début Nephilim l'éveil

  • View
    229

  • Download
    5

Embed Size (px)

DESCRIPTION

trois premiers chapitres

Text of début Nephilim l'éveil

  • nephilimintgrale 1: les dchus

    1

    le syndrome eurydice

    anonymus

    Inspir de lunivers cr par Fabrice Lamidey et Frdric Weil, The SimStim, 2012

    Le Syndrome Eurydice, ditions Mnmos, 2002 Anonymus, ditions Mnmos, 2002

    Cette nouvelle dition a t entirement revue et corrige par lauteur

  • F a b i e n C l a v e l

    NEphILIMintgrale 1: les dchus

  • Les ditions MNMOS, juin 20122, rue Nicolas Chervin

    69620 SAINT LAURENT DOINGT*

    ISBN : 978-2-35408-137-9www.mnemos.com

    Ouvrage publi sous la direction de Charlotte Volper

  • LIVRE UN

    LE SYNDROME EURYDICEpour anna

    La vie est un songe o ton pauvre Orphe Se trane comme un mendiant sans voix Comme un ange perdu, un idiot qui sait Qu il a vu l invisible en toi

    hubert-Flix Thifaine, Eurydice nonante-sept

  • PREMIRE PaRtIE

    PREMIRE DESCENtE aUx ENfERS

    De lautre ct du passage obscur, Tu vois parfois d tranges lueurs

    hubert-Flix Thifaine, Eurydice nonante-sept

  • 11

    Chapitre1

    Dans la guerre qui nous oppose nos ennemis, les Bohmiens sont une pice importante, en ce qu ils sont nos allis indfectibles. J ignore pourquoi. Ils sont persuads d tre le peuple lu. Cest pourquoi nous devons les protger de notre mieux. Toute information soutire un Bohmien peut savrer dterminante.

    hres, Mmoires des flammes

    1

    Kurt frotta ses phalanges douloureuses et dcida de saccorder une pause. Il tait essouffl et elle ne devait plus tarder.

    Comme chaque fois quil menait un interrogatoire muscl, il se sentait excit. La pnombre rgnant sur les lieux lui semblait propice aux bats inter-dits. Il alla sasseoir sur la seconde chaise, plein dimpatience. De toute faon, lautre aussi avait besoin dun entracte. Il lavait bien travaill au corps et il avait suffisamment dexprience pour savoir quel moment il fallait sarrter.

    Lhomme ne suppliait plus. Il reprenait son souffle par -coups, puis le rel-chait, comme pour un soupir, en un murmure gmissant. Kurt sagita sur sa chaise. Il en avait assez dattendre. Cette respiration danimal bless lirritait, le dgotait mme.

    Ce ntait pas assez. Il avait besoin dune femme. Ses penses revinrent MmeN. Elle devait arriver sous peu. Il essaya de simaginer avec elle. Elle ntait pas si mal aprs tout. Un peu froide peut-tre.

    Un bruit de serrure. La porte souvrit, laissant le passage une silhouette menue.

    O est-il ? La voix tait dure et autoritaire. Kurt fit un geste en direction du fond de la

    pice o attendait lhomme. MmeN y jeta un coup dil. Un homme chenu tait attach sur une chaise. Il ne devait pas avoir plus

    dune cinquantaine dannes, les traits tanns et durcis. Le type dhomme qui

  • Nephilim -1

    vieillissait bien et que lge rendait plus viril et sduisant. Mais tout cela ntait plus quun souvenir: les cheveux taient tachs de sueur et de sang, le visage rendu difforme par les ecchymoses, le regard teint.

    MmeN se retourna vers Kurt. Ses yeux gris brillaient de colre. Il a parl, jespre. pas vraiment Allez chercher un mdecin. Vous navez plus rien faire ici. Kurt avait rarement t congdi dune faon aussi brutale. habituellement,

    sa grande carcasse de brute faisait peur, mais ce petit bout de femme ne semblait pas impressionn. regret, il se retira en murmurant un ironique:

    vos ordres, imperator. Il naimait pas tre command par une femme, surtout une qui, il fallait

    bien lavouer, forait son admiration. Il tapa sur la porte pour demander sortir. Franchissant le seuil, il entendit la voix de MmeN.

    Lorsquil revint quelques minutes plus tard, accompagn du mdecin de lquipe, elle en avait dj fini. Elle sadressa au praticien:

    Faites-moi rapidement un diagnostic. Je crois quil ne vivra plus trs longtemps.

    Le spcialiste acquiesa et se dirigea vers le bless. Elle et Kurt restrent face face. Il lobserva dans la lumire rasante et faible. Elle portait les cheveux courts, presque ras. Ils avaient le gris mtallique de ses yeux.

    Alors ? demanda-t-il. Nous pouvons tre peu prs srs quune caravane est partie il y a

    quelques mois en direction de la Turquie. Et quest-ce que cela implique ? Un changement a d intervenir. Cest sans doute en lien direct avec les

    activits des Bohmiens qui sagitent beaucoup en ce moment. Si celui-ci est bien all en Turquie, cela veut dire que le Sujet5 va revenir.

