Conjoncture économique et examen des budgets -  · Conjoncture économique et examen des budgets Mai…

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  • Centrale des syndicats du Qubec Sige social 9405, rue Sherbrooke Est, Montral (Qubec) H1L 6P3 Tlphone : (514) 356-8888 Tlcopie : (514) 356-9999 Bureau de Qubec 320, rue St-Joseph, bureau 100, Qubec (Qubec) G1K 9E7 Tlphone : (418) 649-8888 Tlcopie : (418) 649-8800

    Adresse Web : http://www.csq.qc.net

    Conseil gnral change A1112-CG-072

    Conjoncture conomique et examen des budgets Mai 2012

    9, 10 et 11 mai 2012

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    Prpar par Pierre Beaulne et Pierre-Antoine Harvey

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    Plan 1. Tendances de lconomie

    - Canada - Qubec

    o Emploi o Inflation

    2. Finances publiques

    - Fdral - Ontario - Qubec

    1. Tendances de lconomie Can it bethe recovery? se demandait la revue britannique The Economist sur la page couverture de son dition du 17 mars dernier. En effet, depuis quelques semaines, un optimisme prudent se fait jour, aliment par une srie de nouvelles conomiques plus encourageantes et un certain rpit dans la crise europenne. Il faut se rjouir de ce revirement des perceptions, mais demeurer prudents. Rien ne garantit quune reprise auto-entretenue et durable senclenche prsentement, car aucun des problmes fondamentaux la source de la crise na t rsolu : la drglementation du secteur financier, les dsquilibres commerciaux entre pays, le chmage et le sous-emploi, la stagnation des salaires, laccentuation des ingalits de revenus, lalourdissement de lendettement public comme priv, etc. Entre-temps, dautres politiques incidence ngative pour la croissance conomique, comme les politiques daustrit budgtaire, ont t mises en uvre un peu partout. Lan dernier, pareille date, la reprise de lconomie mondiale trbuchait, sous leffet conjugu dun ensemble de chocs aggravant les incidences du durcissement des politiques daustrit budgtaire : flambe des prix alimentaires et ptroliers, sisme au Japon, approfondissement de la crise de la dette souveraine en Europe. La glissade sest prolonge tout le reste de lanne. Elle a abouti au psychodrame de la gestion de la crise de la dette souveraine en Europe, entranant dans son sillage la chute de plusieurs gouvernements. Ici mme, lemploi saffaissait dramatiquement au cours du dernier trimestre de 2011. Depuis le dbut de lanne, cependant, la situation sest dcrispe. travers les turbulences, lconomie amricaine a poursuivi sa consolidation tout au long de lanne dernire. Elle a continu progresser modrment, mais un rythme qui sest acclr, tmoignant de sa rsilience. Son lan nest sans doute pas suffisant

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    pour enclencher un processus auto-entretenu de croissance, mais sa rsistance sest renforce. Pour trois des cinq derniers mois, il sest cr au-del de 200 000 emplois par mois. Les dpenses de consommation des mnages ont repris leur progression. En revanche, le march immobilier ne semble pas avoir encore touch le fond. Graphique 1

    En Europe, un certain rpit se manifeste la suite de la restructuration russie de la dette grecque et grce une politique plus proactive de la Banque centrale europenne (BCE) sous la gouverne de son nouveau directeur, Mario Draghi. La BCE a inond le march de liquidits en prtant aux banques au-del de 1 000 milliards deuros 1 % pour trois ans. Les banques ont utilis ces fonds pour se consolider, mais aussi pour acheter des titres de dette des gouvernements, entranant une certaine dtente dans les cots de refinancement des dettes publiques. Cela a grandement contribu dsamorcer la crise. Il nen demeure pas moins quil y a quelque chose dindcent dans cette mcanique. Les traits interdisent la BCE de prter directement aux gouvernements. Mais celle-ci peut fournir aux banques tout le crdit souhait, et ce un cot presque nul, dont elles se serviront pour consentir aux gouvernements des prts des taux nettement plus onreux.

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    Graphique 2

    Ce qui pose problme, cest la faiblesse ou labsence de croissance conomique, car cela demeure la meilleure faon dattnuer le poids de lendettement public. Les politiques daustrit, en tirant la croissance vers le bas, ne font quempirer lendettement des gouvernements. On voit donc merger un courant qui propose de prioriser la croissance sur laustrit ou, tout le moins, de dvelopper un volet de politiques de stimulation conomique pour faire contrepoids aux politiques daustrit. LItalien Mario Monti a t le premier chef dtat prendre ce virage. la mi-avril, il a annonc son intention de retarder dun an, 2014, le rtablissement de lquilibre budgtaire et de mettre laccent sur la croissance conomique. Cest ainsi que des voix de plus en plus nombreuses slvent pour rclamer un pacte de la croissance du mme genre que le Pacte budgtaire europen qui doit entrer en vigueur en 2013. Ce terme baigne quand mme dans un certain flou artistique. Il nest pas certain que le nouveau prsident franais, Franois Hollande, et le prsident de la BCE, Mario Draghi, qui sest dclar favorable un pacte de la croissance, partagent la mme interprtation de cette notion. Pour Mario Draghi, il sagit daccrotre la flexibilit du march du travail. Pour Franois Hollande, il sagit dune politique de relance par la dpense publique. Quoi quil en soit, cette nouvelle dynamique pourrait conduire des ralignements politiques mettant en cause lascendant de lAllemagne dans la gestion de la crise.

