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1 Principes de logique : causalité, homogénéité, raison suffisante, etc. Mise à jour : 07/03/2014 Ce texte pédagogique explique des principes de logique : causalité, identité, homogénéité, raison suffisante, abstraction, contradiction et tiers exclu. Il constitue une 1 ère introduction au livre [1], à lire avant la 2 e , [1w]. Table des matières 1. Le postulat de causalité .................................................................... 2 1.1 Définition du postulat de causalité....................................................................2 1.2 Causalité, réalisme et idéalisme ........................................................................3 1.3 Causalité, nécessité et explication du monde .................................................. 3 2. Principe de raison suffisante ........................................................... 4 2.1 Les 4 domaines régis par le principe de raison suffisante ............................. 5 2.1.1 Principe de raison suffisante du devenir - Déterminisme ................................... 6 2.1.1.1 Définition et promesses du déterminisme ...............................................6 2.1.1.2 Le déterminisme philosophique est contredit par des faits ...................... 7 2.1.1.3 Déterminisme d'évolution et déterminisme de traduction ........................ 8 2.1.1.4 Règle de stabilité ..................................................................................... 8 2.1.1.5 Importance de la vitesse d'évolution........................................................ 9 2.1.1.6 Définition du déterminisme scientifique ................................................. 10 2.1.2 Principe de raison suffisante du connaître ........................................................ 10 2.1.3 Principe de raison suffisante de l'être (possibilité de représentation) ............ 11 2.1.4 Principe de raison suffisante de vouloir, ou loi de la motivation ..................... 12 2.2 Réciproques d'une raison suffisante d'évolution ..........................................12 2.3 Raison suffisante et chaîne de causalité ........................................................ 13 3. Principe d'homogénéité .................................................................. 13 3.1 Seul l'esprit humain peut ignorer le principe d'homogénéité ....................... 14 3.1.1 Des mécanismes physiologiques à la pensée ................................................... 14 3.1.2 Modèle informatique du psychisme humain ...................................................... 16 4. Principe d'identité ............................................................................ 17 4.1 Violation du principe d'identité : le « principe anthropique » ....................... 19 5. Objection « de la cause ultime » ou « de la cause première » ... 22 5.1 Problème de la cause de la cause ...................................................................22 5.2 La cause première, un concept contradictoire ..............................................23 5.3 Un passé infini, conjecture invérifiable .......................................................... 23 5.4 Un temps cyclique, pure spéculation.............................................................. 23 5.5 Théorie cosmologique de la gravitation quantique .......................................24 5.6 Elimination du problème : restriction du postulat de causalité .................... 24 5.6.1 Stabilité des lois d'évolution et situations nouvelles ........................................ 24 5.6.2 Conséquences philosophiques .......................................................................... 25 6. Références et compléments ........................................................... 26

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    Principes de logique : causalit, homognit, raison suffisante, etc.

    Mise jour : 07/03/2014

    Ce texte pdagogique explique des principes de logique : causalit, identit, homognit, raison suffisante, abstraction, contradiction et tiers exclu. Il constitue une 1re introduction au livre [1], lire avant la 2e, [1w].

    Table des matires

    1. Le postulat de causalit .................................................................... 2

    1.1 Dfinition du postulat de causalit.................................................................... 2 1.2 Causalit, ralisme et idalisme ........................................................................ 3 1.3 Causalit, ncessit et explication du monde .................................................. 3

    2. Principe de raison suffisante ........................................................... 4

    2.1 Les 4 domaines rgis par le principe de raison suffisante ............................. 5 2.1.1 Principe de raison suffisante du devenir - Dterminisme ................................... 6 2.1.1.1 Dfinition et promesses du dterminisme ............................................... 6 2.1.1.2 Le dterminisme philosophique est contredit par des faits ...................... 7 2.1.1.3 Dterminisme d'volution et dterminisme de traduction ........................ 8 2.1.1.4 Rgle de stabilit ..................................................................................... 8 2.1.1.5 Importance de la vitesse d'volution........................................................ 9 2.1.1.6 Dfinition du dterminisme scientifique ................................................. 10 2.1.2 Principe de raison suffisante du connatre ........................................................ 10 2.1.3 Principe de raison suffisante de l'tre (possibilit de reprsentation) ............ 11 2.1.4 Principe de raison suffisante de vouloir, ou loi de la motivation ..................... 12 2.2 Rciproques d'une raison suffisante d'volution .......................................... 12 2.3 Raison suffisante et chane de causalit ........................................................ 13

    3. Principe d'homognit .................................................................. 13

    3.1 Seul l'esprit humain peut ignorer le principe d'homognit ....................... 14 3.1.1 Des mcanismes physiologiques la pense ................................................... 14 3.1.2 Modle informatique du psychisme humain ...................................................... 16

    4. Principe d'identit ............................................................................ 17

    4.1 Violation du principe d'identit : le principe anthropique ....................... 19

    5. Objection de la cause ultime ou de la cause premire ... 22

    5.1 Problme de la cause de la cause ................................................................... 22 5.2 La cause premire, un concept contradictoire .............................................. 23 5.3 Un pass infini, conjecture invrifiable .......................................................... 23 5.4 Un temps cyclique, pure spculation.............................................................. 23 5.5 Thorie cosmologique de la gravitation quantique ....................................... 24 5.6 Elimination du problme : restriction du postulat de causalit .................... 24 5.6.1 Stabilit des lois d'volution et situations nouvelles ........................................ 24 5.6.2 Consquences philosophiques .......................................................................... 25

    6. Rfrences et complments ........................................................... 26

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    1. Le postulat de causalit

    Depuis qu'il existe, l'homme a remarqu certains enchanements : une mme situation S est toujours suivie du phnomne d'volution P. Par une dmarche naturelle d'induction, il en a dduit un postulat gnral : Les mmes causes produisent toujours les mmes consquences . Et en rflchissant aux conditions qui rgissaient les enchanements observs, il en a dduit le postulat de causalit entre une situation initiale et sa consquence que j'nonce comme suit sous forme de condition ncessaire et suffisante.

    1.1 Dfinition du postulat de causalit

    Condition ncessaire : Toute situation a ncessairement une cause qui l'a prcde et dont elle rsulte ; rien ne peut exister sans avoir t cr auparavant.

    Donc, si je constate un phnomne ou une situation, je suis sr qu'il ou elle a une cause dans le pass, mais je renonce pour le moment pouvoir reconstituer mentalement ce pass en dduisant cette cause de sa consquence observe, comme le promet le dterminisme philosophique.

    Condition suffisante : il suffit que la cause existe au dpart pour que la consquence ait lieu (c'est une certitude).

    Notons que cette consquence est un phnomne d'volution, pas une situation finale : nous renonons ainsi la promesse de prdiction du rsultat de l'volution, en ne conservant que le postulat de dclenchement de celle-ci.

    Exemple : je tiens une pierre dans ma main ;

    Elle tombe parce que je l'ai lche, condition ncessaire ;

    Si je la lche elle tombe, condition suffisante. Dans certains cas favorables, le postulat de causalit rpond aux besoins de la pense rationnelle de comprendre et de prvoir :

    La condition ncessaire permet d'expliquer au moins en partie une constatation (phnomne ou situation), en remontant le temps jusqu' sa cause ;

    La condition suffisante permet de prvoir une consquence, en suivant le temps depuis sa cause : l'volution est dclenche coup sr.

    Certains philosophes appellent la causalit ci-dessus cause efficace.

    Les quatre causes d'Aristote

    Pour Aristote :

    La cause efficace (ou agissante) est le phnomne qui en produit un autre ou la situation l'origine d'une autre ;

    La cause finale dsigne le but (la finalit) d'une action ;

    La cause matrielle est le substrat ou matriau ncessaire la construction d'un objet ;

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    La cause formelle est l'ide, le plan ou le cahier des charges ncessaire la construction d'un objet, et qui en dcrit toutes les parties constitutives et toutes les fonctionnalits. L'essence d'un objet est aussi son ide, plan ou cahier des charges, considr(s) indpendamment d'un projet de ralisation de l'objet.

    La cause formelle est aussi la prmisse dont se dduit logiquement une conclusion.

    Restriction du postulat de causalit

    On peut conjecturer une restriction du postulat de causalit, ce qui permet d'liminer la contradiction du postulat de causalit due au problme de la cause premire.

    1.2 Causalit, ralisme et idalisme

    Il y a deux doctrines mtaphysiques concernant l'indpendance entre une ralit cense exister objectivement, indpendamment de l'homme qui s'en construit des reprsentations mentales, doctrine appele ralisme, et l'idalisme, qui prtend que toute ralit physique drive ncessairement d'une ide, d'une pense.

    Selon la doctrine raliste, la causalit est une relation entre les choses elles-mmes, rgissant leur dure, leur succession dans le temps, leur interaction ou (nous le verrons plus bas) une traduction d'une reprsentation en une autre.

    Selon la doctrine idaliste, la ralit nous est cache et la causalit ne relie que des abstractions, qui la reprsentent ou non.

    Selon le domaine de connaissance considr, une des deux approches peut tre prfre l'autre.

    En physique traditionnelle, la doctrine raliste permet de dcrire au moyen de formules des phnomnes ou situations rels, et le passage d'une situation sa consquence. Par exemple, une formule permet de prvoir avec une prcision acceptable ce qui se passera dans une situation donne, c'est--dire comment elle voluera. La causalit est alors prcise et fiable.

    En psychologie, la doctrine idaliste s'impose, car la ralit de l'esprit humain est trop complexe pour tre reprsente de manire complte et claire. On ne connat que certains mcanismes mentaux, et de manire approximative, avec beaucoup de cas particuliers et peu ou pas d'informations chiffres. La causalit est alors peu prcise et peu fiable, faisant parfois appel des non-dits.

    A la causalit prcise et fiable de la physique, base du dterminisme scientifique, s'ajoute donc la causalit approximative et de fiabilit incertaine des sciences humaines, laquelle nous associerons, par dfinition, un dterminisme humain.

    1.3 Causalit, ncessit et explication du monde

    La raison explique les causes des situations et phnomnes en postulant que tout ce qui existe ou arrive a une cause, et que rien n'existe ou n'arrive sans cause [2]. La cause explique pourquoi cela existe, est arriv ou arrivera, connaissance plus importante qu'une simple certitude d'existence.

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    Nous tudierons ci-dessous en dtail le principe de raison suffisante, qui nonce une relation certaine, ncessaire : l'existence de la cause implique ncessairement la consquence. Mais attention la rciproque : une situation constate peut avoir plusieurs causes possibles. Il n'y a pas de ncessit sans cause (permettant de savoir pourquoi), et rciproquement il n'y a pas de cause sans ncessit (qui en tire la consquence).

