Maladie de Bourneville, épilepsie et troubles envahissants du développement

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    16-Sep-2016

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<ul><li><p>Neumpsychia~ Enfance Adoiesc 2001 ; 49 : 124-30 Q 2001 editions scientifiques et mbdicafes Elsevier SAS. Tous droits r&amp;erv&amp; </p><p>Cas ctinique </p><p>Maladie de Bourneville, 6pilepsie et troubles envahissants du d&amp;eloppement </p><p>A. JulIien*, J.C. Bouley </p><p>Service de p~ch~at~e, sectew 93 I OS, EFS de Wle Evrard, 202, avenue Jean-Jaunty, 93332 Neu~L~~-sur- Mame cedex, France </p><p>(Requ le 1 aotX 2000 ; accept6 le 21 novembre 2000) </p><p>R&amp;urn6 A partir dun cas clinique, les auteurs proposent de discuter de Mat actuel des connaissances sur lassociation troubles envahissants du developpement et epilepsie dans la maladie de Bourneville chez lenfant. Cette association presente un inter&amp; scientifique parce quelle laisse presager dune participation genetique a certains troubles psychiatriques de Ienfant. Plus de 60 % des patients atteints par cette maladie genetique souffrent dune epilepsie de topographie variable qui apparait intriquee a des troubles dafiure autistique et a dautres manifestations psychiat~ques dont Iagres- sivite et lhyperactivit~. La litterature propose pour lepilepsie, un traitement m~dicamenteux speci- fique (ca~amaz~pine, lamotrigine ou vigabatrin) qui nentraverait pas le d~veloppement de Ienfant. 0 2001 editions scientifiques et medicales Elsevier SAS </p><p>autisme I Bpiiepsie / ScMross tub&amp;use de Bourneville I troubles envahissants du d6veloppement </p><p>Summary - Tuberous sclerosis complex, epilepsy and pervssive developmental disorders. Using a case report, the authors talk about current state of knowledge in combination of pervasive developmental disorders and epilepsy in the case of childhood tuberous sclerosis called also Bourne- viles disease. This association presents a great scientific issue because it could imply a genetic link in numerous chilhood psychiatric disorders. More than 60% of patients diagnosed to have tuberous scleFosis complex suffer from seizures of different kind of to~raphy. Epilepsy seems to be linked with autistic-/ike disorders and with of~rpsychjat~c disorders like aggressive and h~eractjve behav- iors. Con~rning trea~ent against e~~epsy, literature provides sp~i~c drug therapy ~~rbarna~ zapine+ lamotdgjne or vi~abatrin~ which ~uldnt damage the child mental de~lopment. 02001 gditions scientifiques et m&amp;dicaies Elsevier SAS </p><p>autism I epilepsy I pervasive developmental disorder I tuberous sclerosis </p><p>Cest Bourneville qui, en 1880, emploie le premier le terme de sclerose tubereuse pour definir les lesions cerebrales, retrouvee chez un sujet Cpilep- tique et deficient mental [3]. Puis Vogt, au debut du XXe sitcle, decrit la triade Cpilepsie, retard mental et tache achromique et decouvre lassociation de lesions cardiaques et &amp;ales dans la sclerose tube- reuse [24]. Enfin, en 1988, Comez Ctablit des criteres de diagnostic precis, divises en criteres majeurs (un </p><p>seul suffrt pour etablir le diagnostic : tuberosites corticales ou nodules gliaux sous-Cpendymaires a limagerie, angiofibromes de la face, hamartomes retiniens multiples, fibromes p&amp;iunguCaux, angio- myolipomes renaux) et exit&amp;es mineurs (qui orien- tent en labsence de criteres majeurs : spasmes infan- tiles, taches ac~omiques ou tache en peau de chagrin, fibromes gingivaux, polykystose r&amp;ale bilaterale, rhabdomyome cardiaque, crises myocloniques ou </p><p>* Correspondance et tirb ri part : CCASA, 112, rue de Lagny, 93 100 Montreuil. </p></li><li><p>Maladie de Boumeville, tpilepsie et troubles du dheloppement 125 </p><p>toniques,. astrocytome a cellules geantes, ou parent de premier degre atteint) [8]. </p><p>Apres quelques don&amp;es sur la genetique, les manifestations