Espace(s) public (s) et diversité culturelle Philippe Bouquillion 2 avril 2008

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  • Espace(s) public (s) et diversit culturelle Philippe Bouquillion 2 avril 2008
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  • Introduction Comment penser les liens entre la diversit culturelle et lespace public ou les espaces publics? La diversit culturelle nest pas confondre avec le pluralisme de linformation La notion de diversit culturelle a un quivalent pour ce qui concerne la filire Presse et information : le pluralisme de linformation. Depuis que le journal est pens comme un instrument de contribution au dbat public, le pluralisme de linformation est pos comme principe dmocratique : la presse doit permettre lexpression de diverses opinions. Par extension, il est aujourdhui couramment admis que les mdias doivent tre suffisamment multiples pour reflter la diversit des ides ou des activits. A linverse, toute tendance la monopolisation des mdias irait lencontre du pluralisme de linformation. (Rebillard et alii, 2007, p.2)
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  • Peut-on dfinir la diversit culturelle? La diversit fait plutt rfrence soit aux industries culturelles, notamment au cinma et laudiovisuel, Soit la culture au sens anthropologique du terme. Des conomistes, sinspirant la biologie ont donn une dfinition de la diversit culturelle qui est envisage comme une ressource vitale pour lhumanit, mal value, menace de destruction par les activits humaines . (Benhamou, 2006, p.252) Cette situation appelle des mesures conservatoires, dont la teneur passe par une dfinition prcise de ce quil convient de protger, et par des indicateurs pour llaboration desquels lanalogie avec la biodiversit apporte un clairage pertinent (p.253). Franoise Benhamou propose la mise en place dindicateurs reposant sur la base de trois dimensions la varit, la disparit et lquilibre entre les genres . (p. 257)
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  • En 1974, Michel de Certeau souligne que tout expos concernant les problmes culturels avance sur un sol de mots instables, il est impossible dimposer une dfinition conceptuelle ces termes : leurs significations tiennent des fonctionnements dans des idologies et des systmes disparates (de Certeau, 1974) La diversit culturelle rencontre les intrts, les tactiques et les stratgies de nombreux acteurs sociaux. Armand Mattelart (2005) remarque que lide mme de diversit culturelle recouvre des ralits et des positions contradictoires . La complexit de la notion de diversit culturelle et son insertion dans des jeux de pouvoirs, nous incitent la considrer moins comme une ralit existant en dehors des acteurs et de leurs stratgies, que comme un ensemble de discours et de thories. Ces discours et ces thories ne seront pas envisags comme des reflets de la position des acteurs, ni comme des lments de lgitimation de leurs actions, mais ils seront principalement considrs, dans une perspective foucaldienne, comme des techniques de vrit produisant de la ralit et de lassujettissement.
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  • Bernard Mige (2006) remarque que la base socio-conomique sur laquelle reposent les mouvements en faveur de la diversit culturelle est peu argumente, dans la mesure o : ses effets relvent de la prdiction, au mieux de la prvision ; la question nest pas confronte avec une question corrle, et de grande importance, celle des mutations des ICI. Or, celle-ci intervient de faon dcisive et selon cet auteur, cest une erreur de la ngliger. Ce constat conduit Bernard Mige poser lhypothse suivante: la diversit rpond des conditions nationales et rgionales fort diverses, mais elle suppose un certain quilibre (peu commode prciser ex ante) entre industries culturelles/ productions du spectacle vivant / production indpendante et artisanale (notamment pour les productions dart) .
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  • 1. La diversit culturelle dans lespace public Pourquoi la thmatique de la diversit culturelle suscite-t-elle aujourdhui un tel intrt de la part des pouvoirs publics nationaux, des instances supranationales et des chercheurs ou essayistes ? Ce nest pas une question nouvelle : la question des flux culturels internationaux est trs ancienne, comme lont rappel Armand Mattelart (2005) et Serge Regourd (2002). Ds les annes 20, les tats europens et dabord lAllemagne, puis la Grande-Bretagne et plus tardivement la France (Mattelart, 2005, 30) dveloppent des dispositifs de protection de leur cinma. Cette thmatique est nouveau dactualit, aprs la Libration avec les accords Blum-Byrnes. Le troisime temps est celui qui prcde les accords de Marrakech de 1994, fondant lOrganisation mondiale du commerce (OMC).