    Absurdit du concept d'tre absolument ncessaire

    D'aprs ce qui prcde, l'expression un tre absolument ncessaire (que l'on rencontre dans des textes philosophiques comme [6]), o absolument signifie indpendamment de toute condition, donc de toute cause , est absurde car absolument contredit ncessaire , qui implique une cause ; il n'existe ni tre ni situation absolument ncessaire ! L'existence d'un tre absolument ncessaire est l'objet des preuves ontologiques de l'existence de Dieu, preuves dont Kant a dmontr la fausset [1u].

    Exemple de pense mtaphysique creuse extrait de la biographie du philosophe Avicenne publie dans [6] :

    "Le point extrme auquel la pense puisse s'lever, aprs avoir parcouru toute la srie de la causalit, est celle de l'tre absolument ncessaire dont le contraire est le Possible. L'absolument Ncessaire est ce qui, suppos comme non existant, serait ncessairement inconcevable, tandis que le Possible est ce qui se peut galement bien concevoir comme existant et comme non existant."

    Commentaires sur cette citation : il n'y a pas de limite ce que l'esprit humain peut concevoir, il y a seulement des objets dont l'existence est possible parce qu'elle ne contredit aucune loi physique, et d'autres qui ne peuvent exister ailleurs que dans l'imagination. Ce qui, suppos comme non existant, serait ncessairement inconcevable est une absurdit : pour supposer que quelque chose n'existe pas il faut d'abord l'avoir conu (dfini), ce qui l'empche d'tre inconcevable !

    En outre, il n'y a aucun rapport de cause effet possible entre ce que l'esprit peut concevoir et une existence matrielle, en vertu du principe d'homognit ; on n'a donc pas le droit de concevoir quelque chose dont l'existence physique est impossible sans prouver qu'elle l'est parce qu'elle contredit des ralits matrielles.

    2. Principe de raison suffisante

    Le principe de raison suffisante fait partie des principes de base des raisonnements, sans le respect desquels ils ne pourraient pas tre logiques. Le principe de raison suffisante s'nonce ainsi : rien n'existe ou n'arrive sans qu'une cause ait rendu sa survenance ncessaire, c'est--dire invitable ; pour qu'une chose soit comme elle est et pas autrement, il y a une raison suffisante. Nous analysons ci-dessous ce principe parce qu'il permet de mettre en perspective le dterminisme objet du livre [1], en le situant par rapport aux trois autres principes

    http://www.cosmovisions.com/causalite.htmhttp://www.cosmovisions.com/etre.htmhttp://www.cosmovisions.com/necessite.htmhttp://www.cosmovisions.com/possible.htmhttp://www.cosmovisions.com/existence.htmhttp://www.cosmovisions.com/existence.htm

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    de raison suffisante. Notre analyse est base sur le livre du philosophe Arthur Schopenhauer [5].

    2.1 Les 4 domaines rgis par le principe de raison suffisante

    Remarques pralables

    Toute connaissance suppose ncessairement un sujet qui connat et un objet qu'il connat ; sans l'une de ces notions, l'autre n'a pas de sens.

    Un sujet ne peut se connatre lui-mme compltement, car il ne peut se placer l'extrieur de lui-mme, o il connatrait par exemple sa connaissance, c'est--dire l'tat actuel et le fonctionnement de sa conscience.

    Dfinition des 4 domaines de pense rgis par le principe de raison suffisante

    Dcomposons les domaines de pense o intervient la causalit comme suit.

    Ou la causalit est celle de la nature, rgie par des lois physiques objectives, indpendantes de l'homme, conformment au ralisme. Schopenhauer parle alors de raison suffisante du devenir [5], pour justifier chaque volution par sa ncessit physique. Dans tout ce texte nous appellerons ce principe le dterminisme, comme dans le livre [1].

    Ou la causalit est celle de la pense humaine, et il y a deux cas :

    La pense rgie par la raison, c'est--dire logique ; on peut alors distinguer les propositions proprement dites (affirmations, certitudes) des mcanismes logiques fondamentaux de l'esprit qui les crent et les manipulent. Dans le cas des propositions, Schopenhauer parle de raison suffisante

    du connatre, pour justifier chaque proposition par sa ncessit logique. Dans le cas des mcanismes fondamentaux de l'esprit, Schopenhauer

    parle de raison suffisante de l'tre, pour dcrire les concepts ncessaires la reprsentation et la manipulation dans l'esprit de ralits matrielles (objets, situations ou phnomnes), ou d'tres abstraits comme en mathmatiques. La ncessit de ces concepts provient de la manire dont notre esprit se reprsente l'espace, le temps, les grandeurs physiques fondamentales et les abstractions diverses, avec les oprations mentales permises sur eux.

    La pense domine par des affects [7], des intuitions, le cur dirait Pascal, qui crivait dans ses Penses [8] : "Le cur a ses raisons que la raison ne connat point ; on le sait en mille choses.". Dans ce cas, Schopenhauer parle de principe de raison suffisante de vouloir, ou loi de la motivation, ncessit de satisfaire ses dsirs en vertu de laquelle le sujet veut : soit connatre un objet pour l'apprcier par rapport ses valeurs ; soit agir sur lui plus tard.

    Trs gnral, le principe de raison suffisante s'applique :

    Au domaine des objets, situations et phnomnes matriels, dont il explique l'existence ou la survenance ;

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    Au domaine des reprsentations ou dcisions de l'esprit, abstractions dont il justifie la conception.

    Avec cette classification, il n'y a que 4 types de principes de raison suffisante. Tous quatre ont en commun d'impliquer deux tapes successives. Voyons les dtails.

    2.1.1 Principe de raison suffisante du devenir - Dterminisme

    Le principe de raison suffisante du devenir affirme la ncessit physique de l'volution d'une situation initiale dont elle est la consquence par l'action d'une loi de la nature, c'est--dire le dterminisme physique. Il implique une succession : la consquence suit la situation qui la cause. Le plus souvent, affirmer qu'une volution est dterministe c'est affirmer que son rsultat est prdictible par application d'une loi physique, ventuellement en appliquant une formule ou en droulant un algorithme ; c'est aussi affirmer que ce rsultat ne sera pas d au hasard. Le livre [1] dcrit en dtail des exceptions importantes cette prdictibilit. Une situation dcrit des objets physiques, indpendants ou non, mais c'est la situation initiale (l'tat initial) qui est cause de l'volution de ces objets, pas les objets eux-mmes ; et la consquence de la situation initiale est cette volution, pas l'ensemble des objets de la situation finale. Une situation est une abstraction, une reprsentation sous forme de photographie instantane . Ce n'est pas elle qui est visible, ce sont ses objets. Une situation est une reprsentation construite par l'esprit de ces objets et des relations entre eux, et c'est elle (non ses objets ou relations) qui est cause de son volution. L'volution affecte les objets et leurs relations, pas la situation initiale, photographie d'un pass immuable. L'tat d'ensemble de ces objets, un instant qui suit l'tat initial, dfinit une nouvelle situation. Le caractre final ventuel de celle-ci est purement arbitraire, l'instant de fin de l'volution tant lui-mme une dcision humaine ; une mme situation initiale, cause de son volution, a donc une infinit de situations consquences, selon l'instant de chacune.

    2.1.1.1 Dfinition et promesses du dterminisme

    La dfinition traditionnelle du dterminisme (dit dterminisme philosophique) a t publie par Laplace en 1814 dans l'Essai philosophique sur les probabilits, o on lit pages 3 et 4 :

    "Nous devons donc envisager l'tat prsent de l'Univers comme l'effet de son tat antrieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui pour un instant donn, connatrait toutes les forces dont la nature est anime, et la situation respective des tres qui la composent, si d'ailleurs elle tait assez vaste pour soumettre ces donnes l'analyse, embrasserait dans la mme formule les mouvements des plus grands corps de l'Univers et ceux du plus lger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le pass, serait prsent ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner l'Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses dcouvertes en Mcanique et en Gomtrie, jointes celle de la pesanteur universelle, l'ont mis porte de

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    comprendre dans les mmes expressions analytiques les tats passs et futurs du systme du monde."

    Le dterminisme philosophique affirme donc :

    Que l'avenir est compltement dtermin par le prsent ;

    Qu'il est compltement prvisible connaissant parfaitement le prsent ;

    Qu'une connaissance parfaite d'une situation prsente permet de reconstituer en pense tout le pass qui y a conduit ;

    Qu'il existe, pour toute situation prsente, une chane de causalit unique commenant infiniment loin dans le pass et se poursuivant infiniment loin dans l'avenir.

    2.1.1.2 Le dterminisme philosophique est contredit par des faits

    Le dterminisme philosophique, qui nous promet la possibilit de prvoir tout l'avenir et de retrouver mentalement tout le pass, est contredit par de nombreux phnomnes de la nature cits dans le livre [1]. Comme il suffit d'un seul contre-exemple pour contredire une affirmation sans nuance, en voici un.

    Dcomposition radioactive (fission nuclaire)

    Un chantillon d'uranium 238 voit ses atomes se dcomposer spontanment, sans aucune cause autre que le temps qui passe ; un atome d'uranium se transforme alors en un atome d'hlium et un atome de thorium. Le nombre d'atomes qui se dcomposent par unit de temps suit une loi connue, qui prvoit que 50 % des atomes d'un chantillon de taille quelconque se dcomposeront en un temps fixe T appel demi-vie de l'uranium 238 , puis la moiti du reste (c'est--dire ) dans le mme temps T, puis la moiti du reste (1/8) dans le mme temps T, etc.

    La dcomposition radioactive naturelle, c'est--dire spontane, s'explique par l'instabilit de l'nergie de liaison des neutrons et protons du noyau d'un atome radioactif. Ce phnomne est inexplicable dans le cadre de la physique macroscopique, mais il s'explique en mcanique quantique par l'effet tunnel d la possibilit d'volutions multiples partir d'une mme situation initiale [1j] : l'nergie d'excitation d'un noyau, instable, peut parfois dpasser l'nergie potentielle appele barrire de fission de l'lment, entranant une dformation si grande du noyau que celui-ci se dcompose.

    Contrairement la promesse de prdiction de l'avenir du dterminisme philosophique, on ne peut savoir quels atomes se dcomposeront pendant un intervalle de temps donn, ni quel instant un atome particulier se dcomposera, ni quel est le premier atome qui se dcomposera, ni quand cela se produira. A l'chelle macroscopique, la dcomposition radioactive suit une loi statistique, valable pour une population d'atomes mais ne permettant pas de prvoir l'volution d'un atome donn. A l'chelle atomique, la stabilit d'un noyau dpend d'une nergie de liaison instable, qui varie sans cause externe l'atome et ne permet de prvoir l'volution de celui-ci (et son ventuelle dcomposition) que de manire probabiliste. Le dterminisme philosophique de Laplace excluant les variations spontanes et imprvisibles ne s'applique donc pas aux dcompositions radioactives naturelles.

