DIALECTOLOGIE, ANTHROPOLOGIE CULTURELLE

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  • DIALECTOLOGIE, ANTHROPOLOGIE CULTURELLE,ARCHEOLOGIE: VERS UN NOUVEL HORIZONCHRONOLOGIQUE POUR LA FORMATION DES

    DIALECTES EUROPEENS

    Mario ALINE1Universit de Utrecht

    Atlas Linguarum Europae

    LABURPENA

    Aztarnategi aurrehistoriko eta toponimo dialektal magiko -erligiosoen arteko korrelaziocnikerketa alde batetik eta bestetik Atas Linguarum Europae delakoaren egituraren barruko moti-bazio semantikoen ikerketa antropologiko eta gonparatuek badirudi erakusten dutela europeardialektuek beraien estratigrafian geruza aurrehistoriko garrantzitsuak gordetzen dituztela. Azkeniritzi honek berak bakarrik nahikoa arrazoi ematen du ondoko problema planteatzeko: europeardialektoen formazioaren datatze tradizionala, hau da, ertarokoa berrikustea. Hitita eta Mizeniargrekoaren aurkikuntza indoeuropear hizkuntza bezala (eta J.C. aurreko 2000. urtean jadanik oso-tua) alde batetik eta bestetik indoeuropear hizkuntzen jatorri neolitikoari buruzko arkeologomodernoen hipotesiek berrikuspen honen beharra sustatzen dute.

    Dialektoak aurrehistorian osotuak izan direneko hipotesia baieztatzen duten nozioaurrehistorikoei buruzko mapa geolinguistikoen analisian egindako esperimentuak erabiliko dirahurbilketa berri honen ondorio zabalak erakusteko eta orobat europear dialektoen jatorriariburuzko arazoa aztertzeko ikerketa disziplinartekoen beharra.

    SUMMARY

    The study of the correlation between prehistoric Sites and magico-religious dialecttoponyms, as well as the comparative and anthropological study of semantic motivations withinthe framework of the Atas Linguarum Europae, seem to demostrate that European dialects pre-serve, within their stratigraphy, imprtant prehistoric layers. This conclusion alone allows theproblem to be posed of a review of traditional, i. e. medieval, datings for the formation ofEuropean dialects. The discoveries of Hittite and Mycenean Greek as Indo-European languagesalready formed two thousand years BC, on the one hand, and the new hypotheses of modernarchaeologists on the Neolithic origin of Indo-European languages, on the other, confirm thenced for this review.

    Experiments in the analysis of geolinguistic maps concerning prchistoric notions, conduc-ted on the assumption of a prchistoric formation of dialects, will be used to illustrate the wide-ranging consequences of this new approach, and the need for an inter-disciplinary study of theproblem of the origins of European dialects.

    IKER 7. 577-606

    [l] 577

  • MARIO ALINEI

    1. Une justification pralableDans cette confrence je prsenterai en avant-premire quelques ides

    d'un livre sur les origines linguistiques europennes1. Je commence par unejustification de la corrlation entre dialectologie, archologie et anthropologie,que je pose ds le titre de ma communication 2 . Sur le plan subjectif, en pre-mier lieu, mes recherches smantiques et dialectologiques ont toujours eu uncaractre interdisciplinaire 3 . C'est le rsultat de deux facteurs: en tant quesmanticien, je considre le lexique et la smantique comme l'interface la plusimportante entre langage et culture, et par consquent je suis naturellementport aborder les problmes smantiques avec une optique interdisciplinaire.En second lieu, en tant que dialectologue qui dirige l'ALE 4 , je me suisconvaincu qu'il est impossible d'expliquer la complexit extraordinaire descontacts culturels et linguistiques europens sans une optique interdisciplinaire.

    2. Dialectologie et archologie: les sites prhistoriques avec un nom dialectalmagico-religieux

    Mais il y a aussi une justification objective. En ce qui concerne la corr-lation entre dialectologie et archologie, elle est plus connue par les archo-logues que par les dialectologues. Les archologues en gnral sont trsconscients du fait que les anciens sites prhistoriques ont souvent un nomdialectal qui a un caractre magico-religieux distinct, et sont souvent au centrede lgendes et de croyances. On pourrait consacrer une monographie cettecorrlation, et ce serait trs utile pour l'un et l'autre des deux groupes desavants, mais surtout pour les dialectologues qui la connaissent trop peu. Ici,je me borne mentionner quelques exemples, en commenant par le plusreprsentatif pour cette confrence: celui du territoire basque, auquel le savantet archologue basque, Miguel de Barandiaran, est le seul, que je sache, quiait consacr justement des articles ce sujet: "Rapports entre la toponymieet l'archologie au Pays Basque" et "Toponymes inspirs par la mythologiebasque"5 . En Italie, je voudrais citer au moins deux rgions, trs loignes

    I. Alinei (en prp.). Je travaille ce livre depuis longtemps: le premier article dans lequelje m'oppose la chronologie traditionnelle en termes de smantique historique est probablementAlinei (1967).

    2. Je ne parle pas ici des nouvelles thories avances par les gntistes, troitement lies la dialectologie, comme celle de Cavalli-Sforza (Cavalli -Sforza e.a.I988). Reprsentatif de cettenouvelle ligne de recherche est le travail rcent de Piazza et aufres sur les dialectes sardes, avecla coopration du dialectologue sarde Michcl Contini (Piazza e.a. (1989); Barbujani et Sokal(1991) se basent aussi sur les dialectes).

