie et la contrarit.La lettre quil avait reu ce matin de sa femme, le mettait en joie autant quun vert galant qui avait captur unmouchoir de son aime.Il avait pourtant pass lge des fadaises depuis longtemps, il se reprochait avec peu de conviction lamourexcessif quil portait son pouse. Dailleurs, il portait encore sa lettre sur son cur. Pouvait-on tre pluspuril !

    Mais sa contrarit venait aussi de cette lettre : Elena lui annonait son intention de poursuivre son excursionavec leur ami elfe Dolwing vers Salzenmund. Celle-ci savrerait totalement inutile si la femme emprisonne icitait bien la bonne. Cela diminuait dautant, son avis, les risques que sa femme encourait dans sa traque et a lerassurait dune certaine faon.Lautre sujet de contrarit tait quil dtestait cette forteresse-prison. Il dtestait la manire dont certains jugesnulnois arrachaient des aveux ceux qui tombaient entre leurs mains. Si la femme quil avait fait enfanter avaitt reconnue comme sorcire, elle allait droit au bcher. Pire, il serait oblig de se prter cette parodie dejustice. Cela faisait quelques temps que Nuln navait pas t clair de telles rtissoires homme. Les juges,accompagns de quelques rpurgateurs, ne manqueraient pas rappeler quil fallait des chtiments exemplairespour de tels hrtiques afin de prcher par lexemple.Heinrich se demandait parfois si sa femme ne dteignait pas trop sur lui. Dans sa Bretonnie natale, les supplicespublics taient une chose presque quotidienne dans la majorit des villes et mme dans les villages. Et dans sonenfance et son adolescence, il ne se souvenait pas stre offusqu de telles pratiques. Elles faisaient partie dudcorum, du paysage, un peu comme les orbites vides des patins desschs dans les cages en fer qui lobservaitdepuis le haut de la prison-forteresse de lle centrale de Nuln. Pourtant aujourdhui, cette vue le peinaitprofondment. Mais il lui semblait que le bout du papier qui frottait contre sa peau irradiait dune chaleurrassurante.

    Il se prsenta au guet. Une poigne dhommes darmes avins dclarrent quil tait attendu et lun deux leguida de mauvaise grce dans un labyrinthe descaliers et de couloir. Il aboutit dans ce qui semblait bien tre unesalle vote de pierre presque aussi large que haute, encombre dinstruments aussi divers que varis.Les quelques personnes prsentes dans la pice se retournrent son entre.

    Ah, Docteur Stunk nous nattendions plus que vous ! Heinrich bredouilla de vagues salutations suivies dinaudibles excuses. Prenez un sige, je vous en prie. Il dsignait un fauteuil son cot. Heinrich sexcuta.Il eut la dsagrable impression de sasseoir la table des inflexibles juges des hommes. Mme de vue, il neconnaissait aucun deux. A lexception de celui qui lui parlait, un homme maigre marqu par lge, tous avaientlair sombre. Il identifia un scribe et un ou deux hommes qui semblaient des rpurgateurs. Il y avait deux gardesqui mettaient en uvre leurs appareils. Il ne put retenir un frisson. Prenez votre aise pour regarder la personne que nous allons introduire. Nous savons que vous lavez peut-tredj vue. Nest-ce pas ?

    - En effet, Monsieur. Il allait dire inquisiteur mais il hsitait sur le titre donner lhomme qui lui parlait. Il tait peu familier avecla justice nulnoise. Son interlocuteur ne le reprit pas. Il fit un signe un garde qui sortit.

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  • Un pesant silence sinstalla. Des bruits de pas retentirent enfin. Deux hommes darmes soutenaient une femme.Sa robe dchire cachait bien peu de sa chair. Elle avait les mains lies et des chanes aux pieds et semblaitabsente. Il la reconnut tout de suite, ctait bien elle mais il dcida de ne dire mot pour linstant.Elle avait dj t torture. Heinrich regarda avec horreur ses mains. Elles avaient t brises de la manire laplus cruelle qui soit. Elles taient gonfls et dune teinte violace. Les doigts briss et enfls faisaient des anglesassez inhabituels.