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    En outre, lorsqu'un chantillon contient des atomes rsultant d'une dcomposition, on ne peut savoir quel instant chacun d'eux s'est dcompos, ce qui contredit le dterminisme philosophique au sens reconstitution du pass. Le dterminisme philosophique ne peut donc tenir ses promesses ni concernant la prdiction de l'avenir, ni concernant la reconstitution mentale du pass : c'est donc un principe faux dans le cas de la dcomposition radioactive. Et comme il suffit d'un seul contre-exemple pour qu'une affirmation sans nuance soit fausse, nous considrons le dterminisme philosophique comme erron, bien que la dfinition ci-dessus figure dans certains dictionnaires philosophiques. Le livre [1] construit logiquement une dfinition du dterminisme qui rpond l'objection ci-dessus, le dterminisme tendu.

    2.1.1.3 Dterminisme d'volution et dterminisme de traduction

    Un cas particulier d'volution est la traduction instantane d'un concept en un autre, par application d'une formule ou d'un algorithme. Exemple : la loi d'attraction universelle de Newton entre deux points matriels de masses M et M' distants de d s'exprime par la formule F = GMM'/d, o G est la constate universelle de gravitation, G = 6.67 10-11 Nm2/kg2. Connaissant M, M' et d, on en dduit immdiatement la force d'attraction F ; cette force existe sans dlai d'volution, ds qu'existent deux masses spares. Le dterminisme de la nature rgit donc, en plus de ses lois d'volution dans le temps, des lois et mthodes de calcul traduisant des donnes initiales en un rsultat final qui est leur consquence, sans dlai d'volution. Le dterminisme est un sujet complexe. Il y a des cas d'impossibilit de prvoir une volution, des cas o la prvision est illusoire du fait de l'imprcision des donnes initiales, des cas o un calcul de rsultat est impossible, des cas o la pense humaine est illogique du fait de ses motions, etc. Une tude complte du dterminisme est disponible sur Internet dans le livre [1].

    2.1.1.4 Rgle de stabilit

    Pour prvoir les volutions, la pense rationnelle a besoin d'ajouter au postulat de causalit ci-dessus une rgle de stabilit dans le temps et l'espace, c'est--dire de reproductibilit. La voici :

    Les mmes causes produisent toujours les mmes effets (reproductibilit). Les lois physiques dont l'application est dclenche par une cause donne sont stables, elles sont les mmes en tous lieux et tout instant.

    Consquence de la stabilit : une situation stable n'a jamais volu et n'voluera jamais ! Pour qu'il y ait une volution partir d'un instant t il faut largir la dfinition du systme observ. En fait, l'coulement du temps ne se manifeste que lorsque quelque chose change ; si rien ne change tout se passe comme si le temps s'arrtait. La rgle de stabilit n'a rien d'anodin : elle a pour consquence la premire loi du mouvement de Newton, la loi d'inertie :

    "Un corps immobile ou se dplaant en ligne droite vitesse constante restera immobile ou gardera le mme vecteur vitesse tant qu'une force n'agit pas sur lui."

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    Au point de vue dterminisme, le mouvement linaire uniforme d'un corps est une situation stable, qui ne changera pas tant qu'une force n'agira pas sur le corps. Et une situation stable est sa propre cause et sa propre consquence.

    Grce la rgle de stabilit on peut induire une loi physique de la nature d'un ensemble d'enchanements cause-consquence constats : si j'ai vu plusieurs fois le mme enchanement, je postule que la mme cause (la mme situation, le mme tat d'un systme) produit toujours la mme consquence (la mme volution dans le temps). On peut alors regrouper le postulat de causalit et la rgle de stabilit en un principe qui rgit toutes les lois de la nature dcrivant une volution dans le temps, le postulat de dterminisme scientifique. Nous verrons cela ci-dessous.

    2.1.1.5 Importance de la vitesse d'volution

    Au dbut d'un cours d'astronomie on considre seulement la direction dans laquelle se trouve une toile, en ignorant sa distance et son ventuel mouvement par rapport la Terre. Les toiles sont alors censes se trouver sur une sphre appele sphre des fixes , modle cosmographique qui prend en compte la fixit de la direction de vise de chaque toile. En effet, l'chelle de quelques sicles et fortiori celle d'une vie humaine, les toiles paraissent immobiles sur la sphre des fixes : leurs directions et leurs positions relatives ne changent pas. En fait, l'immobilit apparente des toiles n'existe que si on mesure leurs directions angulaires avec une prcision modeste, notamment lorsqu'un homme compare un ciel de sa jeunesse, vu l'il nu, avec un ciel de son ge mur. Ds qu'on effectue des mesures prcises (les angles au centime de seconde d'arc et les dates-heures la seconde prs, par exemple) on s'aperoit que les toiles bougent d'une anne sur l'autre par rapport la Terre : les positions stables et leur absence d'volution ont t remplaces par des lois mathmatiques de dplacement.

    Conclusions

    Une situation peut paratre stable lorsque son volution parat lente avec les moyens d'observation utiliss et la patience de l'homme qui l'observe.

    La vitesse mesure d'volution d'un phnomne n'a pas de raison d'tre constante. Une volution lente aujourd'hui peut avoir t beaucoup plus rapide dans le pass. Exemples :

    L'expansion de l'Univers observable, dont le rayon augmente aujourd'hui une vitesse 1.8 fois plus leve que celle de la lumire, c, a t des milliards de fois plus rapide peu aprs la naissance de l'Univers, instant appel Big Bang [1h]. La priode d'expansion hyperrapide, appele inflation, n'a dur qu'un trs court instant.

    Considrons un systme physique ferm (n'changeant rien avec l'extrieur) tel qu'un tube allong pleine d'air. Supposons qu'au dbut de l'exprience l'air de la partie gauche du tube a t chauff, pendant que l'air de la partie droite restait froid. Lorsqu'on arrte le chauffage et qu'on laisse l'air du tube ferm voluer sans intervention extrieure, sa temprature tend vers une temprature limite, uniforme, en variant de plus en plus lentement.

    La temprature stable constate au bout d'un temps assez long pour que notre thermomtre de mesure ne bouge plus est le rsultat d'une volution

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    convergente, pas le rsultat d'une absence d'volution. Un observateur qui ne voit qu'un thermomtre qui ne bouge pas aurait tort d'en conclure que l'air du tube a toujours t la mme temprature.

    En rsum : compte tenu de l'imprcision invitable de toute mesure physique, on ne peut conclure d'un tat actuel de stabilit ni depuis combien de temps il n'volue pas, ni qu'il n'voluera pas beaucoup plus vite dans l'avenir.

    Exemple : si on photographie le balancier d'une horloge comtoise avec un temps d'exposition de un dixime de seconde lorsque ce balancier est au sommet de sa course, on aura une photo nette car il bouge lentement ; mais une photo de mme temps d'exposition au point le plus bas du balancier sera bouge .

    Du point de vue philosophique, on doit tenir compte de la possibilit qu'une volution dans le temps ait une vitesse variable. La vitesse d'volution d'un phnomne, nulle un instant donn, ne l'a pas ncessairement toujours t, et ne le restera pas ncessairement toujours l'avenir.

    2.1.1.6 Dfinition du dterminisme scientifique

    Le dterminisme scientifique est un postulat qui rgit l'volution dans le temps d'une situation sous l'effet des lois de la nature conformment au postulat de causalit et la rgle de stabilit. Par rapport au dterminisme philosophique, le dterminisme scientifique :

    Prdit qu'une situation voluera certainement sous l'action d'une loi naturelle, pas qu'on en connatra les paramtres futurs ;

    N'affirme pas la possibilit de reconstituer mentalement le pass.

    2.1.2 Principe de raison suffisante du connatre

    Ce principe justifie des propositions (affirmations qui ne peuvent tre que toujours vraies ou toujours fausses) par leur ncessit logique. La justification implique une succession : les prmisses prcdent les consquences. Une proposition ne peut tre juge vraie que si on sait pourquoi ; sa vrit appartient alors l'une des 4 catgories suivantes.

    Vrit transcendantale (rsultant de nos facults logiques priori)

    Une vrit transcendantale est une affirmation qui ne peut se dduire d'aucune autre et qui est considre comme ncessaire. C'est un rsultat de l'application de nos facults logiques des donnes priori, c'est--dire cres par l'esprit indpendamment de toute exprience. Exemples :

    Concept priori de nombre entier et oprations mathmatiques sur des nombres entiers comme l'addition ou la comparaison ;

    Principes de logique comme Rien n'arrive sans cause .

    Vrit mtalogique

    C'est l'un des principes de la logique [2], base de toute pense rationnelle et des axiomatiques dans le cadre desquelles on dmontre des vrits formelles [1a]. Les facults logiques utilises pour construire des vrits transcendantales et des vrits logiques sont bases sur des vrits mtalogiques.

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    Vrit logique (formelle)

    C'est un thorme ou la vrit d'un thorme, proposition rsultant d'une dmonstration base sur une ou plusieurs propositions vraies prexistantes dans le cadre d'une axiomatique. Exemples :

    Consquence d'une dfinition ou d'un syllogisme ;

    Dmonstration par applications successives des axiomes ou thormes des principes de la logique [2].

    Attention : une vrit formelle n'a pas de valeur smantique. Une proposition formellement vraie n'est vraie que dans sa forme, tablie dans le cadre logique de son axiomatique. Une ventuelle vrit smantique ne peut se juger qu'avec des comparaisons avec des objets extrieurs l'axiomatique : voir [1b] et [1c].

    Vrit empirique

    C'est une vrit rsultant de nos sens ou d'une exprience. On la considre comme vraie par application de la doctrine raliste.

    2.1.3 Principe de raison suffisante de l'tre (possibilit de reprsentation)

    Ce principe dcrit les concepts ncessaires la reprsentation dans l'esprit de ralits matrielles (objets, situations ou phnomnes) ou d'tres abstraits comme en mathmatiques. La ncessit de ces concepts provient de la manire dont notre esprit se reprsente l'espace, le temps, les grandeurs physiques fondamentales, les concepts mathmatiques et les oprations mentales permises sur eux. Ces concepts dcrivent des proprits :

    Au sens de l'espace et du temps (concepts fonds sur des perceptions intuitives, priori, ne faisant pas partie des attributs de la chose en soi) : la position d'un objet dans l'espace est dfinie par rapport un repre (rfrentiel), jamais dans l'absolu ; de mme, un vnement est repr par rapport une origine et un sens des temps ;

    Au sens des grandeurs fondamentales de la physique : masse-nergie, charge lectrique, spin, etc. L'importance de ces grandeurs fondamentales, indispensables pour caractriser un objet rel chaque fois qu'il existe, n'tait pas reconnue au temps de Kant et de Schopenhauer ;

    Au sens mathmatique. Exemples : chaque nombre entier (ou lment d'une suite) est dfini partir de son prdcesseur ; thormes bass sur une axiomatique [1a].