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    Graphique 3

    Cependant, lEurope demeure trs fragile et la merci de nimporte quel choc, comme la illustr rcemment laffolement des marchs financiers la suite de la chute du gouvernement hollandais sur la question de la rduction du dficit budgtaire. Lagence Moodys menace maintenant de retirer aux Pays-Bas la cote AAA quils dtiennent toujours avec seulement trois autres pays europens. Par ailleurs, maintenant que les effets des injections de liquidits par la BCE commencent sestomper, les investisseurs se montrent plus circonspects, comme en tmoigne le cot croissant de leurs prts lEspagne. La victoire lectorale du socialiste Franois Hollande les rend aussi plus nerveux, car ils craignent lexacerbation des dsaccords entre la France et lAllemagne. Les rsultats des lections en Grce, o les opposants de gauche comme de droite aux plans daustrit ont gagn une majorit, laissent aussi prsager de nouvelles turbulences politiques. Quant au Royaume-Uni, les choses vont de mal en pis, comme on pouvait sy attendre, du fait de la rigueur de laustrit budgtaire. Au regard de la situation actuelle, lOrganisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE) estime que lEurope a besoin de :

    Augmenter la grosseur du pare-feu (les rserves financires pour venir en aide aux pays en difficult) afin de rtablir la confiance ;

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    Remplumer le secteur financier, notamment par la recapitalisation des banques plus faibles ;

    Stimuler la croissance et rgler les dsquilibres des changes par des rformes tant dans les pays excdentaires que dficitaires.

    En somme, pour reprendre lexpression du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, si la situation en Europe est loin dtre rsolue, les problmes sont passs de graves chroniques1. Perspectives conomiques Refltant ce regain doptimisme, le Fonds montaire international (FMI) a lgrement rvis la hausse ses prvisions conomiques, pour la premire fois depuis le dbut de 2011. Lconomie mondiale progresserait de 3,5 % en 2012, au lieu des 3,3 % prvu en janvier dernier. Mme si elle demeure modeste, la correction signale une inflexion de la tendance. Canada : la mare montante profite tous Tout comme un bateau qui slve avec la mare montante, lconomie canadienne profitera de lamlioration de lconomie mondiale, et particulirement dun renforcement de la croissance aux tats-Unis. Cest pourquoi les divers organismes ont rajust leurs prvisions la hausse. Dans son plus rcent Rapport sur la politique montaire, le 18 avril 2012, la Banque du Canada prvoit maintenant que lconomie crotra un rythme de 2,4 % en 2012 et en 2013 avant de ralentir pour se situer 2,2 % en 2014. Dans son analyse, la Banque estime que la croissance proviendra essentiellement de la demande des mnages, mme sils sont dj trs endetts, ainsi que des investissements privs. La contribution la croissance des gouvernements sera peu prs nulle, tant donn leurs politiques budgtaires, tandis que la contribution du commerce extrieur demeurera faible cause de la demande trangre modre. Pour sa part, Kevin Page, le directeur parlementaire du budget, voit les choses plus sombrement. Il estime que les politiques budgtaires restrictives appliques par les divers gouvernements au Canada retrancheront huit diximes pour cent (0,8 %) au taux de croissance de lconomie. Selon son rcent rapport, les restrictions budgtaires se traduiront par 18 000 emplois de moins cette anne et par 108 000 en 20152.

    1 Extrait du discours Exporter dans un monde daprs-crise de Mark Carney ,en avril 2012. 2CANADA,BUREAUDUDIRECTEURPARLEMENTAIREDUBUDGET(2012).Perspectives conomiques et

    financires selon le DPB, (24 avril). www.parl.gc.ca/pbo-dpb (Consult le 26 avril 2012).

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    Qubec : remonte de lemploi Les perspectives de croissance pour le Qubec sont plus modestes. Son conomie a mieux rsist la rcession et la reprise de lemploi a t plus vigoureuse quailleurs. Mais cela laisse moins de place pour un rebondissement aussi marqu que dans les rgions plus affectes. Laustrit budgtaire nexercera pas un effet de freinage aussi prononc quen Ontario, car le dernier budget na pas rajout grand-chose aux mesures dj connues. Cest plutt la consommation des mnages qui risque de faiblir, en raison du niveau dendettement exceptionnel, ainsi que la construction rsidentielle. Les pertes demplois de la fin de 2011 ont probablement exagr la faiblesse des conditions du march du travail. Mais le rythme de cration demploi risque dtre modeste. Le secteur immobilier subit un rajustement la baisse, tant pour les nouvelles constructions que pour les ventes de maisons existantes, du fait des niveaux des prix qui rendent lachat dune proprit de plus en plus inabordable. Voici, par exemple, les prvisions rcentes faites par la Banque TD3 : Tableau 1 - Taux de croissance du PIB selon la Banque TD

    1995-2009 2009 2010 2011e 2012p 2013p

    Canada 2,6 -2,8 3,2 2,5 2,2 2,4 Qubec rel 2,3 -0,7 2,5 1,7 2,0 2,2 Qubec nom 3,9 0,1 4,8 4,9 4,4 3,9

    3 TD ECONOMICS (2012). Provincial Economic Update (9 avril).

    www.td.com/document/PDF/economics/qef/prov0412_update.pdf (Consult le 25 avril 2012).