    Les bourreaux lallongrent professionnellement sur une table. Ils bloqurent ses pieds dans des cales de bois ettirrent ses bras au dessus de sa tte grce une chane et une poulie. Ils tendirent leur systme. Le corps de lafille stira douloureusement. Ils sarrtrent l et attendirent les instructions.

    Le mme homme ordonna au scribe de lire le procs verbal du dernier interrogatoire. Le scribe saluait de la tteles personnes prsents quil nommait. Ci-devant, Chevalier Hans Erregen, Prvt, -ctait lhomme quil avait failli nomm inquisiteur- et MessieursFrederich Znge, et Manuel Francesqua, rpurgateurs Le dernier tait sans doute un estalien. Heinrich connaissait la sinistre rputation quavait les rpurgateurs decette contre.

    Lorsque le scribe eu fini de lire, Heinrich constata que la femme ne leur avait strictement rien dit ou quasiment.Alors quil pensait cela, il constata quelle le fixait du regard. Le vide de ce regard le gna. Il essaya delesquiver mais elle le regardait toujours. Evidement, le Prvt ne manqua pas de le remarquer.

    Il semble que vous vous connaissez ? Je me trompe ?

    - En effet, je lai dj vu. Il avait envie de partir en courant. Ah, fort bien. Et o cela donc ?

    - Chez moi, une nuit, il y a environ un mois.

    - Vous pouvez prciser ? Il se sentait comme sur un chevalet de torture. La plume du scribe crissait sur son papier. Oui, 7 de Nachgeheim.

    - Bien, et elle tait seule ?

    - Non pas, trois hommes laccompagnaient. Il ne cacha presque rien. La femme tait venue chez lui pour accoucher un mutant- puis tait partie. Il omitcependant de signaler comment Peter Bcker avait parler par la bouche de lenfant et comment il avait perdu sadomestique ( elle avait le cur fragile, elle est morte de frayeur ). Et vous nen avez pas inform immdiatement la Garde de la ville ?

    - Pourquoi faire ?

    - Vous mavez lair de faire bien peu cas de lOrdre, Docteur Stunk. Pendant le silence qui suivit, le Prvt le fixa. Il continua : Vous lavez vu faire usage de sortilges ?

    - Non, non, elle tait sur le point daccoucher et trs affaiblie .

    - Hum Et vous ne savez pas ce qui est advenu de lenfant ?

    - Non, Prvot. Ces compagnons lont emport avec eux. Il se dtourna. Heinrich se dtendit. Le prvt rappela ce quil savait la fois pour lui, son assistance et la femmesoumise la question. Messieurs, nous savons maintenant grce divers tmoignages que cette femme se nomme Ingrid (nousignorons son nom de famille), quelle tait la tte dune bande dadorateurs du Chaos au Nord de Middenheim.Elle est descendue jusqu notre belle ville de Nuln pour mettre au monde un monstre dont nous avons perdu latrace (mais pourquoi descendre jusquici pour cela je vous le demande. A moins quil y est dautres intentionsmoins avouable. Un rseau dadorateurs peut-tre. Que dis-je srement !). Enfin, elle enfanta dans la nuit du 7 au8 de Nachgeheim, cest bien cela Docteur ? Heinrich hocha la tte. Le Prvt continua son monologue. Elle enfanta chez le docteur Heinrich Stunk trs honorablement connu (peut-tre seulement attire par sarputation ? Par hasard ? hum ? Nous ne savons pas). Elle est arrte et remise la Garde, le 12 du mmemois. Le nomm Silvio Rissino, plein dun juste repentir, nous parle. Il nomme ces deux autres complices et sachef (quil appelle lui-mme sorcire !).

    2

  • Celui-ci et un autre de ces complices sont retrouvs morts en cellule et le troisime a perdu, hlas, la raison (oudu moins le fait-il semblant, nous sommes encore en train de le vrifier). Voil dj de quoi les envoyerlargement au bcher. Il se leva et leva la voix de manire ce quIngrid entende bien. Mais Messieurs, que venait faire, la chef dune bande dadorateurs du Chaos dans notre ville ?