    Les concepts ncessaires pour reprsenter une ralit matrielle en sont dduits par perception, mesure exprimentale et/ou abstraction. Les formules et oprations mathmatiques sont utilises soit pour modliser une loi physique, soit pour situer un concept d'objet par rapport d'autres tels que des units, des axes orients, etc. Le principe de raison suffisante de l'tre implique une succession de reprsentations : les concepts fondamentaux sont associs par l'esprit qui cre une reprsentation de ralit matrielle ou d'tre abstrait.

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    2.1.4 Principe de raison suffisante de vouloir, ou loi de la motivation

    La raison suffisante de vouloir est la ncessit de satisfaire ses dsirs. Le sujet veut :

    soit connatre l'objet, pour l'apprcier ensuite par rapport ses valeurs ;

    soit agir sur lui plus tard. Dans les deux cas, ce principe implique une succession de reprsentations : le motif est suivi par l'acte. Du fait mme qu'il est conscient, un homme veut quelque chose tout instant [1e], [1f]. Chaque volont a des degrs, depuis un faible dsir jusqu' une passion, et chacune correspond une valeur [1d] au moins. Chaque affect [7] d'un homme correspond une valeur au moins et quelque chose qu'il veut ; chaque tat de conscience d'un sujet comprend au moins un affect et une volont. Le sujet qui connat (par sa conscience) est le mme que celui qui apprcie une valeur et celui qui veut : connaissance, jugement de valeur et volont sont indissociables. Mais, un instant donn, un sujet connat mieux ce qu'il veut que lui-mme, c'est--dire ce qu'il est. Dans chaque situation consciente ou subconsciente, l'homme juge ses caractristiques selon ses valeurs. Ces jugements sont des raisons suffisantes pour une action destine en savoir davantage ou obtenir un rsultat dsirable. Il y a l une forme de causalit, un automatisme trs rapide rgissant le psychisme humain, causalit due au lien entre les trois dimensions d'un sujet : conscient, apprciant et voulant. Le principe de raison suffisante de vouloir est la forme humaine du dterminisme de la nature. Dterminisme humain, il gouverne la traduction d'une sensation, d'un affect ou d'une ide en volont de connatre ou d'agir, comme le dterminisme physique gouverne la traduction d'une donne en une autre [1g] ou l'volution d'une situation par application d'une loi de la nature.

    2.2 Rciproques d'une raison suffisante d'volution

    L'existence d'une raison suffisante d'volution entrane celle de sa consquence, l'volution elle-mme ; inversement, l'absence d'volution entrane l'absence de toute raison suffisante d'volution. Ces propositions sont videntes. Par contre :

    L'absence d'une raison suffisante d'volution n'entrane pas l'absence de sa consquence, si l'volution correspondante peut rsulter d'une autre raison suffisante.

    Exemple : l'absence de clou sur la chausse ne garantit pas que mon pneu avant droit ne se dgonflera pas ; il pourrait le faire parce qu'il est mal mont sur sa jante ou parce que j'ai heurt un trottoir.

    L'existence (la constatation) d'une volution n'entrane celle d'une raison suffisante particulire que si d'autres raisons suffisantes n'auraient pas pu produire le mme effet. Exemples :

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    La victime est morte d'une balle de pistolet tire deux mtres ; on ne peut tre sr que l'assassin est son beau-frre, qui la dtestait et a un pistolet de ce calibre-l, que si aucun autre porteur de ce type de pistolet n'a pu tre prsent lors du meurtre.

    Une statistique montre que 40 % des gens qui ont pris un certain remde homopathique ont guri en un mois au plus ; pour en dduire que la prise de ce remde gurit 40 % des malades il faudrait tre sr qu'aucune autre cause de gurison n'tait possible : ni gurison spontane, ni effet placebo, ni autre traitement concomitant, etc.

    2.3 Raison suffisante et chane de causalit

    Toute raison suffisante est base sur une ou plusieurs autres, dfinissant une chane de causalit qui remonte le temps jusqu' des causes premires, postules faute d'en connatre la cause si elle existe. Dans notre Univers, toutes les causes physiques remontent dans le temps jusqu'au Big Bang [1h], instant postul comme premier parce que nos connaissances physiques ne nous permettent pas de penser ce qui le prcderait autrement que de manire spculative.

    3. Principe d'homognit

    Selon [9], ce principe de logique est d Aristote, qui l'a nonc sous forme d'interdit : "On n'a pas le droit de conclure d'un genre un autre". Il voulait dire qu'une relation logique ne peut exister qu'entre deux objets du mme genre. Exemples :

    Relation de physique

    Une relation ne peut exister qu'entre grandeurs de mme type. Ainsi, A = B ; A B et

    A B ne sont possibles que si A et B sont tous deux des masses (ou des longueurs, ou des dures, etc.) Mme condition pour l'addition A + B. Autre faon d'illustrer l'exigence d'homognit : il n'y a aucun moyen de mesurer une masse en units de charge lectrique ou de longueur.

    Action de l'esprit sur la matire

    Cette action, estime possible par certains spiritualistes, est contraire au principe d'homognit. Du reste, elle contredirait la physique : une action matrielle n'est possible qu'avec un change d'nergie, et on ne voit pas comment une ide abstraite ou une pense humaine pourrait fournir ou absorber l'nergie mise en jeu. On peut aussi noncer le principe d'homognit sous la forme suivante : "Une formule logique ne doit contenir que des lments appartenant un mme ordre". Le mot ordre (utilis par Pascal) remplace ici le mot genre pour dlimiter le domaine de validit logique d'une proposition. Pascal crit dans les Penses [8] :

    "De tous les corps ensemble on ne saurait en faire russir une petite pense. Cela est impossible et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charit, cela est impossible, et d'un autre ordre surnaturel."

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    Une ide n'est cause ou consquence que par l'intermdiaire d'un esprit humain, ou de Dieu pour les croyants. Une ralit ne peut tre cause d'une ide que dans un esprit qui pense.

    Sparation des 3 types de lois

    Les lois de la nature tant par dfinition de type 1, les lois d'une socit humaine de type 2 et les lois morales de type 3, la sparation implique :

    Qu'une loi humaine (type 2) ne peut agir sur une loi naturelle (type 1) ; on ne peut pas interdire un sac de ciment de 50kg de peser lourd ;

    Qu'une loi morale (type 3) ne peut agir sur une loi de type 1 ou de type 2 ; il ne sert rien de condamner l'injustice de la lourdeur du sac de ciment ou d'une loi de finances vote.

    Qu'un problme de type N ne peut avoir qu'une solution de type N.

    3.1 Seul l'esprit humain peut ignorer le principe d'homognit

    L'esprit humain peut crer des relations d'un genre vers un autre sans difficult, sans la moindre impression d'erreur ; c'est un effet de son aptitude associer n'importe quel concept n'importe quel autre car son imagination est libre.

    Exemple mathmatique : axiome de Cantor-Dedekind ou axiome de continuit. "Si, sur une droite D, on reporte les points A1, A2, , An, d'une part, les points B1, B2, , Bn d'autre part, les abscisses des premiers formant une suite an non dcroissante de nombres rationnels, celles des seconds une suite bn non croissante de nombres rationnels, la diffrence bn an restant positive et tendant vers zro, les segments embots [AnBn] ont un point commun unique M, auquel correspond suivant les cas un nombre rationnel ou un nombre irrationnel." Dans cet exemple, on tablit une correspondance biunivoque entre l'ensemble des points d'une droite, concepts gomtriques, et l'ensemble des nombres rels, concepts numriques, chacun de ces derniers tant dfini comme limite commune de deux suites de nombres rationnels qui convergent en sens oppos.

    3.1.1 Des mcanismes physiologiques la pense

    Beaucoup de philosophes contestent tort l'origine matrialiste de la pense en tant qu'effet du fonctionnement du cerveau. Ils raisonnent comme ceci : puisque ce fonctionnement (matriel) est d'un genre diffrent de la pense (abstraite), la pense ne peut provenir seulement de causes matrielles, en raison du principe d'homognit, il doit y avoir autre chose . Ils se trompent : les neurosciences expliquent que la pense est la perception humaine du fonctionnement du cerveau lorsque celui-ci interprte ses connexions de neurones. C'est cette interprtation qui transforme un tat matriel de neurones en abstractions ; elle constitue la seule mise en relation entre concepts de genres diffrents qui ne viole pas le principe d'homognit. En reliant des abstractions, l'esprit humain peut crer n'importe quelle relation, mme fantaisiste ou absurde ; il suffit que certains groupes de neurones crent, modifient ou suppriment diverses connexions entre eux.

    Une signalisation permanente dans le cerveau

    Les sensations positives de plaisir, de bien-tre, d'euphorie, etc. sont engendres dans le cerveau humain par une molcule, la dopamine. Les sensations ngatives

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    sont associes l'actylcholine, neurotransmetteur [18] qui a des effets vasodilatateurs sur le systme cardiovasculaire et agit sur le rythme cardiaque, des effets sur le systme gastro-intestinal, des effets inhibiteurs sur l'activit du systme nerveux central, etc. Dans notre cerveau, la comparaison une valeur [19] produit donc la prsence dtectable et l'abondance mesurable d'une molcule organique. La cration d'une valeur en tant que consquence d'une perception ou de penses, et son utilisation dans les comparaisons ncessaires aux jugements, sont des phnomnes physiques automatiques, invitables - bref dterministes - expliqus sans aucune intervention transcendante. Notre cerveau reoit en permanence des signaux de besoin : faim, sommeil, dsir sexuel, etc. Pour un homme, le fait mme de vivre et d'avoir une conscience et un subconscient engendre un dsquilibre psychique permanent : nous trouvons sans cesse des besoins satisfaire, mme aprs en avoir satisfait un ou plusieurs. Ces besoins constituent le manque d'tre dont parle Sartre dans L'Etre et le nant, manque d'tre qui fait de l'homme un perptuel insatisfait. La conscience de l'homme ne se contente pas de recevoir du subconscient et de crer jet continu des besoins satisfaire, elle suggre aussi des actions pour y parvenir. C'est la prsence permanente de suggestions d'action dans la conscience de l'homme qui lui donne l'impression d'avoir toujours quelque chose faire pour tre plus heureux, et d'avoir plusieurs possibilits d'action parmi lesquelles il est libre de choisir. Pour un matrialiste cohrent cette impression de libert (le libre arbitre) est illusoire du fait du dterminisme. A un instant donn, l'ensemble des signaux de besoin prsents dans le cerveau (et de certains signaux qui existent dans le corps en n'atteignant - par exemple - que la moelle pinire ou le cervelet) est compar aux valeurs de rfrence innes ou acquises, comparaison qui dfinit les buts vers lesquels l'individu (conscient) ou son organisme (inconscient) vont tendre. A l'aide de la machinerie cellulaire, le code gntique interprte ces signaux et agit de manire satisfaire ces besoins. C'est un mcanisme dterministe dont le principe biochimique est bien connu, mais dont la complexit (le nombre de processus possibles et leurs interactions) fait qu'on en ignore encore beaucoup de dtails. Au-dessus du niveau gntique, le systme nerveux s'adapte parfois, en modifiant sa structure pour tendre vers les nouvelles finalits ; les neurones s'adaptent et adaptent leurs connexions. Au niveau le plus lev, la conscience elle-mme adopte la nouvelle finalit. Et il arrive que certaines de ces adaptations soient irrversibles (exemple : l'addiction une drogue).