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    Emploi : remonte surprenante

    Au dernier trimestre de 2011, lemploi au Qubec a connu une vritable dbcle, alors quil se perdait 61 000 emplois, soit lquivalent des gains accumuls pendant un an et demi. Ds le dbut de 2012, cependant, le niveau de lemploi sest stabilis. En mars, une remonte spectaculaire sest opre alors quil sest cr 36 000 emplois (82 000 au Canada). De ce nombre deux emplois sur trois taient temps plein. Jusqu prsent, les trois quarts des emplois perdus au cours de lautomne dernier ont t rcuprs. Le taux de chmage a recul de 8,4 % en fvrier 7,9 % en mars. Au Canada, il a diminu de 7,4 % 7,2 %.

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    Lexamen des donnes selon le type demploi montre que le repli de lautomne dernier a affect beaucoup plus fortement lemploi temps partiel (Graphique 5).

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    Sous un autre aspect, on observe que les pertes demplois survenues lautomne dernier taient concentres chez les hommes, lemploi des femmes ayant peu chang au cours de cette priode. La remonte observe depuis le dbut de lanne semble assez bien partage entre hommes (25 000 emplois) et femmes (21 000 emplois).

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    Inflation Linflation au Qubec connat prsentement de brusques variations. Les pousses dinflation depuis un an sexpliquent par la flambe des prix alimentaires et nergtiques et, au dbut de 2012, par la majoration de 1,0 % du taux de la TVQ qui est porte 9,5 %.

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    Il est plutt hasardeux de faire des prvisions sur linflation, mais une projection de la progression de lIPC Qubec au rythme annuel de 2,0 % entranerait, pour 2012, une augmentation annuelle moyenne de linflation au Qubec de 2,7 % (Graphique 8).

    2. Finances publiques Budget fdral du 29 mars : un autobus de contre-rformes Le premier budget du gouvernement conservateur majoritaire, mais le huitime du ministre des Finances Jim Flaherty, porte lempreinte idologique de ses concepteurs. Il se lit davantage comme un plan daffaires que comme un nonc de politique publique. Ce nest pas tant par la gestion conjoncturelle que par les initiatives structurantes annonces que ce budget se dmarque des prcdents. Certes, le budget poursuit le plan de retour lquilibre budgtaire en accentuant les compressions de dpenses, mais il annonce aussi des changements majeurs dans le modus operandi du gouvernement fdral, en se coulant rsolument dans le moule du monde des affaires.

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    A- Le cadre financier du budget fdral Le budget de 2011 tablissait un chancier pour le retour lquilibre budgtaire en 2015-2016. Ce budget comportait dj certaines restrictions, comme le blocage des dpenses salariales et de fonctionnement des ministres. Le gouvernement y prcisait aussi quil sengageait dans un rexamen des dpenses ministrielles en vue de dgager des conomies dau moins 4 milliards. Il indiquait que les mesures ce sujet seraient annonces lors du budget de 2012, et que cela permettrait de retrouver lquilibre budgtaire en 2014-2015. Tel tait le scnario du budget de 2011, adopt en juin, aprs les lections. Eu cours danne, cependant, la croissance conomique a flchi, ce qui a amen le gouvernement revoir la baisse ses prvisions de revenus. Dun autre ct, certaines conomies sont apparues au chapitre du service de la dette, ce qui est venu attnuer la glissade. La Mise jour des projections conomiques et financires produite lautomne 2011 refltait cette volution, indiquant aussi que le rtablissement de lquilibre budgtaire sen trouverait dcal 2016-2017. Le budget pour 2012-2013 rajuste ces estimations en prvoyant maintenant des revenus un peu plus levs quil y a quelques mois, mais pas la hauteur des prvisions du budget de lan dernier. Do les compressions atteignant 5,3 milliards dici 2014-2015. Cela permettrait de retrouver lquilibre budgtaire en 2015-2016. Pour obtenir le mme rsultat, le gouvernement aurait tout aussi bien pu renoncer aux rductions des taux dimposition des profits des entreprises, de 17 % en 2010 15 % cette anne, tout en vitant les coupes budgtaires. Le budget prvoit dailleurs que la contribution des entreprises augmentera moins vite que celle de limpt des particuliers : 4,1 % vs 5,4 % par anne en moyenne dici 2016-2017. B- Compressions des dpenses de 5,3 milliards Sur le plan macroconomique, on peut dire que cest un budget daustrit modre. La progression des dpenses en 2012 est limite 1,4 %, nettement en de du taux dinflation. Ainsi, non seulement ce budget ne fera rien pour stimuler lconomie, mais quand on conjugue ses effets avec ceux auxquels on peu...

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