    Vous croyez ? Aprs ce qui sest pass il y a cent ans ? Il doit avoir de bonnes raisons Le mdecin revenait de lautre pice. Il nona mornement: Colonne vertbrale apparemment fracture. De fortes chances quune

    hmorragie interne se soit dclare. Vous tes content de vous, frre ? interrogea MmeN. Kurt soutint son regard. Sans dtourner les yeux, elle reprit lintention

    du mdecin: Tuez-le. Et faites disparatre le corps. Il ne nous sert plus rien

    maintenant.

  • 13

    Chapitre2

    Quiconque dirait que nous existons passerait pour un fou. Et cest une bonne chose. Nous avons tout fait pour qu il en soit ainsi. On ne va quand mme pas se laisser emmerder par des mortels, non ?

    Azarian, Autobiographies lunatiques

    1

    Jennifer sveilla en retard. Le rveil avait sonn, mais pas assez fort pour la tirer de son sommeil de

    plomb. Elle se leva en billant et alla directement la salle de bains. Elle fit la moue en constatant dans le miroir quune couleur chtain rapparaissait dj la racine de ses cheveux blonds.

    En revenant, elle cogna du doigt contre la vitre du grand aquarium qui trnait sur sa table de nuit. Le poisson rouge esseul qui y logeait resta placide et se contenta de lui tourner le dos. Elle enfila rapidement un jean bleached trop grand pour elle, puis le reste de ses vtements, le soutien-gorge bandeau gris chin, le dbardeur dos nageur, le blouson capuche, et mit la cafetire lectrique en route. Elle prpara mthodiquement ses affaires de cours et ses affaires de sport. Bientt, lodeur du caf monta dans le studio.

    Le tlphone sonna. Jennifer dcrocha en maugrant. Allo Maman ? Jallais partir Oui, jai bien dormi les cours

    sont bien pour l'instant, mais cest difficile savoir ds le dbut de lanne oui, jai certains profs de lanne dernire a te dira rien agressive ? Mais non, je suis pas agressive Cest quand mme toi qui mappelles huit heures du matin pour vrifier si je vais bien en cours, non ? Il faut vraiment que jy aille Tu veux que je sois en retard ? bientt oui, cest a bientt

  • 14

    Nephilim -1

    Jennifer raccrocha, partage entre la piti et lirritation. Elle alla vers la cafetire et plongea son regard dans le liquide brun. Elle grimaa et renversa tout le contenu dans lvier, laissant se diluer la boisson sur la faence blanche.

    Cette nuit, elle navait rv de rien. Rien de trs effrayant. Elle jeta un coup dil au rveil: il tait temps de partir. Elle enfila ses Doc Martens et passa son blouson.

    Elle dvala les escaliers quatre quatre, tout en essayant de ne pas faire trop de bruit pour les voisins, en particulier les Michaux qui lui louaient ce modeste studio sous les toits, rue du Chemin-Vert. Ce nest quune fois dans la rue quelle se rendit compte quelle avait d laisser lordinateur allum toute la nuit et bientt toute la journe.

    Tant pis , se dit-elle. Le froid glacial de la rue contrastait fortement avec la chaleur touffante

    de limmeuble. La pluie la dcida prendre le mtro. Elle nen avait que pour quelques stations mais ctait toujours a de gagn.

    Chemin Vert. Il y avait un monde fou sur le quai, des mines revches, des corps languides,

    dj puiss, de petits yeux mi-clos, des grognements mcontents, des bous-culades, des miettes de viennoiseries manges la sauvette, la sonnerie des portes qui se ferment. Ctait toujours laffluence dans le wagon. La foule se pressait, se collait, sagglutinait dans le plus parfait dsordre. Des haleines charges montaient le long des vitres embues, des odeurs de transpiration, des fragrances de tabac froid, envahissantes jusqu la nause. Des relents de musc.

    Bastille. Gare dAusterlitz. Elle descendit la station suivante. Cluny - La Sorbonne. Le plafond de la station tait couvert de mosaques multicolores imitant

    des signatures illustres. Quittant les visages cuits par le froid, elle monta de nouveau quelques escaliers, avant de retrouver le vent de la rue. Elle prit le boulevard Saint-Michel. Les ruines gallo-romaines sa gauche, vestiges de temps antiques, rpondaient un btiment haussmannien sur sa droite que lon abattait entirement, lexception des faades qui donneraient limpres-sion danciennet.

    Comme elle sabmait dans sa contemplation, elle eut limpression tout coup que sa semelle tait troue et laissait passer leau. pourtant ses chaus-sures taient trop rcentes pour tre dj perces.

    Limpression revint, plus brutale cette fois: une sorte de morsure compri-mait violemment sa chaussure. Elle vit quelle marchait dans une flaque

  • 15

    Le syndrome Eurydice

    deau noire. Sans quelle sache pourquoi, cette vision la glaa. Lide simposa elle que cette eau noire pntrait par les pores de sa peau, montait dans sa jambe, atteignant la cheville puis le genou, allait enfin prendre possession de son corps tout entier, pour le dissoudre lentement par une sorte drosion interne.

    horrifie, elle put enfin ter son pied de la flaque dun geste affol. Il tait intact, le cuir de la chaussure navait pas t attaqu. Mais des reflets menaants brillaient encore dans cette flaque deau sale, strie par les gouttes de pluie, ondulant de mille replis, serpentant vers elle en un mouvement incessant mais inutile. puis limpression disparut. La flaque redevint une simple surface liquide. Jennifer calma les battements de son cur avant de reprendre sa route.

    Un peu plus loin, elle obliqua dans la rue des co