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Journal Takeshi Kitano Retrospective

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Journal de la retrospective Takeshi Kitano

Text of Journal Takeshi Kitano Retrospective

  • une exposition la Fondation Cartier, et une rtrospective de ses films au centre Pompi-dou. Autant de bonnes raisons de se pen-cher sur cet tonnant artiste aux mille et un visages.Voici une quinzaine dannes que le public franais croit connatre le cinaste japonais Takeshi Kitano, 63 ans, auteur de polar troubles ( Sonatine, 1993 ), et souvent poi-gnants ( Hana-bi, Lion dor Venise en 1997 ). Dailleurs, avec lonirique Dolls en 2002, inspir par lart du bunraku ( thtre de marionnettes traditionnel ), on avait pu ima-giner un tournant dans loeuvre du cinaste, devenu, avec la maturit, pote abstrait et contemplatif, ou troubadour lyrique du cin-matographe. Que nenni ! Loin de poursuivre sur la confortable voie de la respectabilit,

    ses der-niers films,

    d l i b r -ment ingaux,

    sacharnent dtourner ou

    dtruire le mythe Kitano, formant

    une trilogie, grima-ante et bancale, sur

    le thme de la cration. Ou, plutt, sur son impossibilit et ses ratages. Son actuelle exposition la Fondation Car-tier, drle et enfantine ( Gosse de peintre ), achve de brouiller les repres cinphiliques en prsentant une oeuvre plastique proti-forme, mlant films, sculptures, peintures, parodies et missions tlvises. Qui laissent le spectateur la fois hilare et interdit, devant une invitable question : mais qui donc est, au fond, ce Takeshi Kitano ?

    PORTRAIT DE TAKESHI KITANO

    Anarchiste zenAlexandre Prouvze

    Clbre en France pour son cinma, Takeshi Kitano revient avec un nouvel

    opus ( Achille et la tortue ), un livre den-tretiens avec le journaliste Michel Temman,

    Lamuseur public

    Aprs des tudes dingnierie dans une des plus prestigieuses universits japonaises, Kitano commence sa carrire Tokyo comme rparateur dascenseurs pour une bote de nuit ! Sur scne, sketches comiques alternent avec numros de strip-tease. La bonne vieille cole du cabaret : de temps autre, Takeshi remplace un humoriste absent, au pied lev. En 1972, 25 ans, il dcide de se lancer dans le comique manza ( 1), en compagnie de son ami Kiyoshi Kaneko. Le duo, dans lesprit pop et libertaire de la fin des annes 1960, se baptise Two Beats, lamricaine. Kitano se mtamorphose pour la premire fois en Beat Takeshi, son Mister Hyde, alter ego excessif et provocateur qui ne le quittera plus. Le succs ne tarde pas : en 1976, les compres font un tabac tlvis, dans un registre outrancier qui nhsite pas taper sur les vieux, les pauvres ou les handi-caps. Lesprit punk made in Japan.Le Monsieur Manhattan de Benot Poel-voorde, les sarcasmes de Pierre Desproges, pourraient ici donner une ide du ton qui rendit Kitano clbre dans son pays. O il reste avant tout, aujourdhui encore, un anar-chiste du petit cran. Et pour cause : Takeshi, stakhanoviste du rire violent, alla jusqu soccuper dans les annes 1980 de prs dune dizaine dmissions tl par semaine. Parmi celles-ci : Takeshis Castle, une sorte dInter-villes hardcore, dont lexport aux Etats-Unis et en Europe ( encore diffus, en France, sur Direct 8 ) assura Kitano une stature inter-nationale dempereur du divertissement. Comme un mlange nippon de Guy Lux, Coluche et Sacha Baron Cohen

    RETROSPECTIVE

    16 rue de la maison RougeRsidence des Cdres92190 MEUDON

    FONDATEUR : Luce RouxDIRECTRICE : Gabrielle FerryMAQUETTE : Gabrielle FerryCONCEPTION GRAPHIQUE :Gabrielle Ferry et Luce Roux

    RENCONTRE AVEC TAKESHI KITANO p.4-5SES TALENTS CACHS p.6

    FILMOGRAPHIE p.7

    AUTOPORTAIT DJANT p.2

  • 2P O R T R A I T

    Lacteur-ralisateur se ddouble dans le trs schizophrnique Takeshis, son oeuvre la plus surprenante, la plus djante, la plus atypique et sans doute la plus personnelle. Dans cette

    sorte de casse-tte japonais qui se droule entre rve et cauchemar, il incarne la fois Beat Takeshi, star du show-biz, et son sosie, un caissier timide aux cheveux blonds, qui voudrait devenir acteur. Aprs son travail, le caissier dcolor auditionne, mais la concurrence est

    rude en raison de la prsence de yakusas trs motivs qui dsirent dcrocher les mmes rles. Les yakusas ont trouv ces scnes trs drles, explique Takeshi Kitano. Ils vien-nent souvent mon bureau pour tenter davoir des rles dans mes films. Je refuse

    videmment sinon la police ferait sans arrt des descentes chez moi ! Alors, chaque fois, jai des problmes. Ils me menacent, veulent me couper le doigt... En revanche, dans les studios de Kyoto, on narrive pas diffrencier les acteurs des yakusas ! Cest totalement fusionnel.

