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La Bande Dessinée Aux Frontières de l'Abstraction

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Text of La Bande Dessinée Aux Frontières de l'Abstraction

  • 1La bande dessine aux frontires de labstraction

    Jean-Charles Andrieu de Levis

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  • 3La bande dessine aux frontires de labstraction

    Jean-Charles Andrieu de Levis

    Communication option illustration

    Mmoire de DNSEP

    Sous la direction de Jospeh Bh

    Haute Ecole des Arts du Rhin 2013

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  • 5Remerciements

    Denis Plagne pour mavoir, le premier, permis dcrire sur la bande dessine, mais aussi pour mavoir confront aux productions du Frmok.Matthieu Chiara pour sa relecture, et pour avoir subit toutes mes questions pendant lcriture de ce mmoireFranois Bauer pour sa prcieuse relectureJean-Christophe Caurette pour sa correction minutieuseHarry Morgan pour sa disponibilit et ses judicieux conseilsGuillaume Dg pour sa relecture et ses commentaires modrateurs

  • 6Gustave Dor, Histoire de la Sainte Russie, page 42

  • 7Introduction

    Lhistoire de la bande dessine nous a souvent prouv la souplesse et les adaptations du mdium de multiples exprimentations. Ainsi, des albums allant dHistoire de la Sainte Russie de Gustave Dor (1854) en passant par Feux de Lorenzo Mattotti(1984) ont montr la possibilit et mme la facilit de poursuivre une narration avec du matriel iconique abstrait. Seulement, ces incursions dans le domaine de labstraction sont toujours fugaces et soutenues par du texte qui acquiert une pleine autonomie. Ces tentatives sont assez rvlatrices de la curiosit des auteurs dinvestir une tradition graphique loppos de la leur. Elles posent aussi la question de la potentialit de faire durer cet exercice lchelle de tout un rcit. De rares et ponctuelles expriences ont t ralises dans ce sens comme lalbum dEberoni, John & Betty publi en 1985 ou bien lpisode Love des B Stories de Massimo Mattioli, publi dans la revue Corto Maltese en 1989. Mais ces essais ne vont pas au-del du jeu

  • 8graphique et restent dans lexprimentation spontane, sans vritablement tre soutenue par une envie daller plus loin dans ce genre de pratiques.

    En 1972, sort le fameux livre de Martin Vaughn-James, La cage. Dans cet album, lauteur dveloppe un rcit dont lavance nest pas pousse par la rvlation de solutions amenant quelques conclusions attendues, mais qui est plutt emmen par une convergence dimages et de mots dans lesquels le lecteur va pouvoir vritablement simpliquer. En somme, il abandonne les schmas narratifs traditionnels pour aller vers des expriences allant vers le sensible. Malgr lengouement qua suscit cet album, lauteur ne renouvellera pas cette exprience, prfrant se tourner vers le roman illustr. Ce dsir de briser les schmas narratifs traditionnels pour leur substituer des rcits qui interpellent le ressenti du lecteur sera repris quelques annes plus tard, en 1989, par Richard Mc Guire avec son rcit Here, publi dans la revue Raw. Si les connections entre les cases se font alors plus logiques que dans La Cage, les deux uvres se retrouvent dans la volont dprouver llasticit du lien entre les cases. Les questions que ces auteurs posent sur le mdium resteront en suspend.

    Depuis quelques annes, nous pouvons observer lmergence et linstallation de nouvelles formes de bandes dessines qui se dtournent la ligne claire pour des images moins figuratives, plus plastiques. Dans le mme temps, elles dveloppent des rcits dont la dynamique nest plus pousse par une histoire droulant de multiples pripties mais par la recherche de liens sensibles entre les images. Les mcanismes

  • 9que ces bandes dessines mettent en place correspondent ce que nous dfinissions alors comme lapparition dune bande dessine abstraite : une bande dessine qui, par la mise en place dun systme dont le lieu et les instances digtiques ne sont pas identifiables instantanment, invoque autre chose que ce qui nous est donn voir. Ces nouvelles formes sont principalement soutenues par la maison ddition Frmok1 et compte comme acteurs importants Vincent Fortemps, Frdric Coch ou Michael Matthys, entre autres. Ces auteurs se confrontent aux limites du mdium et essaient de les transcender. Ils en dvoilent ainsi certains mcanismes forts. Afin de mieux apprhender ces formes nouvelles, il nous est apparu essentiel de tenter de comprendre quels cheminements ces auteurs ont emprunts pour en arriver ces exprimentations. Nous avons alors cherch dceler lexistence dun pont entre les tentatives ponctuelles que nous avons voques plus haut et ces nouvelles formes mergentes.

    Nous pouvons remarquer lexistence de trois temps forts, indpendants les uns des autres, qui ont tendu explorer les limites du mdium en prouvant ses possibilits aller vers labstraction. Chacun de ces moments a t provoqu par une personnalit qui se distingue des autres par le besoin de thoriser et la volont de runir dautres auteurs afin de constituer une sorte de dbat, quil soit graphique ou thorique. Nous pouvons aussi constater quils se sont drouls dans trois pays diffrents : la France, la Belgique

    1 Les maisons dditions La cinquime couche, Lassociation et Atrabile se dmarquent aussi comme soutien ce genre dexprimentations.