neuropsychiatriques et les axes de recherche actuels qui permettent dentrevoir un lien entre maladie genetique et troubles env~issants du d~veloppement, nous proposons detudier B partir dun cas, lassociation de la maladie de Bourneville avec lepilepsie et les troubles psychiatriques chez lenfant. </p><p>Nous discuterons la demarche clinique et les outils diagnostiques necessaires, Ctant donne la complexite de lintrication des trois tableaux et nous envisage- rons les implications therapeutiques basees sur des references bibliographiques de specialit&amp; variees : chirurgie, neurologie et psychiatie, qui sont sollici- tees dans le traitement de la maladie de Bourneville. </p><p>G~N~T~QUE ET MANIFESTATIONS NEUROPSYCH~T~QUES </p><p>La sclerose tubereuse de Bourneville (STB, TSC en anglais de Tuberous Sclerosis Complex) et la maladie de Recklinghausen sont les deux plus frequentes phacomatoses. </p><p>La neurofibromatose de Recklinghausen est une affection a transmission autosomique dominante, a expressivite variable, apparaissant habituellement dans lenfance, caracterisee par des taches pigmen- taires, des neuro~bromes cutanes, des tumeurs siegeant le long des trajets nerveux (neu~nome) ou plus centrale (gliome le plus souvent). Les repercus- sions neuropsychiatriques (debilite mentale dans 10 % des cas et Cpilepsie dans 9 % des cas) sont moins frequentes que dans la maladie de Bourneville du fait du caractere plus souvent pdripheriques des lesions [ 181. </p><p>La sclerose tubereuse de Boumeville est plus bruyante du fait de la frequence de lesions du systeme nerveux central souvent associees a une Cpilepsie et un retard mental profond. La transmis- sion est autosomique dominante a expressivite variable et les formes frustes ou incompletes sont assez frtquentes [ 141. </p><p>La prevalence du gene est de l/6 000 1171 mais dans les deux tiers des cas il sagit dune mutation sporadique de novo [16] non influencee par lage parental. Les etudes genetiques des sujets atteints ont mis en evidence deux genes a lorigine des troubles. 11 sagit de genes suppresseurs de tumeurs : TSCl (chromosome 9 : 9q34) et TSC2 (chromosome 16 : 16p 13) codant respectivement pour lhamartine et la tuberine. Les etudes nont pas montre de difference </p><p>clinique entre les patients ayant une mutation sur le TSC 1 et ceux porteurs dune mutation sur le TSC2 : les proteines synthetisees a partir de ces deux genes interviennent certainement dans la mCme voie meta- bolique regulant la croissance et la di~~renciation cellulaire [ 16, 19,2 1 ]. </p><p>Par ailleurs, lexpression du gene est variable : en effet, la mutation est inscrite sur lun des chromo- somes, dans toutes les cellules de lorganisme mais elle sexprime seulement lorsque survient une muta- tion somatique qui entraine la perte de lallble normal (perte de lheterozygotie). 11 y a developpe- ment dune lignee de cellules issues de la cellule porteuse de la double mutation. Ceci explique la repartition aleatoire des tumeurs. </p><p>Les manifestations neuropsychiatriques sont tres frequentes avec des taux equivalents quel que soit le gene incoming [16, 191. </p><p>Les p&amp;valences de lepilepsie et de la deficience mentale sont tres variables en fonction des etudes, respectivement : entre 70 a 93 % pour lepilepsie et entre 50 et 80 % pour le retard mental [ 10-121. Ces pourcentages diminuent si lon tient compte des formes frustes de maladie de Bourneville, qui sont la plupart du temps meconnues parce que la mutation sexprime peu et quelle nentraine pas de symptome invalidant. Lepilepsie a un debut souvent tres precoce, avant le 7 mois, parfois par des crises partielles ou par des spasmes en flexion. La STB rep&amp;se&amp;e dailleurs 10 % des syndromes de West. La maladie des spasmes en flexion ou syndrome de West est une forme depilepsie propre aux nourris- sons, associee d des anomalies particulieres de lClectroencephalogramme (EEG) appelees hypsa- rythmie. Dans le cadre de la STB, les spasmes sont plus ou moins typiques et peuvent Ctre associes a des crises partielles. Chez lenfant plus grand, les crises partielles matrices et les crises partielles complexes sont les plus frequemment observees. Plus lepilepsie debute precocement, plus le pronostic est mauvais. </p><p>Une etude suggere que le retard mental severe sobserve uniquement chez ies sujets ~pileptiques [12]. Mais la reciproque nest pas vrai puisque certains patients atteints de maladie de Boumeville ont une intelligence normale malgre une histoire Bpileptique ma1 Cquilibree [IO]. Hunt souligne aussi que les acquisitions matrices sont souvent moins retardees et que les garcons semblent avoir un risque accru de deficience mentale. </p><p>Les troubles autistiques sont observes dans 17 a 68 % des cas en fonction des etudes [ 1, 2, 9, lo] et semblent plus frequents apres les spasmes infantiles [ 11, 131. Ainsi, lepilepsie, en particulier les spasmes </p></li><li><p>126 A, Jullien, J.C. Bouley </p><p>infantiles, et ie retard menta1 apparaissent comme des facteurs dc risque a la survenue dun autisme dam la maladie de Bourneville [9] mais 1autisme peut survenir en leur absence [2, 71. Smalley [21] explique cette grande variabilite des resultats par le fait que certaines etudes incluent tous les troubles envahissants du developpement et elle retient une frequence de lautisme autour de 25 % chez les patients atteints de maladie de Bourneville (et 45 % si on compt~bilise tous les troubles envahissants du d~ve1oppeme~t~. </p><p>Lauto- et l~h~t~ro-~~essivit~ sont souvent rappor- tees : environ un patient sur trois, avec une grande variabilite en fonction de la dverite de lagressivitk [lo]. Lhyperactivitk est notee dans un cas sur trois g un cas sur deux en fonction des groupes Ctudies [ll, 121. </p><p>Ceci am&amp;e 4 proposer un suivi psychiatrique systematique des enfants atteints de Bourneville &amp;ant dorm6 la frequence des troubles psychiatriques associts. </p><p>PERSPECTIVES DE RECHERCHE </p><p>L&amp;ude de lassociation maladie de Bourneville et autisme peut orienter les recherches SW lautisme pour lequel les Ctudes g&amp;&amp;iques sont diffkiles. </p><p>La survenue de YCpiIepsie, de la deficience mentale et de lautisme semble like au nombre de t&amp;w, mais les etudes sont en d&amp;accord quant g la correlation entre localisation des tubers et sympto- matologie autistique. Effect&amp;e sur de petits Bchan- tillons, aucune etude ne permet de conclure. Bolton et GrifIiths [2] observent que les diagnostics de retard mental et dautisme sont corrcles au nombre de taben et que fautisme se voit quand i1 y a une Iocalisation temporale. Mais Baker [1] ne retrouve pas de l~a1isation p~icu1i~re dans les cas dautisme et insiste sur 1a frequence de lassociation hypsarythmie et autisme dans la maladie de Bourne- ville. Une etude plus ancienne [12] demontrait limplication de lesions multiples bifrontales et posterieures dans les manifestations autistiques. </p><p>Smalley [2 l] qui souhaite Cclaircir les mecanismes de comorbidite de lautisme et de la STB propose trois hypotheses : - la STB entrake des anomalies du doveloppement cerebral dans une region qui est impliquee dans Lautisme ; - les genes sont sur des loci t&amp;s proches et se trans- mettent simultan~ment ; - Ia STB est a lorigine du dcveloppement de tubers ccrebraux, dun retard mental et dune epilepsie qui favorisent la survenue de lautisme. </p><p>Smalley fait remarquer, &amp; propos de fa troisieme hypothese, que le Q1 est bas dans les etudes ou lon retrouve beaucoup dautistes mais quil est diffkile de faire des etudes statistiquement significatives dans le domainc wtisme, Cpilepsie et Bourneville puisquil y a trcs peu de Bourneville non cpileptique. Hunt et Dennis [11] ont con&amp;t que lepilepsie, surtout It debut precoce, et Ie retard mental sont des facteurs de