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  • Le caractre central du cinma dans les politiques sexplique : par la fragilit de cette conomie de prototypes aux cots de production levs, par la capacit prte aux productions cinmatographiques de contribuer la construction des identits nationales, et par la mobilisation des professionnels et les chos trouvs dans lopinion. Ces priodes prsentent un double point commun : la place de certains tats dans le systme intertatique est remise en question, tandis que lconomie du cinma connat de profonds bouleversements. On observe la poursuite sous une forme accentue de ce double mouvement depuis : la mise en place de lOMC et surtout depuis la dclaration universelle de 2002 et la convention de 2005, adoptes dans le cadre de lUNESCO.
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  • Les bouleversements de la place des tats, du systme intertatique et la diversit culturelle Les institutions politiques ou financires, cres aprs la Seconde Guerre mondiale, semblent impuissantes instaurer des nouvelles relations politiques et culturelles ngocies LOMC est dcrite comme lagent dune mondialisation conomique et financire qui conduit la perte des pouvoirs daction conomique antrieurement aux mains des acteurs du capitalisme national et des tats. La culture est dsormais au centre de ces mouvements. Armand Mattelart (2005) souligne que la mondialisation des industries culturelles a projet les "produits de lesprit" au cur des ngociations sur la libralisation des changes. Le thme de la diversit culturelle, longtemps retenu en lisire, a fait une entre remarque dans les grandes instances internationales .
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  • Des tats comme la France veulent prserver leurs comptences dans le domaine culturel, pas seulement pour dfendre lidentit nationale, mais aussi parce quil sagit dun des symboles de leur souverainet. Mais, dans le mme temps, ces tats comprennent : - les limites dune approche nationale - et considrent quune plus large libralisation des industries de la culture et de la communication peut prsenter des avantages. Les technologies dinformation et de la communication, tout particulirement le Web, laissent croire que le cadre national est dpass. La cration et la diffusion de la culture et de linformation se construiraient dsormais lchelle plantaire. Les questions culturelles sont traites, non plus seulement par les tats, mais aussi par des institutions internationales, comme lUnesco et mme lOmc, o la Commission europenne ngocie pour le compte des tats de lUnion. Certains organismes dits de la socit civile revendiquent une nouvelle gouvernementabilit , en particulier applique la culture, qui dpasse le cadre tatique et mme le systme intertatique.
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  • Au-del du seul cinma, lconomie des contenus culturels et informationnels connat de profondes mutations Mouvements darticulation entre industries de la culture et industries de la communication Redistributions des cartes entre acteurs industriels de filires diffrentes Des pouvoirs publics attentifs qui considrent : Le poids conomique de ces activits Leur plus large articulation avec le reste de lconomie Avec le dveloppement des places de march lectroniques, la culture et linformation apparaissent comme tant au cur de la diffusion, de la promotion et de la valorisation dautres biens et services lide dun essaimage des logiques socio-conomiques des industries de la culture et de la communication dans lensemble de lconomie
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  • Les pouvoirs publics sont pris en tenaille entre : les demandes de protection en provenance de certains professionnels et les exigences dune plus large libralisation de la part de leurs champions industriels, la libralisation tant perue comme la condition sine qua non des transformations attendues de lconomie nationale, et ce bien au-del, des domaines de la culture et de la communication. Les seconds risquent fort dtre plus entendus que les premiers.
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  • Les thories et les discours de la diversit, des discours de vrit insparables de systmes de pouvoirs Dans cette perspective, trois faits, en apparence non relis, trouvent une cohrence : a) Le glissement smantique de lexception culturelle vers la diversit culturelle nest pas anodin. La diversit culturelle ne prsente pas sur le plan juridique les mmes garanties que lexception. Elle est largement reconnue comme un gage de souplesse face la relative rigidit et solidit juridique de lexception culturelle. Dailleurs, nombre dindustriels clament quils conduisent une politique de la diversit. Jean-Marie Messier, encore dirigeant de Vivendi Universal, na pas t le seul vanter les mrites de la diversit culturelle aprs avoir proclam la mort de lexception.
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  • b) Nombre de travaux scientifiques, ou de rapports officiels, relatifs la diversit : concluent dans le sens dune ncessaire rvision des politiques publiques, voire la rduction drastique de leur primtre et soulignent que cest du ct des mcanismes du march que lavenir des industries nationales de la culture se joue. Dautres, telle Franoise Benhamou (2006), soulignent que les politiques publiques sont contre- productives du point de vue de la diversit.
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