    Action et raction

    La rponse du code gntique et des neurones aux signaux de besoin, de plaisir ou de souffrance se traduit par des actions de l'organisme : mouvements musculaires, acclration du cur, penses, etc. Le cerveau est averti en permanence du rsultat de chacune des actions dont il doit avoir connaissance par des mcanismes d'valuation qui constituent des boucles de raction (retour d'exprience) et lui font savoir s'il s'carte ou se rapproche de son but ou d'un des buts qu'il poursuit cet

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    instant-l. Chaque action provoque donc une ou plusieurs ractions, dont le cerveau (ou la moelle pinire, ou le cervelet) tient compte pour poursuivre l'action, l'interrompre ou la rorienter ; ce mode de contrle par boucle d'action-valuation-raction est utilis par tous les automatismes, ceux des tres vivants comme ceux que l'homme fabrique ; c'est aussi un mcanisme dterministe.

    3.1.2 Modle informatique du psychisme humain

    L'insparabilit de l'homme physique et de sa pense est cohrente avec un modle informatique de l'homme, dont la conscience est l'effet du logiciel qui gouverne les processus non automatiques de la vie ; c'est notre perception du fonctionnement de ce logiciel.

    La pense en tant que processus d'interprtation

    La pense est la perception humaine du fonctionnement du cerveau lorsque celui-ci interprte ses connexions de neurones. C'est cette interprtation qui transforme un tat matriel de neurones en abstractions ; elle constitue la seule mise en relation entre concepts de genres diffrents qui ne viole pas le principe d'homognit. En reliant des abstractions l'esprit humain peut crer n'importe quelle relation, mme fantaisiste ou absurde ; il suffit que certains groupes de neurones (des cliques ) crent, modifient ou suppriment diverses connexions entre neurones. Le processus d'interprtation de notre pense n'est pas dterministe, d'abord parce qu'il comprend des parties subconscientes, ensuite parce qu'il subit l'influence de conditions non conscientes (donc non matrisables) venues de nos perceptions, de notre tat de sant du moment et des motions qui apparaissent spontanment.

    Modle logiciel couches du psychisme

    En tant qu'informaticien, je propose les niveaux suivants du logiciel humain, du plus lev au moins lev :

    Logiciel (en anglais : software) :

    La conscience ;

    Le subconscient ;

    Les processus automatiques du systme nerveux (cervelet, moelle pinire, etc.) ;

    Microcode (en anglais : firmware) : le code gntique et son interprtation par la machinerie cellulaire : duplication et expression des gnes, fabrication et utilisation des protines, etc. ;

    Le "matriel" sous-jacent, ncessaire l'existence et au fonctionnement de ce logiciel, est l'ensemble des cellules du cerveau, avec leurs processus biologiques bass sur des protines gnres par interprtation du gnome. Ce modle informatique ne peut se ramener un modle physique, bas sur la biologie et/ou la gntique. C'est une description complmentaire, base sur de l'information et des relations entre informations, ainsi que des gnrations, comparaison et interprtations d'informations par notre esprit. Tenter de dduire des penses dans un esprit humain de mcanismes neuronaux est impossible.

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    Ce n'est pas parce que la pense est impossible sans un cerveau et ses mcanismes physiques qu'elle peut se ramener eux : ils en sont une condition ncessaire, mais pas suffisante pour en dcrire le droulement.

    Transcendance avec et sans caractre surnaturel

    La ncessit ci-dessus d'une description complmentaire des processus de l'esprit, en plus de sa description physique base sur le gnome et les neurones, implique la transcendance d'une partie des mcanismes de la pense, leur caractre non dductible de son modle physique. Ce n'est pas plus choquant que la ncessit du concept de charge lectrique, en plus de celui de masse, pour dcrire les mouvements d'un lectron dans un champ lectrique. Cette transcendance est l'uvre de notre entendement, lorsqu'il se donne les concepts ncessaires la description des processus psychiques, concepts qu'on ne peut dduire des concepts physiologiques. Il y a une autre transcendance, celle qui fait intervenir le surnaturel. On la trouve par exemple dans l'Ide de Platon, la description par une religion monothiste du concept de Dieu ou les croyances magiques ; c'est une caractristique de ce qui est extrieur et suprieur notre Univers. Dans ce texte, c'est le premier sens ci-dessus qui dcrit l'irrductibilit de la pense des processus physiologiques. Croire en la ncessit d'une telle transcendance est compatible avec la vue moderne du matrialisme, vue qui dpasse celle qui tente sans succs de ramener la pense aux seuls mcanismes physiques. Ce modle n'tant qu'une mtaphore, il y a des diffrences importantes entre l'homme et l'ordinateur : adaptabilit, valuation permanente de la valeur et des implications de chaque information, intuitions et processus au rsultat imprvisible, raisonnements approximatifs risqus, etc. (Dtails : [1i], [1v])

    4. Principe d'identit

    Le principe d'identit s'nonce : Ce qui est, est ; ce qui n'est pas, n'est pas. Une chose est (existe) ou n'est pas. Si elle est, elle est identique elle-mme, pas autre chose. Le monde ne saurait tre autre que ce qu'il est, c'est le seul possible. On peut toujours imaginer un monde diffrent, mais ce sera une spculation, une abstraction. A un instant donn l'Univers est ce qu'il est, avec ses lois physiques et les valeurs prcises de leurs constantes. Toute considration de situation en cet instant autre que la situation constate est possible, mais seulement en tant que pure spculation ; c'est le cas notamment pour le principe anthropique et pour une partie de la mtaphysique. Enfin, toute considration un instant du pass de situation autre que ce qu'elle a t cet instant-l est aussi spculative. Ce principe s'applique aussi la pense humaine : si en cet instant je veux quelque chose, c'est cela que je veux, pas autre chose ; pour vouloir autre chose, il faudrait que je sois autre, ce qui est logiquement impossible ; un instant donn on ne peut vouloir que ce qu'on est en train de vouloir.

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    Application aux ensembles, aux descriptions et aux comparaisons

    Un ensemble ne peut tre une partie non exhaustive de lui-mme.

    Un objet matriel de l'Univers - ou l'Univers tout entier - ne peut tre une partie non exhaustive de lui-mme.

    Une description matrielle complte (texte, par exemple) d'un objet matriel ne peut pas faire partie de cet objet car elle se contiendrait elle-mme ; l'Univers ne peut contenir de description complte de lui-mme, une telle description se contenant elle-mme.

    L'essence d'un tre ou d'un objet constitue sa description complte, avec toutes ses proprits. C'est une abstraction, comme toute description. Une mme essence (mme description) peut dcrire un objet imaginaire, non encore cr, ou un objet rel, ou plusieurs objets identiques.

    L'essence peut exister, en tant que description abstraite, pour un objet physique qui existe rellement ou non. Elle ne peut donc comprendre parmi ses proprits l'existence matrielle de l'objet, qui est une information spare. Donc ce n'est pas parce que j'imagine la description dtaille et prcise d'un couteau que celui-ci existe ; il existera, par exemple, si je le fabrique.

    Une comparaison d'un concept ou d'une reprsentation ne se conoit qu'avec un concept distinct ou une reprsentation distincte, car une comparaison soi-mme ne peut produire qu'un jugement d'identit sans intrt.

    Donc un jugement concernant un objet ou un vnement rel (qui rsulte ncessairement d'une comparaison) ne peut jamais tre absolu ; il ne peut concerner une comparaison de l'objet ou de l'vnement avec lui-mme, mais seulement avec un objet ou un vnement distinct.

    Dans ce qui prcde, le terme distinct veut dire qui n'est pas confondu avec . Mais deux objets distincts qu'on compare doivent tre comparables selon le point de vue considr : on ne peut comparer un chien et une plante au point de vue forme d'tre vivant, mais on peut les comparer au point de vue hauteur (principe d'homognit).

    Une axiomatique [1a] ne peut inclure ses propres critres de jugement global, qui impliquent la comparaison avec quelque chose d'externe ; par contre, elle peut contenir des rgles permettant certains jugements de cohrence ou l'tablissement de relations (d'implication, d'ordre, etc.) entre deux ou plusieurs de ses propositions. L'adquation d'une axiomatique (systme formel) un ensemble de lois physiques qu'elle modliserait ne peut donc se juger sans comparaison de ses rsultats quelque chose d'externe l'axiomatique, comparaison qui implique une smantique.

    D'aprs ce qui prcde, la cause premire d'un phnomne ou d'un objet (cration, premire apparition) ne peut tre qu'externe ce phnomne ou cet objet. Un objet ne peut se crer lui-mme, il doit rsulter d'un phnomne extrieur ; car pour se crer lui-mme, il devrait exister avant et pendant cette cration, ce qui est impossible ; par contre, un objet cr peut se transformer ensuite sans intervention extrieure. En consquence, la notion de cause premire dpourvue de cause est logiquement absurde.

  • 19

    Si on admet Dieu Crateur en tant que cause premire de l'Univers, Il existait dj et l'a cr sans utiliser quoi que ce soit de l'Univers, soit partir de rien, soit en transformant une partie de Lui-mme et/ou de quelque chose d'autre. Pour nous, sont inconcevables en respectant la logique une cration physique partir de rien, et la cration de l'Univers (c'est dire tout ce qui existe et a jamais exist ) partir d'autre chose, ou d'un acteur extrieur prexistant comme Dieu. C'est pourquoi Spinoza pensait qu'il faut respecter l'enseignement moral des religions judo-chrtiennes sans croire leur cosmologie.

    4.1 Violation du principe d'identit : le principe anthropique

    Voici un exemple d'absurdit produite par une violation du principe d'identit. Les physiciens ont remarqu des concidences troublantes entre diverses constantes de l'Univers et la possibilit d'une vie terrestre [12]. En voici deux parmi bien d'autres (concernant l'ge de l'Univers, la masse du proton, la constante de gravitation G, etc.) :

    L'astronome anglais Fred Hoyle a remarqu qu'une valeur peine diffrente de l'intensit de l'interaction nuclaire [1k] aurait pratiquement rduit nant la gnration de carbone dans les ractions de fusion stellaires, les seules dans l'Univers en fabriquer. Puisque sans carbone la vie telle que nous la connaissons est inconcevable, il semble que l'interaction nuclaire ait juste l'intensit qu'il faut pour que la vie apparaisse dans l'Univers.