    3. A commencer par Alinei (1967).4. V. Anei (sous p. a).5. Barandiaran (1949, 1958). Je dois Xarles Videgain la connaissance de ces deux articles,

    et de beaucoup (nutres tudes sur le basque. Je len remercie beaucoup.

    578 2]

  • DIALECTOLOGIE, ANTHROPOLOGIE CULTURELLE, ARCHEOLOGIE...

    l'une de l'autre: la rgion alpine du Valcamonica, o M. Anati, la plus grandeautorit sur la prhistoire de cette rgion, a souvent soulign le rapport entretoponymie et les ralits prhistoriques de cette rgion 6 . Et la Sardaigne, oles presque 2500 grottes artificielles du Nolithique, dates du IVe millnaireav. J.C., sont connues dans Ple par le nom dialectal de Domus de Janas,c..d. `maisons des fes', ou par d'autres noms galement reprsentatifs 7 , etsignificatives8 Pour l'Europe centrale, je me borne mentionner l'aire alle-mande mridionale, o l'on trouve des noms tels que Drachenloch (`taniredu dragon'), pour un site du Palolithique suisse, du canton de SG, d'impor-tance archologique exceptionnelle (Sauter ]976, 29); Wildenmannlisloch(`tanire de l'homme sauvage'), canton de SG (25); Drachenhle (`taniresdu dragon') Mixnitx, en Styrie, Autriche (32); Heidenstein (`pierre dupaen'), Niederschwrstadt prs de Sckingen; Toter Man `homme mort' Degernau, LdKr, qui sont tous des noms de dolmens du Nolithique del'Allemagne Sud-Occidentale (60).

    Voil que la corrlation dialecto-archologique nous montre que lasmantique dialectale peut prserver des couches culturelles beaucoup plusanciennes que ce qu'on est prt admettre en genera]. Le fait que des sites duPalolithique ou du Nolithique s'appellent par des noms dialectaux magico-religieux dans le Pays Basque, en Allemagne, en Suisse, en Italie, enSardaigne, ou n'importe o, signifie simplement que ces noms out hrit desralits idologiques du Palolithique ou du Nolithique. En d'autres termes,tous ces toponymes dmontrent une continuit orale et culturelle des dialectesd'au moins six, et peut-tre de plus que dix millnaires!

    Peu importe, au point de vue culturel, qu'il puisse y avoir eu un rempla-cement de langue. Au moment de eet ventuel remplacement de langue, lescolonisateurs ne devaient pas tre trs diffrents, sur le plan idologique, despeuples coloniss, pour pouvoir traduire, en leurs termes, ces ralits plusanciennes. Mais cette dernire hypothse, du point de vue prhistorique, ne selaisse pas aecepter sans rserve.

    6. Pour le Valcamonica, il faut mentionner aussi le travail de M. Giancarlo Zcda, adjointde la municipalit et archologue amateur, qui a fait nombreuses de dcouvertes dans les derniresannes, en se basant sur la toponymie dialectale et sur les lgendes qui y sont associes, pourdiriger ses fouilles. V. "L'altopiano di Ossimo-Borno nella preistoria. Ricerche 1988-90" (rd.F. Fedele), dans le Bollettino del Centro Comuno di Studi Preistorici, vol. XXV-XXVI, 1990,pp. 173-360. J'ai moi aussi suggr aux archologues de se baser sur le toponyme-thonymeAquana, trs diffus dans les Alpes centrales et orientales (Alinci,1984 b et 1985)), mais ma sug-gestion n'a pas t suivie jusqu' prsent!

    7. V. le manuel institutionnel de Lilliu (1988) sur la prhistoire sarde. Jana en sarde sig-nifie aussi 'belette' (Alinei 1986), ce qui rend l'interprtation du terme encore plus complexequ'on ne pense si l'on traduit par 'fe".

    8. Lilliu (1988), 81, 199 ss., et passim.

    [3]

    579

  • MARIO ALINEI

    II y a des eentaines de faits du mme ordre, dans la reeherche dialectaleromane, germanique, celtique etc., qui sont mal expliqus ou, plutt, ignors.S'il faut faire une exception, e'est probablement pour le Basque. Puisquepour le Basque on a presque toujours accept l'hypothse qu'il s'agit d'unelangue autochtone, les faits de smantique ont t souvent interprts dansune optique prhistorique profonde, avec un rapport direct entre ralit prhis-torique et dsignations dialeetales. Mais pour les autres langues IE, qu'on faitarriver trs tard en Europe, et bien sr- pour les dialectes romans qu'on faitarriver aprs Rome, l'optique est tout fait diffrente. Ce n'est que mainte-nant, avec les dcouvertes les plus reentes, et avec le progrs gnral dessciences humaines, qu'il est devenu possible de prsenter des thories alterna-tives, assez diffrentes de eelles traditionnelles.

    3. Dialectologie et anthropologie: la belette comme `parent'Pour illustrer la corrlation entre anthropologie et dialectologie, et en

    mme temps la profondeur chronologique de l'analyse smantique, je ehoisi-rai un exemple roman que j'ai tudi dans le cadre europen de l'ALE: lesnoms de parent employs pour la belette 9 . Je commence par celui de`commre', qui parat soit dans la plus grande partie de l'aire espagnole, avecle type