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    et les tats Unis. Ils proposent chacun un angle singulier sur les possibilits de labstraction dans la bande dessine dont rsulte des uvres trs diffrentes. Les discours quils mettent ainsi en place interrogent la bande dessine en des endroits bien distincts et dvoilent quelques limites que le mdium ne saurait franchir ainsi que des mcanismes essentiels. Un change se cre alors entre la thorie qui relie les diffrents travaux et ces derniers qui prouvent la pertinence et la solidit de cette thorie. Nous analyserons en dtail ces trois moments et extrairons les principales questions quils soulvent. Nous verrons ainsi le regard singulier quils portent sur le mdium et sur les moyens de le sortir des carcans traditionnels qui le caractrisent. Nous tenterons ainsi de faire le lien entre les propositions que ces mouvements ont dlivres et les rcits soutenus, entre autre, par le Frmok1.

    Nous allons tout dabord tudier la premire tentative dabstraction dans la bande dessine, qui correspond aussi un premier essai de thorisation. Ensuite, nous analyserons lanthologie qui sest impose comme rfrence du genre. Et nous conclurons par lexprience qui ne sest pas rclame de la bande dessine abstraite mais qui nous semble faire ce lien que nous cherchons.

    1 Faute de se rassembler autour dun nom, nous nous trouvons dans lembarras de nommer lensemble de ces rcits exprimentaux nouvelles formes, dans la mesure o ce ne sont plus des tentatives ponctuelles. En effet, il nous semble que ces rcits commencent vritablement installer un genre part entire car ils se runissent autour des mmes questions et des mmes intentions.

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    Premire PartieIbn Al Rabin et Bile Noire

    Ibn Al Rabin, de son vrai nom Mathieu Baillif, est un auteur suisse de bande dessine qui a commenc tre publi en 1997. Mathmaticien de profession, il a dvelopp un style de dessin minimaliste immdiatement identifiable. Ses bandes dessines reposent sur le texte et les jeux de mise en pages (elles ne contiennent jamais le mme nombre de cases et leur spatio-topie1 est elle aussi changeante). Il participe de nombreux fanzines et publie la plupart de ses livres lui-mme avant dentrer chez Atrabile, clbre maison ddition suisse qui a port ce que lon nomme la nouvelle gnration suisse (avec, entre autre, Frederik Peeters et Alex Baladi2). De ses diffrentes pratiques, de sa logique mathmatique et de

    1 La spatio-topie est un terme forg pour runir tout en les maintenant distincts, le concept despace et celui de lieu. Thierry Groensteen, Systmes de la bande dessine, Paris, puf, 1999, p.26.2 Il a notamment particip au documentaire Bande part qui sintressait cette gnration mergente

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    son trait minimaliste, il est possible de faire un rapprochement avec la figure de Lewis Trondheim, ceci prs quIbn Al Rabin semble bien accroch au milieu alternatif de la micro-dition et ne cesse de continuer explorer les possibles du mdium.

    Des diffrentes exprimentations sur la bande dessine quil a ralises, celles qui lui ont tenu le plus cur sont certainement celles sur la bande dessine abstraite. Il les a tout dabord entreprises de son cot en autoditant Cidre et Schnaps en 2000 (aux ditions My Self), un fanzine de bande dessine abstraite gratuit. Suite ce numro, il a vite ouvert une discussion sur un forum internet afin de rflchir collectivement sur les concepts dvelopps dans son fanzine. Suite cela, il lance en 2003, dans le numro 13 de la revue Bile noire, un feuillet collectif consacr uniquement lexprimentation de bandes dessines abstraites. Comme nous pouvons le remarquer Ibn Al Rabin cultive un besoin de sentourer dauteurs diffrents ainsi que de conversations collgiales tentant de thoriser ce quil a commenc dvelopper seul, transformant le dbut de son exprimentation personnel en un questionnement collectif. En constante interrogation, il a ouvert, travers son travail, une voie qui cherche se confronter avec les limites du mdium. Nous allons dornavant tenter den tudier les diffrentes entreprises afin de cerner ce quIbn Al Rabin appelle bande dessine abstraite.

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    1 - Cidre et Schnaps

    Cidre et Schnaps se prsente comme un carnet compos de 20 pages. lpoque o il ralise ce fanzine, le concept de bande dessine abstraite est tout fait nouveau et nous pouvons de ce fait le considrer comme un pionnier dans ce genre de questionnements. Il propose alors son fanzine gratuitement et le rend consultable sur son site internet. Avec ces premiers essais, Ibn Al Rabin dveloppe dj de nombreuses pistes et montre un besoin de poser les choses par crit afin de mieux avancer.

    Introduction et conclusion du fanzine: un regard critique sur son travail

    Ibn Al Rabin

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