    Pour les tenants du principe anthropique, cela ne peut s'expliquer que par l'influence de la volont d'un Crateur, si l'on tient compte du fait qu'il y a de nombreuses concidences comme celle-l.

    Le physicien prix Nobel Steven Weinberg a remarqu dans son livre [10] qu'il y a un rapport entre la valeur de la constante cosmologique [11] et l'existence de la vie sur la Terre. Une valeur trop leve de cette constante aurait empch toute formation de galaxie, donc aussi la formation du systme solaire. Sa valeur connue est compatible avec la rpartition de matire observe et l'expansion de l'Univers, donc la vie terrestre.

    Ces concidences sont si nombreuses et si troublantes que des physiciens comme Robert Dicke ont postul l'existence d'un principe anthropique , selon lequel elles ne sont pas le fruit du hasard. Ce principe postule que ces constantes ont exactement les bonnes valeurs pour que la vie apparaisse et volue vers la complexit que nous constatons, sans avoir besoin de la slection naturelle de Darwin. Tout se passe comme si l'Univers tait soumis un dterminisme global, comme si une volont tlologique externe l'Univers l'avait fait tel qu'il est, avec les lois qu'il a, pour que la vie apparaisse et volue en complexit jusqu' l'homme qui l'observe aujourd'hui. Le principe anthropique est donc une forme moderne de la preuve tlologique de l'existence de Dieu [1m].

    Discussion

    Le principe anthropique est-il un dterminisme divin ?

    Les concidences de valeurs de constantes ci-dessus tant relles, chacun est libre de les interprter comme il veut, notamment en postulant l'existence l'chelle de

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    l'Univers d'un dterminisme de niveau suprieur tous les autres. Ce dterminisme-l rgirait les divers dterminismes des lois physiques, comme le principe de moindre action de Maupertuis [1n] dtermine globalement un choix de trajectoire au lieu de la dtermination de proche en proche rsultant du dterminisme ponctuel des lois de Newton. On peut aussi y voir une manifestation du dessein d'un Crateur.

    Il faut rappeler le principe d'identit

    Le principe d'identit, fait que la ralit un instant donn est ce qu'elle est et ne peut tre autre, mme si notre esprit s'en tonne, le regrette ou y trouve des concidences. Considrons alors les diverses constantes et lois de l'Univers telles que si l'une tait un tant soit peu diffrente l'homme ne pourrait exister. Sachant qu'il existe, il est impossible de trouver le moindre fait qui contredise cette existence ; si on en trouvait un, ce serait coup sr une erreur ! Toutes les valeurs de constantes et lois physiques remarquables associes par certains l'existence de l'homme n'auraient pu tre diffrentes, du fait du principe d'identit. S'tonner, alors, que telle constante ait une valeur trs proche d'une limite qui rendrait la vie impossible est humain, mais ne prouve rien car elle ne peut avoir que la valeur exacte qu'elle a.

    Pour la nature, la notion de proximit d'une valeur n'a pas de sens ; un instant donn une grandeur physique a la valeur exacte qu'elle a. Juger qu'elle est proche d'une autre valeur, ou qu'une diffrence relative d'un millionime changerait la face du monde sont des ractions humaines sans rapport avec les lois physiques.

    Des probabilits qui n'ont pas de sens

    Un autre argument faux que j'ai vu en faveur du principe anthropique fait intervenir une probabilit pour qu'une constante de l'Univers importante pour l'existence de l'homme ait (ou n'ait pas) la valeur prcise qu'elle a. La probabilit d'une situation tant le rapport du nombre de cas favorables au nombre de cas quiprobables possibles, on ne peut la calculer que si l'on connat ces deux nombres ; par exemple, la probabilit pour qu'un lancer de d donne un 3 est calculable, car ce cas "favorable" unique fait partie de 6 cas "possibles" quiprobables. On calcule aussi, par exemple, une telle probabilit en mcanique quantique, lorsque la valeur d'une variable mesure est une valeur propre d'un ensemble (le spectre de l'observable [1p]) qui en a un nombre connu, chacune assortie d'une probabilit calculable. Lorsque la constante considre de l'Univers est un nombre rel, le nombre de cas possibles est infini. La probabilit d'une valeur donne n'a alors de sens que pour un certain intervalle autour de cette valeur et si l'on connat la loi de densit de probabilit de la constante [1q] ; sans cette densit de probabilit, la notion de faible diffrence entre une variable et une valeur critique n'a pas de sens. Or je n'ai jamais vu qu'un partisan du principe anthropique, qui s'tonne de la proximit d'une valeur de constante avec une valeur critique pour l'existence de la vie, ait pris soin de citer la densit de probabilit dans leur voisinage ; et je ne l'ai pas vu parce que la loi de densit de probabilit d'une constante n'existe pas ! Ce que j'ai vu, en revanche, c'est l'argument qu'une constante a une valeur contingente car elle aurait pu en avoir une autre . C'est l une spculation pure,

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    puisque la constante ne peut pas, justement, avoir une valeur autre que celle qu'elle a, du fait du principe d'identit. Tout calcul de la probabilit pour qu'une situation qui s'est produite se soit effectivement produite car on peut imaginer qu'elle ne se fut pas produite, est une spculation sans valeur lorsqu'il est impossible de connatre ou de dnombrer toutes les volutions qui ont fait qu'elle s'est produite et toutes celles qui auraient pu se produire. De mme, calculer la probabilit de non-survenance d'un vnement du pass qui ne s'est pas produit est absurde.

    Le besoin de l'homme que l'Univers ait un sens conforme aux valeurs morales

    Le principe anthropique a souvent t utilis par des spiritualistes, pour qui l'ide matrialiste que l'homme est le produit d'un Univers domin par des forces aveugles et indiffrentes est insupportable. Certains rejettent cette ide parce qu'elle ne permet pas de justifier l'origine des valeurs morales, origine qui pour eux ne peut tre que divine parce que ces valeurs sont par essence universelles et ternelles, conformment (par exemple) l'enseignement de Saint Thomas d'Aquin. Les matrialistes rpondent cette objection que les scientifiques savent aujourd'hui preuves ethnologiques l'appui - que les principes de morale humains sont des consquences videntes de l'volution des socits humaines, qui les ont dfinis progressivement sicle aprs sicle [13]. Ils reprochent aux spiritualistes :

    d'avoir invent le concept d'un Dieu sacr pour pouvoir Lui attribuer sans justification les principes de morale auxquels ils tiennent et qu'ils veulent faire respecter ;

    de ne pas expliquer pourquoi Dieu, si moral, a permis l'existence de barbares comme Hitler, Pol Pot et Ben Laden, dont l'thique est l'vidence peu conforme celle des textes sacrs ; est-ce une erreur de Sa part, un pouvoir insuffisant, une punition pour les autres hommes ? (Voir le problme du mal [1r]).

    Origine de la supriorit de l'homme sur les autres tres vivants

    Pour sa part, Darwin rpond aux spiritualistes dans [14] page 448 en attribuant la noblesse de la ligne humaine son anciennet, qui des centaines de milliers d'annes de perfectionnements successifs ont permis de rsister la slection naturelle. Pour lui, la morale humaine, indissociable de sa pense, est consubstantielle de l'tre social qu'est l'homme. Elle reprsente une des supriorits de son espce, qui ont permis sa survie et finalement sa domination. Il crit :

    "Lorsque je considre tous les tres, non plus comme des crations spciales, mais comme les descendants en ligne directe de quelques tres qui ont vcu longtemps avant que les premires couches du systme cambrien aient t dposes, ils me paraissent anoblis. [] Or, comme la slection naturelle n'agit que pour le bien de chaque individu, toutes les qualits corporelles et intellectuelles doivent tendre progresser vers la perfection."

    Un principe infalsifiable

    Le principe anthropique est comme l'existence de Dieu, un nonc infalsifiable [15] ; en vertu du rationalisme critique [1t] il n'a donc rien de scientifique. C'est donc un merveillement de spiritualiste et le fruit de l'imagination. On peut toujours spculer

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    que, dans un autre Univers o les lois seraient diffrentes, l'homme n'aurait pu apparatre, mais c'est l pure spculation mtaphysique et il n'y aura jamais d'avance scientifique permettant de le savoir ; nous ne saurons jamais rien de scientifique concernant un hypothtique espace extrieur l'Univers ou l'ayant prcd.

    Conclusion

    Le principe anthropique est une spculation spiritualiste irrationnelle qui introduit un dterminisme divin, finalit destine combattre le dterminisme matrialiste.

    La recherche d'exoplantes

    On peut cependant interprter l'existence d'un ensemble de conditions satisfaire pour que la vie apparaisse pour dlimiter des rgions, au voisinage d'autres toiles que le Soleil, o une vie telle que nous la connaissons serait possible. Dans une telle rgion, par exemple, la temprature doit permettre l'existence de l'eau l'tat liquide, l'toile ne doit pas mettre de rayonnement mortel, etc. Sous cette forme-l (ensemble de conditions de la vie) le principe anthropique est utile aux astronomes qui cherchent des plantes (appeles exoplantes) o la vie pourrait exister.

    5. Objection de la cause ultime ou de la cause premire

    5.1 Problme de la cause de la cause

    Le principe de causalit postule que tout phnomne observ a une cause qui l'a prcd, et rien ne peut exister sans avoir t cr auparavant . Rappelons que l'existence de cette cause est un postulat, pas une certitude. L'homme justifie ce postulat par le fait qu'il peut, dans de nombreux cas, expliquer un phnomne par une situation-cause qui l'a prcd ; il postule que chaque fois qu'il aura une explication de ce mme phnomne, ce sera la mme cause. Remarque : comme il a toujours exist des phnomnes inexpliqus, l'homme prfre postuler qu'ils ont aussi une cause, mais qu'il ne la connat pas. Admettre qu'un phnomne n'a pas de cause, qu'il n'a t prcd d'aucune situation mais qu'il est apparu spontanment, ex nihilo, est psychologiquement difficile supporter car l'homme dteste instinctivement les situations inexplicables ou mal connues, dont il craint une volution dommageable : c'est sa peur de l'inconnu . Si toute situation que j'observe a une cause, cette cause a elle-mme une cause qui l'a prcde, et ainsi de suite. Cette suite des causes doit ncessairement s'allonger indfiniment vers le pass, d'aprs le postulat de causalit et le dterminisme philosophique de Laplace. Il n'y a alors pas de cause initiale ayant dclench toutes les suivantes, situation psychologiquement insupportable, nous venons de le voir. Faute de solution logique ce problme, dit de la cause premire , l'homme a invent une solution irrationnelle, une cause sans cause, Dieu crateur de l'Univers !