    Et dajouter, dans un clat de rire, les yakusas ont un dsir de recon-naissance, de clbrit, ils veulent safficher avec nous, les artistes. Nous sommes leurs geishas !

    travers ce film, Takeshi Kitano joue au clown. Jai ce projet depuis dix ans, depuis lpoque de Sonatine, confie le ralisateur. Mais mes producteurs trouvaient lide insense et pensaient quil tait

    trop tt pour la raliser. Mon heure est enfin venue ! Lhistoire est irrelle et le personnage de Beat Takeshi est un mlange de limage publique que mes fans doivent avoir de moi et celle dune star arrogante strotype. Mais mes yeux, il ne sagit

    pas de schizophrnie, plutt de dmultiplication comme dans une formule mathmatique.

    Jeu de massacre

    En revanche, une chose est sre. Il veut tuer le mythe Kitano, en parodiant les scnes violentes que lon

    trouve dans ses films, tout comme son personnage tl. On a limpres de massacre la fois librateur et destructeur, la fin dun cycle cinmatogra-phique.

    Finalement, vers quoi dsire-t-il aller ? Je rpondrai par une image. Jen ai assez dtre dans lable dans laquelle je suis i nai

    pas suffisamment dares fondations ? Impossible de rpondre, je suis en train den laborer les plans. Je nai donc mme pas encore abord la phase

    des travaux.

    Mais pour lui, il nest pas ques-tion dabandonner son mis-sion tl hebdomadaire, jai besoin de mes sponsors et dargent pour raliser mes

    films !

    Comdie de Takeshi Kitano, avec Beat

    Takeshi Kitano, Kotomi Kyono, Susumu Tera-jima, Akihiro

    Miwa.

    UN CRATEUR TENTACULAIREEn marge de sa frnsie tlvisuelle, Kitano diversifie assez vite ses activits. Il peint, crit des pomes, de nombreuses critiques, une poigne de romans. En 1983, il appa-rat pour la premire fois au cinma dans Furyo, film de guerre de Nagisa Oshima, aux cts de David Bowie. Mais surtout, au cours des annes 1980, Takeshi Kitano sen-toure de fous furieux et de doux dingues, les Gundan, disciples martyriss lors de ses missions, et acteurs des films quil ra-lise partir de 1989. Comme Andy Warhol ou Andr Breton, Kitano fait partie de ces artistes qui, trs tt, ont aim sentourer dun groupe, dun ensemble complice daffinits lectives. La plupart dentre eux sont venus moi par hasard, au fil de rencontres impr-vues , explique Kitano ( 2 ) , Peut-tre que le fait davoir les Gundan autour de moi agit comme une thrapie. [ ] Si on me deman-dait de choisir entre ma famille et mes dis-ciples, il se pourrait que je choisisse les Gun-dan ! Avec son gang, Beat Takeshi dveloppe des concepts dmissions tous azimuts, qui tien-nent autant de la science ( il se passionne pour la fission nuclaire ) que du happening. Quelques exemples : des dbats politiques et des histoires dextraterrestres, des mythes

    aztques, un show mdical, un journal din-formation, des missions de mathmatiques et de chansons, quelques variations sur Benny Hill ou des hros de mangas Et, sur-tout, lmission que Kitano considre comme sa meilleure : Daredemo Picasso. Traduc-tion : Nimporte qui peut tre Picasso. Derrire la provocation du titre, on retrouve la fascination de Kitano pour la peinture, et son rapport dcomplex toutes les formes de cration ( lui-mme sinspirant ostensible-ment du matre espagnol ). A mlanger ainsi les genres, la crativit du cinaste japonais prend des airs de poulpe, dont chaque ten-tacule fouillerait un champ particulier du savoir. Comme un artiste-rseau : raison pour laquelle Kitano parat si constamment faire tomber les barrires, dabord entre art et divertissement, puis entre les diffrentes formes dexpression - lorsquil reprend, par exemple, ses tableaux dans des films ( Hana-bi, Achille et la Tortue ). Mais il abolit aussi la distance entre son statut de crateur et celui de son public, dont limplication dter-mine largement loeuvre prsente ( voir, par exemple, linstallation La Tour de Hano la Fondation Cartier ). A bien y regarder, il semblerait alors que le vritable domaine de travail de Kitano ne soit ni le cinma.

    Mise lpreuve des acteursLes acteurs dOutrage navaient encore jamais travaill avec Takeshi Kitano. Lexprience a donc t enrichissante pour le ralisateur qui reste habitu ses comdiens ftiches : Je crois sincre-ment que ctait bien parce que plein de fracheur, de nouveaut. La technique de certains acteurs mtait totalement inconnue. Jai vu des choses que je navais jamais rencontres avec mes acteurs habituels.

    Combats sanglants... en smokingLa spcialit de Takeshi Kitano : la violence ! Il le dit lui-mme : Je filme la violence de sorte que le spectateur ressente rellement la douleur. Je nai jamais film et ne filmerai jamais la violence comme sil sagissait dun vulgaire jeu vido. Pour ce nouveau film les scnes de combat sont particulirement stylises. Dj dans Zatoichi, dont laction se droule au XIXme sicle, les face--face lpe taient ralentis, les gestes, amplifis et la musique, loquente. Cette fois le cinaste reste dans le mme registre mais le traite dune manire plus contemporaine. Les yakuzas hurlent dans des espaces impersonnels, bien souvent en intrieur , ils sont richement vtus, en costume la manire des cadres daujourdhui. La violence qui se rpand, tentaculaire, est vhicule par les armes feu mais aussi par le biais du langage. Takeshi Kitano nous livre donc une rflexion sur la prpon-drance de la violence dans nos socits contemporaines.

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