risques au d6veIoppement de lautisme, mais ils mettent en avant quil existe des patients Bourneville autiste avec un QI normal et Bolton [2] suggkre que Icpilepsie nest pas une condition nkessaire au d~velop~ment de lautisme dans la mafadie de Bourneville. Les progres de Iimagerie fonctionnelle c6rebrale permettront certainement de visualiser de facon plus precise les l&amp;ions cCrdbrales impliquees et aideront a clucider les consequences de la mutation sur le developpement cerebral. </p><p>La seconde hypothese semble peu probable parce quelle ne tient pas compte du sex-ratio dans lautisme en general. MalgrC tout, les etudes gene- tiques de liaison ~Z~~~uge~ en tours pourraient fournir une reponse definitive sur cette hypothese. </p><p>CAS CIINIQUE </p><p>Un cas clinique va maintenant illustrer les dificultes souvent rencontrees face a Iintrication de lbpilep- sie, du retard mental et des troubles psychiatriques chez un enfant et permet denvisager quelques axes diagnostiques et therapeutiques. </p><p>Adrien a et&amp; adresse h lbge de quatre ans k fhopital de jour pour des troubles du developpement associes a une epilepsie ddtiologie indeterminee. Le diagnostic de maladie de Bourneville a et6 pose au tours de 1hospitalisation de jour. Un traitement chirurgical a et&amp; propose, nous en examinerons Ies bCn&amp;kes. </p><p>Adrien etait ne g 37 semaines damcnorrhee par cesarienne pour presentation par 1e siege et grossesse gemellaire dizygote. Sa jumelle etait en bonne Sante, elle ne presentait aucun signe de maladie de Bourne- ville et navait pas de trouble psychiatrique. 11 ny avait, a priori, pas dantecedents familiaux de maladie de Boumeville, mais Ia famille paternelle navait pas et6 interrogee puisque le pere navait pas reconnu lenfant, Le rythme des acquisitions etait dans les limites de ta normale : B 10 mois, if commence B ramper et se tient apsis, la marche sans appui est acquise au lri mois. A 24 mois, il mange seul, obCit aux ordres simples, superpose des cubes, joue avec sa saeur et associe quefques mots. Cepen- dant il nest pas scolarise en meme temps que sa jumelle parce qui1 nest pas propre. </p></li><li><p>Maladie de Boumeville, Cpilepsie et troubles du d~veloppement 127 </p><p>Adrien a et&amp; adress &amp; lequipe de secteur, par le service de protection materno-infantile a deux ans et demi pour une hyperactivitb, mais la m&amp;e interrompt rapidement le suivi psychiatrique. Elle expliquera que le developpement lui Ctait apparu normal jusqua la survenue de crises depilepsie. </p><p>Lepilepsie a commence a 33 mois, au tours de pits febriles pendant une gastro-entdrite, par des crises partielles de une minute sans chute avec myoclonies des membres superieurs et hypotonie cervicale. Puis les crises se sont modifiees, pour devenir tonico-cloniques g~n~ralis~es avec perte de cormaissance pendant deux a trois minutes. Le pediatre a remarqud une perte des acquisitions en quelques mois et une cassure de la courbe pond&amp;ale : il note un comportement regressif dallure autistique, avec perte totale du babillage, passivite et isolement alternant avec des moments dagitation. LEEG mettait en evidence un rythme de quatre a cinq cycles par secondes et des polypointes-ondes en bouffees diffuses. Des calcifications multiples Ctaient les seules anomalies visibles au scanner cerebral : la toxoplasmose est Ccartee par les serologies qui sont negatives. </p><p>A lentree, le tableau clinique etait cot&amp; en uti- lisant la classification americaine des troubles mentaux (DSM-IV), trouble envahissant du develop- pement de type desintegratif (axe 1) avec retard mental severe (axe 2) et Cpilepsie (axe 3). </p><p>Le diagnostic Ctait particulibrement difftcile &amp; Ctablir, puisque 1Ctiologie de lepilepsie &amp;it inconnue et que le pole autistique Ctait particuliere- ment d$veloppe (score autistique a 25 pour un total a 41 a 1Echelle des c...</p></li></ul>