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    5.2 La cause premire, un concept contradictoire

    Une cause premire qui n'a pas de cause est un non-sens, un postulat invent pour terminer dans le pass la chane de causalit ; Dieu crateur incr en est un bon exemple. Des philosophes comme Schopenhauer, par exemple, considrent donc qu'il est impossible de fonder les choses en raison [5]. S'il existait une situation premire qui n'est prcde d'aucune situation diffrente, cette situation premire serait stable, incapable d'voluer depuis le commencement des temps ou un pass infiniment lointain ; elle n'aurait donc pu causer les situations suivantes et elle existerait toujours ; la situation actuelle, sa consquence, serait alors la mme et nous ne constaterions pas d'volution, conclusion contredite par l'exprience. Si une situation premire stable avait brusquement commenc voluer, c'est qu'elle n'aurait pas t stable. Pourquoi serait-elle reste stable jusque l, et quelle est la cause de son dbut d'volution ? On voit que le concept de cause premire est contradictoire.

    5.3 Un pass infini, conjecture invrifiable

    On peut envisager un temps sans commencement parce qu'il remonte infiniment loin dans le pass ; l'Univers n'aurait alors jamais t cr, il aurait toujours exist. Mais cette conjecture est et restera invrifiable parce qu'elle dfie nos possibilits exprimentales : la vitesse de la lumire nous interdit de voir un pass plus lointain que 13.7 milliards d'annes-lumire, et la physique actuelle nous interdit d'imaginer un avant .

    5.4 Un temps cyclique, pure spculation

    Le concept de temps cyclique o l'Univers revient au temps t2 l'tat exact o il se trouvait au temps prcdent t1 est pure spculation. En supposant que l'Univers est un systme ferm (conformment sa dfinition en tant que tout ), il n'change rien avec un extrieur quelconque : ni nergie, ni travail, ni chaleur, ni matire, rien. Le deuxime principe de la thermodynamique s'applique alors, et l'entropie de l'Univers ne peut que rester stable ou crotre. Rester stable implique un quilibre incompatible avec la croissance actuelle de l'Univers, qui est une certitude ; crotre implique une volution irrversible. Dans les deux cas, le temps ne peut tre cyclique. L'volution de l'Univers peut chapper au deuxime principe de la thermodynamique si l'Univers change quelque chose avec un extrieur. Mais l'existence d'un tel extrieur est plus qu'hypothtique, elle est invrifiable parce que l'expansion de l'Univers est plus rapide que la vitesse de la lumire, c : nous ne saurons jamais s'il existe quelque chose au-del des limites actuelles de l'Univers visible, parce qu'aucune nergie, aucun signal ne peut et ne pourra jamais nous en parvenir, la thorie de la Relativit l'a dmontr. Si, malgr tout, on conjecture que l'Univers est un systme ouvert qui change ce qu'il faut pour que son entropie diminue, la thermodynamique permettrait qu'il revienne un niveau d'organisation du pass. Mais il resterait alors une seconde objection : comment l'Univers pourrait-il se mettre rtrcir puisque nous savons

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    qu'il est en expansion, au contraire, et mme en expansion de plus en plus rapide ? Il faudrait des lois physiques aujourd'hui inconnues, purement spculatives. Du point de vue cosmologique, la doctrine de l'Eternel retour de Nietzsche est donc injustifiable ; du reste, il a renonc cette intuition mtaphysique et n'en a plus parl aprs 1885 [16].

    5.5 Thorie cosmologique de la gravitation quantique

    Cette thorie cosmologique rcente [17], intressante mais invrifiable dans tout l'avenir prvisible, unifie la Relativit et la Mcanique quantique en quantifiant la gravitation, l'espace et le temps. Elle modlise bien le Big Bang [1h] et l'inflation qui a suivi. Elle prvoit mme un avant Big Bang, qui se termine par une contraction infinie de l'espace appele Big Crunch. Cette contraction, immdiatement suivie du Big Bang, est appele Big Bounce (grand rebond). Selon cette thorie, l'Univers existerait avant le Big Bang/Big Bounce et le 2e principe de la thermodynamique serait respect, l'entropie croissant bien jusqu'au Big Bounce, s'annulant alors, et croissant de nouveau dans notre Univers actuel. Les causes pourraient alors remonter au-del du Big Bang

    5.6 Elimination du problme : restriction du postulat de causalit

    On peut liminer la contradiction du postulat de causalit due au problme de la cause premire en restreignant ses exigences.

    5.6.1 Stabilit des lois d'volution et situations nouvelles

    Apparition d'une loi d'volution

    La rgle de stabilit du dterminisme scientifique implique ceci : l'apparition d'une situation donne S, une certaine loi physique d'volution L est applique automatiquement par la nature ; et si la mme situation S rapparat un autre moment et/ou dans un autre lieu, c'est la mme loi d'volution L qui sera applique. Mais nous n'avons nullement postul que la loi L doit exister avant la premire survenance de la situation S. Si elle existait avant, cette loi serait, au moins provisoirement, sans objet ; un idaliste pourrait en envisager l'existence, un matrialiste non. Pour l'homme, une loi physique est une abstraction destine dcrire un phnomne ou son volution, ou calculer un rsultat. Si l'homme imagine une loi s'appliquant des situations qui ne se sont jamais produites et ne sont pas des consquences futures certaines de situations existantes ou passes, comme il peut toujours le faire, cette loi restera pure spculation jusqu' ce que ses conditions d'application soient runies, ce qui arrivera ou non. Donc :

    Nous limiterons la priode d'application de la rgle de stabilit d'une loi d'volution au temps qui suit l'apparition de la premire situation o elle s'applique.

    Une loi d'volution d'une situation qui ne s'est jamais produite, et dont la survenance n'est pas certaine, est pure spculation car elle est sans objet ; et son nonc est infalsifiable.

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    Restriction du postulat de causalit

    En affirmant qu'en l'absence de cause la consquence n'a pas lieu, notre postulat de causalit exclut la possibilit de situations vraiment nouvelles , sans cause physique existante dans notre Univers : toute situation a une chane de causalit remontant jusqu'au Big Bang (l'apparition de l'Univers) [1h] ; c'est une consquence dterministe de la situation initiale unique existant lors du Big Bang ; il ne peut exister de chanes de causalit indpendantes. Or la contrainte pas de situation vraiment nouvelle n'est en rien ncessaire la stabilit des lois d'volution dans le temps et l'espace. Celle-ci exige seulement qu'une fois apparue lors de son application une situation S, une loi s'applique l'identique toute situation S' dduite de S par une translation dans le temps et/ou l'espace. S'imposer qu'il n'y ait jamais de situation nouvelle dans l'Univers est un priori inutile. Nous allons donc, dans le reste de cette section, conjecturer que des situations vraiment nouvelles peuvent apparatre dans l'Univers, pour voir si cela permet une explication plausible de situations constates sans en contredire d'autres ; nous appellerons apparitions de telles situations. Une apparition est ncessairement accompagne de sa loi d'volution, qui peut tre nouvelle sans contredire de loi prexistante puisqu'elle s'applique une situation nouvelle. Affirmer qu'une situation est une apparition parce que nous n'en connaissons aucune cause et qu'elle n'a pas d'quivalent peut, videmment, rsulter d'une ignorance de notre part, et se trouver dmenti ultrieurement ; l'existence d'apparitions n'est donc qu'une conjecture, consquence d'une restriction du postulat de causalit. Voici quelques cas que l'on peut considrer aujourd'hui comme des apparitions.

    Le Big Bang [1h] ;

    L'inflation : La courte priode dite d'inflation, peu aprs le Big Bang, a vu une expansion de l'Univers fantastiquement rapide, dilatation de l'espace des milliards de fois plus rapide que la vitesse de la lumire. Nous ne connaissons pas la cause prcise de l'inflation. Nous pouvons seulement conjecturer qu'elle est due une force immense du mme type que l'nergie sombre actuelle, nergie prsente dans tout l'espace et cause de la gravitation ngative qui dilate l'Univers. L'nergie d'inflation a pu apparatre sans cause, pendant un temps trs bref.

    Les fluctuations quantiques : Ce phnomne est une variation d'nergie sans cause autre que l'affirmation que l'nergie du vide est instable , ce qui n'explique rien. Ce n'est pas une vritable volution, car l'emprunt d'nergie est restitu peu aprs. C'est donc une apparition.

    5.6.2 Consquences philosophiques

    Impossibilit d'existence de chanes de causalit indpendantes

    Si nous admettons, comme tous les astrophysiciens, que l'Univers est n et a commenc son expansion partir d'une rgion infiniment petite, en un instant initial appel Big Bang [1h], il n'y avait en cet instant-l qu'une situation unique (les atomes n'taient pas encore forms), cause premire de toute l'histoire ultrieure de l'Univers. Toutes les volutions physiques ont commenc ce moment-l. L'Univers

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    a donc une unit d'existence et d'volution depuis cet instant-l, et si notre pense y distingue, un autre moment, des situations partielles spares, celles-ci sont pures abstractions humaines, consquences dterministes d'une mme cause premire, le Big Bang. Des chanes de causalit particulires, issues de situations partielles particulires par volutions dterministes, ne peuvent tre indpendantes puisqu'elles ont mme origine. C'est notre esprit qui les considre parfois comme indpendantes, pour permettre ou simplifier certains raisonnements.

    Consquences de la restriction de la contrainte de stabilit

    Admettre la possibilit d'apparitions a d'importances consquences philosophiques. Exemples :

    Certaines chanes de causalit peuvent apparatre aprs la naissance de l'Univers. L'opposition entre matrialisme scientifique (qui refuse les phnomnes sans cause interne l'Univers) et spiritualisme (qui croit possibles des phnomnes dont la cause est externe l'Univers, comme la volont d'un Crateur) n'est plus aussi totale.

    Des situations et des phnomnes peuvent rester ternellement inexpliqus, parce que ce sont des apparitions.

    L'ensemble des lois d'volution de l'Univers peut s'enrichir progressivement. Certaines situations ou volutions considres comme impossibles avec les lois physiques actuelles peuvent ne plus l'tre ternellement.

    Des lois de conservation comme la conservation de l'nergie peuvent tre violes l'occasion d'une apparition.

