La toxicologie médicale : état des lieux et perspectives

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    03-Jan-2017

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  • Ranimation (2009) 18, 545546

    DITORIAL

    La toxicologie mdicale : tat des lieux et

    perspectivesMedical toxicology: Actual state and prospective

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    MOT CLToxicologie

    KEYWORDToxicology

    La toxicologie mdicale a pour point commun ltudeet le traitement chez lhomme des effets toxiques lis la pntration dans lorganisme de substances trangres(xnobiotiques). Cette dfinition illustre la multiplicit etla complexit de ses diffrents aspects lis la varitdes toxiques (mdicaments, produits chimiques, plantes,venins. . .), des voies de pntration, des types dexposition(aigu ou chronique), des modalits de lintoxication(accidentelle ou volontaire), des symptmes qui peuventconcerner tous les organes et toutes les fonctions.

    La toxicologie clinique concerne principalement lesintoxications, en particulier aigus, qui sont une cause fr-quente dadmission dans les services de ranimation etdurgences. Au cours des 20 dernires annes le paysagetoxicologique sest profondment modifi. La nature destoxiques incrimins a volu en fonction de lintroductionou de la disparition de substances disponibles sur le marchmais aussi des changements dans les habitudes de prescrip-tion mdicamenteuse. Les benzodiazpines ont largementsupplant les autres psychotropes. Les intoxications paraspirine ont pratiquement disparu au profit du paracta-

    mol. Parmi les mdicaments cardiotropes, les intoxicationsdigitaliques, surtout aigus, sont devenues rares, alors quecelles dues aux antiarythmiques (stabilisateurs de mem-brane et inhibiteurs calciques) sont plus frquentes etrevtent une gravit particulire.

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    1624-0693/$ see front matter 2009 Publie par Elsevier Masson SAS podoi:10.1016/j.reaurg.2009.08.009Sur le plan clinique, lidentification des toxidromes t des critres de gravit a t un lment essentiel dansamlioration de lapproche diagnostique et de la stratgiehrapeutique des intoxications.Lanalyse toxicologique avec le dveloppement de

    thodes analytiques de plus en plus spcifiques et sen-ibles a t une contribution fondamentale. En effet, uneeilleure connaissance de la toxicocintique et de la toxi-odynamie a permis de mieux comprendre les mcanismese toxicit, dvaluer de manire plus rationnelle les trai-ements et de modifier les habitudes thrapeutiques.insi, lintrt des techniques de dcontamination diges-ive (lavage gastrique, dose unique de charbon activ)t rvalu. Les recommandations mises par diff-

    entes socits (American Academy of Clinical Toxicology,uropean Association of Poisons Centres and Clinical Toxi-ologists, Socit de ranimation de langue francaise) ontortement limit leurs indications. Ainsi, le lavage gas-rique et le charbon activ dose unique, qui taientouvent pratiqus de manire systmatique, nont plusue des indications exceptionnelles. Il y a une vingtaineannes, les techniques visant augmenter lliminationes toxiques (diurse force et/ou alcaline, hmodialyse,modiafiltration, hmoperfusion. . .) taient prconisesans de nombreuses intoxications. Une approche plus ration-elle base sur des paramtres cintiques et dynamiques aontr quelles taient dans la plupart des cas inutiles, leurs

    ndications potentielles se limitant quelques toxiques par-iculiers : aspirine et phnobarbital pour la diurse alcaline,thanol, thylne glycol, lithium pour lhmodialyse. Enevanche, les traitements antidotiques ont pris une place delus en plus importante. Leurs indications, bases elles aussi

    ur des critres dynamiques et cintiques, ont t mieuxfinies. Ainsi, par exemple, les fragments FAB antidigoxine,a N-actylcystine, lhydroxocobalamine, le fompizole,a pralidoxime ont nettement modifi le pronostic des

    ur la Socit de ranimation de langue franaise.

    dx.doi.org/10.1016/j.reaurg.2009.08.009

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    Adresse e-mail : albert.jaeger@chru-strasbourg.fr46

    ntoxications par les digitaliques, le paractamol, leyanure, les alcools et glycols, les insecticides organophos-hors.Cependant, le traitement symptomatique, qui a permis

    e diminuer fortement la mortalit des intoxications, estoujours prioritaire et est souvent le seul indiqu. Les tech-iques de supplance des dfaillances dorganes permettentans de nombreux cas de passer le cap critique li larsence du toxique dans lorganisme. Les exemples pluscents sont la circulation extracorporelle avec oxygnateurmembrane dans les dfaillances cardiocirculatoires et lears dans les dfaillances hpatiques dorigine toxique.Certains progrs rcents dans la comprhension des

    canismes de toxicit permettent denvisager dansavenir une approche non plus systmatique dun typeintoxication, mais une approche individualise tenantompte de la relation dosetoxicit et des groupes isques accrus ou spcifiques prsentant soit des diff-ences du point de vue mtabolisation soit des dfaillancesorganes : enfants, personnes ges, dfaillances rnalesu hpatiques. . . Le dveloppement actuel de la toxicogn-ique permet dexpliquer de plus en plus certaines variationse toxicit observes pour des doses identiques.Les aspects trs varis de la toxicologie mdicale

    xpliquent en partie quelle na pas t individualise enant que discipline ou spcialit, ce qui est aussi le casans la plupart des autres pays. Elle constitue plutt un

    omaine dactivit et dintrt qui est pluridisciplinairet concerne de nombreuses spcialits aussi bien mdi-ales (ranimation, mdecine durgence, mdecine duravail, mdecine lgale. . .) que non mdicales (pharmacie,iologie. . .). Il existe nanmoins un besoin de formationditorial

    nrale et dexpertise dans les diffrents domaines. Uneormation gnrale est actuellement assure dans le cadreun diplme interuniversitaire de toxicologie mdicaleomportant trois options : urgences toxicologiques, toxico-ogie industrielle et environnementale, pharmacovigilance.acquisition dune expertise nest pas structure et seait essentiellement par la formation continue (sminaires,ongrs dont deux congrs internationaux de toxicologiedicale) et la recherche. Cest la recherche en toxicologielinique qui a permis doptimiser la prise en charge desntoxications aigus. Nanmoins, elle se heurte plusieursifficults : motivation parfois peu importante des autresartenaires indispensables, difficults de financement dea part des industriels souvent peu enclins soutenir destudes sur la toxicit de leurs produits chez lhomme,ifficults de mettre en place des tudes multicentriquesourtant indispensables pour certaines intoxications rares,ifficults pour dvelopper la recherche sur des antidotesui nauront, vue la raret de certaines intoxications,as de rel dbouch commercial. Il reste esprer queautres domaines de la toxicologie plus mdiatiques, telenvironnement, nocculteront pas la ncessit duneecherche en toxicologie clinique.

    A. JaegerHpitaux universitaires de Strasbourg, 1, place de

    lHpital, 67091 Strasbourg cedex, France21 aout 200925 aout 2009

    Disponible sur Internet le 17 septembre 2009

    mailto:albert.jaeger@chru-strasbourg.fr

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