    6. Rfrences et complments

    [1] Livre "Le dterminisme tendu pour mieux comprendre et prvoir Un pont entre science et philosophie pour la pense rationnelle" par Daniel MARTIN (2011) - http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.pdf

    Rfrences du livre ci-dessus accessibles directement par un lien Internet

    [1a] Axiomatique : dfinitions et applications - http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R67 [1b] Remarque sur la diffrence entre vrit formelle et vrit smantique http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R67a [1c] Langages et vrit. Compltude d'un nonc et d'un langage http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R220 [1d] Valeur, culture et morale : dfinitions http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R70 [1e] Une valuation permanente http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#EvaluationPermanente

    http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.pdfhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R67http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R67ahttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R220http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R70http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#EvaluationPermanente

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    [1f] Une signalisation permanente dans le cerveau http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Signalisation [1g] Dterminisme des formules, algorithmes et logiciels http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#DtmAlgorithmes [1h] Le Big Bang, phnomne irrversible http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#BigBang [1i] Le fonctionnement de la conscience n'est pas souvent dterministe http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#ConscienceNonDeterministe [1j] Imprcision par volutions multiples simultanes partir d'un mme tat initial http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#EvolutionsMultiples [1k] Le modle standard de la physique a 4 types d'interactions (appeles aussi forces) - http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R18 [1m] La preuve tlologique http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#PreuveTeleologique [1n] Principe de moindre action de Maupertuis. Dfinition d'une action http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R62 [1p] Application linaire, oprateur linaire, valeur propre, vecteur propre http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R278 [1q] Densit de probabilit http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R28 [1r] Une contradiction fondamentale qui explique la volont de prouver l'existence de Dieu - http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#ContradictionProvidence [1s] Propositions indcidables Thormes d'incompltude de Gdel http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R6 [1t] Le rationalisme critique de Karl Popper http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Popper [1u] Faiblesse des preuves ontologiques http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Thalers [1v] Le monde comme volont et reprsentation http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#LeMondeCommeVolonteRepr [1w] Hasard, chaos et dterminisme : les limites des prdictions http://www.danielmartin.eu/Philo/Resume.pdf

    http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Signalisationhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#DtmAlgorithmeshttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#BigBanghttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#ConscienceNonDeterministehttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#EvolutionsMultipleshttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R18http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#PreuveTeleologiquehttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R62http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R278http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R28http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#ContradictionProvidencehttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#R6http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Popperhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Thalershttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#LeMondeCommeVolonteReprhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Resume.pdf

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    [2] Principes de la logique classique La logique repose sur des principes fondamentaux respects par toutes les propositions appeles "propositions logiques", car chacune est une affirmation toujours vraie ou toujours fausse :

    Le principe de contradiction (on dit aussi de non-contradiction)

    Le contraire du vrai est faux. Une affirmation est soit vraie, soit fausse, mais pas en mme temps vraie et fausse. Il y a une exigence de non-contradiction : aucune proposition ne peut tre vraie si elle contredit une vrit tablie sans la remplacer.

    Le principe du tiers exclu (ou du milieu exclu)

    Il n'y a que deux cas de valeur logique. Une proposition p ne peut tre que :

    vraie, et alors la proposition contraire p est fausse ;

    ou fausse, et alors la proposition contraire p est vraie.

    (Il n'y a pas de troisime cas).

    C'est sur ce principe que reposent les dmonstrations par l'absurde. Les intuitionnistes n'admettent pas ce principe [3].

    Le principe d'identit

    Ce qui est, est ; ce qui n'est pas, n'est pas. (Il y a beaucoup dire sur ce sujet)

    Le principe du syllogisme

    En notant la relation "implique" : "si A B et B C, alors A C",

    ce qu'on peut crire sous la forme symbolique : (A B B C) (A C)

    La relation est transitive, comme la relation =, la relation >, etc.

    Le principe d'abstraction

    L'esprit humain ne peut manipuler que des abstractions, il n'a pas de prise directe sur la ralit physique. Mme pour l'homme qui adopte une doctrine raliste, l'Univers n'existe que par les reprsentations qu'il conoit par une opration d'abstraction. Une reprsentation est un rapport sujet-objet.

    Une opration mentale d'abstraction peut crer un concept partir d'une ou plusieurs perceptions (et leurs reprsentations), affirmations ou autres concepts. Le concept cr, en gnral plus simple que les abstractions de dpart, est plus utile qu'elles pour raisonner malgr son caractre rducteur.

    On appelle essence d'un objet le concept qui dcrit toutes ses proprits constitutives et fonctionnelles ; l'objet peut exister ou non.

    L'esprit humain a une facult d'abstraction trs dveloppe, permettant toutes sortes d'associations d'ides, justes ou fausses, bases sur la ralit ou l'imagination ; elle est donc la fois prcieuse et dangereuse.

    Une opration d'abstraction peut aussi classer un concept, jugement qui le relie par est une catgorie d'attributs. Kant, par exemple, distingue 4 groupes de 3 catgories : quantit (unit, pluralit, totalit) ; qualit (ralit, ngation, limitation) ; relation (inhrence, causalit, rciprocit) ;

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    modalit (possibilit, existence, ncessit).

    Le principe d'homognit

    Aristote l'a nonc sous la forme "On n'a pas le droit de conclure d'un genre un autre". (Description dtaille)

    Le principe de raison suffisante

    La raison explique les causes des situations et phnomnes : tout ce qui existe ou arrive a une cause, rien n'existe ou n'arrive sans cause ; la cause explique pourquoi cela existe, est arriv ou arrivera, connaissance plus importante qu'une simple certitude d'existence. Le principe de raison suffisante nonce une relation certaine, ncessaire : l'existence de la cause implique ncessairement la consquence.

    [3] Les intuitionnistes Des scientifiques et philosophes, les intuitionnistes, ont ni la ralit extrieure au profit d'un solipsisme, attitude qui limite la vision du monde d'une personne ce qui est accessible sa subjectivit, son intuition. Pour un intuitionniste comme Brouwer il n'y a pas de ralit extrieure, pas de vrit objective, il n'y a que des cas particuliers qu'il constate et peut prouver ; toute affirmation qu'on ne peut ni prouver ni infirmer de manire pratique est rpute indcidable jusqu' ce qu'une preuve concrte ait t apporte. C'est ainsi qu'il y a deux manires d'interprter les rsultats de la mcanique quantique, si bien valids par l'exprience :

    ou l'on considre qu'il n'y a pas de loi gnrale, mais seulement des cas particuliers associant une exprience et ses conclusions - attitude intuitionniste ;

    ou l'on considre que la ralit elle-mme existe objectivement, bien que sous une forme non intuitive reprsente et comprhensible travers les seuls postulats de la mcanique quantique et les quations qui en ont t dduites, parfois en s'appuyant sur une exprience - attitude raliste accepte aujourd'hui par tous les scientifiques.

    Les intuitionnistes rejettent le principe du tiers exclu [2], sur la base d'une dfinition particulire de l'existence : alors qu'un mathmaticien se contente souvent de prouver qu'il existe un tre mathmatique ayant certaines proprits, sans pouvoir en donner la valeur ou un procd de construction pratique, un intuitionniste n'accepte une affirmation d'existence qu'accompagne d'une mthode de construction, c'est--dire une existence vrifiable. Pour un intuitionniste, donc :

    Un nombre rel non calculable n'existe pas ;

    Un raisonnement par l'absurde n'est pas probant, puisqu'il suppose le principe du tiers exclu [2] ;

    La validit d'une affirmation doit attendre une preuve exprimentale ;

    La preuve elle-mme ne peut tre base seulement sur la logique et le calcul, elle ncessite en plus une vrification pratique qui peut demander du temps ou des moyens exprimentaux hors de porte.

    http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#PostulatsMQhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#ReelsNonCalculables

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    L'intuitionnisme n'a plus beaucoup de partisans de nos jours, o le rationalisme critique triomphe et o l'on a tendance associer une approche axiomatique formelle et une approche base sur la smantique. [5] Livre "De la quadruple racine du principe de la raison suffisante" par Arthur Schopenhauer (1813, remani en 1847), publi par Librairie Germain Baillire et Cie en 1882 - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5400813b [6] "Dictionnaire biographique", page Avicenne http://www.cosmovisions.com/Avicenne.htm [7] Affect : sentiment subjectif conscient rsultant d'une motion, d'une peur, d'un dsir, d'une aversion, etc. [8] Blaise Pascal, "Penses", ditions Hachette, 1909 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56034742.r=.langFR [9] Graud Tournadre "Le principe d'homognit" dit aux Presses Universitaires de Paris-Sorbonne en 1988. [10] "Dreams of a Final Theory: The Scientist's Search for the Ultimate Laws of Nature" par Steven Weinberg (Pantheon Books, 1992) [11] Constante cosmologique : constante introduite par Einstein dans ses quations de la Relativit gnrale pour rendre compte d'une force de gravitation ngative capable de s'opposer celle de l'attraction due la matire. Selon la valeur qu'on admet pour cette constante, l'Univers peut voluer vers une poursuite de l'expansion actuelle ou une fin de cette expansion suivie d'un Big Crunch (http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#BigCrunch) [12] Principe anthropique - Dtails :

    "Cosmic Jackpot: Why Our Universe Is Just Right for Life" par Paul Davies, physicien et cosmologiste, publi chez Houghton Mifflin (Boston, USA) en avril 2007.

    "Mind of God: The Scientific Basis for a Rational World" par Paul Davies, publi chez Touchstone (New York, USA) en mars 1993.

    La srie tlvise "Cosmos" de Carl Sagan. [13] "The Science of Good and Evil - Why People Cheat, Gossip, Care, Share, and Follow the Golden Rule" par Michael Shermer (Times Books, 2004). Ce livre est un compte-rendu de recherches rcentes sur l'avnement des rgles morales. Article citant des recherches qui confirment celles de ce livre : "Is Do Unto Others Written Into Our Genes?" - The New York Times du 18/09/2007, http://www.nytimes.com/2007/09/18/science/18mora.html?th=&emc=th&pagewanted=print [14] Charles Darwin "De l'origine des espces" (1859) (disponible gratis en franais l'adresse http://www.danielmartin.eu/Arg/Darwin.pdf).

    http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Popperhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#Popperhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5400813bhttp://www.cosmovisions.com/Avicenne.htmhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56034742.r=.langFRhttp://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.htm#BigCrunchhttp://www.nytimes.com/2007/09/18/science/18mora.html?th=&emc=th&pagewanted=printhttp://www.nytimes.com/2007/09/18/science/18mora.html?th=&emc=th&pagewanted=printhttp://www.danielmartin.eu/Arg/Darwin.pdf

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    [15] Infalsifiable : qualifie une affirmation dont on ne peut prouver la fausset ventuelle. C'est le contraire de falsifiable. Une hypothse (ou une thorie) est dite falsifiable si on peut imaginer (ou mieux, crer exprimentalement) des situations o elle est prise en dfaut, mme si on ne peut pas imaginer de situation o elle se ralise - notamment parce qu'elle est indcidable [1s] ou spculative. Exemples :

    La loi d'Ohm "L'intensit de courant lectrique travers une rsistance est proportionnelle la diffrence de potentiel entre ses bornes" est falsifiable ;

    L'affirmation "Ce feu de